ALBANAIS
nationale; leurs descendants sont amenés à accepter l'anglais comme langue de civilisation, et bientôt comme langue unique. L'anglais est devenu ainsi en Amérique la langue d'un grand Etat indépendant, les États-Unis, et d'un grand Dominion britannique, celui du Canada.
Et ce n'est là qu'un des domaines conquis par l'anglais: un continent, l'Australie, de grandes îles comme la Nouvelle-Zélande sont désormais de langue anglaise. Des groupes de langue anglaise sont disséminés dans une foule d'îles et de colonies en Afrique et dans le Pacifique. Dans l'Inde, l'anglais est l'une des langues de civilisation, la seule langue commune du pays. Ainsi l'anglais, disséminé dans le monde entier, sert à des civilisés appartenant, outre les Etats-Unis d'Amérique, aux grands Dominions qui constituent l'Empire britannique. Il est la plus mondiale des langues.
D. — Albanais.
Dans la région montagneuse qui borde à l'Est l'Adriatique, entre le domaine serbe qui finit avec le Monténégro et le domaine grec qui commence avec l'Épire, se trouvent les parlers albanais, employés par un assez petit nombre d'individus, un million tout au plus.
L'albanais n'a jamais été l'organe d'une grande nation ; il n'a jamais servi à exprimer une civilisation
originale. On l'a écrit très tard ; les premiers textes qu'on en possède sont du xvii^ siècle. Il n'a donc, à proprement parler, pas d'histoire. Les mots très nombreux qu'ils ont pris à toutes les langues qui les entourent montrent que les Albanais ont subi l'influence de la civilisation de tous leurs voisins ; mais eux-mêmes n'ont jamais exercé une influence de civilisation ni fourni de mots aux langues voisines. Dans la seconde moitié du xix^ siècle on a cherché à constituer une langue littéraire albanaise; les missions catholiques organisées par l'Autriche ont pris une part importante à la fixation de cette langue littéraire.
La première influence qu'on saisisse sur la langue albanaise est celle du latin. On sait que l'Illyrie et la région danubienne se rattachaient à la partie occidentale de l'Empire romain; à l'époque antique le grec n'a rien fourni à l'albanais. Mais le latin, qui avait pénétré dans le Nord de la région balkanique assez pour y laisser une langue romane actuellement subsistante, le roumain, a fourni à l'albanais une large part de son vocabulaire de civilisation. Quand on a voulu créer une principauté d'Albanie, au début de 1914, le titre dont on a pourvu le prince proposé par l'Autriche a été celui de 7nbret, qui est la forme prise en albanais par le latin imperator. Après avoir ainsi emprunté au latin, l'albanais a pris quantité de mots au grec, à l'italien, au slave.
Le pays albanais est pauvre, et les Albanais ont
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beaucoup émigré. Il y a en Grèce de fortes colonies albanaises, qui se sont hellénisées; la population actuelle de l'Attique est, en notable partie, d'origine albanaise. De petites colonies albanaises en Calabre et en Sicile conservent leurs parlers propres jusqu'à présent. D'une manière générale, les Albanais transportés hors de leurs montagnes se fondent dans les populations parmi lesquelles ils s'installent. Mais, dans leur pays, ils gardent leur langue qui, comme leur nation, a son caractère propre ; et, tout petit qu'il est, leur groupe est résistant.
E. — Groupe baltique.
Au xii^ siècle, vivaient dans les régions voisines de la côte orientale de la Baltique des populations employant un type archaïque de langues indo-européennes, type auquel, faute de nom indigène commun, les linguistes ont donné le nom de baltique. Ces populations avaient conservé un état social archaïque comme leur langue ; la civilisation gréco-romaine ne les avait pas atteintes; elles ignoraient le christianisme. Les Allemands sont venus ; les chevaliers teutoniques ont conquis une grande partie du pays par la violence ; des commerçants allemands ont exploité les ressources de la région; des missionnaires allemands ont exterminé le paganisme.
