‹ Les langues de l'Europe moderne, trChapitre 19 sur 39 · SOUCHE BASQUE · texte numérisé non relu

SOUCHE BASQUE

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446 LANGUES DE l'eUROPE.

En combinant sur ce tableau les syllabes l'une à côté de Tau Ire placées dans une colonne horizontale, on obtient la forme de chaque conjugaison.

Le radical de chaque verbe exprime à la fois la troisième personne singulier au nominatif ^vqq la deuxième personne singulier à X accusatif j dans la conversation amicale avec un interlocuteur du sexe masculin ; par conséquent, il n'y a pas de personiie marquée dans la première rubrique chez il au.

La ressemblance qui existe entre toutes ces formes si étranges et celles des langues américainei, ne saurait être révoquée en doute. La langue magyare y touche, mais bien peu ; encore moios It système sémitique, qui attache extérieurement leâ pronoms à Taccusatif. Ilumboldt donne des exemples, d'après Astarloa, qui a étudié le dialecte des fiiscayèns ; Larramendi a fait des recherches sur celui de Guipuzcoa.

Les verbes dits ir régulier s sont conjugués comme lés verbes auxiliaires; jflyt^iw, avoir ou satoir, se forme dans le présent de la cinquième conjugaison (Je Vaiyje le sais)^ dans le dialecte de Guipuzeoai de la manière suivante; le signe de la troisième personne de l'accusatif est d :

SINGULIER

X D-aqut'tf je le sais.

% D-aquirc y ta le sais, ô homme!

l^-aqui-n , tu le sais , ô femme !

D'oqui'zu (oa -isu), tu le sais, ô maître !

ô maîtresse !

3 B^qid, il le sait.

I familièrement.

I poliment.

PLURIEL

1 Ihaqui-^u, nous le savons.

a D-aqui'Zute (ou 'tsute)y vous le savez.

a D^aqm'Uy ils lé savent.

En Europe, la langue basque n'a pas de sœurs; car il ne faut plus, comme jadis, courir au hasard à la reeberche de quelques ressemblances fortuites. La grande et profonde science naturelle des langues a pdur devise : Point de salut hors la méthode. Dire qu'il existe un lien entre le celtique et le basqœ, est assurément une impsirdonnable erreur.

La fusion indissoluble, fusion intellectuelles de la signification avec la relation, s'exprime dans les langues à flexion par l'inséparable fusion maté-^

148 LANGUES DE l'eUROPE.

rielle ou phonétique, c'est-à-dire que le radical luimême peut subir une flexion. C'est le caractère essentiel de la troisième classe des langues. Les éléments, qui étaient encore roides et récalcitrants dans les langues de la deuxième classe, sont enfin devenus souples et vraiment vivaces; une langue à flexion peut, dans sa sphère phonétique, suivre à pas égal tous les mouvements si multiples et si compliqués de l'activité intellectuelle. Au delà, il n'y a plus de structure supérieure possible.

Pour comprendre tout ce qu'il y a de différence entre la classe agglutinante et la classe à flexion 9 on n'a qu'à comparer la conjugaison et la déclL — naison agglutinantes avec celles d'une langue A flexion quelconque, soit sémitique, soit indo-ger— manique, pourvu que celle-ci ne soit pas tout à fami déchue.

D'abord la déclinaison. Elle ne nous montra ; dans les idiomes agglutinants, qu'une séparation peu visible entre le cas et sa postposition, le pltEricl exprimé par un son indiquant le nombre, ^^ l'apposition des terminaisons de cas, absolument comme dans le singulier. Lia fusion de ces divef^ sons entre eux et avec le mot n'existe pas encore; i' n'y on a au plus qu'un faible commencement. L€^ genres masculin et féminin manquent de marqua

LANGUES A FLEXION. ' i49

Prenons, au contraire, le participe grec tuwtwv, TuirTou<7a, Tvirrov, pour exemple de la flexion. Ici, nous voyons le genre dûment annoncé, et cela non d'une manière matérielle, mais symbolique, comme cela doit être dans une classe élevée. Nous y voyons le radical qui est tuttt-ovt; le féminin est désigné symboliquement par une voyelle longue, ici principalement iy qui est remplacée en grec toujours par ca; le nominatif se sert de la consonne démonstrative s (comme pronom indépendant sa^ sd, h, -h), mais les féminins dans les langues les plus antiques n'ont que rarement cette consonne. Le 'genre neutre^ comme presque partout ailleurs, reste ici sans recevoir une marque particulière : il se dislingue précisément par ce défaut.

