DIVERSITÉ DES LANGUES
catholiques, orthodoxes et* musulmans serbo-croates n'ont qu'une même langue littéraire, dont les Slovènes peuvent se servir également. Un terme nouveau, celui de yougo-slave (c'est-à-dire slave méridional), qui tend à se répandre, exprime l'unité foncière du monde serbe, croate et slovène.
A côté du polonais, le petit-russe demande sa place en Galicie. Comme la propriété foncière est en grande partie entre les mains de Polonais et que, dans les villes, les bourgeois sont surtout de langue polonaise, le petit-russe est demeuré presque sans culture.
D'autre part, la grande masse des sujets employant les parlers peùts-russiens, qu'on appelle aussi' ruthènes ou ukrainiens (oukraïniens), est en Russie où la bureaucratie tsariste ne lui permettait aucune manifestation extérieure de ses caractères propres. Or, le petit-russe diffère trop peu du grand-russe pour qu'il y ait lieu de créer sur la base de ce groupe de parlers une langue commune distincte du grand-russe : les sujets employant les parlers petits- russes de Russie se sont jusqu'ici servis sans inconvénient comme langue de civilisation de la langue russe commune fondée sur le grand -russe.
Mais, dans la Galicie autrichienne, les Ruthènes ne peuvent se servir du polonais, qui est d'un type slave tout différent. Pour éviter l'emploi de la langue russe commune par des sujets des Habsbourg, il a
24e LANGUES NATIONALES EN AUTRICHE-HONGRIE
été constitué en Galicie une langue littéraire ruthène qui prend de l'importance à mesure que le peuple ruthène se rend indépendant de la noblesse et de la bourgeoisie polonaises.
Maintenant que les provinces petites-russiennes de l'ancienne Russie se sont constituées en un Etat autonome, l'Ukraine, cet état doit se choisir sa langue. Le plus sage serait de garder le grand-russe littéraire. Mais si, comme il est possible, on écarte ce parti raisonnable, la seule langue de civilisation que trouve prête le nouvel Etat est celle qui a été fixée en Galicie, sur la base des parlers petits -russes les plus éloignés du grand-russe, et qu'on appelle souvent le ruthène. Alors une même langue littéraire ser\-ira à la Galicie autrichienne et à l'Ukraine autonome. Il est douteux que le gouvernement des Habsbourg ait à se louer de cette conséquence de sa politique.
Il y a donc, dans l'Autriche actuelle, quatre grandes langues slaves distinctes, langues écrites et capables d'être des instruments de culture : le tchèque, le polonais, le serbo-croate (à côté duquel il y a encore un slovène, sans passé et sans avenir), le ruthène. Ces langues appartiennent à trois groupes différents du slave ; et même les deux qui sont du même groupe, le polonais et le tchèque, se sont développées au xix* siècle d'une manière si indépendante que leur parenté dialectale en est en partie