Dans la province actuelle de la Prusse orientale, les Allemands se sont peu à peu assimilé la population
locale à laquelle ils ont tout pris, la terre et jusqu'au nom. Le vieux prussien, qui est un dialecte baltique de grand intérêt linguistique, a cessé de se parler vers le xvi* siècle ; on ne le connaîf que par un petit vocabulaire compilé au xiv^ siècle, le vocabulaire d'Elbing, et par des traductions du catéchisme de Luther, faites pour propager la Réforme dans la partie de la population qui, au xvi^ siècle, n'avait pas encore adopté l'allemand.
Un autre groupe de parlers baltiques, le groupe letto-lituanien, s'est conservé jusqu'à présent. Les deux langues qui le composent, le lituanien et le lette, peuvent presque passer pour J[ÊUx^dialecteâ„ d'une, seule et même langue, le lituanien plus -archaïque presque à tous égards, le lette plus évolué, plus moderne. Le lituanien se parle de part et d'autre du bas cours du Niémen; le lette, plus au Nord, dans la région de la Dvina, jusqu'à Dvinsk, et autour du golfe de Riga. Le domaine lituanien appartient, pour une petite partie, à la Prusse et, pour la plus grande, à l'ancienne Russie; Kovno est en domaine lituanien; Vilna y était autrefois, et le nom de la ville est Htuanien ; mais on n'y parle plus lituanien, non plus que dans le voisinage immédiat dont le parler est blanc-russe. Le domaine lette appartient tout entier à l'ancienne Russie; mais l'aristocratie y est demeurée de langue allemande et de sentiments allemands; les souvenirs de l'oppression allemande y sont encore vivants, et ce n'est que depuis 1865 environ que la
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population lettonne indigène, libérée du servage, a pu se développer.
A aucun moment depuis le début de la période de civilisation, qui, pour ces nations, commence tard, ni le pays lituanien ni le pa)'s letton n'ont été vraiment autonomes. Dès le commencement de l'époque proprement historique, les chevaliers teutoniques dominent le pays letton ; quant à la Lituanie, elle n'a échappé à l'emprise allemande que grâce à son union avec la Pologne. Il n'apparaît pas que, avant le xvi^ siècle, on ait écrit ni le lituanien ni le lette. Les premiers textes qu'on possède de l'une ou l'autre langue, au xvi* siècle, proviennent soit de la Réforme, soit de la Contre-réforme ; ils sont de caractère religieux. Le lituanien a eu au xviii^ siècle un commencement de littérature propre ; mais il ne s'est constitué une langue littéraire qu'à la fin du xix^ siècle, sous l'influence du clergé catholique. Ce n'est aussi que depuis 1870 environ qu'une littérature profane écrite en lette a pu se développer. Mais il y a une importante littérature populaire et en lituanien et en lette.
Le trait qui frappe dans le lituanien est son singulier archaïsme. Bien que les plus anciens textes lituaniens soient du xvi^ siècle ap. J.-C, il arrive que certains mots lituaniens soient plus près de la forme originale indo-européenne que des mots correspondants du sanskrit et du grec, connus plus de deux mille ans auparavant. Ainsi le mot lituanien actuel
^îvas (avec un i long) « vivant » est plus près de l'état de choses indo-européen commun que le sanskr'n jîvas ou que le latin vivus; le lituanien esti « il e-st », attesté au xvi^ siècle seulement, est aussi archaïque de forme que esti « il est » du grec ancien, et plus que asti du sanskrit ou. que est du latin.
Le Baltique a eu au dehors peu de rayonnement. Il a emprunté des mots au slave et au germanique; il n'en a fourni à peu près aucun à ces langues. Toutefois le jfinnois a emprunté, sans doute avant l'ère chrétienne, beaucoup de mots au Baltique.
