LE SERBO-CROATE
économique aussi avancé que les Tchèques ; ce sont pour la plupart des ruraux. Surtout dans les pays Slovènes, les Allemands sont les maîtres dans les villes; plus au Sud, Trieste, entourée de parlers Slovènes, a une majorité d'habitants qui se sentent itahens et qui parlent l'italien. Aussi n'a-t-il pas été fait autant de concessions au slave du Sud qu'au tchèque. Il y a une Université serbo-croate dans la Croatie demi-autonome qui est rattachée à la Hongrie, à Zagreb (Agram), et c'est Zagreb qui est le grand centre de culture serbo-croate en Autriche- Hongrie. Mais, en Autriche, il n'a été accordé aux Slaves du Sud aucun centre de haute culture qui leur appartienne : l'Université de Graz est purement allemande.
Dans le pays d'empire austro-hongrois, la Bosnie- Herzégovine, il n'a été institué non plus aucun centre de haute culture en serbo-croate ; mais il a été impossible de refuser des écoles élémentaires et des écoles secondaires de langue serbo-croate à une population qui, tout entière, emploie des parlers serbocroates.
Les populations slaves méridionales de l'Autriche ont repris conscience de leur nationalité. Elles parlent, elles écrivent leur langue. Il est trop tard désormais pour imposer l'allemand ou l'italien aux Slovènes et aux Serbo-Croates de l'Istrie.
Fidèle à sa politique de division, l'Autriche a favorisé la création d'une langue littéraire slovène dis-
tincte du serbo-croate, et il y a des écoles slovènes, des gymnases slovènes, des livres en slovène. Sans doute les parlers de l'extrême Sud-Ouest diffèrent sensiblement des parlers d'Herzégovine sur lesquels est fondé le serbo^croate littéraire. Mais ces différences n'ont rien d'essentiel ; elles ne sont pas beaucoup plus grandes que celles que présentent entre eux beaucoup de parlers considérés comme serbo-croates. Aucune difficulté ne s'oppose à ce que les Slovènes aient comme langue commune le serbo-croate. Alors le million et demi de Slovènes qui, fpar lui-même, est impuissant et qui ne saurait se donner ni une littérature importante, ni une culture scientifique propre, accroîtra utilement la masse imposante des Serbo-Croates et prendra sa part de tout ce qui sera fait en serbocroate.
Ce sentiment commence à se développer nettement chez les Slovènes, et les barrières qu'une administration artificieuse a élevées pour séparer en petits groupes la masse des Slaves méridionaux d'Autriche, de Hongrie, de Croatie, de Bosnie-Herzégovine, de Serbie, de Monténégro, sont destinées à être enlevées : dès maintenant les différences de confessions religieuses n'empêchent pas les Serbes et les Croates de n'avoir qu'une seule langue littéraire, la même à Belgrade et à Zagreb; le fait que les catholiques se servent de l'alphabet latin et les orthodoxes de l'alphabet cyrillique perfectionné par Vuk ne dissimule à personne l'unité parfaite de la langue :