‹ Les langues de l'Europe moderne, trChapitre 27 sur 39 · Famille romane (i · texte numérisé non relu

Famille romane (i

L'histoire de la langue latine, c'est l'histoire de Rome. Rome païenne est morte, sa langue existe toujours sous plusieurs formes secondaires.

Occupons-nous donc de cet idiome si vivace d'une manière plus profonde et plus explicite, que cela ne nous a paru nécessaire à l'égard des autres idiomes indo-germaniques.

Le latin a rempli d'une gloire perpétuelle les contrées occidentales de l'Europe, mais l'origine de cette langue ne saurait être cherchée que dans l'Orient, dans ce monde mystérieux , dans cette patrie éloignée qui a servi de berceau à une grandiose langue primitive , éteinte depuis tant de milliers d'années.

Pour y entrer, le fil de l'histoire politique nous échappera complètement; il nous faudra nous munir d'un autre guide, de la comparaison rationnelle des idiomes. Ne nous amusons pas ici >

(i) Le rapport que M. le docteur Schleicher présente ici an public^ lui vieot de la plume de M, le docteur Delius, son ami et collègue.

fAIRE PÉLAlâGtQUE. 493

àpondre par des hypothèses à des questions passablement inutiles sur le quand et sur le comment? )i contentons-nous de savoir que le latin porte lans son essence le cachet indestructible de l'Orient indo-germanique. Les races, en d'autres termes , qui ont produit le latin, ne sont pas des autoch* thones européens, elles ont fait le long voyage de l'Asie centrale jusqu'en Italie. Gela doit ici suf* fire.

Les philologues qui ne cotinaissent à fond que le grec et le latin disent : < Le dialecte éolien était ( en quelque sorte un pont, à Paide duquel la lan^ « gue de la Grèce est entrée en Italie. » Mais ces «avants se trompent; quand on étudie Tanatomie comparative des idiomes, on trouve que le corps de la langue latine est bien plus ancien que celui de ia langAie grecque, et que déduire le latin du dialecte éolien serait un anachronisme. Cela se prouve par la voie physiologique. Le latin, en effet, n'est Nnt à moitié grec, il est tout à fait indo-germa-^ ï»iqoe.

A côté de la langue latine, qui est devenue plus ^^d la langue prédominante à l'exclusion de toutes ^ autres, il y avait des langues arrivées avec elle 'ti fond de l'Asie; l'observateur consciencieux a le ^Voir de relever l'existence des dialectes ombrique

iM LANGUES DE l'eUROPE.

et ûskCi tels qu'ils se présentent daps leurs nipou meqts de pierre et de l)rûnze.

I^eur sœur favorisée» ja langue latine, les a d^ trè^-bonne heure comprimées et supprimées, raai^ est-ce là un motif pour ne plus s'occuper d'ejles? Le môme sort a frappé encore des langues quji n'appartenant pas à la race indo- germanique, étaient peql-ètre les ajutocblhones de la presqu'tle des Apennins; Tétrusque, par exemple, et d'aur très dont on ne sait même plus le nom. Cette lapgue de Ron^e devenait peu ^ peu toute-puissante; ellf débordait, comme un immense déluge, les Apennins et les Pyrénées; elle refoulait impitoyablement jusqu'aux dernières vallées inaccessibles ce qu'iL restait encore des langues celtique, basqiie et aJPiiainaise» Seuls, les pays grecs, ceux en Grèce CQmm^ ç^Hx 4^s po|Qn$ grecs, gardaient toujours leur lao^ gue maternelle; Rome avait beau y planter l'aigle romaine, cet étendard n'a pu en classer Tidiom^ d'Homère. Quant au nord germanique et à l'esl^ «lave, les idiomes de ces barbares ont prévalu coQ^ tra la langue de Rome ; rnais, en revanche, elle a franchi, il y a trois siècles seulement, TOcéan Al*-* lantique, dont Rome païenne ne connaissaitquo 1^ bo.r4 orientfiU L<' Amérique du sud et du centra av^ lifi AnUU^ parlent, à l'heure qu'il est, la lan

gue de Rome dans trois formes récentes : en français, en espagnol et en portugais. Quelle grandiose et durable conquête linguistique I

. Au quinzième siècle, on commençait en Italie, et plus tard aussi en Fratice, à établir que les langues romanes ont été contemporaines de la vieille langue latine. A côté de la haute langue des vain* coeurs romains, disaient les savants d'alors, le peuple italien a toujours, même dans ce qu'on âp^ pelait l'âge d'or de la littérature latine, parlé une kngue particulière, un patois ayant un artida, fe verbe auxiliaire, etc.

A. cette assertion, je répoTids d'abord que le silence complet des auteurs classiques à cet égard «erait inexplicable.

En outre, il faudrait dans ce cas démontrer la production du français, de l'espagnol, du valaque, 6to., ài'aide de cette langue dite italienne ou vul^ gaire, au lieu de les faire provenir de la langue latine classique. Or, je ne vois nullement la possibilité scientifique de cette démonstration ; je suis donc obligé de me renfermer dans la solution de cet autre problème : de déduire les langues occidentales du latin classique, sans l'intermédiaire jde la langue dite italienne ou vulgaire ou lingua ruè^ iica.

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Raynouard, il est vrai, a fait tous les efforts pos^ sibles pour prouver l'existence d'une langue qui, bien que n'étant pas la langue classique de Home, aurait pourtant donné naissance aux idiomes des populations romanes; il veut que cette langue ait ét^ le provençal. Raynouard a publié ses recherches si éminemment importantes, et nous tous lui sommes redevables de nous avoir éclairés sur beaucoup de choses ; mais comment a-t-il pu espérer de réussir, quand on avait échoué de le prouver à l'égard d€ la langue italienne? Raynouard veut que la langue provençale ait été pendant quelque temps la langue universelle des nations romanes après la chute de Rome et de l'omnipotence du latin classique : il s'est trompé. L'idiome des trouvères et des troubadours, il est vrai, possède une grande abondance de formes ; il tolère, les unes à côté des autres certaines combinaisons de voyelles et de consonne» des combinaisons qui ne se trouvent dans les autres idiomes occidentaux que d'une manière partiale et exclusive; telle combinaison n'a reçu 1^ droit civique que dans telle langue romane; maielles préexistent toutes, dit Raynouard, dans lepro vcnçal, qui, par conséquent, est le père de tous les idiomes en question. Cette erreur a été réfutée^ entre autres, par Auguste Guillaume de Schlégeli

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qui a clairement démontré que la langue littéraire des Provençaux ne doit ses variétés de formes qu'à V irruption qu'y faisaient simultanément à un temps donné les différents dialectes de la France méridionale, des Catalans et des Piémonlais. Raynouard cite des exemples pour en inférer la dépendance où étaient les langues espagnole, portugaise et.ita* lienne de la langue provençale ; mais on peut citer encore plus d'exemples pour prouver cpie toutes les langues romanes étaient indépendantes les unes des autres; et surtout du provençal; pour prouver enfin qu'elles ne dépendent directement que du I latin.

Il nous reste cependant à définir la lingua /t^- ^^aou vulgarisj qu'on nous avait présentée comme on italien presque identique avec l'italien d'aujourd'huiy et ayant existé déjà aux temps du latin classique. Cette langue rustique des Italiens de l'anti- 1 quité est aux yeux des observateurs sus-mention nés I un milieu fort commode d'où ils peuvent à loisir déduire toute et chacune des formes spéciales qu'on trouve réparties* parmi les diverses langues romanes.' On peut de la sorte produire une langue à flexion qui embrasse toutes les modifications phonétiques et syntactiques des langues romanes en général; une langue complète sous tous les rap^

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portSy un vrai prototype^ qui n'a qu'un seul défaut c'est de n'avoir jamais existé que dans l'imaginatioii desétymologistes.

