ROLE DU « SUBSTRAT » IO
Il est presque toujours malaisé, le plus souvent impossible, de déterminer précisément en quoi a consisté l'influence du « substrat ». Mais dans les singularités d'aspect, que présente chacune des langues indo-européennes, le « substrat » a eu un rôle décisif.
Dès lors, on voit combien il est faux de dire simplement que le français, l'espagnol, le roumain sont du latin transformé de manières diverses. Il y a eu deux facteurs : la norme idéale du latin, qui a été la même dans tout l'Empire romain, et le « substrat », qui variait d'une province à l'autre. Il n'est pas moins faux de dire tout simplement que le grec, le latin, le celtique, le germanique, le slave, etc., sont de l'indoeuropéen transformé de manières diverses. Ce n'est pas un hasard que l'indo-européen ait pris des formes si différentes. Ce n'est pas un hasard que le p ait cessé de se prononcer en celtique, que l'irlandais par exemple dise athir, là où le sanskrit dit pità, le grec pater, le latin paier, etc. Ce n'est pas un hasard que presque toutes les consonnes aient en ..germanique une prononciation différente de celle des consonnes correspondantes des mêmes mots dans les autres langues, que le gotique par exempk dise fadar (avec d prononcé comme le //; anglais entre deux voyelles) là où le grec a pater, le latin pater, etc. Ce sont sans doute des différences de « substrat » qui ont déterminé les divergences initiales d'où sont résultés des états actuels entièrement distincts.
La langue commune est ce qui se voit au premier
coup d'œil, et ce qui se laisse reconnaître avec car titude là même où les- choses ne sont pas immédiatement évidentes. Le « substrat », au contraire, est un élément indéterminable, dont rien ne permet de mesurer l'importance en chaque cas. Mais le développement est conditionné par la rencontre de ces deux éléments. La des théorie familles de langues, qui ne tient compte que de l'un des deux, parce que c'est le seul saisissable, donne une impression inexacte. Il n'est pas moins nécessaire d'expliquer les divergences que de constater les concordances entre les langues d'une même «Cimille ». L'originalité de chaque langue est un fait, tout comme la communauté d'origine, et, dans toute la mesure où des tendances nouvelles ont amené la transformation du type ancien, il faut considérer la langue nouvelle comme étant un produit à la fois de la langue commune qu'elle continue et du « substrat » particulier d'où viennent les tendances au changement.
D'ailleurs le « substrat » peut n'être pas unique, et il peut n'être pas simple.
Le « substrat » peut n'être pas unique. Soit, par exemple, le groupe germanique; il repose sur une langue commune ayant existé dans les siècles qui ont immédiatement précédé l'ère chrétienne; entre l'époque indo-européenne et l'époque de cette langue commune, la langue que continue le germanique, ne peut manquer d'avoir eu une histoire compliquée. Quelques-unes des nouveautés que présente