ORGANISATION INTERNATIONALE
elle sera employée. Les espérantistes se sont toujours refusés à introduire dans les principes de leur langue artificielle la moindre amélioration parce qu'ils savent que tout changement risque d'introduire un schisme, et à y faire le plus petit changement de peur qu'il ne soit pas universellement admis. Cette crainte est justifiée. Mais du jour où la langue internationale aura été fixée par l'accord de tous les États du monde, ou du moins de tous les Etats qui l'adopteront, elle aura une autorité que rien ne pourra ébranler. On voit, par l'exemple de l'anglais, qu'une langue vraiment mondiale peut garder une grande unité : personne ne songe à y rien modifier d'essentiel. Il faudra faire un examen attentif des essais déjà fldts, y corriger tout ce qui estlléfêctueux. On devra tenir compte des difl^icultés que pourront avoir à étudier la langue internationale, non seulement des Européens, mais aussi des Orientaux, des Japonais, des Chinois, par exemple. Mais une fois les principes posés, la sécurité sera entière. Et quand des changements deviendront nécessaires avec le temps, ils pourront être imposés par la même autorité internationale, alors que, faute de cette autorité, on n'oserait jamais rien changer à la langue établie.
La langue internationale une fois instituée, seuls les États organisés pourront en imposer l'étude aux enfants et la pratique à ceux de leurs fonctionnaires qui ont des rapports avec les étrangers. Tous n'accepteront pas du premier coup; mais dès que certains
gouvernements auront fait accueil à l'idée, l'utiJité de l'innovation apparaîtra de façon si éclatante que les résistances ne seront pas de longue durée. Car une langue artificielle est assez facile pour être acquise môme dans les écoles élémentaires ; l'enseignement n'en serait pas, comme celui des grandes langues traditionnelles, réservé aux écoles secondaires et supérieures.
La faiblesse d'une langue universelle, c'est que ceux qui en sentent le plus le besoin, ce sont ceux qui vont chez des étrangers ; or, ceux-ci, qui sont chez eux, attendent qu'on leur parle leur langue, et en effet les gens qui veulent faire des affaires avec des étrangers ont intérêt, pour les flatter, à s'adresser à eux dans leur langue. Mais il y aussi beaucoup de commerçants, d'hôteliers qui trouveront avantage à posséder une langue internationale facile à l'aide de laquelle ils s'entretiendraient avec des étrangers.
Sans doute les citoyens des pays où sont employées de grandes langues de civilisation comme l'anglais, l'espagnol, le français, l'allemand, auront d'abord le sentiment de faire un sacrifice en étudiant une langue artificielle. Mais les citoyens des pays qui parlent des langues moins répandues sont assez nombreux pour faire sentir leur volonté. Même pour les gens qui parlent l'anglais, l'utilité d'une langue internationale apparaîtrait vite si une fois elle était utilisée dans la plupart des pays où ne domine pas l'anglais. Si donc dans un grand nombre d'Etats,