Quant h moi, je ne comprends pas même la nécessité logique de cette hypothèse. Les variations romanes s'expliquent, ce me semble, par la combinaison de deux éléments : la nature du latin d'un côté et la nature des organes phonético*acoustiqu6fl de l'autre 9 c'est de là que sont nés les dialectes du latin, c'est-à-dire les langues occidentales. Selon Bernhardy, le latin possède les^caractères suivants : « L'accent, dit barytanique, qui s'oppose à l'into- « nation de la dernière syllabe du mot ; la simple « et vigoureuse flexion à consonnes ; une formac tien de mots assez restreinte } la structure t simple et logique dirigée par des célébrités litté* « raires^ par des phrases fixées ; enfin^ la persété* « rance des significations des mots. » L'accentua» tion latine est^ sans doute, celle de ces cinq particularités qui a été conservée avec le plus d'unifor* mité» malgré tant d*altérations inévitables che& tant de populations différentes. L'accent latin frappait Toreille rowat ne, sans y nuire à la perception simultanée de la fummtiié frasodiqme des syllabea longues et courtes ; mais il en était autrement des Gaulois, des Espagnols» etc.» httt^ des nations rr-

I^AIHË PÉLA86IQUE, i99

maneà^ qui oubliaient la valeur ou quantité prù^ sùdique. De là , une grande stabilité des sjUabeé latines accentuées, conserrées chez les nationè ro^^ malles, tandis que les syllabes latiqes dépourvues d'accentuation, soit consonnes, soit voyelles^ se soÀt altérées jusqu'à devenir méconnaissables^

'La flexion, au contraire, a subi tin nombre considérable de déyastations de la part des influences dialectiques. La sonorité si rigoureuse, et même souvent rigide^ des terminaisons flexites du latin fut émoussée ; leur élément en consonnes fut rerh v^rsé par le désir général d'arracher aux terminai-^ sotis leurs consonnes en les changeant en Toyellés, ou de supprimer par Vapoeope les terminaisons tout entières» Les formes de la flexion latine ainsi mutilées ou même effacées, on n'y pouvait pluli niaititenir les nuances des yieilles significations latines ; ce qui restait de terminaisons à voyelles était dénudé d'intonation , ei la confusion des rojr elles devenait inévitable^ Cela avait Jieu surtout dans la déclitiaisoiii : annus, annumj des anciens Lalin»^ furent roiigés, ^ et ^ rejetés, il n'en fut laifôé que m^u; cet u sans accent ressemblait fort à & sanâ accient, et c'est ainsi que anno fut produit. Cette ▼ôyelle finale ne s'est maintenue que dans les lan-guës romaines du midi, elle s'effaçait dans celles

200 LANGUES DE l'eUROPE.

du nord; là, il ne restait que la syllabe radicale an. A celle forme de singulier si miililée s'adjoignait une forme de pluriel égalemenl mutilée.

Ainsi, Tantique déclinaison latine élait devenue impossible dans les langues romanes, à l'exception de la différence entre le cas direct et le cas indi^ rect (casus reclus et castes obligutis)^ qui se maintenaient encore pendant un certain temps dans les deux idiomes français , celui du nord et celui du midi, qui lous les deux n'avaient pas une aversion absolument insurmontable pour les terminaisons à consonnes.'

Les subslantifs étant ainsi tout à fait dénudés de leur fl^xion^ on était obligé à recourir aux prépositions pour exprimer au besoin la relation des sub* stantifs dans la phrase.

Mais l'emploi des prépositions ne fut introduit que peu à peu. Le sujet (nominatif) et le simple objet (accusatif) n'avaient pas besoin de ces moyens auxiliaires; seul, l'espagnol se sert de la préposition ad pour l'accusatif comme pour le datif. Mais lés prépositions devenaient nécessaires à la phrase amplifiée ; la flexion génilive du latin fut alors paraphrasée par la préposition latine de, qui désigne l'éloignement, la dépendance, la descendance, et par la préposition latine ad,, qui exprime le rap-

prochement, le voisinage. Le latin même avait déjà

fait emploi de ad et de pour rendre des relations compliquées; seulement il s'en était servi moins souvent que ne le font les langues romanisées.

Pour remédier à l'indétermination formelle du substantif dépourvu de flexion, les langues romani-^ sées acceptaient toutes le pronom déterminant, individualisant et démonstratif des Latins t//^, qui est, pour ainsi dire, le contraire du mot de nombre unus; celui-ci n'exprime que la généralité et l'unité. Le dialecte sarde n'est qu'une exception partielle ; il remplace cet ille par le pronom ipse^ en quelque sorte aussi, la langue^ daco*roumaine ou valaque, qui n'emploie ille qu'en l'attachant k la fin du substantif comme la langue grecque attache l'enclitique.

L'étude de l'organisation des idiomes romanisés montre que, même après avoir abandonné la déclic naison de cette flexion des substantifs, ils sont obligés à se défendre avec soin contre la destruction qui voudrait aussi envahir la conjugaison, cette flexion des verbes. Dans toutes les langues romanisées, on retrouve la conjugaison latine bien conservée dans ses quatre divisions. Les formes latines amoy amem, amabam, amaviy amaveram^ amavùsem^ s'y sont maintenues avec leurs nom-

bres et a?ec leurs personnes. L'effacement des syllabes terminales, il est vrai, empêchait en- quelque sorte de maintenir à côté de amabam le futur amaboj et à côté du subjonctif le^am legas le futur legam leges. La forme latine amavi, qui a le double sens de « j'aimai 2> et de « j'ai aimé, » n'a eonsené dans les idiomes romanisés que le sens de < j'ai^ mai. y On était donc forcé de remplir les lacunes à l'aide de paraphrases, et comment auraient-elles pu se faire plus aisément qu'à l'aide du verbe Atfbere^ avoir? Ce verbe n'indique ni- le futur ni le passé, mais seulement la possession* On ero^^ plojait habêre de sorte que, selon sa position et sa combinaison, ce verbe échangeait la notion depoè^ session contre la notion de ce qui ejàiste en ùrfièfëi Amare^ par exemple, exprime la notion aim^ dans une forme indéterminée; il ne devient déterminé que par hahère qu!on lui attache. Ce habere, qui exprime d'abord une possession actuelle, est donc ici tourné vers l'indéterminé et vers ce (Jtti précède ; c'est précisément cela même d'où habêfê tire la notion du futur: « j*aimer-ai, » littéralcfment/ai (à) mmer (i). D'un autre côté, ce habêre^

(i) OiiaVaI singuUèremmt trompé on étymologisant sur les formes

PAIRE PÉLASGIQU£. 208

qui se combine avec le participe passé en le traitant comme son objets change la notion de la pos^ session en celle du passée mais la signification passive de la forme latine habeo-amatum (littéralemenl/^' cela comme objet aimé) n'accompagne plus ce haberef le sens passif fut conservé pour l'objet régi. Cette façon de fondre deux verbes en un seul était déjà préparée par certaines dictions du latin classique, et^ sans doute, par Tusage p<»pulaire ; une fois cette impulsion donnée^ il était inévitable de la suivre dans toutes ses conséquences grammaticales. Ce qu'il y a là d'intéressant, c'est que habebam j'avais, et habui j'ai eu, en se subordonnant le participe j gardaient leur signification d'indicatif, tandis que habebam et habui^ se combi* nant avec ïinfinitif, se .trouvaient tellement aifaiblis par. son sens indéterminé, qu'ils substituaient à leur notion du passé la notion de la condition^ naliié; bref, le passé devenait un conditionnel : amére habebam, amare habui, prenaient la signication de « j'aimerais )» ou « je voudrais aimer. * C'est ainsi qu'on remplaçait la forme latine ama^

amaT'é (espagnol, de amar^he)^ amarei (portugais, de amcu^hei)^ amarai (provençal, de amar-ai)^ aimerai (français, de aimer-ai) ; on a cru trouver ces formes abrégées dans le futur exact amaverd; mais cette >forme latine n*ajamaisjoué unrôle. \

20i LANGUES DE l'eUROPE.

rem^ le subjonctif de Timparfait, qui s'était entièrement perdu par suite de Teffacement des termi* naisons. Habebam et habui ont d'ailleurs subi une abréviation par aphérèse et par syncope tout comme habeo : en italien amarei de amere^ €(bb)ty et ame^ ria de amare- {av) ta; en espagnol amaria de amare^ (hah) -ta; et en vieux français aimeroie de aimer '(av) oie.

