‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 27 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le lien' entre la langue et la nation existe : dans un pays où, comme en Autriche^ il y a plusieurs « nations », c'est par les langues que s'opposent les nations, et, quand on veut faire une statistique des nations de l'empire austro-hongrois, on n'a d'autre ressource que de demander à chaque habitant quelle est sa langue usuelle. Ainsi en Autriche, on compte pour Allemands ceux qui déclarent avoir pour langue habituelle l'allemand, pour Tchèques ceux qui déclarent avoir pour langue habituelle le tchèque, pour Slovènes ceux qui déclarent avoir pour langue habituelle le Slovène, et ainsi de chaque nationalité.

Ce n'est pas que la nation s'exprime toujours par la langue, ni qu'une particularité de langue suffise à donner une conscience nationale.

En Irlande, où l'esprit national est poussé jusqu'à la passion, la plupart des nationalistes ont pour langue usuelle l'anglais. Par nationalisme, on travaille à y restaurer l'emploi de l'irlandais qui, il y a

peu d'années encore, était en voie de disparition rapide. Mais il faut du temps pour remettre en usage une langue qui s'en va. Et, actuellement, c'est en anglais que s'expriment bien souvent les sinn-feiners irlandais. Le nom du parti est irlandais ; sa langue est encore généralement l'anglais.

En France, les parlers méridionaux sont inintelligibles à un Français du Nord ; le provençal diffère du français à peu près autant que l'espagnol de l'italien. Néanmoins un Provençal ou un Gascon n'a pas le sentiment d'appartenir à une autre nation qu'un Français du Nord. Un Breton parle une langue d'autre famille que le français ; mais il se sent de nation française. Bien que séparés politiquement de la France depuis 1871, beaucoup d'Alsaciens, qui emploient familièrement un parler alémanique, se sentent Français.

En revanche, un Suisse ou un Belge de langue française ne se sent pas de nation française. Le fait d'appartenir à un État différent, d'avoir des traditions historiques différentes, des usages différents suffit, malgré l'identité de langue et, en partie au moins, de culture, à écarter le sentiment d'être d'une même nation.

La nation est en effet chose vague, dont le sens et les caractères diffèrent suivant les circonstances. Elle prend une netteté en Orient où se trouvent juxtaposées des nations distinguées à la fois par la langue, par les usages et par la religion. En Turquie, à côté

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