LANGUES SAVANTES EN ORIENT I
poena, soit en latin un emprunt au grec. Et c'est pour cela que le latin n'a pas déplacé le grec en Orient : l'imitation n'a pas eu un prestige suffisant pour remplacer l'original.
Dans les pays de langue grecque, comme dans ceux de langue latine, les écrivains sont demeurés fidèles à l'usage une fois fixé. Dès le i" siècle ap. J.-C, la langue qu'emploient les écrivains grecs ou latins est éloignée de l'usage familier. Des textes grecs qui, comme ceux du Nouveau Testam„ent, ont été écrits par des demi-lettrés pour le peuple, sont dans une langue qui diffère sensiblement de celle des lettrés. La découverte de textes grecs non littéraires — lettres, rapports, pièces de procès, brouillons, comptes — sur des papyrus conservés en Egypte a montré que les particularités non classiques de la langue du Nouveau Testament ne tiennent pas à l'origine étrangère des auteurs, mais au fait qu'ils s'éloignaient moins que les écrivains de l'usage de la langue parlée en leur temps.
Tous ceux qui ont écrit à l'époque byzantine se sont ainsi conformés plus ou moins à l'usage de la langue littéraire commune de l'époque hellénistique. Les variations en plus ou en moins tiennent au degré de culture des auteurs,- ef aussi à leur époque: il y a eu, à Byzance comme en Occident, des périodes de déclin de la culture, puis de renaissance. Le grec qu'on voulait écrire était presque toujours du grec normal, non du grec vulgaire. Et jusqu'à présent le grec ne
lyS LES LANGUES SAVANTES
s'est pas émancipé de l'usage ancien. Tandis que le grec actuellement parlé est loin du grec classique, la langue écrite vise presque toujours à s'en rapprocher. Des éléments nombreux et influents de la population s'opposent à ce qu'on écrive la langue vulgaire, telle qu'elle se parle, et, quand par exemple on a « traduit » en grec d'aujourd'hui les textes sacrés, il y a eu à Athènes des émeutes contre les « vulgaristes ». __
Toutefois, en Orient, le grec, qui avait été, du III' siècle av. J.-C. jusqu'au début de l'ère chrétienne, et même après, la langue commune de civilisation, n'a pas joué le même rôle que le latin en Occident. A la suite des expéditions d'Alexandre, il s'est fondé des royaumes de civilisation hellénique en Eg}^pte et dans l'Asie antérieure jusqu'à l'Inde. Mais bientôt l'hellénisme a reculé de l'intérieur de l'Asie vers la côte qui a toujours été le domaine propre des Grecs. Sous l'Empire romain, le grec commun est demeuré la langue de civilisation des parties de l'Empire où il dominait auparavant; mais il a cessé de s'étendre. Et, en propageant le christianisme, l'Eglise d'Orient n'a pas répandu le grec comme l'Église d'Occident répandait le latin. Elle n'a pas conservé l'unité qui caractérise l'Église d'Occident: il y a une Église romaine, il n'y a pas d'Église byzantine.
En Occident, on a parfois commenté ou paraphrasé en langue du pays les textes sacrés du chris-