Cette transition du passé habebam en un conditionnel (1) s'explique par l'emploi syntactique, que les idiomes nés du latin font de l'indicatif de Timparfait dans une phrase conditionnelle. Il en est de . même du plus-que-parfait : amaveram ne possède le sens indicatif ou direct «j'avais aimé » ou ht^be- bam amaiumj qu'en portugais; tandis qu'en provençal et en espagnol le sens conditionnel a complé — tement remplacé le sens du passé amare habebam^ et il signifie maintenant j'aimerais ou je voudrai aimer. Les nouvelles combinaisons parallèles rendaient inutile la vieille forme; il n'existe, en effets pas la moindre trace de amamramy j'avais aimé ^ ni en français ni en italien ; si vous ne voulez pas excepter le Chant d^Eulaliey le plus ancien de tous les monuments de la littérature française, qui

(i) La combinaison amare habui nt se rencontre qu'en italien.

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.«contient des formes qui rappellent le parfait ^t le plus-que-parjf^it des Romains : tmret de Jiahueràtj il avait eu, voldret de voluerat^ il ^vait voulu, et d'autres formes encore. Mais peut- ^tre s'expliquent-^lles mieux comme des formes de dialecte.

Ainsi donc, la plupart des formes latines du ^erbe actif j malgré l'altération qu'elles avaient ^ubie dans cette immense usine qu'on appelle là l'efonte ou la reconstruction d'un idiome et qui ne s'opère que dans ou après les grandes migrations des peuples, s'étaient sauvées et avaient maintenu leurs marques distinctives en rentrant dans le ibonde de la parole vivante. Il en était bien autrement du verbe jpa^^t/ des Latins; les terminaisons de flexion du passif étaient des consonnes, et les idiomes latinisés étaient tous portés à rayer chaque r et * à la fin d'une syllabe de tlexion dépourvue d'intonation. Le latin lui-même avait déjà plus souvent que ses frères indo-germaniques renoncé à la formation flexîve du passif, et la route était de la sorte frayée aux dialectes populaires, qui allaient se servir de la méthode analytique aussitôt que la méthode synthétique faisait défaut.

La vieille et véritable forme passive du latin amor^ « je suis un être qu'on aime, je suis aimé, »

306 LANGUES DE l' EUROPE.

était impossible à Toreille romanisée, puisque celleci détruit le r et le « après une syllabe non accentuée , et par conséquent ici après o qui n'a pas d'accentuation ; force était donc aui^ romanisés de chercher un palliatif. Us le trouvaient dans le verbe auxiliaire et vraiment primitif esse^ être, cet éternel frère junoeau du verbe auxiliaire et vraiment primitif habere. La transition que le latin passif passé sum amaius, j'ai été aimé, faisait pour devenir le romanisé passif présent sum ^ma^^SJ je suis aimé, fut facilitée non-seulement par l'urgence, mais aussi par la combinaison romanisée de l'acuf habeo amatum, j'ai aimé; la notion du -passé avait abandonné le participe amatus pour s'implanter au verbe auxiliaire, opération par suite de laquelle ce participe pa$sé du passif n'avait plus qu'un sens purement passif ^^ns la moindre détermîpatiop temporelle. Le présent sum^ je suis, n'avait par conséquent aucune collision à craindre avec le participe passé amf$tusi ces deux formel^, Tun^ du présent actif et l'autre du passé passif, $e confondaient ainsi chez les romanisés en une expression qui désignait le présent dans le passif : sum ^matusj on m'aime, je suis un être aimé, jesui$ aimé; cela se faisait en quelque^sorte par analogie inverse avec le hubeaamatum sus-meutionné^ dont (ô pré-

sent actif €it Je passé passif s'étaient amalgamés pouc produire le passé dans l'actif, habeo am^imfî'^i aimé.

Ce procédé intellectuel une fois admis^ ses conséquences ultérieures (eram^ fui, etc.) devenaient inévitables.

Le participe passif des Latins était donc destiné à jouer un rôle bien plus important dans la conjugaison des nations latinisées, que dans celle des Lalins. La participe passif de la première et de la deuxième conjugaison en dtus et en îtus était, il est vrai, très-bien protégé par son accentuation sur a et i, il entra ^ans mutilation dans les idiomes Fomanisés. Chaque idiome romanisé produisit des participes romanisés à côté de ces vieux participes latins, de sorte que les formes latines reçurent souvent une signification- adjective, tandis que les formes romanisées, se combinant avec les verbes auxiliaires habere et esse^ concoururent à la forma^ tien du veYbe. •

On voit aussi reçus chez les peuples romanisés les participes en ^ttu et en -«i^^ qui, immédiatement attachés au radical du verbe, avaient pour ainsLdire

poussé leurs racines dans l'oreille et dans la bouche du peuple même.

U en est autrement des participes en ^Uuê^ peu

2dè^ LANGUES t)E l'&UROPE.

fféqueats, ii est vrai, dans Tidiome laiin; aucun de ceux-là n'a passé dans les idiomes romanisés, et le ï bref, dépourvu d'intonation, fut changé en ûtus, même pour ceux des verbes de la deuxième et de la troisième conj ugaison, auxquels r usage latin n'avait pas attribue un participe du passif. On a voulu ramener ce "Utus au participe latin des verbes -uere^ c'est une erreur, puisque ce sont précisément ces verbes-là qui, dans les langues romanisées, ne connaissent point de participe en -ûtus; seul le verbe batuere fait exception, et encore une exception spécieuse, car les idiomes romanisés ont tous adopté battere et le latin n'a point batuiuê. D'où il faudra conclure que le participe -z2/m9 est plutôt une fo^rme romanisée indépendante; les partisans de X^Ungm rustica diraient que -ûtus n'a pu nattre que dans cette langue vulgaire. Quoi qu'il en soit, les part^ cipes "Utus ou -u^o sont fréquents dans TancieB espagnol et dans l'ancien portvigaîs. C'est là un cas important, car il arrive rarement qu'une forme flelive, commune à toutes les langues romanisées, ne se laisse pas expliquer par le latin.

Autrement, dans la végxoxï phonétique des langues romanisées, quand il s'agit de produire des mots, toutes les langues romanisées suivent, en effet, une roule entièrement difiérente de la route latine. Seu-

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lementy on n'a pas besoin de s'adresser h une lingua rustica pour interpréter ce fait. L'observation rationnelle prouve que les langues indo-germaniques secondaires, c'est-à-dire celles qui dérivent d'au«tres langues indo-germaniques, toute différente que soit leur inclination pour certains sons, ont une singulière ressemblance réciproque dans les manières dont elles se servent, pour approprier un seul et même son à leurs différents organes acoustiques et phonétiques.

L'apocope, la syncope, la contraction, toutes ces opérations se font avec un certain ensemble; ainsi^ vous chercheries probablement en vain dans toutes les langues romanisées une déviation phonétique du latin qui n'aurait pas dans le prakrit une dévia* tion parallèle du sanskrit; nous Tavons déjà dit, le latin est aux idiomes romanisés ce que le sanskrit était au prakrit. Vous voyez donc ici le génie phonético-acoustique de peuples très-éloignés l'un de l'autre marcher dans une seule et même direction. Plus la langue-modèle, ou mieux dit la langue écrite et littéraire, s'entoure d'un rempart rigide et inaccessible, plus le génie acoustico-phonétique sentira le désir de manifester ses sons particuliers et sa propre modulation.

11 n'est assurément pas permis, même à l'obser-

210 LANGUES DR I^'eUROPE.

valeur le plus péaétraut çt le plus logique, de comprendre les derdières cs^uses de ce changement phonétique et acoustique, l^ersonne ne peut dire, par exemple, pourquoi dans la bouche et dans l'oreille d'un Portugais le x latin (c'est-à-dire csoxiks) se transforme en un son sibilant, tandis qu'il devient un son guttural dans la bouche ^t dans l'oreille.d'uq Espagnol, et un son aigu ^ii&ant dans celles d'un Français. Tout ce qu'on en saurait dirCj^ c'est: que le son aigu sifflant a toujours existé en France, 1^ son guttural en Espagne, et le sqn sibilant en Portugal , de manière que le x des Latins a été prononcé de tout temps de trois mapiéres différentes daps ces trois nations. Chaque nation romanisiée âe permettait donc, dès le commencement^ 4'^^^^' buer à telle lettre latine une prononciation nationale, qui différait souvent de la piionpnciation noiv maie que cette lettre avait daj)$ )e latin classique. C'est sur cette base que la construction de cb^ -que langue romanisée a été commencée ; q^ûlfi- 'ment comme un végétal transplanté a b^ppin i)^ s'accommoder aux influences du cliniiat et du sol étrangers. Le végétal transplanté i>'est yiaibl§ qu^ lorsqu'il se naturalise complétemeat dans son nouveau milieu; voilà, eadeux mots, toute l'explication de la naissance des langues dites romanisées,

c'est-à-dire de ri.diome latin acelimatisé aux divers organes pbonético-acoustiques des diverses nations chez lesquelles U s'est transpQrté.

