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LE POLONAIS

latines, autres en un mot que les influences du slavon ecclésiastique et du grec byzantin qui se sont exercées si fortement sur le russe. On a pu mettre de jeunes Polonais dans la nécessité d'apprendre, malgré eux, le russe ; on n'a pu entamer le polonais qui, dans le pays proprement polonais, n'a reculé nulle part. La Pologne à laquelle la guerre rendra son indépendance retrouvera intact son domaine linguistique propre, et sa langue, qui n'a jamais cessé d'être cultivée, demeure l'instrument souple, délicat, expressif qu'il a toujours été.

Mais, des anciens partages et de l'occupation russe au XIX* siècle, une conséquence demeurera. Les Polonais ont été des conquérants. Ils ont fourni en Lituanie, en Russie-Blanche, en Petite-Russie une aristocratie dominante. Et le polonais était devenu dans tous ces pays la principale langue de civilisation. Les idiomes propres de la Lituanie, de la Russie Blanche, de la Petite-Russie n'avaient que des par- 1ers ruraux, sans culture. Les Polonais qui sont demeurés dans ces régions et qui y ont encore une grande part de la propriété foncière ont pu conserver leur langue avec le sentiment national polonais ; mais ils n'ont plus la force de l'imposer autour d'eux. Le polonais ne sera pas la langue des pays non polonais autrefois conquis par la Pologne.

Les Blancs-Russes emploient simplement le grandrusse comme langue littéraire.

Les Petits-Russes peuvent hésiter encore, on vient

de le voir, entre une langue particulière petiterussienne, qui existe déjà et qu'ils auraient tort de développer, et le grand-russe dont se servent la plupart d'entre eux. Mais, sous le gouvernement démocratique qui sera désormais le leur, ces pays ne reviendront pas au polonais.

Le rôle du polonais hors de la région où il est le parler de tout le monde est achevé. Et les aristocrates polonais isolés auront autant de peine à maintenir leur langue que leurs droits de propriété.

Dégagés de l'influence polonaise qui les avait dispensés jusque-là de se donner une langue de civilisation, peu disposés d'autre part à accepter le russe qui diffère absolument de leur parler local, les Lituaniens ont constitué une langue écrite qui commence à s'employer couramment. On a un peu écrit le lituanien depuis le xvi* siècle, durant le xviii^ siècle et surtout durant le xix'; mais jusqu'aux vingt dernières années, c'avait été sans système. Le clergé catholique, qui répugnait particulièrement à voir se répandre le russe, langue d'une confession différente, a, assez récemment, fixé une langue écrite, dont il est malaisé de prévoir l'avenir, mais qui est déjà employée de manière courante et par les Lituaniens de Russie et par ceux qui, en grand nombre, ont émigré en Amérique. Les Lituaniens n'ont pas de grandes villes, où ils dominent. Dans les centres urbains de leur région, les juifs, qui ont leur idiome

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à eux, tiennent une grande place. La situation de la langue lituanienne n'est donc guère favorable.

Le lituanien n'est pas la seule langue commune dont la domination russe ait rendu possible, sinon favorisé, le développement. Le dialecte baltique voisin du lituanien, le latte, n'avait guère eu de littérature depuis l'époque de la Réforme. L'aristocratie allemande, qui dominait le pays letton depuis la colonisation violente du pays par les chevaliers teutoniques, opprimait durement ses serfs lettons et ne leur laissait constituer aucune culture propre. Mais dès que la Russie tsariste a eu supprimé le servage et que les Lettons ont eu montré ce que pouvait leur puissance de travail, leur volonté de se développer, ils se sont donné une langue écrite, ils ont eu des écoles, une littérature. Les Lettons sont devenus prospères, et nulle part dans l'ancien empire russe l'instruction ne s'est autant répandue. La grande yille de Riga est pour les Lettons un centre.

Au point de vue linguistique, le lituanien et le lette sont étroitement apparentés et peuvent passer pour deux dialectes d'une même langue. Mais ces deux dialectes se sont développés sous des influences différentes; l'un, le lituanien, a conservé un aspect archaïque, tandis que l'autre, le lette, se modernisait. Le lituanien a pris au slave — surtout au blanc-russe — beaucoup de mots qui ne se retrouvent pas en lette. Les deux populations ont d'ailleurs des situations différentes, un passé différent, des religions diffe-

rentes, des tempéraments différents, et l'on ne voit pas comment elles pourraient tirer parti de la ressemblance ancienne, bien sensible encore, entre les deux idiomes.

L'esté, qui ne pouvait prendre un rôle notable tant que l'Estonie était une province russe, prétendra peut-être à une existence indépendante dès qu'il existera une autonomie estonienne constituée. Il s'appuiera sur le finnois auquel il est apparenté.

Durant les dernières années avant la guerre, la bureaucratie tsariste avait aussi essayé d'imposer en Finlande la connaissance du russe. Les Finlandais, qui ont déjà l'embarras d'avoir deux langues de civilisation, le suédois et le finnois, ont résisté. La révolution russe, en donnant à la Finlande une indépendance aujourd'hui reconnue, a coupé court à ces efforts inutiles^ et tyranniques. Depuis que la Finlande a pris un caractère démocratique, le rôle du suédois y recule, et le finnois, qui est la langue de la grande majorité de la population, devient aussi la langue principale du pays.

Le finnois de Finlande, le carélien qui en est très proche et les autres parlers de type finnois qui se parlent de la Finlande à l'Oural forment un ensemble qui, du fait de l'indépendance de la Finlande, aspirera aussi à prendre de l'importance, mais qui ne paraît pas avoir un grand avenir.

Il y a donc dans 1^ bassin de la mer Baltique, une

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