‹ Les langues de l'Europe moderne, trChapitre 7 sur 39 · LANGUES AGGLUTINANTES · texte numérisé non relu

LANGUES AGGLUTINANTES

compliquées à la fin du radical ; l'idiome des Cries (i) possède ainsi les formes suivantes :

ne sâke-h-ow, je l'aime.

Les syllabes en italique expriment des pronoms qui sont en nominatif; Vh exprime la relation transitive; par conséquent, c ow » signifie « le ', et « ne 9 signifie « je » ; h exprime l'action.

ke sàhe-b-ow^ tu Tairoes.

sâke-b-ayoo, il Taime.

ne sake-b-a-nan, moi et lui nous l'aimons.

kè sàke-b-à now, moi et toi nous l'aimons.

ke sàkè^h'-owow , vous l'aimez.

sâke-b-âyt^j/A:, ils l'aiment.

PLURIEL

fie 8âke-b-6w-uk, je les aime, etc.

De pareilles formations se retrouvent dans deç langues diverses , dans celles du Caucase, dans le "Magyare, dans le raordwine, et, si je ne me trompe, dans celles de l'Afrique méridionale. Elles existent surtout dans l'Amérique.

A. LANOUES AGGLUTIKANTES PROPlfiMENT B1TE8.

En Europe , on rencontre le principe d'agglutination restreinte dans les langues tatares; quant

C * ) Howse, jé grammar of thc Crée language wult an tmalysis of the ^^^ppeway dialecte 1844, London.

80 LANGUES DE l'eUROFE.

aux idiomes caucasiques, on fait bien de les y classer aussi, parce que leur structure est trop mécanique pour mériter une place dans la classe à flexion.

BOnCHZ TATAAB (i}.

Les Tongouses, les Mongols, les Turcs, et les autres populations appartenant à la grande famille finnoise ou tchoude, parlent tous l'idiome tatare. Leur origine doit être cherchée sur les montagnes d^Âltaî. Ainsi, on peut se servir également des noms tatarique, altaîqtœj tataro-finnois y altaï^ ouralique.

Le degré le plus élevé est occupé par la langue finnoise proprement dite, c'est-à-dire par la langue suomi, tandis que la langue mantchou, un dia-

(i) SchoU, professeur à Berlin^ Versucli ûberdîe tatar, SpracAen, i836, Berlin. — Schotl, Vber das Altaïsche oder Pinnisch''Tatarische Sprach' geschlecht^ 1849. — Gyarmalhi, Jffinitas linguœ huit garîcœ cum lin guis fennica originis grammatice demonslmta, 1799. C'est un livre encoi aujourd'hui très-ulile.

souchiî; tataae. SI

lecte tongouse, est placée sur le degré lé plus inférieur. Le développement s'est donc fait d'Orient en Occident, de la mer japohnaise à la mer baltique. Voyons leurs signes caractéristiques.

Le radical n'admet jamais que de$ syllabes se placent à sa tête. Les langues asiatiques de cette souche, surtout le mantchou et le mongol, séparent encore en écrivant les sons de relation ; le turc fait cela rarement ; le finnois et le magyare ne le font presque jamais, et forment un mot inséparable composé de parties. Le finnois se rapproche déjà de la flexion. Dans la famille indo-germanique, au contraire , le, développement en formes et en clarté s'est manifesté plutôt en Orient qu'en Occident.

Dans toutes les langues tatares le régi précède le régissant; ainsi, le génitif a le pas sur son régime, l'objet a le pas sur son verbe ; il n'y peut donc point avoir des pré^'positions, il n'y a que des jpoér/pQsitions. Cela nous prouve déjà que ces langue&*là ne sont pas d'anciennes langues à flexion dégénérées, dont la flexion se serait peu à peu effacée jusqu'à devenir une agglomération. Â.u contraire, quand une langue à flexion se meta émous- «er les terminaisons de ses cas de déclinaison, elle y remédie par des prépositions et par des articles: latin fihV, italien de il, c'est-à-dire del

82 LANGUES DE l'eUHOPÉ.

ligUo; français de le, c est-à-dire du ffls; gMbique suDut^^ (du fils) se présente en anglais sous la forme prépositionnelle ou articulée de ofike son. Jamais ces langues à flexion ne se servent, dans ce cas, de postpositions; il faut les sous-^n tendre , comme par exemple au locatif lithuanien pané qui vient àd pona avec un », cet i n'a été jadis qu'one postposition , et s'est fondu dans le nom pour produire la terminaison d'un cas de déclinaison. Ainsi ^ la marche organique de la déclinaison est : d'abord le radical (monosyllabe), puis le radical suivi d'une postposition (agglutinant), puis le radical soumis à la flexion ; enfin, une préposition suivie du ra^Kcal; jamais la postposition ne peut revenir ^ elle Bpp^r^ tient au commencement du développement; les organismes avancés ne s'occupent jamais de nouveau d'un moyen antérieur dont ils ont usé. En outre , tout le reste de la souche latare prouvera suffisamment que le principe qui a présifié à ieur création, n'est que le principe d'agglutination.

Chez ces langues il existe une loi qu'on ne sati'rait, ce semble, rencontrer nulle part ailleurs : la loi de l'harmonie des voyelles. Les voyelles des syllabes de relation sont forcées de se mettre en harmonie avec les voyelles des syllabes de signifiaption. C'est là une manière toute particulière d'assu-

rer à la fois et l'unité du mot, et la prédominance de la signification sur la relation qui s'exprime souvent (comme dans la conjugaison turque) par une longue file de syllabes. Ces deux avantages seraient difficiles à obtenir dans les langues agglutinantes , sans Tobservation de la loi des \oy elles.

