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DISPARITION DES PARLERS LOCAUX I

Mais, dans chaque région, il y a des centres particuliers, où le français a pris des aspects spéciaux. Et ce sont ces centres qui servent de modèles dans des régions d'étendue plus ou moins grande. Les régions de la France ont trop de liens entre elles pour que ces parlers régionaux s'éloignent beaucoup les uns des autres. Mais, ils sont distincts. Le français parlé à Lyon ou à Bordeaux n'est pas celui de Paris.

Si la tendance au régionalisme qui existe depuis quelques années venait à triompher, les français régionaux pourraient devenir sensiblement différents les uns des autres, et il en résulterait, pour l'unité de la langue, un danger. En Allemagne, où à quelques points de vue le régionalisme a conservé de la force, la langue parlée diffère sensiblement de province à province.

Les sociétés modernes ne sont pas homogènes.

Les grandes villes où s'élaborent et se développent les langues communes ne sont composées que pour une partie, souvent pour une minorité, de gens nés dans la ville même. Il y a à Paris des sociétés régionales, qui maintiennent leurs relations régionales, qui se groupent même en partie dans les mêmes quartiers. On entend à Paris tous les « accents « régionaux de la France. Les étrangers sont nombreux dans les grandes villes. Les Parisiens dont la langue est pure sont noyés .parmi des gens dont le parler n'a rien de parisien, et l'étranger qui veut à Paris entendre du parisien n'y réussit pas toujours. Le ro-

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maniste allemand Koschwitz, venu à Paris pour y faire un livre sur les parlers parisiens, a enregistré le parler de toute une série de personnages célèbres, et il ne s'est pas aperçu que parmi eux il y avait un seul Parisien parlant parisien, le grand romaniste Gaston Paris. Si par hasard Gaston Paris n'avait pas été élevé à Paris, le parisien ne serait pas représenté dans ce livre sur les Parlers parisiens.

Il y a des classes sociales. En France, un homme cultivé ne parle pas comme un homme du peuple ; le parisien des Champs-Elysées n'est pas celui de la Sorbonne qui diffère beaucoup de celui des faubourgs. Il y a loin du parler d'un Parisien lettré à celui d'un Parisien des quartiers ouvriers. Chaque différence dans le degré de culture se marque dans la langue. On observe à Londres des différences égales ou plus grandes encore entre le parler des hautes classes et celui du bas peuple.

Les différences de ce genre sont plus ou moins sensibles suivant que la langue commune est fixée depuis plus ou moins longtemps et que les forces de conservation doivent résister à des tendances plus ou moins puissantes vers certains changements. Le russe d'un lettré diffère moins de celui d'un illettré que le français, l'anglais, l'italien d'un homme cultivé ne diffère du langage employé dans des classes sociales inférieures. Toutefois, ces différences tendent à s'atténuer, même dans l'Europe occidentale, parce que la population s'instruit de plus en plus, lit de plus

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en plus, et devient ou veut devenir de plus en plus « bourgeoise ».

Les hommes se groupent de façons diverses, et chaque groupement a des manières de parler spéciales. Suivant les groupements professionnels ou sportifs, le vocabulaire présente toutes sortes de particularités, si bien que la langue d'un groupement devient aisément inintelligible à tous ceux qui n'en font pas partie.

L'exemple le plus typique de ces vocabulaires spéciaux est fourni par la langue des éléments sociaux irréguliers, voleurs, vagabonds, mendiants, qu'on nomme Vargot. Il y a des argots dans toute l'Europe. En France, on suit Vargot depuis le xv^ siècle ; et il existait assurément auparavant. Le grand poète Villon a composé en argot des ballades qui sont peu intelligibles, mais dont la clé a été livrée en partie par un petit vocabulaire argotique conservé dans le dossier d'un procès criminel de l'époque de Villon, et où sont expliqués certains mots employés par la bande de malfaiteurs à laquelle Villon était affilié. Le vocabulaire argotique s'est perpétué depuis lors ; quelques textes permettent d'en suivre le développement. Il n'a pas cessé de se transformer afin de demeurer inintelligible aux non-initiés.

Les élèves d'une même école, les soldats qui sont incorporés dans le même régiment et qui habitent la même caserne, les ouvriers qui travaillent dans le même atelier ont chacun des vocabulaires spéciaux.

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Ils se plaisent à employer des mots et des manières de s'exprimer qui n'ont pas cours hors de leur cercle. Le lexique d'un ouvrier n'est pas celui d'un employé de commerce, et celui-ci diffère à son tour de celui d'un étudiant des Universités. Partout où un certain nombre de gens ont le sentiment de former un groupe à part, ils ont aussi^ en quelque mesure, un vocabulaire à part.

Mais variété de vocabulaire ne signifie pas différence de langues. Une langue est définie par sa prononciation et sa grammaire. Or, les argots, les langues de métiers, d'écoles, de sports n'ont ni prononciation propre, ni grammaire propre. Ils ne se distinguent que par le vocabulaire, et souvent aussi par les tours de phrase.

Si l'on tient compte de toutes les différences, différences régionales et locales, différences de classes sociales, particularités de vocabulaire des argots et des langues spéciales, on constate qu'une grande langue moderne a des aspects très divers.

Ces différenciations sont de grande conséquence pour le développement des langues. La principale demeure la différenciation suivant les lieux, qui aboutit à faire d'une langue commune un groupe de dialectes distincts, puis des langues vraiment différentes, dont finalement on n'aperçoit même plus les ressemblances.

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