Ainsi, nous avons les formes fondamentales :

nominatif masculin, tvit-tovt'ç; féminin, Turrr-ovr-ca ; neutre, tuwt-ovt.

Ces formes ne sont cependant point permises d'après les lois phonétiques de la langue grecque; elle a des lois qui possèdent , plus que dans une langue agglutinante, la puissance de fondre les éléments des mots pour en produire des unités. Dans tw- Tovrç et Tuir-TovT, on voit ainsi s'effacer tç et t ; alors va se montrer de nouveau la force de l'expression symbolique que prend la relation; car le nominatif

150 LANGUES DE l'eUROPE.

masculin, qui est censé exprimer un objet animé, après avoir perdu deux lettres finales vr , est dédommagé, pour ainsi dire, par la prolongation de h voyelle précédente, c'est-à-dire o devient w, WK^ (tç) devient tutctcjv. Quant au neutre wittovt, il re-

jette seulement son t, et devient tuittov. Dans 1 féminin, -tc- se raccourcit en ç, devant lequel, d'a-^ près la loi phonétique grecque, ov se transformersà en ou; le résultat est donc TuirTou<7a au lieu du pri^ mitif TuirrovTffoe. Le signe du génitif est ç; dans les radicaux à consonnes , il se fait accompagner par la voyelle intermédiaire o ; la terminaison féminine a y prend toujours la prolongation primitive a ou n*i il y aura donc : TuirTovroor masculin, ^jcrwaviç féminin, TU7CT0VT0Ç neutre.

Le signe du datif est pour le masculin et pour le neutre le < locatif, pour le féminin un renforcement ai; ainsi TutrrovTc, TUiTToueraae, CC qui SC CO0'

tracte en wirrowcT^-c (un m avec c).

Le signe de l'accusatif -p doit devenir -v en grec, puisque cette langue ne supporte jamais la termî' naison en p. Le neutre a la même forme que le masculin ; le neutre fait de la forme de l'accusatif so^^ nominatif: bonus masculin nominatif, honum ma^' culiii accusatif, bonum aussi neutre nominatif ^^ neutre accusatif.

LANGUES A FLEXION. i51

Dans le masculin, ce -v, parce que c'est une consonne, doit adopter un a pour voyelle interméiiaire après laquelle le *v s'efface : ruirrovT-a pour

rv«TOVT-a-v.

Laissons de côté le duel, et tournons-nous vers e pluriel. Son signe est ç, probablement comme iaos le mot sanskrit sam, sa, qui signifie collection^ 3n allemand samt, sammen. Suivant la méthode agglutinante on devrait dire : nominatif TU7rTovT<7e<7^

génitll, TUiTTovTffoç, datif Tuirrovrorc) aCCUSatlf TiMTTovTffav,

etc. ; en d'autres termes, la marque du pluriel ç devrait précéder les signes des cas; quant aux idiomes à flexion, il est fort douteux qu'il en ait jamais été de même.

Le nominatif masculin Tuirrovr-cç montre le signe du pluriel et celui du cas fondus ensemble ; le nominatif féminin rxmroMaat n'est qu'un radoucisseûent pour TuirTov<7aç. Le neutre a la forme nominative gale à la forme accosative, wicrovra, ce qui a prq- ^blement remplacé Tu^rTovrav sans le ç du pluriel. Le génitif, primitivement s-âm en sanskrit, onne à l'oreille grecque o^v ; ç est la marque du pluriel; am n'est pas bien clair quant à son origine, 'est la marque du génitif. Le ç de cette terminai- On s'évapore après les radicaux à consonnes : tuic-

^vrwv au lieu de TuirTovrorcov ; au féminin, TUirrouora-

152 LANGUES DE l'eUROPE.

<ra)v s'esl transGguré en TUTTrou^a-uv, puisque la loi phonétique grecque détruit le ç placé entre deui voyelles, et on arrive à la contraction TvirrouaSv pour Tuirrou<7o^-(0v ; le neutre du génitif est simplement ruir

TOVTWV.

