UNITE DU VOCABULAIRE DE CIVILISATION
hof « cour », et a été fait au moyen âge à l'imitation d'un mot roman: irsinq^is courtois, italien corîese, en regard de français cour, italien corte.
Si le vocabulaire français comporte un bon nombre de mots empruntés à la langue des Francs, si des verbes courants comme garder ou choisir sont d'origine allemande^ il est plus vrai encore que le vocabulaire allemand comporte beaucoup de termes latins ou romans. Même un mot qui a un air tout germanique, comme le nom du « comte » en allemand, graf, a été reconnu récemment par un jeune savant danois pour un mot gréco-latin, grafio; le comte était, pour Charlemagne, un fonctionnaire; grafio signifie « scribe » ; le même mot, avec une formation différente, a fourni le français greffier.
Il y a entre les langues du groupe roman et celles du groupe germanique un parallélisme dû à ce que ces langues se sont développées dans des conditions pareilles, sous les mêmes influences, à ce qu'elles ont sans cesse agi les unes sur les autres, à ce que ceux qui les parlent ont constamment communiqué les uns avec les autres.
En tant qu'elles expriment la civilisation, les langues de l'Europe occidentale et de l'Amérique sont les héritières de la civilisation gréco-romaine, et c'est par le latin qu'elles en ont subi l'influence.
La civilisation de langue arabe, qui a durant un temps exercé une certaine action, continue aussi, sous des formes particulières, cette grande civilisa-
tion. Tel des mots que les langues modernes ont pris à l'arabe du moyen âge, comme le français alambic (arabe al anhiq ; en italien lamhicco, en espagnol alambique) n'est en arabe qu'un emprunt au grec ambiks « vase » et marque les origines helléniques de la science arabe. Les influences iraniennes qui ont été fortes sur l'arabe reflètent en dernière analyse la civilisation méditerranéenne : ainsi le mot julep, qui est en français un mot arabe, est en arabe un mot pris à l'iranien et le premier terme de ce mot composé, ^m/- « rosé »^est le nom méditerranéen de la « rose » altéré par des changem'ents de prononciation propres au persan.
Derrière les langues de l'Europe occidentale, on retrouve toujours le même fond de civilisation méditerranéenne, développé par les Grecs de l'époque classique, fixé à l'époque hellénistique, dans les siècles qui ont immédiatement précédé l'ère chrétienne, et que Rome s'est assimilé. Les langues modernes en ont pris une part directement au grec et quelques débris à l'arabe; mais de beaucoup la plus grande partie de ce qu'elles en possèdent leur vient du latin.
Il importera que, par le maintien de la culture latine, les grandes langues de civilisation de l'Europe occidentale conservent et développent tout ce qui contribue à les rapprocher.