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FIXITÉ DE LA LANGUE ÉCRITE

compte de la critique, comme on le voit par les éditions de son œuvre postérieures à la première. La langue littéraire française telle qu'on l'a fixée au XVII' siècle, et telle qu'elle a peu varié depuis, au moins en ce qui concerne les principes, est le résultat de discussions subtiles, portant sur des questions d'importance médiocre, souvent artificielles, mais qui ontjdonné à l'expression une extrême délicatesse et qui ont déterminé l'usage jusque dans des détails infiniment petits. Le français est depuis lors une langue à la fois rigoureusement arrêtée et pleine de distinctions fines.

Cette fixation n'a pas été l'œuvre de grammairiens de profession, de théoriciens, procédant par principes généraux, ni d'écrivains de métier, mais d'observateurs, de gens du monde qui ont codifié l'usage pratiqué autour d'eux. La France a eu dès lors pour langue commune le parler fixé d'une société polie et lettrée.

On sait peu de choses du parler des faubourgs de Paris au xvii' siècle. Mais on a des données sur la langue qui se parlait dès lors aux portes de Paris ; elle diffère profondément de la langue littéraire qui s'est établie dans les salons parisiens, à laquelle de grands écrivains ont donné une consécration et que l'administration royale a adoptée et écrite avec une fermeté souvent admirable.

Une langue commune peut demeurer dans l'usage A. Meillet. 14

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des lettrés, et servir à la société polie, durant un long temps après avoir été instituée. Le grec commun qui s'est arrêté vers le iv^ siècle av. J--C., a servi, avec des changements minimes, durant l'Empire romain, et c'est encore la langue des Pères de l'Église. Le latin, qui s'est constitué à l'époque républicaine et auquel Cicéron a donné son aspect définitif, a été la langue de toute l'époque impériale, et il a fallu la ruine de l'Empire romain pour en faire abandonner l'usage; encore a-t-il persisté comme langue savante de longs siècles après être sorti de l'usage parlé. Le sanskrit présente un cas plus frappant encore; comme le grec, il a été fixé dans les siècles qui ont précédé l'ère chrétienne, mais d'une façon beaucoup plus minutieuse, et les règles n'ont en rien varié depuis cette fixation. Toutefois les fixations de ce genre n'empêchent pas les tendances au changement d'agir.

Il peut y avoir alors deux cas.

Ou bien la langue commune subsiste comme une pure langue savante, entièrement distincte de l'usage courant. C'est ce qui est arrivé dans l'Inde, où le sanskrit était déjà très éloigné de la langue parlée au moment où les règles en ont été arrêtées, et où par suite les langues locales ont évolué d'une manière indépendante ; le sanskrit leur a fourni un vocabulaire savant; mais il n'a pas agi sur la prononciation, sur la grammaire, sur la forme des mots, et les langues actuelles de l'Inde sont si éloignées du type sanskrit, surtout au point de vue gramma-

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