MULTIPLICITE DES LANGUES
flamande s'enferme dans son petit groupe et risque de perdre le contact avec le vaste monde. Le Flamand qui ne sait plus que le flamand est inférieur à celui qui savait le français, et ce qu'il publie est peu connu au dehors. A ce mal, il trouve une petite compensation : il peut participer à la culture néerlandaise, dont la masse reçoit ainsi un accroissement appréciable.
En somme, il paraît maintenant des travaux de caractère scientifique ou technique, dont l'intérêt est universel ou vise à l'être, dans plus de vingt langues européennes différentes. On est loin du temps où, avec la connaissance du seul latin, on pouvait lire tout ce qu'écrivaient en Europe les savants et les philosophes, et où tous ceux qui pensaient s'entendaient aisément avec une même langue morte.
L'état ancien de l'Europe, avec sa langue scientifique une, était celui d'une société relativement étroite où une toute petite élite intellectuelle se trouvait au-dessus d'une masse de gens incultes. L'état moderne est celui d'un monde où le cit05^en le plus modeste a droit à sa part de culture et d'influence, et où cette culture doit lui être aisément accessible, de même que cette influence doit pouvoir être librement exercée. Mais la commodité conquise par la masse est compensée par une gêne pour les élites.