‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 35 sur 122 · ROLE DES « SUBSTRATS » III · texte numérisé non relu

ROLE DES « SUBSTRATS » III

le germanique sont sans doute très anciennes; elles proviendraient de l'extension de l'indo-européen à des populations nouvelles faite à un moment où les parlers indo-européens ont commencé de se diftérencier les uns des autres. D'autres nouveautés du germanique doivent provenir de l'extension de la langue nouvelle ainsi constituée, — qui avait sans doute encore un aspect assez indo-européen, à peu près comme le sanskrit des hymnes védiques ou comme le grec homérique, — à des populations ayant une autre langue, donc d'un autre « substrat ». Il s'agit là de faits préhistoriques sur lesquels on n'a pas de témoignage positif; on ne saurait donc rien affirmer, rien préciser. Mais, même en admettant qu'il n'y ait pas eu successivement pour le germanique deux — ou plusieurs — a substrats » étrangers, il a pu et dû y en avoir plusieurs pour d'autres groupes. C'est ainsi que le latin est de l'indo-européen accepté par des Italiens de toutes sortes et que le gallo-roman est du latin accepté par des habitants de la Gaule, qui avaient, antérieurement, accepté le gaulois.

Le « substrat » peut être complexe. Les populations d'une même région qui acceptent une langue nouvelle ont souvent été de langues diverses. Ainsi, en Italie, le latin s'est substitué à une quantité de langues différentes, qui étaient en partie mêlées les unes aux autres, comme le grec et l'osque l'étaient en Campanie. Mais surtout, les langues communes s'établissent en général dans des groupes dominants qui

attirent des immigrants ; déjà dans l'antiquité, et, de la façon la plus claire, dans les temps modernes, c'est dans les grandes villes que se constituent les langues communes : le français est, en somme, la langue de Paris. Mais, de tout temps, Paris, qui est un nœud de routes terrestres et fluviales, a eu, à côté de sa population locale et de celle qui lui vient de la campagne voisine — où, du reste, le parler diffère sensiblement, et depuis longtemps, du parler parisien — des hôtes de toutes sortes, provinciaux ou étrangers, dont beaucoup s'y sont fixés; or, ces provinciaux et ces étrangers avaient des parlers variés ; ils ont apporté chacun leurs tendances propres, et les tendances actuelles des Parisiens résultent de toutes ces tendances qu'il est impossible d'observer, de décrire, de mesurer ; par suite, même si l'on savait faire le départ de ce qui est dû à l'action d'un « substrat » défini dans un cas simple, personne ne saurait prévoir la direction que prendra le parisien, bien moins encore, déterminer la part de chacune des influences infiniment diverses qui s'y exercent. Il en a été de même à Rome, où s'est élaboré le latin impérial qui est devenu avec le temps les diverses langues romanes ; de même aussi à Athènes et dans les grandes villes de l'époque hellénistique où, du iv* siècle av. J.-C. à la fin de l'Empire, s'est élaboré le nouveau grec commun sur lequel reposent les parlers grecs actuels.

Mais de ce que les influences qui déterminent le

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