Yoici comment les idiomes tatares ont résolu cette difficulté. Elles ont créé pour les radicaux des voyelles dures, molles et moyennes. Les dures sont a, 0, om; les molles sont ai (e)^ eu, u, et les moyennes sont i ou e. De là est provenue la loi d'harinonie suivante :

1° Avec des voyelles de radical dures, les voyelles de terminaison sont dures aussi ;

2*" Avec des voyelles de radical molles, les voyelles de terminaison sont molles aussi ;

3* Les voyelles moyennes réclament presque toujours des voyelles de terminaison molles;

4** Des voyelles dures et moyennes du radical réclament des voyelles de terminaison dures;

5° Les voyelles molles et moyennes du radical réclament des voyelles de terminaison molles.

Les exemples abondent dans les divers idiomes agglutinants :

* ** Turc : aghây maître ; pluriel : aghâ-lar,

SA langiJës de l'ëurope.

Magyare : youh mouton, youh-asz-nak au bei^er. Magyare : haz maison, haz-hol de la maison.

2° Turc : er homme ; pluriel : ev'ler.

Magyare : kert jardin, kert-est-nek au jardinier. Magyare : kert jardin^ kert-hôl du jardin.

3<> Magyare : sir tombeau, sir-nak au tombeau. Turc : qtz fille, qiz-ler filles.

Magyare : indil'Ok je mets eu mouvement.

Magyare : stepit-ok i^emhcWis, 4° Finnois : papi ^rèire , papt-lta du prêtre. Magyare : tnozdtt-ok je mets en mouvement.

50 Finnois : ferais acier (la forme primitive e.st ieraikse), ieraikse-llai de l'acier.

Scholt, ce grand connaisseur des idiomes tatares, ne manquera pas d'écrire leur grammaire comparative ; il a éjà commencé en étudiant leurs lois phonétiques.

Toute la souche tatare (1) se divise en deux grandes masses essentiellement distinctes. L'une, la famille tatare proprement dite, ou la famille d'Altaï, orientale -asiatique, embrasse le tongouse (dont le mantchou est un dialecte), le mon* gol, le turc; l'autre, la famille tatare d'Oural occidentale-européenne^ se compose des langue^ finnoises, appelées tschoudes chez les Slaves. £1 Europe e tongouse n'existe pas.

( 1 ) Ne dites pas tartare^ comme certains érudits se sout accoutumés dire, parce qu'ils s'étaient laissés séduire par uue analogie factice avec piot gréco- latin tartarus.

Langues tatares proprement dites.

Mongol (i).

Le dialecte des Mongols occidentaux, qu*on peut aussi désigner sous le nom de Galmuques ou Oeiot (prononcez en français Euîeut)^ existe en Europe parmi les hordes nombreuses qui habitent les plaines au nord et au sud de l'embouchure du fleuve le Wolga. Un autre territoire beaucoup moins élendu se trouve vers le nord, au sud-est de Simbirsk, là où la rivière de Samara s'unit au Wolga. Cette population est immigrée en Europe au dixseptième siècle ; elle dérive des Euleuts asiatiques qui habitent près le Coconor et près TAltaî (2).

L'idiome mongol, plus simple que celui des Turcs, se rapproche plus du mantchou. Le mongol a moins de verbes dérivés que le turc, et sa conjugaison n'a ni personnes ni nombre. L'écriture naongole, qui existe un peu changée aussi chez les

(i) Schmidt, Grammat. d. Mongol, Sprache, i83i, Pétersbourg. — '^Owalewski, Grammaire abrégée de la langue savante des Mongols, i835, ^«an. — Le Dictionnaire mongol-allemand-russe par Schmidr, et le Dic' ^fïïnaire mongol^russe-français par Kowalewski.

(a) Abel Rémusat» Recherches sur les langttes tartaresy p. 236.

86 LANGUES DE l'eUROPE.

Mantcbous, s'écrit en colonnes yerticales de haut en bas ; ces colonnes se suivent de gauche à droite. Elle possède des voyelles au nombre de sept, des dipbthongues qui en dérivent, et dix-sept consonnes. Les Mongols et les Mantcbous ne décomposent point leur écriture en simples^nes phonétiques; ils joignent toujours une consonne à une voyelle; ils ont donc un syllabaire au lieu d'un alphabet. Leur écriture se compose^ à ce qu'il parait, principalement de caractères sémitiques; Télément indien n'y est pas non plus étranger, et Farrangenent perpendiculaire accuse une influence chinoise. Elle a, du reste, plusieurs inconvénients : les voyelles Oj ou, eu, u, par exemple, ne sont pas suffisamment séparées. Seuls, les Calmuques ont un alphabet moins imparfait.

&A famille torque (x).

Les Turcs, composés d'une foule de tribus dont les différences linguistiques sont peu considérables,

''/, KfA\ui\i%m, Grammaire ralsonnée de la langue ottomanây Pa», • A'A- — M»rM A. Ka^eiB-beg, AUgemeine Gramw^mtik eUr iàràMch tMtf ff4^4iH Apfnckê^ oui d. Rusiischen von Zenkcr; iS4S, lâpxi;. — Mr- »r»»li'^ yh^iéuruê li/tguarum orient, iurdae, arMem^penkmfyittt^j

■^^r Wx^ '^.ut, IV, — Plusieurs ouvrages modernes, par ^umfk, é .-«^ m *.#*^Us ihcùonnaire tarc-francm^ a Tol.;P«ii» it35-c83:.

