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NECESSITE D UNE LANGUE COMMUNE

n'est pas le même partout. Il arrive que des types régionaux se conservent plus fidèlement qu'en France et qu'un esprit provincial maintienne aux dialectes un certain prestige ; c'est le cas de l'Allemagne par exemple. Mais partout il y a une langue commune qui se superpose aux parlers locaux et qui, peu à peu, en prend la place.

Cette langue commune est fixée d'une manière d'autant plus rigide qu'elle prétend davantage jouer un rôle universel. Si une langue veut être connue au dehors, il faut qu'elle ne comporte que peu de flottements. Les langues qui, comme l'anglais, l'espagnol, le français, ont, de quelque manière, un rôle mondial, sont absolument fixées ; toute déviation de la norme y est condamnée comme une incorrection. Il y a un « bon usage » dont il n'est pas licite de s'écarter. Les choses n'ont pas partout la même rigidité ; mais partout il y a une norme.

Il arrivé souvent que la langue commune ait été au début celle de peu de gens, et que les circonstances seules en déterminent l'extension. Ainsi, dans l'ancienne province russe de Transcaucasie, le russe est devenu la langue commune. Or, le nombre des colons russes y était petit. A Tiflis comme à Bakou, le russe est la langue commune, alors que, à Tiflis, la population est, pour la plus grande partie, géorgienne et arménienne, et que, à Bakou, elle est turque et arménienne. Mais le russe était avant la ruine de l'Empire russe la langue de l'administration, A. Meillet. 9

de l'école, des affaires. Ce qui importe en pareil cas, ce n'est pas l'idiome adopté, c'est qu'il y ait une langue commune. En l'espèce, cette langue commune n'était originairement celle d'aucune des populations du pays, et elle est venue du dehors, avec un nombre insignifiant de colons. Si les événements politiques en déterminent la dispaiition^ les relations entre les habitants deviendront malaisées.

De même en Algérie, le français est la langue de civilisation des divers colons, bien que peu de ces colons descendent de Français du Nord. Mais le français est la seule langue à l'aide de laquelle puissent s'entendre entre eux des hommes dont les uns descendent de Français méridionaux, d'autres d'Italiens, de Maltais (parlant un dialecte arabe), dEspagnols^ de Catalans, de juifs (parlant un arabe un peu particulier), et dont d'autres sont des indigènes, descendant les uns de parents de langue arabe, d'autres de parents de langue berbère. La diversité des parlers maternels des habitants de civilisation européenne les oblige à employer une langue commune, qui se trouve être le français.

L'anecdote suivante, contée dans la Frankfurter Zeitnng, 8 août 1917 (édition du matin), montre comment on est amené à recourir à la langue commune du pays où l'on se trouve; cette anecdote se trouve dans une chronique non signée, mais faite évidemment par un observateur qui a été sur les lieux. Deux soldats allemands, l'un Allemand du Nord, l'autre

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