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NECESSITE D UNE LANGUE COMMUNE

Bavarois, travaillent dans la partie occupée de la France ; l'Allemand du Nord demande au Bavarois sa hache ; mais les parlers des deux soldats sont trop différents ; ils n'arrivent pas à s'entendre ; le Bavarois fait comprendre, qu'il ne peut se dessaisir de son outil. L'Allemand du Nord dit alors : « Touîesivile reluhr ! ». Ces mots font partie du petit vocabulaire français qu'ont acquis tous les soldats en pays occupé; le Bavarois répond : « Wui, wui, kotnpri y>, en employant aussi des mots du même vocabulaire.

Des faits analogues ont eu lieu autrefois. L'extension du latin dans l'Empire romain a été déterminée par le besoin qu'ont senti les habitants de l'Empire de s'entendre entre eux.

Une langue commune existait déjà, dans la moitié orientale de l'Empire, depuis l'époque hellénistique, avec le grec. Cette langue était partout la même, et l'on tendait à oublier les anciens dialectes. Bien qu'aucun pouvoir central n'ait existé sur le domaine grec d'une manière durable, la langue s'y est unifiée entre le iv^ siècle et le ii^ av. J.-C. environ, par l'effet du besoin qu'ont les hommes d'avoir une même langue quand ils ont une même civilisation. La littérature, l'école, les affaires ont suffi, sans l'intervention d'une autorité publique, à unifier le parler. Le seul rôle de l'autorité a été de maintenir la norme : partout les actes officiels sont écrits dans une langue relativement archaïsante et correcte, et,

si la langue est demeurée fixe, le fait est dû à ce qu'il y avait une littérature, et à ce que les éléments cultivés de la nation ont tenu à l'usage ancien.

Dans la partie occidentale de l'Empire romain, il n'y avait pas, avant la conquête romaine, de langue commune semblable au grec. Le latin, qui était la langue des autorités, s'est répandu partout. Les colonies romaines ont pu jouer un rôle dans cette extension, surtout au début. Mais elles n'auraient pas suffi. L'extension du latin a été déterminée par le besoin qu'ont d'un idiome commun des hommes qui ont des relations fréquentes, et par le prestige d'une langue qui exprime une civilisation supérieure.

L'aristocratie gauloise a vite adopté le latin, pour garder dans l'Empire romain le plus possible de ses privilèges; elle a accepté le latin par intérêt. Les gens qui voulaient se cultiver ont été amenés au latin par l'attrait de la culture gréco-latine. Le peuple a suivi.

La civilisation qui existait en Gaule avant la conquête romaine ne comportait presque pas l'usage de l'écriture ; ce que l'on a d'inscriptions gauloises, comme d'inscriptions ibères, est négligeable.

N'étant pas écrites avant de tomber au rang de patois locaux, les langues indigènes de l'Europe occidentale ne l'ont naturellement pas été après, et l'on n'a aucun moyen de voir quand et comment elles ont disparu ; à en juger par ce que l'on observe ailleurs à date historique, cette disparition des an-

SITUATION DE l' ITALIE ANTIQJJE I4I

ciennes langues a dû être lente chez les gens de condition inférieure et à la campagne, et n'a pu manquer de demander plusieurs siècles. Le basque s'est maintenu dans la région occidentale des Pyrénées, et les parlers celtiques en Grande-Bretagne, parce que la civilisation romaine n'a jamais pris vraiment pied dans ces deux régions.

Si la France du Nord a été mieux assimilée, cela tient sans doute dans une large mesure à ce qu'il y a eu dans la région du Rhin une zone militaire où la langue latine s'est imposée. En Illyrie et en Dacie, le latin a suivi les légions, et, même en Orient, ce que l'on trouve en grec, en araméen, en arménien de mots pris au latin est dû à l'armée ; il est curieux que les quelques mots latins qu'on lit dans le texte des Évangiles — le plus ancien texte littéraire qui donne une idée d'un grec un peu vulgaire — sont des termes militaires, comme le mot legeôn, le nom même de la « légion ».

Avant l'extension du latin, l'émiettement linguistique était grand dans l'Europe occidentale. Pour la plupart des régions, il est impossible de l'établir en fait, faute de textes écrits. Mais l'Italie, où l'usage de l'écriture s'est répandu relativement tôt, fournit des données : au iii^ siècle avant J.-C, on y observe un fourmillement de langues diverses.

Dans la région centrale, les parlers indo-européens, dits italiques, comprennent deux groupes dialectaux distincts : le groupe latin et le groupe osco-ombrien.

Le parler de Rome, qui a servi de noyau au latin classique et qui est devenu par la suite la langue de l'Empire, n'était d'abord qu'un parler latin entre plusieurs, assez différents les uns des autres ; ainsi le nom de la lune, qui est à Rome lûna, était lôsna à Préneste (la Palestrina actuelle).

Les parlers osco-ombriens forment eux-mêmes deux groupes, l'un osque et l'autre ombrien, dont l'usage s'étendait de l'Ombrie jusqu'à la Calabre. Plus ou moins différents entre eux, les parlers oscoombriens étaient très différents du latin ; ainsi l'interrogatif « qui », qui est quis en latin, est pis en osque et en ombrien.

Mais les parlers latins, osques et ombriens qui constituent ce que l'on appelle le groupe « italique » de l'indo-européen ne sont qu'une partie des parlers de l'Italie au m'^ siècle.

Sur la côte méridionale, il y avait de nombreuses colonies grecques, et la région de Tarente était si hellénisée qu'on la qualifiait de Grande-Grèce. Dans cette partie occidentale du domaine grec, qui a échappé à l'unification hellénistique, les parlers locaux se sont maintenus longtemps; or, Cumes par exemple était une colonie ionienne, et Paestum une colonie dorienne. Le parler variait donc d'une locaUté à l'autre dans une même région.

Au Nord de Rome et au Nord-Ouest de l'Ombrie, l'étrusque occupait une aire considérable. Il n'appartient pas au groupe indo-européen. Les textes qu'on

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