Bopeat lecoia oriental de TEurope et le coin oeleatal de TÀsie. ComiM nation régnante ils exisit peu oonii>reux dans ce qu'on appelle la Turlie européenne; ii n'y a là, dit Schafarik, que pt eent mille Turcs parmi quinze millions d'habi- Dt6 d'origine différente; ils y sont domiciliés dans ) petites colonies sur toute la surface du terriiie. On les y connaît sous le nom d'Osmanlis; «r idiome de conversation supérieure comme ceides lettrés fourmille d'éléments arabes et peri&8, tandis que l'idiome du bas peuple s'est conwé plus pur. Mordtmann , dans son écrit sur Hode du turc dans la Revue de la société allc'^ ëmde orientale, i. III, 2"" et S"" cahier, p. 351, U9, dit : « Le campagnard turc ne comprend pas plus cet idiome turc mêlé d'arabe et de persan que la langue chinoise ; il s'appelle turc, c'est-à-dire pi^san, et Thomme de Goustantinople s'appelle esmanli. t Moins altérés sont les dialectes des ibus turques connues sous le nom de Tatares, qui «ent comme sujets de la Russie. Chez ceux-ci, on ncontre au sud d'abord les populations tatares 1 Caucase, et dans ses environs, la petite tribu « Caraïtchais , qui sont les voisins occidentaux ^ Ossètes sur les deux c6tés dti mont d'Elbrouz ; ft Nogaïs, nombreux dans des habitations isolées

un LANGUES DE l'eUROPE.

en Boftitarabie , aux bouches du Danube jusqu'à vmMom du Dniester, en Grimée, et à la rive occidentale de la mer d' Azof dans une bande étroite jusqu'à Tagunrog 9 puis en masses plus volumineuses au nord du Caucase et dans ces montagnes même, eniin à Touest des Euleules, au nord du fleuve le Wolga. U existe beaucoup de ressemblance entre eux cl les Goumuques, qui habitent la rive au sud do Tombouchure du Térek dans la mer Gaspienne. Au nord du Wolga, commence le gros delà population turque ; d*abord les Kirghises, au nord et à Touost de lu mer Gaspienne, et tout le long du fleuve d\)ural ; puis, là où le Gama se précipite dans le AVolga, les Talaros de Gasan, qui dans des colonies nombreuses se sont glisses parmi la population russe, au sud |ôl à Touest du Wolga ; mais les Russes s'y font place ol lo^ Talares diminuent. Au nord on trouve ioa Bachkires dans les vallées de b longue diaine d« rOura) j dans les gouvernements d'Orenbourg, tk^ Saralov et do IN^me, ils existent souvent ensemble avi>c lies Mecbicheryaques* Enfin, oo y trouve lo« IVbouvAclM^ ^i$$ei nooibreux dans les gouverut^mout;;^ «k^ \ iaïka^ Cïis»n« Orenbourg, Shnhirsk et Sijur^tov. Ou dit que kis TcbouTadie^ les Mecht* t4h>r>»<ii|UM et )e$ ftKlikires euieiil au coanneneenient fAe$ FimMi^i, ei f|o'Us « oMaNloptè qoe plus

tard la langue talare turque. Schott (dans son écrit latin sur ia langue des Tehauvaches^ iSii, Berlin) montre les différences singulières entre leur idiome et celui des autres Turcs, mais l'idiome tchouvache n'en reste pas moins un dialecte turc dégénéré ; il ne faut donc pas dire que le tchouvache soit un mélange du tatare et du finnois.

Je vais transcrire ici ce que Beresin a écrit sur tous les dialectes de cette famille (1) et je mettrai en italique les idiomes européens. D'après Beresin la famille turque se divise en trois lignes : 1» Tchagataî ; 2° Tatare ; 3"* Turque. Les dialectes de la première, qui est vers l'orient, sont : V Ouïgoure; 2'Goman; S'» Tchagataï; 4^* Ousbèque; 5*Tùrcoman; 6"* Casaniqtèe (langue lettrée). Les dialectes de la deui^ième ligne au nord sont : l*" Kirghise; 2° Bachkire ; 3® Nogaî^ 4° Coumique ; 5** Caratchat y & Garacalpaque ; 7** Mechtcheryaque ; 8«> Sibérien. Les dialectes de la troisième veï^ l'ouest sont : 4** Derbendique ; 2^* Aderbidjan ; 3** Criméique; 4** Anatolique (Asie-Mineure); et 5** Roumélique (Gonstanlinople).

Les Osmanlis, qui ont élevé leur langue tatare à

(i) f^cyez la préface de la Grammaire turque de Kasem-beg, édition de ZeDker*

90 LANGUES DE LEUBOPE.

la iiau leur d'une langue lettrée, se servent de l'alphabet arabe ; ils se distinguent par là des Manlcho^s et des Mongols qui possèdent un alphabet particulier. L'écriture arabe, du reste, va très-mal à l'idiome osmanli et rend difficile la prononcialion. Les Tatares font jouer à leurs voyelles un rôle important, tandis que les Arabes ae savent pas distinguer par l'écriture les voyelles a et «^ o et ou, eu et u.

La grammaire turque possède dans son verbe des formes riches et très-inléressantas. Nonfi les expliquerons quand nous parlerons du verbe magyare ; ici nous allons démontrer l'immense abondance de formations, telles qu'on les trouve dans les langues agglutinantes, tandis que les laagues à flexion opposent l'unité du mot à cette aggloméralion de syllabes. La noble langue suomi eUennème n'est pas encore parvenue i bien distinguer enfare le nom et le verbe (1).