Jusqu'ici, nos lecteurs n'ont pas eu besoin d'en appeler à l'existence présumée de la lingua rustica; le lalin tout seul a suffi. Il n'en est pas ainsi quand il s'agit du coté formatif ou lexical des idiomes romanisés, et nous n'hésitons plus à attribuer à la lingue^ rusHca la production de toutes les expressions qui, communes à toutes les langues romanisées, n'ont pourtant jamais appartenu à la langue latine classique. Cette lingua rUstica aurait 4pnc engendré l'usage moins restreint de certains mots et de certaines formes, dont le latin classique et renfermé dans des limites très-rigoureuses, était çbligé de ne pas se servir. Regardée sous ce point 4e vue, l'origine de la lingua rustica peut être mise à découvert jusqu'à l'époque la plus florissante 4u classicisme ; tandis que la lingua rustica , comme telle, ne nous devient visible que beaucoup plus tard dans la littérature primitive des jeunes idiomes appelés romanisés. Plus un élément étranger et houftile s'interposait entre Rome et la nation romanisée, plus le jeune idiome romanisé s'éloignait du latin classique ; l'artère et le nerf entre Rome et la province romaine étant coupés, cette

2lâ LANGUES DE l'eUROPE.

province commençait à développer à part son idiome provincial. C'est alors que le germanisme pénétrait peu à peu dans le romanisme. Quant au celtisme, il existe aussi sans doute dans les idiomes romanisés.

Mais avant de séparer nettement l'élément cel-> tique des éléments romains communs à toutes les langues romanisées, il faudrait d'abord retirer le vieux celtique des langues celtiques modernes; sans cette précaution, vous risqueriez de rencontrer dans le celtique comme lui appartenant, tout ce qui y avait été importé par d'autres langues. En étymologie; comme ailleurs, on doit toujours marcher rationnellement, sans détour ni retour.

Ce que les lignes précédentes viennent de donner, suffit pour tin coup d'œil embrassant tous les idiomes romanisés ; les lignes suivantes entreront dans quelques détails, c'est-à-dire dans ce qui n'est pas élément commun de tous les idiomes romanisés (1).

(x) L*ouvrage allemand de Diez {Romamsche Grammatik, 3 vol.; i836* 1844» Bonn), rend presque inutiles tous les autres livres de lingnistiqfl* com(>aralive. A côté de Diez, nous ne jugeons digne d'être meotioDB^ que Rayiiouard (Choix des poésies des troubadours , I et VI ; Lexi^"* Homan^ I).

PAIRE rÉLASGIQUK. 213

Italien.

Cet idiome est le plus rapproché du laiin et a cronservé le ton latin plus que tous les autres. Diez croit que neuf dixièmes. des mots simples de l'italien sont des mots latins. Dans son dernier dixième, il existe des mots grecs qui n'y peuvent être entrés que par la \oie du latin, soit du latin classique, soit du latin vulgaire; tandis que les dialectes des îles italiennes, ceux de la Sardaigne et de la Sicile, H ont une quantité assez considérable de mots grecs, ^ et il est permis de supposer que le grec a directement influé sur la diction populaire des insulaires. 1^. Leur position isolée a de même gardé intactes cerj^: taines formes finales : par exemple, chez les insu- ^ laires sardes, une foule de terminaisons verbales à B^d consonnes qui n'existent plus chez les Italiens du mj contipent.

Frédéric II, empereur allemand de la grande

dynastie des Ghibelins ou Hohenstaufen, et les poë-

^ tes de sa cour sicilienne s'efforçaient de consolider

■m ^^e langue sicilienne écrite, qui eût été valable pour

"* l'Italie tout entière, mais cette langue impériale a

'^it place à la langue florentine du Dante. Cette

'ângue toscane, très-riche en sons simples et net-

214 LANGUES DE l'eURO^E.

tement déterminés, a précisément pour cela essuyé beaucoup moins d'altérations depuis son premier emploi à la littérature, dans la seconde moitié du douzième siècle, que les autres idiomes roînanisés.

La fidélité vraiment filiale que la langue italienne garde pour sa mère, se montre aussi dans la scru-

puleuse conservation dès voyelles accenttiées; les voyelles longues n'ont subi aucun changement : le& latines â, é, î, ô, z2, se reproduisenten italien par a, e, f , o, u; mais les voyelles brèves du latin qui, par leur brièveté, étaient pour ainsi dire obscurcies el voilées, se sont transformées eh diphthongues i ê est devenu te, et 6 est devenu ùo. Les voyelles latines i et u, aiguisées par position de consonnes, sont devenues chez les Italiens e et o. Les mêmes voyelles ^' et t^ , dépourvues d'accentuation , soiit devenues e eio dans les terminaisbns ; U svAnt cette transformation en o régulièrement , et î ch&qiie fois qu'il n'y avait pas une significatioti {>àrtt(iulière, ce qui lui arriva dans les flexions. kiAi\\ entre l'italien credi, terni, du latin credis, ttiMS, et l'italien crede, terne, dîi latin créait, iitHet, îl h*y a qu'une différence produite par la flexion et iitlllement par des lois phonétiques.

Les consonnes, de même, maintîeniièiât assez

PAIRE PÉLASGIQtJE. 215

opiniâtrement leur valeur latine. En italien, on rencontre moins que dans les autres langue^ rom£tnisées, la tennis qui se ramollit en une médian rità-* lien aussi remplace, il est trai, par v {h\ g, d, lei Pj c, t, du latin, quand ces consonnes sont pla<iéesl dans le corps mèfne d^un mot ; mais on y rencontre tout aussi fréquemment les consonnes latines.

Les fdiomes roraanisés ont pris l'habitude de ttiodifier par ^ et t la précédente tennis et fnédia d'une consonne prononcée du gosier; en italien, dette influence produit là consonne palatale correspondante, et c'est évidemment là transformation primitive et la plus simple de toutes.

Quant à l'assimilation, elle est un adoudsseùient qui, à cause de l'euphonie, efface une consonne devant la consonne suivante; l'italien assimile sans distinction et d'une façon toute mécanique p, b^ c, t, tandis que d'autres langues romanisées ont au moins la précaution de marquer par une certaine liiodification de la voyelle la nattlre de la côitiSonne éliminée : le htin factus se métamorphose en fàtto (italien), eii feito (portugais), et en hecho (espagnol). Une autre loi euphonique défend les terminaisons à consonne ; chaque mot italien ne finit donc qu'en a, e, t, o. L'italien n^aime pas non plus un hiatus qui se produit parfaitement par ^ et i^

216 LANGUES DE l'eÎJRO^E.

^es Latins. Le t est alors forcé, soit de faire diphihongue avec la voyelle suivante, soit de s'incorporer à la consonne précédente en la changeant^ le u se transforme en v. Quant à Tadoucisseaient de / ajouté à une autre consonne, cette opération est commune à toutes les langues romanisées, et s'explique par la modiûcation de / dur en / mouillé ou

h^nsfiamma^ on écrit i, ipais cet i est plutôt un j^ puisque fia ne compte point pour deux syllabes, mais pour une ; en espagnol {f)ljamma ou llamma avec le double /.

Passons en revue les autres idiomes romanisés, qui ne se sont pas contentés du premier degré d'altération, tel qu'il se rencontre chez les Italiens.

Espagnol.

L'italien est voisin de l'espagnol, sinon au point de vue géographique, du moins au point de vue phonétique. La flexion latine a été souvent plus exactement maintenue par l'espagnol que par l'italien, mais il s'éloigne du latin quant à la prononciation et quant aux mots. Dans la presqu'île de l'Apennin, on trouve le dialecte toscan devenu maître de la

PAIRE PELAS GIQUE« 317

rature ; dans la presqu'île des Pyrénées, le diae des Gastilliens a triomphé de celui des GaliiB, qui ressemble au portugais, et; de celui des ilans, qui se rapproche du provençal. Contraire italien, l'espagnol s'est beaucoup transformé uis le commencement de sa littérature,, qui date 1260; la différence de Tespagnol moderne et l'espagnol ancien est cependant . moins tran- Qte que celle entre le français moderne et le )çais ancien.

