ROLE DU « SUBSTRAT » IO
Il a dû se passer, dans une plus ou moins large mesure, quelque chose d'analogue dans l'Empire romain. Les habitants de chaque province, qui ont abandonné au profit du latin des langues diverses, ont parlé le latin chacun avec leurs habitudes linguistiques particulières. Les différences qui en sont résultées se manifestent à peine dans les textes écrits qu'on possède du temps de l'Empire romam. Mais dès que, avec la baisse de la civilisation et avec la diminution de l'influence de l'école et de la langue écrite qui en a été la conséquence, chaque partie de l'Empire a été livrée à ses tendances propres, les effets des habitudes Hnguistiques diverses qui existaient suivant les provinces se sont fait sentir, et il y a eu très vite autant de formes du latin qu'il y avait de provinces. Presque chaque localité a eu son développement linguistique propre.
Là où le « substrat » ancien est le même, on observe des développements, sinon identiques, du moins semblables. Ainsi les parlers du Nord de l'Italie, employés dans des régions où l'on a parlé gaulois comme en Gaule, présentent avec les parlers gallo romans un bon nombre de particularités communes. Par exemple, l'ancien u long du latin (prononcé comme français ou) a passé à û (ii français), dans la plupart des parlers du Nord de l'Italie comme en français; le mot latin crudum, que l'Italien du centre garde sous la forme crudo (avec u prononcé eu) est crû (avec u français) dans des parlers de l'Italie du Nord comme
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en français, et il ne s'agit pas là d'une influence du français, mais d'un développement autonome de ces parlers, qui ont à beaucoup d'égards un aspect particulier, nullement français.
Les difi(érences de ce que l'on a nommé le « substrat » linguistique sont de grande conséquence pour l'évolution des langues. Les aspects divers qu'a pris l'indo-européen commun s'expliquent sans doute en notable partie, au moins pour les débuts de chaque grand type de changements, par des différences de « substrat ».
Les langues « aryennes » de l'Inde (le nom de « aryen » est légitime dans l'Inde, on l'a vu p. 90) présentent en commun avec des langues indigènes, les langues dravidiennes encore parlées dans le Sud de la presqu'île, un type de consonnes dentales qui ne se retrouve pas en perse, ni d'ailleurs dans la plupart des autres langues indo-européennes ; et ce type de dentales — qui est celui des dentales anglaises — y apparaît comme une nouveauté due à ce que l'indoiranien a été adopté dans l'Inde par une population indigène chez laquelle ce type de dentales était courant. Ce type de dentales se trouve aussi dans le parler iranien le plus voisin de l'Inde, l'afghan.
Le système des consonnes arméniennes ne se distingue presque pas de celui des consonnes du groupe caucasique du Sud dont le géorgien est le principal représentant, mais il diffère tout à fait de celui qu'on est amené à supposer pour l'indo-européen commun.