Le verbe turc est avant tout capable de prodaire une foule de formations qui donnent à hksi^ifica^ tion une relation transitive, passive, etc.

Ces relations sont exprimées à Taide de œrtaines

( I ) Tina ro qui a été dit ici du verbe Ularc, dùl être r^lé à roccssîaim llu vnrU ùu luugiMi «iaUy«i» ffÊÀ mbI de b Mèae dans açgiatîBaDi^ (aniititump tiê HumMtli).

syllabes interposées entre le radical et la terminaison du temps ou des personnes. Or, ces syllabes pouvant être employées plusieurs à la fois, il en naît des combinaisons très-nombreuses. Prenons ici le radical sevy en français aimer; il porte une voyelle molle, e, elle exige donc dans ses syllabes de relalion également des voyelles molles ; chez un verbe portant une voyelle dure, il y faudra substituer des \oyelles dures. Dans l'exemple que nous donnons ici, nous mettons la terminaison molle de l'iaiinitif, qui est mek ; elle est maq chez les verbes durs.

Les syllabes qui, soit isolées, soit combinées, forment les variations si nombreuses du verbe turc^ sont :

1*» Me^ ma, c'est la négation du verbe;

2<» Ay e^ plaeées devant cette négation, forment l'impossibilité;

3*" DiTy dyr ou dur forment le transitif;

4« Ily forme le passif;

5" J«, en forment le réflexif ;

6"" lêch, ouêck forment le réciproque.

Voici comment s'exprime la grammaire turque de Kasem-beg :

Sev - mek^ aimer.

«. Négatif : ^ev-me-mek ne pas aimer (baq-ma^maq). Impossible : sev-e-me-tnek ne pas pouvoir aimrr.

92 LANGUES DE l'eUROPE.

h. TrAnsilif: «et^- ci»V'>mtfifc forcer à aimer. Transit négat. : sev - dir- me- tnek ne pas forcer â aimer. Transit, imposs. : *«? -rfir-c- me -mr A* tie pas pouvoir forcer k aimer.

Transit, réciproque : sev-dir-isch-mek réciproquement se forcer à aimer.

Transit, récip. négat. : sev- dir-tsch-me-mek ne pas se for cer réciproquement k aimer.

Transit, récip. imposs. : sev-dir-isch-e-me-inek ne pas pouvoir se forcer à s'aimer réciproquement.

Transit, réflexif : sev-dr- in- tnek forcer à se réjouir. Transit. réQex, négat. : sev-dr-in-me-mek ne pas forcer à se réjouir.

Transit, réflex. imposs. : sev-dr-in-e-me-tnek ne pas pouvoir forcer à se réjouir.

Transit, réilex. récip. sev-dr-tn-isch-tnek (inusité] se forcer réciproquement à se réjouir avec son impossible et avec sa négation.

Transit, patss'iï isev-dr-il-mek forcer à être aimé. Transit, passif négatif : sev -dr- il- me -mek forcer à n'être pas aimé.

Transit, passif imposs. : sev^dr-il-e-tne^mek ne pas pou — voir forcera être aimé.

Transit, passif récipr. : sev - dr- tl- isch-mek (inusité).

r. Passif : «fv-t/-fiieit être aimé.

Passif négatif : sev- il- me-mek ne pas être aimé.

Passif imposs. : sev- il- e- me-mek ne pas pouvoir être

PwMîf Irnnsitif : sev-il-dùr-mek (peu usité) être forcé à être

Pttssif Irnnsit. négat. : sev - il- dir- me-mek ne pas être forcé k htp niiné.

PwMlf h'Miisit. imposs. : sev-il-dir-e-me-mek ne pas pou-' vm)> Alif< ffircé A (\treaimé.

V»nn\\ iiv.\\M\ : M^r-il-isek-imek être réciproquement aim^

SOUCHE TATàRE. 93

Passif récipr. négatif : sev-il'iseh'me-mek ne pas être aimé réciproquement (peu usité).

Passif récipr. imposs. : sev 'tl-isch' e-me-mek ne pas pouvoir être aimé réciproquement (peu usité).

Passif réflex. : sev-il- tn-mek être réjoui (peu usité, excepté dans les dialectes tatares). ^

Passif réflex. négat. : sev-il-tn'me'tnek ne pas être réjoui (peu usité, excepté dans les dialectes tatares).

Passif réflex. imposs. : sev-il-tn-e-tne-mek ne pas pouvoir èlre réjoui (peu usité, excepté dans les dialectes tatares). Passif réflex. récipr. : sev -il- tn-tsch- meA {non usité), df. Réflexif. : sev-in-mek se réjuuir.

Réflex. négatif: sev-in-me-mek ne pas se réjouir. Réflex. imposs. : sev-in-e-me -^mek ne pas pouvoir se réjouir.

Réflex. transit. : sev-in-dir-mek forcera se réjouir. Réflex. transit, négat. : sev'in'dir'me'fnekiit pas forcer k. Se réjouir.

Réflex. transit, imposs. : sev'in'dir'e-me'fnek ne pas pouvoir forcer à se réjouir..

Réflex. passif : sev-in-tl-mek être réjoui.

Réflex. pass. négat. : sev-in-il-me^mek ne pas être réjoui. Béflex. pass. imposs. sev'tn'tl'e-fne-tnek ne pas pouvoir ^ire réjoui.

Réflex. pass. trans. : sev-in-il'dir-fnek (inusité). Réflex. récipr. : sev 'tn-iseh'fnek se réjouir réciproquement l'un de l'autre.