Les Lettons, qui sont une population énergique et active, n'ont pas eu besoin d'avoir la domination politique de leur pays pour absorber des populations voisines de parler finnois : le live qui se parlait immédiatement au Nord du pays lette a été remplacé par le lette, si bien que beaucoup des sujets qui parlent actuellement lette descendent d'ancêtres qui parlaient le live. Aussi l'archaïsme du lette est-il bien moindre que celui du lituanien; car une langue change d'autant plus vite qu'elle est parlée par une population plus active, plus mobile, et qui se renouvelle davantage.
Les langues baliiques ne sont parlées que par un nombre restreint de personnes. Le vieux prussien est sorti d'usage depuis longtemps. Le lituanien est parlé par à peu près trois millions de paysans ; mais, dans les villes, on parle allemand ou polonais ou russe ou yiddisch. On estime la population parlant lette à
environ j^oaooo personnes. La guerre actuelle a ravagé le pays lituanien et le pays lette plus que tout autre, et le nombre des habitants a dû se' réduire dans une proportion importante.
Le groupe baltique est géographiquement voisin du groupe slave, et il présente avec le slave de fortes ressemblances. Mais les deux langues qu'il comprend aujourd'hui^ le lituanien et le lette, sont nettement distinctes des langues slaves.
F. — Groupe slave.
Comme le groupe baltique, le groupe slave est demeuré longtemps à l'écart de la civilisation grécoromaine. Le premier contact entre les populations de langue slave et les populations de l'empire romain a eu lieu lors des grandes invasions ; et encore les rapports n'ont-ils pas été nombreux d'abord. Le premier texte slave écrit dont on ait la trace est la traduction des livres saints que les apôtres Cyrille et Méthode, venus de la région de Salonique, ont faite au ix^ siècle pour un prince slave de Moravie. A cette dare, le slave avait déjà emprunté aux langues occidentales, latin et germanique, des termes de civilisation, qui ont pénétré entre le v^ et le ix* siècle. Avec la traduction de Cyrille et Méthode commence l'influence du grec byzantin sur le slave oriental.
Demeuré à l'écart de la civilisation méditerranéenne et n'ayant pas subi, semble-t-il, à date
ancienne, beaucoup d'influences étrangères, le groupe slave a conservé un type linguistique archaïque ; la grammaire du slave était à l'époque de la communauté slave et est demeurée en partie aujourd'hui une grammaire proche, en ses traits généraux, du vieux type indo-européen. Par suite de cette conservation, les langues du groupe slave sont demeurées semblables les unes aux autres, plus que les langues du groupe germanique ou du groupe roman ; il y a moins loin du russe au serbe ou au polonais qu'il n'y a de l'allemand au suédois ou de l'italien au français, ou même du provençal au français. '
Les parlers slaves étaient encore très pareils les uns aux autres au viii^ siècle ap. J.-C. ;"ils n'ont commencé à diverger notablement qu'à partir du ix^ siècle ; depuis cette date, les événements historiques ont disloqué le monde slave, séparant les Slaves du Sud de ceux du Nord et orientant en des directions différentes ceux de l'Est et ceux de l'Ouest.
Il y a trois groupes de dialectes slaves, dont l'importance est inégale à tous égards.
Le groupe russe comprend trois dialectes : grand russe, au Nord-Est ; le centre est actuellement Moscou — petit russe, au Sud, depuis l'Est de la mer d'Azov jusqu'à l'Ouest de Lemberg (Lwow en polonais, Lviv en petit russe) — blanc russe, au Nord- Ouest, en bordure du lituanien et du letie. Ces trois dialectes n'ont divergé nettement que depuis le
xii^ siècle environ. Ils présentent, par rapport au slave commun, des innovations communes visibles au premier abord et qui résultent de ce qu'ils continuent un même dialecte de l'époque slave commune et surtout de ce qu'ils avaient encore un développement commun alors que les parlers du Sud et de l'Ouest étaient isolés du groupe russe. Mais, avec le temps, les trois dialectes russes sont devenus distincts.