/espagnol garde les voyelles latines lobgues et entuées; le ê bref se change comme chez les, iens en diphtbongue {ie)y et le ô bref devient si une diphtbongue (t^). La transition de i aigu e. et de u aigu en o, quand ils sont aiguisés et )vés par leur position, se montre moins régu-. e qu'en italien, mais plus fréquente. Quant, aux. sonnes, la consonne du milieu s'adoucit plus ulièrement que chez les Italiens : les consonnes nes/7, b^ Cj t deviennent en espagnol h^ v^ y, d. fqui commence un mot^ se subtilise chez les lagnols modernes en un son d'aspiration, qui st perceptible qu'à l'occasion d'un hiatus; les »agnols de l'antiquité avaient au contraire gardé 'primitif. Devant i et e, le c devient un son lin- )-dental (ou glosso-dental), qu'on pourait nom-

2i8 LANGUfeS Dfe l'eOIÎOPE.

iDér sibilâht. Lé ^ devant i et ê devient an son guttural ast>iré, iS^Wk*A\tt j^ <}ui est une demivoyelle et qtii s'évsij>eré âiséineilt, ou qui, combiné avec la Voyelle fjréeédedte, engendré Une dlphthongue.

Le péncbafat dé dissoudre en voyelle une consonne liée à d'aûtliM éônsonnes, se trouvé eh italien à regard dé la èoiisonne / mouillé ; en espagiiol ce péncbafit revièmt fort souvent; Ainsi , en espaguoljâ gutturale Cy précédant une consonne, se change en i ou eny. Parfois ée/ ou i exerce, comme éù Italien, une iiitlnetitie zêtaciste sur la consonne qui lui est alliée, et modifié pér uiïé métathésé^ très'-iisitée en ek^gnol, là voyéflé précédente; j^r^ois aussi cè^ ou i devient Uû son às^^iré. J'ap^éllè iiitààfim Tensemble des effets, souvent fort surpreriàbts, cfii'exéi<cem t,jf etd^Àutrés sons semblables èùr dcâ <5diiSonnes slvec lesquelles ils sbtit tnis en c6îi(iàct.

tïhé autre soltlliôh, 4tli se mohtre c(ùelqitefmà par exception dans c guttural, et assez sbuveht dans les coDsônnes labiales; est celle eh tt, ce qui donne àu^ diphthongue particulièrement propre à ridiome espagnol. L, quand il eàt affkibli psir^, s'évapore au milieu et ne laissé derrière lui qu'une astiiratitfn spéciale ; tandis que, dans le commencemehi d!nn mot, / se maintient et fait tomber la consonne ad-

PAIRE PÉLASGIQUE. 1kl9

Jointe. Cette difTérence de /, deyeda liquide au comriiencement et au milieu, s'explic^ue quiind on a vu qu'en général line consonne latfne qui commence le mot, se conserve; une tennis, par exemple, sTâffaiblit fort rarement en une média : lama gardé àon /, et jama n'est qu*tine forme dialectique Mcondaire ; tandis que, au milieu d6 mot, Ij s'af- Aiiblit et devient une gutturale aspirée» vetulus btin devient viéjo espagnol et veïho portugais.

On prétend qtie cette aspiration guttut*ale, si importante en espagnol, y a été importée par l60 C6n(}uérants arabes. Mais ceux-ci ont aussi régné en Portugal, et pourtant la langue de ce pays ne la dbhnatt pas ; en outre, les mots espagnols technî- <}nes, véhus de l'arabe, ne rendent point par le son éàpagtidi ànalogdé , inais comme d'atitrès langues rôttianisées par la tennis doufee gutturale , la foite gutturale des Arabes.

L'espagnol supporte, mieux que rîtalien, les térmiliàisdhs à consonnes ; 11 admet les liquidée /, H^ r, la gutturale y à la fin, et même s, z; quant k d, l'espagnol ne Tadraet qu'affaibli.

L'accent latin n'est pas maintenu avec l'exactitude qu'y met l'italien ; surtout l'accent de la troisième syllabe dans la flexion du ve>be espagnol. L'infinitif de la troisième conjugSiison latine est

220 LANGUES 0£ l'eUHOPE.

remplacé en espagnol par celui de la deuxième; cela est tellement invétéré que, même dans les monuments littéraires les plus anciens, l'espagnol ne connaît point d'infinitif en -ére^ c'est-à-dire avec un e bref et avec un accent rejeté sur la syllabe radicale. A Teiception du portugais et de l'espagnol, toutes les langues romanisées ont gardé cet accent latin« L'espagnol ne connaît pas non plus l'accent latin dans les terminaisons -alhamoB^ nilbades du latin -abàmusy -abâHs^ ei'a'êsemosy -a'^sedesàn latin ^avisâémus ^avUséiis. Au premier coup d'œil, il est vrai, les Espagnols et les Portugais semblent être plus fidèles à l'accentuation latine que d'autres peuples romanisés, dans la troisième personne du pluriel du parfait : dissêro italien, distrent vieux français, dijévQn espagnol, disséruô portugais, du latin dixérunt. Mais les formes espagnole et portugaise avec é long ne viennent point de la. forme latine, elles sont produites indépendamment du latin, et la forme avec ê bref est ici la seule vraie dans le romanisme.

Portugais.

Rien de plus instructif, sous un certain rapport, que la comparaison de ces deux langues romapi'

PAIRE PÊLASGIQUE. ^H

les de la péninsule pyrénéenne. D'un côté, elles FTrent, dans le traitement des syllabes latines, soumt une analogie telle qu'il en résulte presque une lentité; de l'autre côté, chacun de ces deux peules a une aversion profonde pour certaines corninaisons de voyelles et de consonnes, qui sortt en igue chez l'autre peuple. Cette diversité phokiéco-acoustique est basée sur une diversité physio- »gique, au milieu d'une similitude frappante. Une >is arrivé là , l'observateur le plus consciencieux le peut aller plus loin; l'état actuel de la science l'a pas encore approfondi les mystères des diverités fondamentales, et ne les pénétrera peut-être imais. Qui, par exemple, oserait nous expliquer ourquoi le Portugais n'aime pas les dipbthongues spagnoles ie etue, et en général les dipbthongues fant l'accent sur leur seconde partie ? Le Portulis garde ainsi fidèlement u et e brefs, tels qu'il s a pris dans le latin. Il ne connaît pas non plus i son guttural rigoureusement aspiré des Espanols; il le remplace par un son sibilant inconnu

ceux-ci.

Gela rapproche quelquefois le portugais du itin et de l'italien. Du reste, les anciens monui^nts littéraires portugais du douzième siècle resemblent au portugais moderne et beaucoup plus

fi22 LANGUES DE l'eUROPE.

que Iqs livres espagnols de la même époque à Tesp^gnol actiiel.

En espagnol, par exemple, /* au commencement d'une syllabe s'est vaporisé en un l}jmp|ç son guttural aspiré : filho portugais, hijo espagnol, du latin )f/tt^, le fils. Au commencement d'uije^yllabe, / mouillé ^e inaintenant en espagnol, apréf ^voir i^ jeté la consonne précédente, devient ei^ portugais un son sibilant ; Uama espagnol devient chômai il sert à remplacer en portugais l'aspiration gutturale ^agnoje. Au ipi^eu du ipot, on rencontre 1^ mèmf transformation dans plusieurs exemple$ : halfuf espagnol devient qchar. Quant à ce verbe espapol haUarj il vi^^nt probablement 4u latin alfig^re, ^ n*est rien autre chose qi|Q le transitif avec )a prépofii^ion latine oJ, 4e Tintransitif flegar ou figurai n'es).*à-4ire li^^r 4 quelque chose ou arriver à que)* que chose, qui^lque part. Comparez-y l'italien y«MH gere^ en (rauç9à& re-jûindre (^vec la prépositiop rr) et en latin jungeres tout cela mooyire ja y^ém^ combinaison d'idées.