Réflex. récipr. négat. : seV'in-ùch'tne'fnek ne pas se réjouir réciproquement l'un de l'autre.

Réflex. récipr. imposa. : sev-in-isch-e-me-mek ne pas pouvoir se réjouir réciproquement l'un de l'autre.

«. Réciproque : sev-Uch-tnek s'aimer réciproquement. Récipr. négat.: sev-isch-tne-tnek ne pas s'aimer réciproquement.

Récipr impos s. : sevisch'e'fne-fnfk ne pas pouvoir s'ai* nier réciproquement.

M LANGUES D£ l'eUROPE.

lUcipr* iraïuit. : êev-isck-dir- mek forcer à s'aimer rédpro f|tterneat«

Récipr. tranMt. négat. : sep-isek'dir-me'fnek ne pas force il s'aimer réciproqaemenl.

Eéeipr. transit, impose.: sev-isck-dir^t-tne^mek ne pa pottYOtr forcer à s'aimer réciproquement.

Récipr* passif : s&V' iêch' il-mek (inusité).

Uéctpr. réflex. : #er -iieA- m- ineA (inusité).

Chacune de ces formes enfante une foule A formes, de temps et de modes, qui chacun cm leur désignation caractéristique à laquelle s'atiachent les terminaisons personnelles, c*est-à-dir( les pronoms suffixes et même les pronoms absolus. Souvent aussi on s'y sert d'un verbe auxiliaire, qui dispose à son tour de ces terminaisons-là. Ce système de conjugaison si compliqué est donc le même pour tous les verbes turcs.

Ainsi, le présent se forme comme suit :

SXNOULUK.

t* «SIn> -er-tf-m j'aime, j'ai l'habilnde d'aimer \er donne le parlioipo du présent aimant, im donne la première personne du singulier du verbe auxiliaire t- mek, c'est-à-dire t avec «Mi (|ui oit le sxifllxe de la première personne en singu- Uerl.

>)» iSV«*-(*r-«ei» tti aimes [ttn est le pronom de la deuxième pemuima Mi il équivaut à la deuxième personne en singu- Uar du varlni auxiliaire lu ei/ c'est là une fonction qu'ont à ii^mpUr Ua priuiouis aussi daus plusieurs autres langues, par eiemple daua lea laui^ue a sémitiques].

^* S^^fr il aime (aaua tt^miiuaisoupersoiiBeUe tUmmti).

SOUCIE TATÀRE. VU

PLURIEL

i^ 5i0t^-er-»-rnoas aimons (comme m la première du singa-* lier, :; est le suffixe de la première du pluriel).

>*^ Setf-er'siz vous aime2 (comme la deuxième du singulier; six ou six^lerc^eêlvouê).

3® Sev-er-ler ils aiment (Zer exprime le pluriel des noms, donc aimants).

On ne rencontre point par conséquent dans ces formes du verbe turc de différence organique entre le nom et le verbe; les langues purement agglutinantes ne connaissent pas cette différence. Voyez plus bas le verbe de l'idiome magyare.

Langues finnoises.

Les langues que nous embrassons sous la dénoinioation universelle de langues finnoises, et qui, d'après ce que nous en savons aujourd'hui, ne forinent qu'une seule famille dont la tête est le noble idiome des Finnois ou Finnlandais, s'appellent aussi des langues tchoudiennes, ougriennes, oura^ Bennes. Le peuple slavo-russe appelle Tchoudes les représentants de cette famille qui sont des sujets russes; les noms d'Ouraliens et d'Ougriens déri?ent des Finnois habitant prés les montagnes de l'Oural.

On sait peu de la langue des Samoyèdes (i);

(i) DiBs plosieors eufragesi le lecieur en troavera des collecdons lexi*

96 LANGUES DE l'eUROPE.

Schott la considère comme appartenanlà la famille finnoise.

Les autres idiomes finnois sont : celui des Ostiaques, qui demeurent pour la plupart sur l'autre versant de l'Oural, et qui, dît-on, ont une langue semblable à celle des Vogoules ou Ougriens (selon Pâllas, Erman, etc.); ceux-ci habitent l'Oural et ses environs à l'ouest de la Cama inférieure. Schoit, dans son excellent livre sur la langue d^ Altaï ou finno'tatare (Berlin, 1849, p. 2 et p. 23), assure, comme d'autres observateurs l'ont déjà fait, que ce sont les anciens frères des Hongrois (Magyars) restés dans leur patrie primitive.

Puis, leurs voisins à l'ouest et au sud-ouest, les Syriènes, les Permiens, les Vottiaques, ne parlent que trois dialectes d'un même idiome (1).

Le plus connu de ces idiomes est celui des Syriènes, peuplade assez étendue entre les fleuves Dwina et Mézen, autour de la Vyichegdaet à l'est.

cographiqueç; Vater en a donné un morceau avec des notes grammaticales dans le Kônigsberger Arehiv ; 1812 p. 208 à 312.

(i) Voyez Vun der Gabelentz, Grundzûge dersyriènischm Grammaiik, AUenbour;;, 1841. — Castrén, Elementa grammatices syriènœ, —-Du même, Denominum decUnatione in lingua sjrièna; iS449HeIsingfors. — • Wiedemann, Versuch emer Grammatik de sjrriènîschen Sprache^ 1847) Keval. — Von derGabelentz, Die wotiakische DecUnatione dans Hôfer's Zàtschrifi JuF die tFissenscfuxJl der SprcuJie ; 1846, Berlin. T. I, p. 11 a.