Le datif, primitivement un vrai locatif, possède la terminaison a-i^ ce qui est tout à fait selon l'agglutination, un composé mécanique de c locatif et de ç,TU7rTovT<7C| d'où il naîtra, selon la loi phonétique,

TrrKrovciy Tuirrovorc OU mascullu, r^nroifoofrct OU féminiOi

et TuiTToueraeç quand le erc sc transforme en cç.

L'accusatif, au contraire, place le signe du pluriel à la (in de la terminaison du cas : Tvirrovro-ç, tvir-

TOUffOtV-Ç OU TUITTOUaaç.

Cette comparaison établie entre une déclinaison flexive et une déclinaison agglutinante suffit, je pense, pour démontrer la différence qui sépare les deux grandes classes de langues à l'égard du substantif, ce qui se démontrera plus encore à l'égard du verbe, véritable âme de la phrase.

Et d'abord, nous rencontrons ici, comme dans la dérivation des mots Xcy-w et Xoy-o-ç» le symbolisme delà relation, la réduplication, la transformation des radicaux ; nous n'y trouvons plus, comme dans la classe agglutinante, la syllabe extérieurement accollée : en grec, Xccttw, eXeirov, XcXotTca, d'un radical

Xmt; en gothique, greipa (temps présent), graip (temps passé), ^rrtpantf (participe passé), d'un radical yrtp/ nima binant, pluriel némum, numans. Cette formation revient fréquemment dans le sémitique; nous en parlerons tout à l'heure.

La flexion des personnes et des nombres diffère tout à fait de ce qu'on en voit d'analogue dans les idiomes agglutinants; chez ceux-ci, nous avons rencontré les personnes marquées par le pronom suffixe peu changé , et le pluriel souvent marqué par le signe du pluriel du substantif; ce qui ne peut être autrement puisque, dans les idiomes agglutinants, la différence du substantif et du pronom n'a fait que commencer. Dans les idiomes à flexion aussi, il est vrai, les terminaisons personnelles sont en rapport visible avec le pronom, mais les formes du verbe à flexion se distinguent à fond de toutes les autres ; une force énergique a formé ici cette totalité indissoluble appelée mot, et on ne saurait plus se méprendre sur le profond contraste qui y règne entre le substantif et le verbe. Précisément, parce que l'unité du mot se maintient avec rigueur dans la flexion, on n'y saurait marquer tant de relations à un seul mot; tandis que les changements vraiment démesurés que les langues agglutinantes et incorporantes font subir à leurs verbes et subslan-

154 LANGUES DE l'eUROPE.

tifs, ne peuvent avoir lieu qu'aux dépens de l'unité du mot, comme, par exemple, dans la conjugaison turque. Le verbe à flexion accueillera donc moins de relations que le verbe agglutinant ; de là, aussi, la grande difficulté de décomposer en éléments simples les formes à flexion. Les éléments exprimant la relation subissent, dans l'idiome à flexion, les changements les plus considérables, seulement pour conserver l'unité du mot. C'est à cause de ces énormes variations que nous croyons pouvoir nous dispenser ici de faire le tableau en détail des conjugaisons à flexion ; tandis que la déclinaison à flei^ion, tout en se distinguant de la déclinaison agglutinante, offre cependant quelques faibles ressemblances avec celle-ci.

