‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 25 sur 122 · PARLERS DES JUIFS · texte numérisé non relu

PARLERS DES JUIFS

breux documents juifs écrits en araméen. Les juifs d'Egypte n'ont d'ailleurs pas tardé à adopter le grec quand le grec a été l'organe d'une civilisation supérieure : deux siècles avant l'ère chrétienne, il a fallu traduire la Bible en grec pour leur usage. Ceux des juits qui, dans l'Europe orientale et dans les colonies palestiniennes, parlent hébreu aujourd'hui ont pris dans les livres la langue qu'ils ont appris à parler par nationalisme; on peut ainsi parler hébreu comme on parlait latin dans les collèges du moyen âge.

Qu'on définisse la race par des caractères physiques actuels ou qu'on la définisse par la lignée — les deux définitions sont possibles — , jamais les limites de races et les hmites de langues ne concordent d'une manière exacte.

Tout enfant, de quelque origine qu'il soit, paraît apte à parler n'importe quelle langue. Un petit nègre, descendant de nègres du Soudan, parle correctement le français ou l'anglais s'il a commencé dès sa première enfance à pratiquer ces langues dans un milieu où on les parle correctement. Jamais en Europe des différences de « race » n'ont été un obstacle à l'unité parfaite de langue : presque toutes les populations d'Europe ont changé de langue une ou plusieurs fois ; toutes se sont montrées capables d'apprenare les langues les unes des autres.

Personne n'os.rait, sans sourire, dire que les Français sont de « race » latine. Il n'y avait pas de « race latine » au moment où l'empire romain s'est étendu A. Meillet. 6

hors de l'Italie : la population de Rome était dès lors un mélange des peuples les plus divers. Et, en Gaule, il n'y a jamais eu que bien peu de colons venus d'Italie : la Gaule a accepté le latin comme langue de civilisation; mais elle ne s'est jamais peuplée de « Latins ». D'ailleurs, quand le latin y est devenu 'courant, la population était déjà très mêlée. Les Gaulois eux-mêmes y étaient des conquérants, venus à date peu ancienne, et peut-être pas en très grand nombre. Plus tard, des Germains y sont venus, à l'époque des grandes invasions. Des races très diverses s'y sont succédé et s'y sont fondues depuis l'époque préhistorique. Donc rien n'est moins homogène, au point de vue purement ethnique, que la population française dont l'aspect même dénonce au premier abord l'origine composite.

Parler d'une race « aryenne » est plus -puéril encore.

Les langues de l'Inde, dont le sanskrit védique offre la forme la plus ancienne, les langues de l'Iran, dont les plus vieux textes sont l'Avesta et les inscriptions des rois achéménides, l'arménien, le slave, le baltique (lituanien et lette), l'albanais, le grec, le latin, le celtique, le germanique sont, sous des aspects divers, la continuation d'une seule et même langue, qu'on est convenu d'appeler 1' « indo-européen commun ». C'est un fait Hnguistique. Quand et comment cette langue une s'est-elle brisée en dialectes et répandue sur l'Europe et une partie de l'Asie, on l'ignore.

Page 1