Quant à la transformation matérielle de aflig0rf en hallar, elle se rencontre au$si en calhr, de ealigarep s'entourer de ténèbres (4e caligop \^t.y La transfiguration dont je parle paraît être le ter iultat d'une antipathie pour /au milieu} antipalbie

PAIRE piiiÀsaïQUfî • 2^3

li'il est aisé de démontrer dussi par d'autres exemles portugais : r remplace / composé d'une cou- ^pne, et / entre deux voyelles s'efface. L'éliminapp fait aussi disparaître n^ quelquefois mêioe d^ 3lDme en espagnol : créer pour credere et corner our comedere. Le portugais a rha)>itude de.çon- 'j^tar les voyelles mises en contact immédiat à la lite de l'élimination : les mots latins ridercj, temre^ credere^ nodus^ nudue, color^ m^la^ eolus ^viennent en portugais rir^ ter y crer^ nà^ nii^ cor^ m', éd. L'abréviation est tout k fait c^raotéri^tifma Nour le portugais.

Les sept cop^pnnes finales espagnoles «, /?, ./, r, ii d eij ne sont piais adn^ises en portugais, k 1'^- ^ion des quatre premières; la consonne n;, WlVki elle finit ui) root i et quelquefpis ^ussi au '^t'i^u» devient un son nasal qu'on écrit par m ou n'en exprime par un Hf, ç'est-^-dîrQ par un air- HiùeaiQ sur la diphthongue prépédeno ; mm»

^^t acçao. Ce nasal portugais permet à la voyeUe à rester intacte, mai se prononce mà-i ou méh^ UDs. que i cesse de se prononcer comme t| tandis lie le nasal français change la prononciation, o'est- «dire l'essence même de sa voyelle ; i devient #, devient 0Uf et e devient / ainsi^ dans ni^Hn, •ne et brun f les.voydles nasales» t, ^ et t^ se pro-

ââ4 LANGUES DE l' EUROPE.

noncent autrement Jque les mêmes Toyelles ^ns nasal.

Une autre différence qui sépare les deux sœurs romanisées dans la péninsule ibérienne, se manifeste dans la flexion du verbe. Le Portugais exprime le passé par le latin tenere, tenir, qu'il à rendu assez commode pour l'usage par une forte abréviation, tandis que l'Espagnol l'exprime par avoir» habeh. Le Portugais, non satisfait de conserver le plusque-'pàrfait des Latins d'après la forme, comme font le Provençal et l'Espagnol, ra aussi gardé d'après le sens. La conjugaison portugaise a cela de particulier qu'elle applique la fleiionà son infinitif même, en lui apposant les relations personnelles a l'aide de terminaisons verbales, comme s'il était un temps conjugable; d'autres langues, au contraire, par exemple la grecque!, l'allemande , et quelquefois même la française, appliquent à l'infinitif la déclinaison : le manger^, das %tiruck komfnen (le revenir) allemand , to airo6aevc(v (le mourir) grec. . .

En portugais, on dit para ser [diiosû^ pour être heureux, dans la première et la troisième personne singulier, comme en espagnol /^ari» ^er dichoê^; mais en deuxième personne singulier, le Portugal Axipara seres dUoso^ et expriqieles trois personne

u pluriel par para sermoSf para ^rdes^ para se^ 9m ditoso. Je, préfère toutefois y voir plutôt une 3Q$ervatîoa de T imparfait du subjonctif des Laos. Le Portugais dit ainsi : a gloria de cantarês a gloire de chanter), quand il parle à la deuxième ersonne singulier, ce qui serait^ ce me semble, en apagnol /j^i gloria de que cantarea (la gloire de ee ne, — c'est-à-dire qui nattra de ce que ^ tu bantes)>et non la gioria de cantar. Le que est fort oo-vent supprimé dans les idiomes romanisés d'une époque antérieure; du reste,^a confusion avec l'infinitif était ici d'autant plus possible que le ktitf tmUaremj cantaref d'un côté, et le latin cante-twrtM, canta-ve-rit, produisaient également la forme rpmanisée cantar. La diiférence ne se montre que dans les verbes de la conjugaisoa dite /or/4;/ ainsi, ^r de dicerem latin, et disaer de dùrerim latin.

ProTençaU

Après avoir discuté les langues romanisées à

8008 forts et purs, mélodieux et sonores, nous arri^

venons par l'intermédiaire, par le provençal, à la

bogue de la France septentrionale, ayant des

^yelies obscurcies, des consonnes émoussées^ Mais

1^ dites pas pour cela qu'elle s'éloigne en tout le

230 LANWflS M L'BmO»E.

plus du lypt materaei ; die a, au contraire, ooti'aetnéf i l'aide de son système phonétique^ ded and* k^ies biines qni n'eiisteni plus cbins les langues remânisées du sud et du sud-ouest. Entre celles des péninsules^ appennine et pyrénéenne^ il y a lui pont naturel» en g^graiphie comme en linguh^ tique : c'est le provençal. Chaque idiome ronia« nisé se retrouve en quelque sorte dans le provenu 4àL lialheureusement^ la véritable . prononciation pn^ençab) telle qu'elle existait dans son apogéOf ne saurait plus elfe retrouvée d'une manière sfttiS" iMsante.

Le provençal régnait dans la France méridid' nale» à travers le Bauphîné, le Lyonnais, l'Auwf*' gne, le Limousin, le Périgord et la Saintoûge; Il s^éténdait encore au delà des Pyrénées et des Alpes, en Eipagney en Helvétie et en Italie. Au delà et» Alpes, le dialecte piémontais se rapprochait plus du provençal que de l'italien ; en Espagne, le provençal-catalan descendait le long de la Méditerra<» née au deià d'Alicanlie ; même aux tle» Batéai'es, on parlait provençal* De là, tant de noms pour cette langue : prvem^aksey iemœn (timousin) et romam totki court, fille a eu le mérite de produire une littérature au temps' où ses sœurs ne servaient eil* cere qu'à la conversation vulgaire» Dans le dixiéoe

ède^ elle proéuisii éé|à un poêmé dont tl'Mè reste M dea fragments^ maist qui prouté citt'ëlfe àfàii fwu pré» attekil les limites de S(mééveto{(fïeaiéJM.^ « «BKiène eièeley elle nom montre Id IhtérsKttHr n treubadoiirs proteuçtf (tx f puis une ttuire MM Mikigiiey ei «ne troisièiAe en Plédiont ps^fUi îétf •udoîS) u» peu inf&riettf e seus les rapports de te bbaéiiqQe et de la flexion. Je ne diseute iei ^*lé piÉiéBçal prqirraient dit. m

i^Qunt au vogrellea qui portent rintenatlofly itii.tiMiieat le milieu eutreikMM d« periugtAsr M^ kl Taspagnol s d^ défient ïé eië^ d é&fUmiêè ^ ok Ikei.wyellea loi^e^f oomme en e^^gnot^'èl étt^ pMtttgaiSi reftent iidèies au t;fpelaiiffi^ « s-«Ats6ffr'» olMtDt eae, parait être unie eteeption fraM^^kiéi^ef - 1^1^ defldMey n'a Jamàkr dié pMnodëè eOMltté' » français^ Ms dtphttiongues y sont e^lUMMAicMt^^ èoofdautes k eaiiee de la déeompesiflefl de^ciéHisfiné eommnes^ et 4f ta suite du mélangé imt plii^ ^ imraidiileoteav On y voit^ (^y«ylU«4nPèiipftp6l,''W? Mturaly plaéé datant nue bWci9 eonlïMtne, sef dklâMbe^eti une voydie er se combiDéi" ^èf) la 'tfèitf^ ' pour engendrer un son palatti; On ^oir^é^ le proirençal également la'tnélbode portugaisè^V pri forme par <> produit de e^ une diphlhdbgUe> i%aal»!royell6 précédente. . -■ ' '

228 LANGUES PE l'eUROPIE.

En troisième lieu, le provençal possède une méthode particulière d'éliminer la consonne, mais Torthographe est trop vague pour ea parler autrement que par conjecture* Le latin factus^ facU^ par exemple, devient quelquefois faofi\faoha^ en vieil espagnoiy^cî&p,/49cÀay quelquefois/àt^y/oùa, en ipovingzh feito, feita^ enfin. /ai on/ag; ce dernier peut vernir d'un ; allemand très-doux. Le provençal, comme toute autre langue romanisée, aime à conserver un t (dépourvu d'intonation et mis dans l'hiatus) en lui appliquant une métathèse et la diphthongation, ou en confondant avec h consonne le j, qui y correspond. Le provençal aime aussi, comme l'espagnol et le portugais, à transplanter la voyelle quand elle est dépourvue d'intonation et mise dans l'hiatus : espagnol supieroHj portugais soubenwj provençal saupran.