Le terme blanc-russe est une expression générique pour un groupe de parlers locaux employés par plus de six millions d'individus. Il n'existe pas de langue littéraire, pas de langue commune du type blanc-russe. Les Blancs-Russes n'ont d'autre langue de civilisation que le grand-russe.
Le terme petit-russe s'applique à un autre groupe de parlers, plus considérable par l'étendue et surtout par le nombre des individus qui emploient ces parlers. On dit souvent aussi ruthène ou oukrainien (ukrainien). Les pr.rlers petits-russes ou ruthènes sont en usage dans toute la partie occidentale de la Galicie autrichienne, où la bourgeoisie seule parle polonais, dans une province de Hongrie au Sud des Carpathes où il y a environ 400000 « Ougro-russes », et dans tout le Sud de la Russie, jusqu'à l'Est de la mer d'Azov: les villes d'Odessa, de Kiev, de Khar'kov sont en territoire petit-russe. Le nombre des individus employant des parlers petits-russes dépasse certainement trente millions.
Actuellement, le petit-russe a un aspect assez dif- A. Meillet. }
férent du grand-russe, dont il se distingue par l'aspect phonétique et par la grammaire. S'il faisait partie d'un autre groupe indo-européen, le petit-russe passerait pour un dialecte peu différencié du russe ; sur le domaine slave, où l'on est accoutumé à opérer avec des langues demeurées semblables les unes aux autres, on qualifie volontiers le petit-russe de langue autonome, et la section de langue et littérature russes de l'Académie de Fétrograd, composée de linguistes éminents et compétents, s'est prononcée en ce sens en 1905. En fait, un individu parlant un parler petit-russe s'entend aisément avec un individu parlant grand-russe ; les transpositions à faire pour passer de l'un des types à l'autre sont faciles et régulières.
Néanmoins, il a été constitué en Galicie une langue écrite spéciale pour le pttit-russe, et aussi différente qu'on l'a pu du grand-russe, parce qu'elle a été fliite en Autriche et contre l'influence de l'empire russe. Comme la plupart des hommes cultivés se servent du polonais en Galicie, du grand-russe dans les provinces russes, et que d'ailleurs le gouvernement tsariste a fait au mouvement petit-russien une forte opposition, cette langue n'a pas pris jusqu'ici une grande importance. Le plus célèbre écrivain du domaine petit-russe, Gogol', a écrit en grand-russe.
Le grand russe est parlé dans tout l'Est et le Nord du domaine occupé par les Russes. Les parlers grandsrusses se sont beaucoup étendus par colonisation et par absorption de populations parlant d'autres lan-
gues, surtout des parlera finnois. Ils envahissent la Sibérie. Comme leur extension est relativement récente, ils sont d'une singulière unité : les différences entre deux parlers russes séparés par un millier de kilomètres n'atteignent pas celles qu'on observe normalement entre deux parlers français ou ita'iens séparés par quelques dizaines de kilomètres. Il n'y a en vérité qu'un seul parler russe sur tout le territoire grand-russe et dans les pays colonisés par les paysans russes. Et ce parler unique est celui de plus de soixante millions d'individus.
Le grand-russe a une belle langue littéraire. Longtemps les Russes sont demeurés fidèles à la vieille langue écrite des premiers traducteurs slaves, laquelle est du type slave méridional, et qu'ils avaient légèrement adaptée à leur usage; le russe écrit a du reste emprunté à cette langue une notable partie de son vocabulaire savant, comme le français a pris au latin écrit son vocabulaire abstrait. Mais, depuis la fin du xviii' siècle, une langue russe véritablement littéraire s'est fixée. Elle repose sur le parler populaire de la région de Moscou, dont elle ne se distingue ni par la prononciation ni par la grammaire. Une grande littérature a été composée dans cette langue ; elle a eu en Europe un rayonnement puissant. Le russe est aussi devenu une langue scientifique. Il tendait avant la guerre à prendre sa place parmi les grandes langues de civilisation de l'Europe.