Les Permiens demeurent surtout dans le gouvernement de ce nom autour de la Cama; au nord y touchent les Syriènes, à Test les Bachkires et d'autres peuplades turques; les Permiens et les Yotiaques vivent dans le gouvernement de Viatka autour des fleuves Yiatka et Ganôa ; il y a parmi eux des Siavo-Russes et probablement aussi des Tatares.

L'idiome syriène possède l'harmonie des voyelles dans un moindre degré que l'idiome suomi. Le syriène, comme encore d'autres langues orientales de la même famille, a souvent des formes plus an-» ciennes que la langue finnoise proprement dite ; il a; par exemple, la consonne t là où elle est remplacée par un ^ dans la langue occidentale de la famille. Il dispose de beaucoup de mots russes; sa littérature n'existe que dans les traductions de la Bible, et cela avec application de l'alphabet russe qui est peu accommodable dans ce cas* Les travaux . de grammaire y ont substitué l'alphabet latin. Les Tchérémisses sont presque tout à fait séparés du domaine finnois ; les Mordvines au midi ne se trouvent que sporadiquement distribués parmi les Tatares et les Russes avec lesquels ils habitent ensemble (1). Ces deux tribus-, les Tchérémisses et les

(<) ^ojez WiedemauD, V ersuch einei Gn^mmat^ dertic/teremiss, S^fta^

98 LANGUES DE l'eUROPE.

MordYÎnes, existent surtoQt aux environs du fleuve de Volga, qui, dit-on, divise le domaine tchérémisse en deux domaines dont les dialectes sont un peu difiérents ; ils demeurent là où le Volga, après avoir reçu la Gama, va tourner de Test au sud, et au sud de la Cama. Les Mordvines demeurent plus vers k sud dans les gouvernements de Saratow et de Pensa. On considère ces deux tribus comme la branche bulgarique de la famille finnoise. L'harmonie dee Toy elles manque à un dialecte du tchérémisse; elle existe dans le mordvine, idiome qu'on ne connaît que par la traduction des Quatre Evangiles imprimés avec des lettres russes ; mais cette harmonie oe se montre pas régulièrement dans cette traductioo, parce que, dit Von der Gabelentz, le traducteur n'y a pas fait attention. La structure grammaticale du mordvine est assez curieuse; ses verbes se rapprochent de la composition polysynthétique ou incorporative, chose que nous verrons aussi dans k magyare 9 quoique d'une manière moins déterminée.

Un autre groupe finnois, séparé des Samoyèdet

r/ir; 1847, RevaL — - Castréo, 'Elementa Grammadces tscheremiss^* i%/^fi, — Von der Gabelentz^ Fergleichung d, beiden tscherenUss, Di^" iêÊêêflf à. ti.d, Morgenl; IV, iîi!i-ia9.

par la mer Manche, se compose des langues suivantes :

Le laponais (1) des rives de la mer Blanche et des Finnmarques (rive septentrionale delà Scandinavie), s'étendant vers le 60** degré lat. septentr., à tra^rs la partie septentrionale de la presqu'île Scandinave, et se renfermant dans des limites de plus en plus étroites, entre la mer Baltique et rOcéan du Nord ;

Le 6nnois (2) proprement dit, ou lesuofnij dans la province russe appelée la Finnlande ; son dialecte méridional est le tavaste, son dialecte oriental est le carèle ;

Enfin, Testnien (3) dans TEstnie, dans la partie septentrionale de la Livelande, et dans les lies, dont QEsel et Dago (prtmoncez Eusel et Dagueu) sont

(i) Rask^ Rœsonneret lappîsk sproglœre; i832, Copenhague. — Posart, Kleinê lapptand, Grammat, mit Fergleichung derfinnischen Mundar- <w; i840y Stuttgart. ^^Lindâhl et OEriing, Lexicon lapponicum eum interprétai, Sueco^Latin. et ind. SuecO'Lapp. nec non auctum grammatica fappon. X780, Holm. '

(2) Strahlmaan, Fumische Spracklekre; x8i6, Saint-Pétersbourg. — l^dlgrenn, Grundlage der finn. Sprache; 1847, Berlin. — Renvall, ^xicon linguœ finnîcœ ; 2 vol, i8a6, Abo.

(3) Esth\aitïàt n'est pas juste, il faut écrire EstXmàe ou f/u^landc, de ^tl-^ma, — Voyez Hupel, Esta, Sprachlehre fur die beiden Hauptdta^ ^cte nebst JToerterbuch ; Mitau. — Faehlmann , Versuch die Verba ïn ^fijugationen zu ordnen; 184a, Dorpat.

iOO LANGUES DE L*EUROPE.

hs plus grandes. La langue estnienne ou esthaique possède deux dialectes principaux : celui delà ville de Réval et celui de la ville de Dorpate. Le dialecte révalique occupe le territoire septentrional et occidental, c'est-à-dire la principauté d'Estnie, la province d'ÛEsel, le cercle de Pernau et la partie voisine du cercle de Dorpate ; le dialecte dorpatique se parle dans la partie sud-est. En outre, on cite le dialecte livien au sud-ouest, et le dialecte crévingien dans un petit endroit au sud-est de la ville de Riga, entouré des Lettes, la langue desquels a près* que tout ;i fait prévalu.

Ces trois langues, fînnoise-suomi, estnique, laponaise, sont parfaitement liées entre elles; elles se servent des alphabets allemand et latin, la langue estnique ne connaît que les lettres allemandes, tandis que la langue magyare emploie exclusivemeDt l'alphabet latin.