Quant aux autres règles phonétiques, le proven* çal se rapproche des autres idiomes romanisés. U prononciation provençale .'de c devant et devant i était, ce semble, celle du français, et la prononciation provençale de g devant e et devant «Vétiit celle de l'italien. Dans les manuscrits provençaoi» ç est toujours confondu avec j, ce qui prouve qn^ y, cette demi-voyelle, avait un son palatal très-doux comme g. D'où il suit que ch exprime le son palatal

t»AIRE PÉLASeiQUE. 2^

dur, et non-seulement le son sibilant du' français ; on voit toutefois ce eh remplacé par un simple c devant a, d'où il faut conclure, à ce qu'il paraît, que ch exprimé encore un autre son. On rencontre ainsi le latin noctem rendu par nuaich en provençal, avec l'intermédiaire espagnol noche. Une particularité provençale est de dissoudre la média et la tennis du son labial, non-seulement en t;, denrivoyelle, mais aussi en u, voyelle pure, et de la combiner en diphthongue avec la consonne qui précède. Il est cependant impossible de déterminer aujourd'hui, jusqu'où cette transformation a été poussée, puisque l'orthographe du provençal ne distingue pas i^ et «/ il en est de même de « et de J palatal.

Toutes les langues romanîsées ont l'habitude

d'aflfaiblir la ténuis au milieu en une média; mais

le provençal fortifie la média en une ténuis à la

fin : ainsi b devient p, y devient r, d devient t*, v

devient/^ et ^s devient tz. Gela se trouve, parmi tes

langues dérivées, aussi dans le dialecte allemand,

appelé le moyenhaut-allemand; le vieux français

aussi ea porte quelques traces. La isause de cette

métamorphose est toute simple : une consonne qui

ferme un mot a besoin d'être fortement prononcée

pour bfen arriver à Toreille ; or, une consonne for-

i930 LANGUES M L'MEdPE.

iemmt prononcée 6*wduroH, m reaforee^ et déviait par là une ténuis, môme après avoir été d'ih J)or4 une média, h^ idiomes romaaiaées da midi n'ont pu consen^er cette média, qu'en hii attachapt ancora une voyelle terminale. En espagnol, le d fin^l) une média, n'en fait qa- une exception gpé- : ciauee ; ciudad espagnol est à eittd italien comme ^'«{iro?^ portugais est à cf^oéle italien.

Le provençal des vieux temps possédait un son i singulier, dont nous ne oonnàiisoQS.malfaeupemiKment plus la valeur axacte : il changeait le dm milieu d'un mot en un s, mais ces était probablement le th des Nordlandaifir, des Anglo-saxons, et des An^îs modernes, ou le ija/^«r doueeinent aspiié des Grecs modernes ; Torthograplie z en provenu ^t analogue avec le seaespagnol, qui lui aussi' sert à désigner un son doucement aspiré.

' Un fait extrèmemadt intéressant est l'essai, que 1q provençal et le vieux fr^nifais ont fait, de conser- VPr tant soit peu la déclinaison du substantif iatio. Ç^ deux idiomes s'efforçaient pendant qndqoe temps de maintenir pour le cas direct ou nominatif une forme qui différait du cas inëiréel au oblique^ -

€eUe formation, il est vrai, était inapplicable -à'ia première < déclinaison iaiiae^ am$ iMé. giraii-

PAIBB PÉLAS«IQUE. IMI

tissait en provençal une grande &cili(é dans le trai*tentent syntaclique des substantifs, par exemple i

Cas direct du singulier : ans (du latin annus). iatre, tro*

Cas oblique du BÎngulier : «n, iairâ, ituébadér, maiôt\ Caji direct du pluriel : un, latrâ^f Uro^a^r^p tnai^rAt Cas oblique du pluriel : ans, lairôs, trohadôrs, tnatârs.

Les autres langues romanisées n'en font aucun éss; surtout ritalien, qui rejette toute consotpne finale , était incapable d'admettre le latin ammus autrement que dans la forme à voyelle finale anna, mnni. Le génie de toutes les langues romanisées était toujours porté à regarder la forme du substantif comme une forme absolument indépendante de toutes les relations de la phrase.

Francis.

La langue française a suivi la route dii provenu fal} elle est ainsi arrivée a iin.<)egré çonsidéraUe d'émoussement et d'abréviation. Le français laisse derrière lui le provençal même, quand il s'agil de muûler les formes latines, en les coupantet rognant, en les aplatissant et contractant Sous prétexte d'effacer les âpretés, et, qu'on nous permette l'exprès-

sioii, les gibbosités du latin, le français a lant aplani, tant raboté, limé et poli, qu il en est résulté une quantité assez incommode d'homonymes, ou mieux dit d'homotones. Il y a dans le français primitif une véritable horreur de toule voyelle mélodieuse, pure et sonore à la fin des mots; en même temps, il ne craint pas trop la consonne finale. Ceci prouve que les deux grandes langues de la France, le i^rovençal du midi et le vieux français d\\ nord, n'ont point été identiques dans leur origine. Le caractère particulier du français du nord se manifeste déjà un peu dans le plus ancien de ses monuments littéraires, le Serment de Strasbourg^ de l'an 842, et bien plus^ encore dans le Chant de sainte EukliSf qui appartient probablement au même siècle. Le provençal ne rejette pas toutes les voyelles finales non accentuées qui existent dans les idiomes romanisés du midi; il en conserve a, «, f, et n'en repousse que o; le français rejette aussi a et if qu'il retranche sans remplacement, et ne remplace leur a que par «, qui est sans accent et quia une prononciation sombre, obscure, obtuse, ou, comme on dit, muette. Quant à la voyelle accentuée a, elle est obligée de recourir à une position renforcée pour ne pas se voir transfigurée en e ou en ai. La voyelle longue e subit la diphthon-

gation en e», plus tard en oi^ ce qui s'explique par l'ancienne prononciation de ei (en allemand à) ou o», peut-être avec une légère nuance en un o à moitié supprimé. Les diphthongues ei et oi résultaient de la voyelle brève et accentuée i; ce qui se retrouve aussi dans les autres langues romanisées traitant de la même manière ë et f, et qui prouvent par là que ces deux voyelles avaient une valeur identique. La voyelle o accentuée, soit brève , soit longue, n'est devenue eu (en allemand ô) que beaucoup «plus tard; au commencement, le vieox français Ta également exprimée par ou, ve, o. Dans le français moderne, on rencontre ou pour o non accentué ; ue peut avoir eu une prononciation identique avec eu, sauf quelques cas rares où il prit place cpmme uê en espagnol, qui naquit également de o. D'après cette manière générale de transplanter les sons, et qui caractérise le français, il s'explique pourquoi û a changé en u français ou û allemand Je son communément romanisé, c'est-à-dire ou. D'un autre côté, la voyelle latine brève ^, écrite ou en français, a pris la place devenue vacante, et M, mis en position, a été confondu avec o en po* sition d'après la manière commune aux idiomes romanisés.

 toutes ces transformations de voyelles et de

4iphi)iongu6S9 M «ont JQÎQtev celles de isertaines ponsoniiei»; ain^ i^ est <Je?eniU ^, est devenu nij et i devant le^ eoQsonnes e^t devenu u. De % te diphthQDgue âii^ qui eomoide en proponeiatio» evee o^ e obtenu up empire creimnt dans le firanr ^% i^pderne* Àjoptez-y encore le nasal françaîi^ ab^prbant teut m et tout n qui ne sont pas protég^P par une Corte position, ce qui implique une modiffîçatiop esliientielle de la voyelle précédente» à V^v

option de (i| t>et ^Qa/l^s autre3 voyeUea mim ep na^al changent tout à fait ; ain«i, ^ devient «^ it^devient ^1 ii devient ^1^.