Nous allons entrer dans le domaine de nos langues modernes, des langues de la civilisation européenne, qui sont destinées à élaborer les idées régénératrices du monde et à les porter jusqu'aux dernières stations terrestres. Nous, les enfants du dix-neuvième siècle , disons donc avec raison : « Hors les idiomes européens d'aujourd'hui, point c de salut pour l'avenir du Genre Humain. » Tout en reconnaissant ce qu'il y a en eux de profondément vicieux, nous pouvons être justement fiers de nos idiomes ; mais n'oublions pas de les étudier i

fond et de les soumettre à la vraie critique, qui est étraugère à toute superstition nationale et à toute forfanterie capricieuse, à demi érudite ou ignorante.

La classe à flexion ne se compose que de deux souches : la sémitique et V indo-germanique.

La classe monosyllabique, de même, a peu de représentants.

Très - nombreuse , au contraire, comme toute classe intermédiaire dans les règnes naturels, doit être la classe agglomérante ou agglutinante.

Les deux souches sémitique et indo-germanique sont dans la possession des peuples qui, jusqu'aujourd'hui , ont travaillé au premier rang à cette œuvre universelle et trois fois sainte qu'on appelle l'Histoire, ou le Développement de l'Humanité. Plus riche est Vidiome d'une nation, plus riche est, )u a été, la mission historique, politique, sociale, le cette nation. Nous remarquons toutefois que les )euples les plus historiques, pour ainsi dire, ont ini par user le plus leurs idiomes. La même puisance créatrice donc, qui s'était d'abord déployée ivec tant d'abondance dans un magnifique idiome, .'en retire et se transporte plus tard dans l'a vite >olitique et sociale; de là, le délabrement trèsvisible des langues, jadis si riches des nations de premier ordre.

i56 LANGUES DE l'eUROPE.

Le contraste qui existe entre les idiomes sémitique et indo-germanique se manifeste également dans la sphère purement intellectuelle et historique; le sémitisme, par exemple, ignore la vraie poésie épique, qui est si importante dans presque toutes les langues indo-germaniques; le sémitisme, c'est le berceau du monothéisme, tandis que la mythologie des Indo-Germains, qui avait pris son origine dans le culte de la Nature, supposait une pluralité d'êtres divins. Occupons-nous toutefois ici de la différence linguistique seule.

Guillaume de Humboldt dit dans son célèbn ouvrage sur la langue de Kavi : « Sous le point d< « vue technique, l'organisme des idiomes sémili- « ques est peut-être supérieur à tout autre. QuelK « rigueur pleine de conséquences I quelle simplicité « remplie de grâces! quelle accommodation raisoi « née du son à l'idée ! Et pourtant, ces idiomes oi « deux fautes graves, qui sont tout à fait en dehoi « de ce qu'on doit demander rationnellement à un- « langue. Les idiomes sémitiques, au moins, tel t qu'ils existent aujourd'hui, exigent trois coi « sonnes pour chaque radical, mais de sorte qi « les consonnes et les voyelles ensemble ne coi « tiennent point la signification ; la signîficati(^- " « appartient exclusivement aux consonnes, la reh

^ tion appartient exclusivement aux voyelles. Il en K résulte, pour la forme du mot, une gêne insup- « portable à laquelle on préférera sans hésiter la « liberté telle qu'elle se trouve surtout dans nos

^ langues indo-germaniques Trois consonnes

^ donnent à un radical une étendue, un volume, « pour ainsi dire, qui invite à marquer les relations •t à Taide des voyelles ; tandis que, après avoir une «f fois destiné les voj elles à remplir cette tâche, il ^ ne reste pour exprimer les significations que de •f s'adresser aux consonnes. »

Ainsi donc, chez les Sémites, le radical ne sauï*ait se manifester isolément; il se compose de trois Consonnes. Là, où ce radical se montre avec une Voyelle ou avec plusieurs (chose évidemment nécessaire pour la prononciation humaine), ce radical ^ déjà revêtu la forme d'un mot exprimant une signification spéciale. Les trois consonnes hébraï- C|ues q t l, paj exemple, composent un radical Cjui a la signification du verbe « tuer ; » mais toute forme prononçable, dans laquelle les trois consonnes en question se montrent, exprime déjà \ine relation spéciale : qtol^ par exemple, c'est Vinfinilif «tuer;» qotel^ le participe de l'actif « tuant; » qatal^ la troisième personne du passé « il a tué. » Cela est bien différent d'un radical

i58 LANGUES DE l'eUROPE.

