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LE MAGYAR EN HONGRIE

en lesquelles il se divise depuis le compromis de 1867, il n'y a une population qui puisse imposer sa langue à l'État entier.

En Autriche, l'ancienne langue d'État est l'allemand; mais c'est la langue d'à peine un tiers du pays.

La classe dominante de la Hongrie est celle des Magyars ; mais elle ne constitue même pas la moitié de la population. Si l'allemand était demeuré la langue de tout l'empire austro-hongrois, il aurait conservé du moins le prestige d'être la langue impériale ; l'adoption du magyar comme langue officielle d'une des moitiés de la double monarchie a brisé la situation privilégiée de l'allemand. Les colons allemands et les juifs, qui sont nombreux en Hongrie et qui ont une situation supérieure encore à celle que leur donnerait leur nombre, sont obligés d'apprendre le magyar s'ils veulent jouer un rôle dans l'État, et ils sont perdus pour l'influence de l'allemand comme langue générale.

Car, en Hongrie, la classe dominante impose sa langue avec tyrannie ; elle profite de ce que les populations roumaines, slovaques et croates sont presque uniquement rurales, n'ont pas de villes importantes et ne disposent presque d'aucun moyen pour développer leur langue.

Néanmoins, elle n'a pu empêcher la Croatie de garder une autonomie, et, par suite, d'avoir sa lan-

23e LANGUES NATIONALES EN AUTRICHE-HONGRIE

gue officielle^ qui est le serbo-croate : il y a à Zagreb (Agram) un centre important de culture serbo-croate, et tous les efforts faits pour y imposer le magyar comme langue commune échouent.

Du reste, le magyar n'est pas une vieille langue de civilisation. Il porte dans son vocabulaire la trace d'influences extérieures de toutes sortes; il est plein d'emprunts au turc, au slave, à l'allemand, au latin, tandis que lui-même n'a exercé sur les langues voisines presque aucune influence durable. Sa littérature n'a pas de prestige. Il n'appartient pas à la même famille linguistique que la plupart des langues parlées en Europe et que toutes celles qui se parlent en Autriche-Hongrie ; il a une structure compliquée, n'est facile à apprendre pour personne. Hors de la Hongrie, il est universellement inconnu. Sorti des frontières de la Hongrie, un sujet hongrois qui ne sait pas d'autre langue commune est hors d'état de se fiiire entendre, hors d'état même presque partout de trouver un interprète. Une publication scientifique en magyar est destinée à demeurer ignorée.

Aussi les nationahtés non magyares de la Hongrie éprouvent-elles comme un acte de tyrannie le parti pris des Magyars de leur imposer leur langue comme langue d'État. En effet, chacune de ces nationahtés a une langue dont les titres de noblesse valent autant et plus que ceux du magyar. Le slovaque est un dialecte du groupe tchèque, qui a un passé et qui s'est donné au xix* siècle une langue de civilisation.

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