‹ Les langues dans l'Europe nouvelleChapitre 93 sur 122 · LE YIDDISCH · texte numérisé non relu

LE YIDDISCH

série de petites langues, absolument distinctes les unes des autres, et toutes sans rayonnement au dehors : deux langues Scandinaves, le danois et le suédois, deux langues baltiques, le lituanien et le lette, deux langues finno-ougriennes, Teste et le finnois. Si le traité de Brest-Litovsk sort tous ses eflfets, l'Allemagne aurait une suzeraineté plus ou moins nette sur les pays de langues lituanienne, lette, este et finnoise. L'allemand, qui a déjà sur tout ce domaine une grande influence, deviendrait nécessairement la grande langue de civilisation chez tous ces peuples, dont les langues propres seraient réduites à un usage régional.

Dans la Russie tsariste, les juifs, dont le nombre dépassait cinq millions, avaient un statut à part. Comme, d'autre part, ils ne se marient qu'entre eux, que leurs usages les isolent du reste de la population, qu'ils s'en tiennent souvent à l'écart et en sont souvent tenus à l'écart, ils constituent une société spéciale, qui a sa langue, le yiddisch.

Dialecte allemand, venu d'Allemagne occidentale, le yiddisch s'écrit avec des caractères hébreux et apparaît à ceux qui le parlent dans les pays slaves comme une langue proprement juive. Il n? s'emploie pas seulement dans les parties occidentales de l'ancien empire russe, Lituanie, Russie-Blanche, Pologne, Petite-Russie, Bessarabie, les seules où les juifs étaient admis à résider, mais aussi en Galicie autri- A. Meillet. 17

chienne et en Roumanie, Et les émigrés juifs de tous ces pays Tont emporté avec eux en Amérique. On écrit le yiddisch ; il y a une littérature en yiddisch ; et il est devenu une sorte de langue nationale.

L'avenir montrera si cette langue est capable de résister à des institutions démocratiques qui, accordant aux juifs l'égalité avec les autres citoyens, briseront l'isolement où ils sont, mais, du même coup, les obligeront, s'ils veulent exercer leurs droits, à être maîtres de la langue commune des pays dont ils seront des citoyens normaux. Si le yiddisch se parle seulement dans la famille, peu à peu il apparaîtra comme inutile. Partout où les juifs ont été traités sur le pied d'égalité, leur idiome propre a tendu à s'effacer, et ils ont été conduits à adopter la langue de la population à laquelle ils se mêlaient. Toutefois, l'esprit national juif est si fort actuellement dans l'Europe orientale, surtout chez les éléments pauvres et relativement peu cultivés, ; que, durant assez longtemps, le yiddisch a chance de survivre.

Le yiddisch s'appuie du reste sur l'allemand dont il est un dialecte. Durant leur occupation de la Pologne, les Allemands ont pris des mesures pour le préserver. Ils trouvent au maintien du yiddisch le double axsftntage de diviser la population des villes polonaises et de s'appuyer, partout en Europe orientale, sur des gens parlant une langue proche de la leur.

- En Bessarabie, la majorité de la population est

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