‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 46 sur 122 · ÉLIMINATION DES PARLERS LOCAUX I · texte numérisé non relu

ÉLIMINATION DES PARLERS LOCAUX I

Au début du xix^ siècle, l'usage du français commun était le fait d'un nombre relativement restreint d'hommes cultivés. Partout, dans les villes comme à la campagne, subsistaient les parlers locaux. Depuis que la révolution, en mêlant les Français dans la même armée, en leur donnant à tous une même administration et la faculté de devenir fonctionnaires, a aclievé l'unification du pays déjà poussée avant par la royauté, le français central tend de plus en plus à devenir en France la langue universelle.

Dans un rayon qui varie suivant les cas de deux à quatre ou même cinq cents kilomètres autour de Paris, les parlers locaux s'effacent. Là où il s'agit de parlers français du Nord, le vocabulaire français se substitue au vocabulaire local, la forme des mots français aux formes patoises par des transpositions systématiques, et enfin, en dernier lieu, les formes grammaticales françaises aux formes grammaticales locales. Les parlers nettement différents, bretons, flamands ou provençaux, s'éliminent simplement. Et un français plus ou moins proche du français normal prend presque partout la place des parlers locaux. Les savants qui, dans la moitié septentrionale de la France, veulent étudier les parlers locaux n'en trouvent plus que des traces ; dans des villes aussi petites que Kemiremont (dans les Vosges), le parler local n'existe plus qu'à l'état de souvenir. Dans de simples villages, le patois meurt rapidement. On voit approcher le moment où, dans toute la France du Nord,

jusqu'à Bordeaux, jusqu'au Massif Central et jusqu'au Sud de Lyon, il n'existera plus que le français commun, plus ou moins correctement parlé.

Sans doute, ce français a des colorations régionales. Chaque centre notable fournit un modèle linguistique à la petite région qui l'entoure. Mais, quelles qu'en soient les nuances, cette langue est partout du français.

Dans le Midi, où les parlers locaux appartiennent à un autre type roman, et où l'on n'obtient pas du français simplement en francisant le parler local, les parlers se maintiennent mieux. Mais toutes les personnes qui ont des relations hors des villages, tous les jeunes savent maintenant le français, et le parler local n'est plus guère qu'un patois, langue accessoire, réservée à des usages humbles.

En l'espace d'un siècle, l'unification des parlers au profit du français commun a été en France un fait presque accompli.

Ce que l'on observe ainsi en France s'est produit de même, plus ou moins vite, plus ou moins complètement dans tous les pays de civilisation européenne. Partout des langues communes se substituent aux parlers locaux, et les parlers locaux, devenus de simples patois, s'éliminent.

Le détail des faits varie d'un cas à l'autre. La puissance de l'État n'intervitnt pas partout avec la même force. Le rôle de la littérature ou des affaires

Page 1