grec, par exemple, x^r, qui se transforme en htmè, c je laisse; » cX^rov, « je laissais. »

11 existe cependant, chez les Sémites, une variation quand il s'agit d'employer des moyens phoné« tiques pour marquer la relation. Les modifications de relation qui ressemblent à des changements d& signification, les formes causative, réflexive, transitive et autres du verbe, la différence entre le verb^ et le substantif, bref, la formalion d'un radical oii d'un thème, la formation du mot proprement dite, se fait par une transfiguration intérieure du radical, soit avec des appendices extérieurs, soit sans eux. Les relations^ au contraire, qui ne touchent point la signification, se marquent par des appen-

dices extérieurs. Cela a lieu dans la formation des cas, qui se fait presque toujours à l'aide de prépo^ sitions ajoutées ; cela se voit également dans la conjugaison, qui se fait par l'adjonction des pro-*

noms.

Les deux manières différentes, dont je viens de parler, se basent^ il est vrai, sur une différence in^ tellectuelle, idéale; mais il en résulte une étrange non-conformité phonétique.

On y trouve, en effet, d'un côté, le principe à& la flexion, l'union des expressions phonétiques d^ la relation et de la signification, poussée tellemen C^

loin, qu'elle fait même tort à leur différence qui

&^t aussi primitive et nécessaire à l'essence de la

flexion; tandis que, de l'autre côté, la déclinaison

âà flexion réelle n'y existe pas, parce que les cas se

rn arquent à l'aide des prépositions.

Le verbe, de même, s'attache les pronoms dans &a conjugaison personnelle d'une manière si palpable, pour ainsi dire, qu'on peut être tenté d'y voir Une agglutination et non une flexion. Le sémitisme ne sait donc pas suivre la route régulière et mesurée de l'indo-germanisme; il a beaucoup de facilité à former des racines, mais l'indo-germanisme est plus capable que lui de former des mots composés, ce qui vaut assurément mieux.

Chez les Indo-Germains, nous trouvons par conséquent la notion du mot exprimée dans une unité phonétique qui correspond avec l'idée^ unité par* faite de signification et de relation.

L'unité du mot indo - germanique est l'unité vraie, résultant de la différence entre la signification et la relation. Cette véritable unité organique ^ flexion n'est plus, comme chez les Chinois, une identité monotone du son de signification et du ^on de relation ; cette unité à flexion est de même Supérieure à la différence dissolue et dissonnante qtii se rencontre dans les idiomes agglutinants.

iOO LANGUES DE l'eUROPE.

Voilà donc une différence fondamentale entre I sémitisme et Tindo-germanisme, et qui, selon recherches, ne saurait guère être contre-balancée pana la flexion qui leur est commune, ni par les quelques douzaines de radicaux qui se ressemblent des deupa côtés. On serait trop hardi d'en inférer l'origine iden tique de ces deux souches. La patrie primitive d«^ l'une était si peu éloignée de celle de l'autre rac^ . qu'on peut très-bien par ce simple fait géographiqa^ expliquer beaucoup de leurs ressemblances et de leurs coïncidences en mythes, en contes populaires, , en dénominations, etc. Youlez-vous absolument soutenir l'opinion de leur origine commune, alors vous devrez aussi soutenir celle de bien d'autres langues, ou plutôt de toutes^ il y â plus ou moins de coïncidences entre toutes. On voit dans la nature des corps organiques, par exemple, les espèces d'une classe d'animaux qui se ressemblent entre elles : tous les mammifères se ressemblent, tous les oiseaux se ressemblent, tous les poissons se ressemblent ; il y a là une gradation en ligne ascendante ou descendante qu'on fera bien de comparer à celle do toutes les langues, liais il ne s'ensuit pas, ce me semble, de conclure de lu à un être primitif Mt^lafètfef ainsi, de dire, par exemple, que les deux genres voisins, connus sous les noms de bœufei de '

cez/*, ont pris leur origine dans un animal mélangéi dam un bœûf-cerf ou cerf-bœuf.

