IMPORTANCE NATIONALE DE LA LANGUE
l'empire allemand entretiennent pieusement la connaissance et la culture de la langue française, bien que les parlers locaux de l'Alsace soient alémaniques.
Les juifs de l'Europe orientale, qui ont le sentiment de former une nation particulière, n'ont pas seulement conservé leur pnrler germanique, le yiddisch, qui les distingue de leurs voisms; ils ont développé l'emploi d'une langue morte, l'hébreu, qui a toujours été leur langue religieuse, et il y a maintenant une littérature moderne en hébreu; les juifs ont appris à parler cet hébreu, comme les savants du moyen âge parlaient le latin.
D'autre part, là même où n'existe pas cette volonté de former une unité particulière qui est le fondement d'une nation, la communauté de langue suffit à déterminer une communauté de culture et une communauté de sentiments. La Suisse, qui a pour langues officielles les langues de trois grands pays voisins, l'Allemagne, la France et l'Italie, en fournit un bel exemple.
Les Suisses se sentent citoyens d*^un même État qui a son unité et qui est pourvu d'institutions originales ; ils veulent être suisses; même leur fédéralisme évolue vers une centralisation croissante. Néanmoins, le fait qu'ils parlent des langues distinctes les oriente de façons différentes; la plupart de ceux qui emploient des parlers allemands sont attirés vers la culture allemande, et prennent quelque chose
de l'esprit allemand; la plupart de ceux qui emploient des parlers français ou italiens sont attirés vers la culture française ou italienne. Malgré la puissance de l'idée suisse, il s'est créé ainsi des oppositions entre Alémaniques, Romands et Italiens, oppositions dont sait triompher l'esprit suisse et qui n'ont jamais atteint les groupes tout entiers, mais qui, à certains moments, ont eu de l'acuité. Les Suisses de parler roumanche, dont le parler local est roman, mais dont la langue de culture est l'allemand, ont en partie des sentiments allemands.
Pour voir d'une manière juste le lien entre la langue et la nation, il. faut donc tenir compte de bien des nuances.
Mais il n'y a guère de nation qui ne vise à posséder une langue en propre, et une langue ne subsiste que difficilement et "misérablement là où elle n'est pas soutenue par un sentiment national.