ROLE DES ACCIDENTS II
cours nouveau pris par la langue sont trop complexes pour se laisser analyser, il ne résulte pas qu'elles ne soient pas. Le linguiste constate le point de départ et les changements survenus entre les deux dates entre lesquelles il est obligé d'enfermer toute étude du développement de la langue (car il n'y a pas d'histoire sans chronologie). Les tendances d'où procèdent les changements lui échappent pour la plupart ; mais, puisqu'il y a eu changement, et souvent changement profond, il est clair que certaines forces, et des forces nécessairement très puissantes, ont déterminé le changement.
Du reste, il ne faudrait pas vouloir tout expliquer par l'action des « substrats ». Des conditions de nature proprement linguistique jouent un grand rôle • en matière de langue plus encore que pour la plupart des autres faits sociaux, un changement, même peu important en lui-même, peut avoir des conséquences graves, et un petit fait peut suffire à déterminer une orientation nouvelle. En voici un exemple frappant :
Il y avait en latin ancien beaucoup de mots terminés par -s. En particulier, -s servait dans la plupart des noms masculins à caractériser le cas sujet (nominatif) au singulier et le complément direct (accusatif) au pluriel. On disait Jocus au cas sujet du singulier, focos au cas régime (accusatif) du pluriel, tandis que le cas régime du singulier était focum et le cas sujet du
pluriel foci. Le vieux français, qui a conservé la consonne -s à la fin des mots, a tiré de ce fait une opposition du cas sujet et du cas régime :