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LES LANGUES ORIGINALES DE CIVILISATION ICI

la civilisation propre du Midi était brisée. Jusqu'au xix* siècle, la tradition n'a pas été reprise. Les parlers du Midi n'ont servi durant de longs siècles qu'à l'usage courant et familier; ils n'ont pas été employés à exprimer des idées générales; ils n'ont pas été des instruments de civilisation. Et quand, au xix^ siècle, on s'est remis à écrire certains parlers du Midi, les seuls ouvrages notables ont encore été des ouvrages poétiques.

De même, si le breton armoricain n'est qu'une langue accessoire, employée seulement par des populations rurales, c'est qu'il n'a jamais servi d'expression à aucune civilisation. A aucun moment, la Bretagne n'a eu une civilisation propre, indépendante, si peu que ce soit, de la civilisation française. Tous les efforts qu'on peut faire pour donner au breton une existence littéraire se heurtent au fait qu'il ne représente aucune tradition de civilisation particulière.

Une langue ne vaut que si elle est l'organe d'une civilisation originale. Ceite civilisation n'a pas besoin d'être très étendue; il suffit qu'elle ait une personnalité. Mais il est malaisé de détruire une langue originale de civilisation une fois constituée.

Sans doute, plusieurs, et de grandes, ont disparu. Le babylonien, qui a été la principale langue de civilisation de l'Asie, du golfe Persique à l'Arménie et jusqu'à la Méditerranée, est sorti de l'usage, et le secret même de l'alphabet à l'aide duquel on l'écrivait s'est perdu ; c'a été un triomphe de la philologie au xix* siècle que de le retrouver. L'égyptien, qui a été

durant quatre mille ans l'organe d'une forte civilisa-i tion, est de même sorti de l'usage, et c'a été un autre triomphe de la philologie que d'arriver à le lire au XIX* siècle. Mais pour ces disparitions il a fallu de grands changements historiques, et le remplacement total des civilisations auxquelles servaient ces langues par des civilisations nouvelles, la civilisation grecque, la civilisation arabe. L'égyptien s'employait encore plusieurs siècles après la conquête arabe ; la forme qu'il avait prise avec le temps, forme connue sous le nom de copte, a encore servi à toute une littérature chrétienne.

Même dans les conditions les plus difficiles, une langue de civilisation une fois constituée, pourvue d'une littérature propre et de tous les moyens d'expression nécessaires, persiste obstinément. On en a un exemple éloquent dans l'arménien. Il a été créé, au v^ siècle ap. J.-C. d'après la tradition, un peu plus tard peut-être, une langue littéraire arménienne, avec un alphabet particulier, pour les besoins de l'Église arménienne ; toute une littérature, historique, poétique, exégétique, savante a été écrite dans cette langue ; la littérature arménienne a eu une renaissance brillante au ix* siècle. Et depuis, malgré les persécutions, malgré les ruines, malgré les massacres, l'arménien a vécu. Au xix' siècle, la nation arménienne s'est donné deux langues littéraires nouvelles fondées sur les parlers actuels, l'une à l'Est, en territoire russe, l'autre à l'Ouest, en territoire

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