LE YIDDISCH
roumaine ; la dissolution de l'Empire russe va peutêtre amener le rattachement de la Bessarabie au royaume de Roumanie, qui, de par le traité de Bucarest avec les puissances centrales, perd, d'autre part, la Dobroudja, région trouble où se mêlent des populations diverses.
En outre, les Turcs, les Géorgiens, les Arméniens ont chacun leur langue littéraire; et le turc oriental qui s'écrit en Russie est différent du turc osmanli de Constantinople et d'Asie Mineure.
Tandis que, dans la Russie proprement dite, il n'y a qu'une langue, les provinces frontières offrent une situation linguistique complexe, et la même difficulté s'y rencontre que dans une partie de l'Autriche, bien que généralement à un degré moindre : langues nationales devenues des langues communes employées concurremment dans une même région. Toutefois il y a partout, plus nettement qu'en Autriche, une langue dominante. La Lituanie et la Russie-Blanche où le polonais de la bourgeoisie et le yiddisch des Juifs se juxtaposent au lituanien, est parmi les cas les plus complexes ; mais, même là, il y a un fond nettement dominant de lituanien ou de russe suivant la région; et des institutions démocratiques, donnant des droits égaux à tous les citoyens, feront ressortir le caractère dominant du lituanien ou du russe. Hors d'Europe, mais dans une région assez européenne, en Transcaucasie, la juxtaposition de trois langues de civili-
sation, le géorgien, l'arménien et le turco-tatare, pose des problèmes plus délicats encore.
Tant que, dans l'empire russe, il y a eu un pouvoir central fort, les parlers turcs, disséminés sur plusieurs régions n'avaient pas d'importance. La naissance d'un patriotisme turc dans l'empire ottoman et l'aflFaiblissement de l'influence russe vont créer, pour les parlers turcs de Russie, des conditions plus favorables, et il faut prévoir que les populations de langue turque de la Russie ne se laisseront pas absorber aussi aisément qu'elles faisaient du temps des tsars.
On peut même se demander si les groupes qui emploient des parlers finnois noyés parmi les parlers russes n'essaieront pas de cultiver ces parlers et ne se mettront pas à résister à l'assimilation.
La colonisation russe de la Sibérie et de la Transcaspie était en- voie de donner à tout le Nord de l'Asie une même langue de civilisation, et le russe aurait pris de ce chef une importance immense.
Le trouble de la situation politique menace d'entraîner un trouble pareil de l'état linguistique dans les territoires de l'ancien empire russe. Les progrès du russe seront arrêtés tant que la Russie n'aura pas retrouvé un ordre et une unité. Et, du même coup, l'extension du groupe linguistique indo-européen en Orient se trouve en partie enra3'ée.