SITUATION DE L ITALIE ANTIQ.UE I
en possède demeurent à peu près incompris, A quelque groupe qu'appartienne la langue, une chose est sûre : elle diffère entièrement des parlers osques, ombriens et latins avec lesquels elle était en contact.
Les expéditions des Gaulois, vers le v^ siècle av. J.-C, ont apporté le gaulois dans le Nord de l'Italie, et surtout en Lombardie ; le nom de la ville de Milan, Mediolâniiin, est un nom gaulois, et qui se retrouve en France, notamment à [Chateaii-]meillant (Castellurn-Mediolàmim), dans le département du Cher.
Toutes ces langues, différentes les unes des autres, sont des langues de conquérants, venus en Italie à des dates diverses, les Grecs et surtout les Gaulois, encore à date historique. Elles se sont substituées à des langues préexistantes sur lesquelles on ne sait rien.
Dans la région orientale de l'Italie, on trouve quelques monuments du vénète, dans le pays vénitien, du iapyge et du messapien, au Sud. Autant que les quelques traces qu'on a de ces parlers permettent de l'entrevoir, ils appartiennent au groupe indo-européen. De la Sicile, on a un peu de sicule. Tous ces textes sont à peu près inintelligibles ; on essaie de les interpréter par des combinaisons étymologiques dont la valeur probante est médiocre ou nulle.
Les textes conservés ne suffisent d'ailleurs pas à donner une idée de la variété des langues qui existaient en Italie avant l'ère chrétienne. Par exemple.
il subsistait assurément des parlers ligures dans la région génoise ; or, on n'en a conservé aucun texte. Les populations alpestres avaient sans doute aussi des parlers spéciaux.
L'établissement des colonies romaines^ l'attribution du droit de cité romaine à tous les Italiens, l'établissement des routes qui ont permis à toutes les régions de l'Italie de communiquer aisément avec Rome, ont donné le moyen de parer à cet émiettement des parlers en portant sur toute l'Italie le latin de Rome. Les parlers latins locaux ont été absorbés par le latin commun. L'osque et l'ombrien ont cessé de se parler durant la période impériale. Employé dans la région de civilisation avancée qu'était la Campanie, l'osque s'est défendu assez longtemps : on le parlait encore couramment à Pompéi lors de la destruction de la ville; mais il a fini par disparaître. Le prestige de Rome, en donnant à la langue de la ville la prédominance sur les autres parlers de l'Italie, permettait en effet de remédier à la gène que la diversité des parlers apportait aux relations.
Rome ne semble pas avoir eu à faire effort pour imposer sa langue. Une fois soumises, les populations ont adopté le latin comme elles adoptaient les coutumes romaines, parce qu'elles y trouvaient avantage. Après les rudes batailles du début, qui l'ont rendue possible, l'extension de la culture romaine s'est faite d'elle-même. Les langues locales sont mortes de leur manque de prestige, de leur inutilité.
Vis-à-vis des anciennes civilisations nationales, la civilisation hellénistique que Rome a reçue et qu'elle a continuée et répandue avait une force immense : elle s'adressait à l'humanité entière et se livrait à quiconque voulait y participer. Les Gaulois ont eu leur culture propre ; mais elle était la propriété privée de groupes d'initiés qui la gardaient pour eux et pour leurs disciples. Le jour où ces petits groupes aristocratiques et religieux ont perdu leur domination, cette culture s'est effondrée. Et la civilisation de Rome, démocratique en un sens puisqu'elle s'adressait à tout le monde, l'a remplacée sans avoir à exercer de pression. Elle a été reçue comme une faveur, non comme une obligation. Seuls y ont échappé ceux qui ont échappé au progrès général de la civilisation.
Il est rare que l'extension d'une langue provienne d'une contrainte. On n'impose pas directement une manière de parler. La contrainte exercée sur les individus résulte surtout de la volonté collective des membres du groupe ; et cette volonté collective tient à l'intérêt qu'ont les individus à parler une langue dont l'usage ne soit pas étroitement restreint.
Dans les cas où des extensions de langue ont eu lieu ou ont lieu encore, elles proviennent le plus souvent d'une conquête,, d'une colonisation. Mais pour s'étendre ainsi, il faut qu'une langue ser^^e d'organe à une civihsation supérieure. On ne renonce
l/{6 EXTENSION DES LANGUES NATIONALES
en faveur d'une langue étrangère à son parler propre, que si cette langue est apte à rendre des services auxquels n'est pas propre le parler indigène. La contrainte ne s'exerce ordinairement pas sur la langue même; la supériorité politique ou économique ou intellectuelle qu'ils subissent, le prestige de la religion et de la culture qu'ils adoptent suffisent à déterminer les hommes à parler accessoirement, puis uniquement, une langue qui n'était pas la leur, et surtout amènent les jtunes à préférer une langue qui n'était pas celle de leurs parents.
L'extension des langues communes provient de leur prestige : pour triompher, il faut qu'une langue commune apparaisse comme le beau langage. Malgré la domination des Francs, le germanique n'a pas prévalu sur le latin en Gaule parce que le latin était la langue d'une civilisation plus avancée que n'était celle des Germains. Le latin n'a pas plus été remplacé par la langue des Francs que le christianisme ne l'a été par leur religion. L'arabe ne se laisse entamer presque nulle part parce qu'il a son prestige de langue religieuse et de langue de civilisation.
Le commerce, qui ne confère pas de prestige, est un moyen faible d'extension des langues. Le phénicien ne s'est pas répandu comme le grec parce qu'il n'a pas été, comme le grec, le porteur d'une civilisation originale. La Hanse a pu répandre tout autour de la mer du Nord et de la Baltique des mots allemands ;