La nation des Magyares, aux bords du Danube, l'Ht tout à fait séparée des autres tribus de la race l;il;ir(!, à hiquelle ils appartiennent. Ils se trouvent) l'f» llorif^rie, implantés entre les Slaves et les Valatywx; ils y forment une masse dans laquelle se v;fil infiUiTS, pour ainsi dire, des Allemands et MiAm<î lin (îi'iinin nombre de Juifs, de Tzigaînes (ap- \tfU'-i Ihhniiivna dans l'ancien français) et d'Ar-

SOUCHE TATàBE. 101

méniens. L'idiome magyare, qui appartient assurément à la famille finnoise de la grande race tatare, n'a pu se conserver entièrement intact de tout root étranger (STave, allemand, roumain), mais on a eu la niaiserie d'exagérer outre mesure la quantité de ce mélange. Ce qui est prouvé, c'est que Tidiome magyare, grammaticalement parlant, occupe un des plus hauts degrés de la souche tatare(l). Ha beaucoup moins de mots empruntés à d'autres langues que l'anglais, le turc-osmanii, etc. Des Magyars m'ont dit que la nation se souvient encore à l'heure qu'il est, d'être immigrée des régions orientales ; ils ont tort seulement de se refuser à Tévidence et de nier toute parenté nationale avec les Yogoules, les Ostiaques et autres. La masse orientale des Magyars, en Transylvanie, porte le vieux nom de Szeklers; plus considérable est la inasse occidentale. C'est dans la partie occidentale

{{) C*est une langue claire^ expressive et facile à apprendre. De ses grammaires si nombreuses je ne cite ici que : Farkas, Ungar, GrammaU f^ Deutiche , g. Ausgabe; 1816, Wien. — Toepler, T/ieoret, pract, ^ramm. d. mtigy, Spr,; 1842, Peslh. — Remèle, Lehrbuck d. ungar, ^pracke; 1841, Wien. — Bloch, Ausfuhre, theor, pract. Gramm. d, ^ST' •%"*•* 1842, Pesth. — Dankovszky, Magyaricœ linguœ lexîcon; i833-i836, Pesth. — Les Dictionn. de poche des langues allemande et ^^êrare ^ar Richter, i836, Wienj Fogarasi, i838, Wien; Bloch, i844f

102 LANGUES DE l'eUROPE.

de la Hongrie qu'existe une population magyare toute pure, dans les contrées habitées par les tribus coumanes, yazygues et haidouques.

Nous venons ainsi de parcourir tout le domaine européen de la langue tatare.'

Parmi les trois langues du nord de l'Europe, laponaise, fninoise-suomi et estnique, la langue finnoise-suomi est sans contredit la plus élevée par la richesse de ses formes grammaticales. Elle seule a poussé jusqu'à la perfection cette harmonie de voyelles, qui est caractéristique pour la souche tatare.

Nous* allons donc ici étudier de plus près le suomi et le magyare, et quand nous y comparerons ce qui a été dit du turc, on aura une image assez fidèle de la classe agglutinante dans son plus haut développement possible.

Le finnois possède, comme le turc, beaucoup de variétés de conjugaison; nous insisterons toutefois ici spécialement sur son système très-compliqué de déclinaison. Une esquisse de la structure de Tidiome^ magyare complétera ce chapitre. Nous empruntons la plupart de ce que nous dirons à Touvrage important de Kellgren^

Le finnois aime les mots doux et harmonieux; il évite par conséquent les radicaux monosyllabes, et

attache au radical presque toujours une Yoyelle finale qui ne porte pas d'accent ; cela donne aux mots de cette langue la mesure du trochée. Gomme dans chaque langue agglutinante , le radical reste immuable aussi dans la langue suomi.

Kellgren, en opposition avec Schott, regarde te suomi, le magyare, le turc-osmanli, et même en partie le mongol, comme des langues à flexion ; c'est une erreur. Ce savant veut ^oir une flexion dans la fusion du radical avec les suffixes attachés, au lieu de considérer cette opération mécanique comme une aspiration primitive vers ta flexion, qui est une manipulation vraiment chimique^ puisqu'elle transforme l'essence du radical. Cette fusion, dont parle Kellgren, n'est qu'un résultat des lois phonétiques, de Tassimilatton, etc. ; mars elle ûe provient point d'un penchant vers là [flexion^» qui, seule, est capable, en changeant intérieurement le radical, de produire la véritable unité de ta signification avec ta relation. Ajoutons, dil reste, que la dénomination d'idiome aggtutînant ne cott^ tient point ici un blâme; nous sommes profondément convaincu que te suomi, cette langue agglutinante si hautement développée et sî remplie de vigueur, mérite sans contredit un rang plus élevé que la plupart des langues européennes à flexion,

104 LANGUES DE l'eUROPE.

qui sont singulièrement fanées et desséchées. La loi de rharmonie des voyelles suppose précisément un organisme qui se refuse à la flexion ; cette loi est basée sur l'immuabilité de la voyelle du radical et veut protéger le radical contre des suffixes lourds et nombreux, qui pourraient porter atteinte à la clarté sonore du radical. Ici, c'est le radical qui exerce une influence sur les voyelles des suffixes, tandis que dans les langues à flexion, les suffixes influent sur les voyelles du radical.