Le groupe slave occidental a eu un sort bien
diffèrent de celui du groupe russe. Tandis que le russe pouvait s'étendre à l'Est, jusqu'à l'Océan Pacifique, au Sud jusqu'à la Caspienne et presque jusqu'au Pamir, le groupe occidental, limité à l'Est par les parlers baltiques, assez résistants, et par le russe, et comprimé à l'Ouest par l'allemand, n'a presque pas cessé de perdre du terrain. Il comprend actuellement deux grands groupes : le polonais et le tchèque.
Le polonais est employé dans l'ancien royaume de Pologne attribué à la Russie en 1815, dans une partie de la Galicie attribuée à l'Autriche en 1772 (en tant que la population rurale n'est pas de langue petite russienne dans ces deux domaines), et, en Prusse, la Poznanie, et aussi dans des parties de la Silésie prussienne et de la Prusse. Tant dans la région où ils forment une masse compacte, dans le bassin de la Vistule, que dans les pays où ils ont émigré, notamment en WestphaUe et dans l'Amérique du Nord, on peut estimer qu'il y a plus de 20 millions d'individus employant des parlers polonais. Le polonais s'écrit depuis le xiv^ siècle ; il a maintenant une littérature considérable et très originale. — Au groupe polonais se rattachent des parlers employés dans la région voisine de la Baltique, le kachoub, au Nord-Ouest de Danzig, qui est devenue une ville presque exclusivement allemande, et le slovmce, en Poméranie ; les parlers kachoubs sont encore bien vivants; le slovince est en voie de disparition; sans
être proprement polonais, ces parlers sont très proches du polonais.
Le tchèque est parlé par près de neuf millions de personnes; une masse tchèque compacte occupe le royaume de Bohême; mais beaucoup de Tchèques ont émigré, et Vienne par exemple compte une population tchèque considérable. La littérature tchèque commence de bonne heure, dès le xiii^ siècle. Après une période d'éclipsé, due à l'oppression de la bureaucratie des Habsbourg, il y a eu au xix^ siècle une renaissance énergique; et le tchèque est actuellement une langue de civilisation pourvue de tous les moyens nécessaires. — Les parlers slovaques, employés par plus de deux millions de personnes à l'Est de la Bohême, dans le Nord-Ouest du royaume de Hongrie, sont étroitement apparentés au tchèque: il y a un groupe hnguistique tchéco-slovaque ; et le tchèque peut aisément servir de langue de civilisation aux Slovaques. Un seul obstacle s'y oppose: l'administration hongroise.
Le domaine slave occidental était plus vaste autrefois ; il s'étendait à l'Ouest jusqu'à l'Elbe. Il y avait encore au début du xviii^ siècle des parlers slaves sur le cours inférieur de l'Elbe, notamment près de Lûchow, et l'on en a des vocabulaires et de petits textes : c'est ce que l'on nomme le polabe. Aujourd'hui encore, quelques dizaines de milliers d'individus emploient en Lusace des parlers slaves, bien distincts et du polonais et du tchèque, mais appartenant au
même grand groupe occidental; ce sont les parlers sorabes (on dit parfois Serbes de Lusace). Les sujets parlant sorabe sont bilingues, et leur langue de civilisation est l'allemand.
Les parlers slaves méridionaux s'étendent depuis le cours de l'Isonzo, qui tombe dans l'Adriatique, jusqu'à Salonique et à la côte orientale de la presqu'île des Balkans, sur la mer Noire. Ils sont séparés du slave occidental et du russe par l'allemand, le magyar et le roumain.