Parmi lofk transformation/» que aubipsent les ccm- §9nne^ fr^pçaifies, ^ucMne n*est plui^ importaQta que celle du guttural dur, qui devient un mbilant ilevapt a laifu» jamais devant i^ et u iati|i«f (^a cauia en est évidem^nenf dans le changement de a en <», qui ise fait surtout dan^ la langue française, ijae 4oi fH)mn)une à toui^ les idiomes romanisés dâfwd

k de garder devant lui un guttural, m lieu de le ii^pger en m ^iUlmif II est peçmis de penser ioi A Ç0J ci, palatal italiePi et de lui comparer le sibi^ Jant français comme on peut ewnpwrer te g^^gi

4ranodis au palatal italien trèf^doux ge^ ffi. Mais cette explication se trouve dérangée par le ^banga-

jpent du gv4tur»l latifi en nn«ib)i«nt (rmcaiade-

lawt ê e( i Idtiqst 11 ne qous res^ donc au f^d que de voir d^Q^ k transformaticm du laUn <?# en $he fipfilicais um forma^on, françai^a o^tÎQO^ie i90us yiA0li«oiï9 do .^èuc\w»\ uiidî# que la tMiMlUon .4^ laiiu 00^ ei eu ç$ et c» français doH hitb rj^idée 4N>mme une modificatipa bien aatérieute otminittiie ^ toua le% idiooiea roœanisés, inaiis spépialene^t ^mQVimoùk» à rorganisme français.

Les guttaraux français ont rejeté le Uj cette pn- (110 demi^voyeUe ^ui, en latin, est attachée à 9, en J0 chnngejB^t en qu. lies attires tdiemes romanisés ont presque toujours gardé le u derriàre ^ ^ f ^ tous écrivent et pronopeent par Mempl(3 tm» (ôi fiftf) et $u0^ eie, M» Pù ils ont omis le u^ latongue htiiie populaire leur en avait peut-être deirné f exemple. I^e français ancien confiait eneoM eeite demi-voyelle, fixée k m guttural : ainsi , av#Q )a téiiws qu0m pour emn^^ du latîn ^omqtf et avec la mécfia yii^rtf et wwe du latin pipêr0j de mèia^îl A ut y eoQfipter cette nonibreuse classe de mots français dont le ^m» saiks faire entendre aujourd'hui la voyelle u^ répond au w alieeaand. La voyelle m y était jadis fortement prononcée» fl même dans le mîMett du mot. Le latin aqua^ par ei^emple, a produit; 0tffme et éwe, dont le^ était évidemment proaonoé comme gu ou plutôt wmm^ f«>. La for^i^e

236 LANGUES DE l'eUROPE.

orUiographique do même mol aqua est iaue (non ÙÊve) ; c'est la décomposition des Toyelles*

Le français, plas que d'autres idiomes romanisés, aime a éliminer des lettres du milieu d'un mot. Seules, la liquide et le s savent s'y maintenir; toute autre consonne simple, placée entre deux voyelles, s'expose à être chassée. Pour obi^er à l'hiatus qui en résulte, le français moderne se sert de la contraction, mais le français ancien laisse les voyelles s'entrechoquer sans en faire Une diphthongue. Le français moderne a aussi inventé les intercalé dans la flexion du verbe, pour empêcher Thiatus produit entre deux mots voisins par une voyelle finale et par une voyelle initiale; le frasçais ancien n'a jamais connu cette susceptibilité antihiatique. Quant à Sj cette consonne a commenoé de bonne heure à être supprimée, non-seulement à la fin d'un mot qui n'était pas suivi d'un^inoti voyelle initiale, mais aussi au milieu devant une consonne : nous ignorons cependant l'époque où cette élimination se fit, puisque s conservait longtemps encore sa place habituelle. L'élimination de # existait déjà quand on écrivait rosle (rôle) et ralU' po^ffner (vdimponer). Il parait même que cetMeon' sonne s devant des consonnes n'a jamais pu être prononcée par une bouche française des temps an-

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cîens. Voyez ainsi Ténorine différence enlre les mots, qiai perlent et prononcent encore à l'heure qu'il est un s devant une consonne (par exemple : asbesief inceste^ ieste^ etc.), et les mots qui l'oot remplacé par une prolongation à circonflexe de la voyelle précédente; les mots à s sont entrés dans le dictionnaire sans passer par la bouche du bas peuple, tandis que les mots à s éliminé sont tous profondément enracinés dans la vie et la pensée populaires. Du reste, la langue française actuelle fourmille, plus que toute autre langue romanisée, de mots latins qu'on y a récemment introduits; ceux-ci gardent scrupuleusement leurs figures latines, tandis que les vieux mots français, tirés du latin, ont subi cette singulière transformation ou plutôt transsubstantiation qui caractérise chez les Français Toreille et la bouche, c'est-à-dire Torgane de la parole. C'est à cause de cette foule de mots latins récenunent implantés, qu'on a cru le français moderne plus ressemblant au latin que le français ancien. L'orthographe étymologique du français moderne a cela de particulier, qu'elle conserve minutieusement beaucoup de sons qui n'existent plus ou qui n'ont jamaisi existé. Toute autre langue romanisée s'est affranchie du joug lourd et ridicule de cette étrange orthographe. Le résultat définitif

de iâ collision^ fort longue et rude, entré Id langue flrân<;«is0 du bas peuple et celle de la classe haute et èavaifté, a été PinnoVation intégrale, la refonte^ poor ainsi dire, de toute la forme ettérieufë. Lé provençal du midi 41e continue à subsister qii^eft ruines et dans un état lingdistique préS(|tle rede- Yémi sauvage, tandis que le wallon du ildrd tappellé ' SOUS beaucoup de rapports le français ailcien; voilâ leë deux dialectes principadit de la Prance actuelle, iimt le reste a fait place à rînfluence du français nfoderlie.

Celte kingne formé, pôvr ainsi diré^ tmé tle 1^^ m«nkée au milieu des peuples hm romanisés dti DaiïMbe inférieur; Le 1)antibe, qui est sa limilcf ôTiemale et f^éridiôitôle,. sépare la nation vttlaqoe dé celle des Beuigares, depuis Orsovâf jusqu'à G(k krtjs; elle toudieà la mer I^ire à Test et à la Petite^ RiiMie eu iiérd ; les Magyars (Hongrois), ses vofsiM à Tôuést, habitent aussi eh plusieurs endroits en Yàlaquie; les IllyrieDts, enfin, sont à son sud-ouest^ Ce peuple est appelé Homénien^ et ce(nom,-cotÉfnie sa langue tout entière, prouve suffisamment une origine remràiie« Le dietionnaire, la flexion, la (Ae*

nologie, tdQt cela y est latinisé, mais tout auèsi dé^ généré et désordonné. Le son est arbitraire et SUM règles rationnelles, la flexion est imbue d'éléments qui ne se rencontrent pas dans le type général des idiomes romanisés^ et U dictionnaire est inondé d'une foule de mots magyars, allemands, grecs, turcs et slaves.

Cet idiome est le provençsil d'Italie tel qu'il s'est Mutenu dans le canton suisse des Grigous. H se divise en deux dialectes : le numénique sut bôrdsl du Rhin, et le ladinique aux bordé de l'Inii. Des 'm^ floences allemanrdes lui ont 6té deux signes cârdc^ téristîques du type général des langues romani (]|ues ! il n'a plus la composition du l^tur avec kmbér^, ni te par&it devenu temps historique. Le futur tfitéM^ ronowB s'esprime par Pênitë^ ainsi^ faùnérët se traduit par wênire ad amarê ou je tiefUf à ^méti La passif aussi se fait avec venir : veniù emàtUa^ je wm aimé. Cette singularité s'explique quand on mat en présence les trois verbes veniré latin y devé^ nit'-i français, et werden allemand qui signifie dei^ niri on dit en allemand ich wêrde Uében (j'aime^ rai) et ich werde geliebt (je suis aimé), tandis que

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f aimerai se compose de aimer el dé ^i (avoir^ habere).

La paire Letto-Slave.

Les deux familles lettiqae et slave offrent, malgré leur ressemblance, à Tobservateuf des traits de dissemblance qu'il ne dojt pas négliger. Le subatutttif ^v lithuanien ne marque pas le geare ftëutre, mk en général le lithuanien, est .beaucoup plus prinif* tif dans la formation et dans la flexion des subâtaiH tifs. En revanche, la opipjugaison.slaira est supéries^ re. Le lithuanien ne distingue.pas/ les troisièmes personnes du singulier, du duel et du pluriel. Sah lemept, il faut se garder de considérer le lithuanien comQie un mélange du slave avec le germanique; bien qu'il y ait des rapprochements trés*frappants à faire entre le germanique et le letto-slàve, nonfeulement dans les racines communes des ^niOts, mais aussi dans la coïncidence de certaines formiH tions grammaticales, par exemple dans Tadjonctioii d'un ai&xe pronominal à la fln des adjectifs.

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