La consonne flnale du radical dans le suomi peut changer, ce qui s'approche de la formation à flexion; de même on pourra changer Tappendice rhythmique qui n'appartient pas au radical. Ce ne sont * pas seulement des radicaux indigènes, par exemple : finnois kala, magyare halj poisson (1) ; kàsi finnois, kéz magyare, main ; elâ finnois, él magyare, vivre ; — mais ce sont aussi des mots monosylla-* biques étrangers qui s'adjoignent une voyelle finale que je voudrais appeler volatile^ par exemple : les mots allemands rath conseil, et hut chapeau, ne sont admis dans la langue suomi que sous les formes raati et hattu. Kellgren considère comme primitives les formes finnoises, et les formas magya

(i) Le k suomi remplace quelquefois le h magyare.

SOUCHE TÂTARE* i05

res comme des formes fmnoises contractées ^ mais je ne sais pas pourquoi. Il me semble plutôt que chaque langue spéciale a l'habitude d'élaborer le fond acousto-phonétique commun à toute la race, d'après des lois acoujsto-phonétiques spéciales. La langue des Magyars montre beaucoup plus de consonnes que celle des Finnois , on peut donc s'expliquer comment le finnois élargit, par exemple, un radical commun pour en faire nuoli, flèche, et comment le magyare le rétrécit en nyil (i). La voyelle rhy thmique favorise assurément le développement des consonnes finales dans le radical : pelke finnois, fél mqgyare, redouter; oksa finnois, magyare àg, branche; kylmci finnois, magyare Aw, froid. D'ailleurs, on sait aujourd'hui que de pareils renforts, à l'aide de consonnes intercalées dans un radical, ne sont point toujours des faits primitifs,

(i)^ Kellgreu cherche à .expliquer pourquoi, en magyare, il existe des radicaux à voyelles molles et moyennes vis-à-vis des radicaux finnois à voyelle dure; il croit que cela vient des radicaux finnois à deux syllahes ayant la voyelle dure dans le radical et la voyelle molle daâs la terminaison. Cette explication est erronée, puisqu'une voyelle magyare molle dans le radical se trouve en face d*une voyelle finnoise dure, même là où la langue magyare fait suivre une voyelle finale dure. Ainsi, finnois kuwa^ magyare kép^ image; finnois jautvM, magyare siist, fumée. Ajoutez-y lef exemples cités par Kellgren lui-même : finnois harva^ magyare '^^/V mince ; finnois wanlia^ magyare i;è/i, vieux ; finnois karva, magyare szôr, cheveu.

406 LANGUES DE l'eUROPE.

et que dans les langues indo-germaniques, et pjus encore dans les langues sémitiques , ils sont un signe caractéristique des radicaux seeondaires.

Il est difficile, dans les langues tatares, de séparer les postpositions des formes de déclinaison. Les unes et les autres sont au fond identiques, cela résulte du principe de l'agglutination même. On peut les regarder toutes comme des terminaisons de déclinaison^ ou toutes comme des postpositions ; le suffixe se prête en effet à chacune de ces deux manières devoir. Quand on considère comme postpositions les suffixes magyares fortement exprimés, et les suffixes finnois, qui sont plus doux, comme des terminaisons de déclinaison, alors on n'a pas commis d'erreur ; mais on n'en commettrait pas non plus si l'on raisonnait à l'inverse.

Le nom en finnois possède quinze de ces terminaisons. Le nominatif n'a pas de suffixe, mais on reconnaît ce cas de déclinaison aux changements que, d'après les lois phonétiques du finnois, doit subir la terminaison du radicsil pur comme termi*» liaison du mot.

Parmi les autres cas de déclinaison, il y a sepi simples et sept composés de ces simples. Les suffixes pour les cas simples sont :

Génitif, -ny — indéfinitif ou partitif, ^ta on ai

SOUCHE TATARC« 409

— caritif, ^tta ou -/-a^ {Uah^ i-ak existent dans des dialectes); — essif, -nay — illatif, -^^9» (-«-ti) ^

— comitatif, -ne^ — instramental ou adverbial , -91. {Fuyez plus bas le paradigme.)

Quant aux terminaisons eamposées, les voici :

Les suffixes exprimant le mouvement et le repoè, en langue grammaticale le partitif, Tillatif et Tessif, forment avec s et l, qu'on place à la tête, cinq autres cas ; les deux autres cas sont produits à l'aide d'une fusion avec les suffixes partitif et illatif. La lettre s (qui, soit dit en passant, vient probablement ici du radical sisa^ c'est-à-dire l'intérieur), désigne le mouvement et Fètre i2an« l'intérieur et par l'intérieur. La lettre / désigne le mouvement et l'être dans l'extérieur et par l'extérieur j cette lettre suffixe / parait venir de Hnki ou fuoy c'est-àdire le voisinage (1).

Les sept cas composés ont, d'après les lois 1^0nétiques et assimilatives finnoises, les suffixes suivants :

L'inesftif -Mn^, composé de *^ avec le '^nm de Tessif;

(i) Luoy prononcez en français louo, La lettre u de Talphabet allemaody dont oD se sert pour écrire le snumi, répond an français ou; la lettre o répond au français eu, {Le traducteur) '"• -

L'élatif 'êta, composé de -^ avec le paKilîf ou rjodéfioitif-to;

L'adessif -//ijr^ composé de -/ avec Tessif -na y

L'ablatif -/^a^ composé de -/avec le partitif -ta;

L'allatif -lléy ou ^llen, composé de -/ avec l'illatif "he ou hen /

Le prosécutif-^^e, composé du partitif -^a et de rillatif -Â^^ -se;

Le mutatif -ksi, composé du partitif -ta et de Tillatif 'se, ^he.

Prenons pour exemple la déclinaison du radical karhu (prononcez karhou)^ Tours.

- 1* Nominatif : Aarhu, Tours.

a. Génitif: karhu-n, de Tours.

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