On y distingue deux types : à l'Est, le type bulgare; au centre, le type serbo-croate prolongé à l'Ouest par le slovène. Mais on ne saurait marquer nulle part une limite précise entre ces groupes : les parlers locaux forment une série continue depuis le bulgare jusqu'au slovène ; on ne peut dire où commence le slovène et où finit le serbo-croate que parce que des colonies serbo-croates venues de loin se sont juxtaposées à des populations parlant slovène, et les discussions, viciées par des préoccupations politiques, sur la limite entre les parlers serbes et les parlers bulgares en Macédoine n'ont guère de sens scientifique. On n'arrive à marquer une ligne de séparation précise entre les parlers de type « serbe » et les parlers de type « bulgare » qu'à la condition de choisir arbitrairement des critères entre tous ceux qai existent.
Il a été constitué deux grandes langues littéraires dont les limites d'emploi dépendront des limites politiques fixées par les traités : le bulgare, qui, aujour-
d'hui, sert seulement dans le royaume de Bulgarie, et le serbo-croate, qui sert à la fois dans les royaumes de Serbie et de Monténégro (en serbe Crna gora « montagne noire »), dans la Croatie hongroise, dans le pays d'empire austro-hongrois : Bosnie-Herzégovine, et chez les Croates d'Autriche.
Le serbo-croate s'écrit avec deux alphabets : avec l'alphabet cyrillique, qui sert au bulgare et au russe, chez les orthodoxes, avec l'alphabet latin (muni de quelques signes accessoires) chez les catholiques romains ; mais, depuis le grand linguiste Vuk qui a constitué la langue écrite moderne avec une orthographe parfaite, en complétant l'alphabet cyrillique par les signes nécessaires, il n'y a qu'un seul et même serbo-croate écrit qui est employé à Belgrade comme à Zagreb (Agram), à Cettigné comme à Sarajevo.
La plus ancienne langue écrite du slave repose sur un parler méridional : les traducteurs qui ont, au ix* siècle ap. J.-C, constitué la langue religieuse adoptée par les Slaves de l'Eglise d'Orient venaient de la région de Salonique ; ils ont écrit leur propre parler, et l'alphabet qu'ils ont établi était fait pour le noter. Le plus ancien alphabet, l'alphabet glagolitique, est sorti de l'usage ; il a été remplacé dans l'usage courant par un alphabet du type de la capitale grecque, l'alphabet dit cyrillique, qui est commun à tous les Slaves de l'Église d'Orient. La langue des premiers traducteurs a été dans chaque région adaptée à l'usage local; et il s'est établi des types régionaux.
Mais durant le moyen âge, les Slaves orthodoxes n'ont guère écrit que la langue fixée par Cyrille et Méthode. Au xix^ siècle, on a fait à nouveau une langue écrite serbo-croate et une bulgare mentionnées ci-dessus qui sont indépendantes de cette tradition, et qui sont très différentes l'une de l'autre. Le bulgare, qui repose sur le parler de populations originaireriient turques, mais slavisées, est le moins fidèle au type slave ancien. Le serbo-croate est, surtout par la prononciation, l'une des langues slaves qui ont le mieux gardé la structure slave commune.
La Bulgarie comptait, d'après le recensement de 19 10, 4300000 habitants, dont 3200000 de langue bulgare. A la même date, les Serbo-Croates étaient, en chiffres ronds, 3 000 000 dans le royaume de Serbie, 500000 au Monténégro; 3000000 en Croatie hongroise et dans le royaume de Hongrie; 2000000 en Bosnie-Herzégovine; 700000 en Autriche. En tout, les Serbo-Croates étaient environ neuf millions.
Le groupe slovène est le plus petit des groupes slaves d'Autriche; il compte environ 1200000 personnes ; il y a aussi quelques parlers slovènes en Hongrie et en Italie. Les villes principales du domaine slovène sont en grande partie de langue allemande comme Laibach (en slave Ljubljana) ou italienne comme Trieste. On a écrit et publié en slovène, mais depuis le xv^ siècle seulement, et la langue écrite slovène n'a jamais pris d'importance. Les parlers slovènes se distinguent trop peu des par-