Cela nous conduirait directement à faire descendre tous les mammifères d'un mammifère primitif, tous les oiseaux d'un oiseau primitif, tous les poissons d'un poisson primitif, etc. C'est comme qui ferait dériver d'un soi-disant Dieu unique toute la nature, ou, en d'autres termes, tout ce qui existe. Le bœuf-cerf ou cerf-bœuf, l'oiseau primitif, l'arbre primitif, etc., sont des produits aussi fantastiques que le serait la langue primitive sémiticogermanique.

Pott (dans son livre sur la souche indo-germa* nique, Eneyclopéd. de Ersch et Gruber, p. 19) a tiré un parallèle entre les organismes des langues et ceux des règnes naturels; noiais ce grand et savant penseur se trompe, à mes yeux, quand il s'écrie.: « Il peut y avoir des idiomes bâtards dans les de- « grés les plus divers. » Il en infère une différence essentielle entre les organismes naturels et les orga^ Aîsmes linguistiques. Quant à moi, je demande à ^ottde me montrer n'importe quelle làJï%Xktbâtarde. Il n'y en a point, puisque V essence intérieure ^ xxn idiome ne subit jamais et nulle part une altération ^tieJGonque par l'adoption et même par l'invasion de certains mots étrangers; cela ne regarde que le

462 LANGUES DE l'eUROPE.

dictionnaire et point la grammaire, c'e6t*à*diress Tâmcou la vie du sang et des nerfs de cet idiome

souoHB aÉmmqum,

Les langues issues de cette souche ont plus de ressemblance entre elles que n*en ont les langiff ^ issues de la souche indo-germanique. f

La dénomination de sémiiique vient de Sem^ fiii de Noé, d'après les anciennes généalogies mtîo* tiales qu'un livre béhnique, intitulé la Ge»^ s'est plu à étaler.

La souche sémitique domine dans rAsie sudouest; de là| die a poussé sous le règne des Ar^

bes VW8 l'Afrique et vers l'Europe. Les Juifs, ^ j

perses partout, n'ont pu établir leur idiome es idiome miionaK La plupart des langues sémitiqtiÀ sont efiaoées : c'étainit l'araméen (c'est-è-dire, leqf" rien et le chaldéen), l'hébreu, le phénicien, l'arabe (l'éthiopien)» L'arabe existe encore; un dialecte arabe, celui de Tile de Malte, est le sral rmiésa^'

SOVCBI INDO-GERMANIQUE. 163

Mut sémitique en Europe. On a eu tort d'appeler le dialeete midtàis un résidu phénicien (4).

soiroHS nmo-oxBMAinQus.

^ Çest elle qui est la mère de la plupart des lan* ^[i/^ européennes , des langues qui manifestent aTec le plus de clarté Tessence de la Parole HunMÛne.

Le nom dHndo'fermûmpêe doit être maintenu^ parce qu'il est fort usité» et qu'il s'est efforcé d'emharasser toute l'étendue d# la race en désignant à la fois ses deux localités extrêmes : depuis les Indm orientales jusqu'à la Germanie, du sud-est au nordoueitt. Remarquons, cependant, que cette dénomi*» nation oublie le celtique, situé eiïcore plus vers rouest.

On n'aurait pas le droit, du reste, de s'opposer à

(i) Tofcs tXsMai sur la langue éUs Maltais ^ par O^nius.

164 LANGUES DE l'eUROK.

l'introduction d'une désignation meilleure; makié celles qui ont été proposées jusqu'aujourd'hui, il faut le dire, sont détestables : indo-européen y nom en vogue chez les auteurs non-germaniques, pourrait induire dans l'erreur que toute langue parlée en Europe était de cette souche ; af^ien (du sanskrit drfa, du zend airja)^ n'appartient qu'aux familles gango-indienneet iranique; le nom A^sanskritain ferait subsister le vieux préjugé que toutes les langues de cette souche viennent du sanskrit; le nom dejaphéttque serait une plaisanterie biblique, qui, en outre, renfermerait une erreur scientifique.

