DÉFINITIOX DE LA NATION
des Turcs ottomans, musulmans, de langue turque^ on trouve des Grecs, chrétiens de rite orthodoxe, parlant grec et vivant de manière tout autre — des Arméniens, chrétiens de rite grégorien, donc ayant une Église proprement arménienne, de langue arménienne et vivant aussi à leur manière — des juifs, de religion juive, parlant un dialecte espagnol et pratiquant des usages qui leur sont strictement propres. — des Arabes, Musulmans comme les Turcs, mais parlant arabe et ayant une manière de vivre autre que celle des Turcs — bien d'autres nations encore, moins nettes sans doute, mais encore distinctes.
Jusqu'à présent, ces nations ont vécu côte à côte, sans se mélanger, sans contracter mariage les unes avec les autres, pour autant du moins qu'elles appartenaient à des confessions différentes, ayant chacune leurs écoles, leurs institutions. Quand la révolution jeune-turque a mis en évidence le nationalisme turc qui s'était organisé sous le régime hamidien, la structure de l'empire ottoman s'en est trouvée bouleversée. De l'exaspération du sentiment national turc sont venus les massacres d'Arméniens, sous Abd-ul- Hamid, sous le régime jeune-turc et, avec un esprit de système nouveau, durant la guerre.
La langue est l'un des caractères de ces nations distinctes que renfermait l'empire ottoman, et qui coexistaient dans les mêmes provinces, dans les mêmes villes. Mais ce n'est pas le seul, et il peut manquer. Il y a en Asie Mineure, séparés du gros de la nation grecque et
de la nation arménienne, dans des régions où ils sont isolés, des Grecs et des Arméniens qui ont abandonné l'usage du grec ou de l'arménien, et qui, . tout en parlant turc, se sentent encore grecs ou arméniens.
Une nation n'est pas liée à tel ou tel soutien matériel,, et pas même à la langue. Appartenir à une nation est affaire de sentiment et de volonté.
Mais il demeure que la langue est le premier, le plus clair et le plus efficace des caractères par lesquels se distingue une nation. Là où s'effacent les différences de langues, les différences nationales tendent à s'effacer aussi ; et là où manque un sentiment national, les différences de langues tendent à disparaître. En France, où les provinces méridionales et la Bretagne n'ont aucun sentiment national propre, le français est partout la langue des villes, la langue de l'école, la seule langue véritable de culture ; bien qu'il ait eu un grand poète en Mistral, le provençal est accessoire pour les gens cultivés qui l'emploient, et la pensée abstraite des Français du midi est française. L'absence de sentiment national détermine un affaiblissement progressif du provençal et du breton, qui ne sont plus guère en usage constant que dans les campagnes, et qui se vident de force propre, qui s'emplissent de mots français plus ou moins adaptés et de tours français, qui deviennent, en un mot, des reflets du français.
Beaucoup d'Alsaciens incorporés malgré eux à