Il est triste de le dire, mais il faut qu'on le sacMI enfin, l'opposition que les savants slaves et autres' font a la dénomination d'indo^ermanique , yieûi presque toujours d'une mesquine ambition nationale ; ils ne veulent pas* permettre à la race germanique de placer son nom à' côté de celui de la race gango-indienne.

Des Allemands, c'est-à-dire des Germains, ont les premiers étudié d'une manière méthodique toutes ces langues en question, et ouvert une nouvelle époque à la linguistique, flors la méthode, point de salut; on peut, sans doute, lancer des jeux de mots, des comparaisons arbitraires, des déductions capricieuses, mais qu'où n'ose jamsis

SOUCHE INDO-GERHAMQUE. 165

nous préseoter ces fantaisies cotume de la science, Nous nous abstenons ici de citer les noms, mèine véDérables sous d'autres rapports, de certains fs&ud(yJinyuiêtes modernes; leur puérilité nous cause exactement le même malaise que celle des fs^ndo-naturaliêtes du moyen âge et de l'antiquité» qui n'ont su que rêver et radoter sur les animaux, les végétaux et les minéraux. Seulement ces anciens naturalistes étaient excusables; les faux linguistes modei*nes né le sont pas (i).

Les langues indo-germaniques peuvent être rangées, d'après des lois phonétiques communes, dans on grand nombre de divisions et de subdivisions. Elles ont chacune hérité des biens de leur mère, mais l'héritage s'est inégalement distribué parmi les (Ules ; plus nous reculons à l'est, plus nous rencontrons de cet . héritage , et la langue sanskrite eu a conservé plus qu'aucune de ses sœurs, tandis que la langue celtique, la plus occidentale de toutes, s'est éloignée le plus du type indo-geripanique.

(i) F'oyez avant tout Franz Bopp, Sur ie système de la conjugaison en

*^^rUf en latin, en perse ^ en grec et en germanique; i8e6, Francfort,

■^ Du mème^ La grammaire comparative du sanskrit ^ du zend, du grec,

"" latin, du lithuanien et de l'ancien slave; i833, Berlin (inachevé). —

^^t, Etfmologischè ForscUungen auf dem Gebiete der indo-german»

S/iB'^

-1 T -nii

166 LANGUES DB l'eUROFE.

La patrie primitive des Indo* Germains a été k contrée élevée qui s'étend des montagnes Moustag et Bélourtag vers l'ouest, vers la mer Caspienne (4). Les peuples occidentaux ont probablement codh » mencé cette longue émigration : les Perses et les Indiens, désignés ensemble sous le nom d'Ariem, étaient les derniers , et peuvent être regardéi comme le reste de la population indo-germaniqae primitive.

Seulement, gardons-nous de chercher la demeure primitive dans l'Inde orientale même ; les Ariens de rinde ne sont que des immigrants qui ont Fdfoulé les authocthones indiens. Notre hypothèse H :< fonde également sur la langue, sur le mythe et sitf \ la situation du terrain.

Mous croyons reconnaître plusieurs paires. La paire arienne est composée des Indiens (Hindous) et des Iraniens, appelée, d'après le nom à^àrjm, es zend uifja, jque ces nations^là se donnaient dans i le commencement.

La paire pélasgique se compose des Grecs et des RoQiaias; la laqgue grecque primitive était ^trt* moment rapprochée de la langue latine ; ce n'est

(i) Foyez lassen, Indische Alterthûmer^ sur la demeare prîmiliTe des lodn-Germains, priocîpalemeDt des Aricus (I, 5a6}.

PAIRE ARIENNE. i67

que plus tard que la séparation s'y est introduite.

La paire slavo-lettane ou livone se compose des Slaves et des Lettons ou Livons.

Quant à la famille germanique et à la femille celtique, il faut les étudier isolément ; elles i)e se res- Uent pas beaucoup.

La paire arienne.

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