VI
(Quittons la Babyionie pour remonter dans la Mésopot-amie. Nou.s y rencontrerons la plus littéraire et la plus développée de toutes les langues araméennes, celle qui nous a laissé des monuments nombreux, étendus et de jurande importance : je veux dire la lan^aie syriaque, qui, dEdesse, sa patrie, rayonna et lleurit pendant dix siècles par toute la Syrie. Nous lui réservons notre dernier chapitre.
A huit heures de marche au sud d Edesse. centre du christianisme syrien, la ville de Ilarran Charracy demeura tort longtemps la citadelle du paganisme en Mésopotamie. Au viii*^^ siècle de notre ère, et peut-être même plus tard, on y pratiquait encore les sacrihces humains'.
La littérature des Harraniens est entièrement perdue pour nous. On doit le regretter d autant plus vivement que leurs écrits auraient pu nous éclairer tout à la lois sur les particularités de leur dialecte et sur les pratiques de leur culte, un mélange des anciens cultes syriens combinés avec des éléments d origine hellénique. Il est vraisemblable que la langue de ces païens ne dillérait pas beaucoup de celle des Edesséniens, leurs voisins. Bar Bahloul, dans son lexique, rapporte des gloses empruntées au <( livre » des Harraniens. A la fin du rx^ siècle, un de leurs écrivains les plus célèbres, Thabit ibn Qorx-a, s'occupait surtout de traduire en arabe des ouvrages grecs. L arabe a dû étoulVer le dialecte local vers cette époque.
1. Voir Cnwoi.soiiN, Die Ssahier und der Ssabismui^ (St-Pétersbourg, 1850>.
XMI
(Quanti les Séleucides, eu proie aux dissensions intestines, renoncèrent à détendre contre les Parthes leurs possessions situées au-delà de TEuphrate, de petites principautés, dans les(juelles dominait l'élénient araméen, se constituèrent en Habylonie et en Mésopotamie et vécurent de leur existence pro})re juscpi au moment où elles turent jjrisées })ar les armes des Romains. De ces états minuscules, aucun n'était destiné à jouer un rôle comparable à celui de IGsrlioène. Hdesse. sa capitale, était le centre de la culture reli<^ieuse. et le syriaque édessenien. dialecte de laraméen oriental, allait devenir sous lintluence du christianisme, la langue littéraire et ecclésiastique de toutes les églises, depuis la Palestine et la Syrie, jusqu'à l'Adiabène et la Perse.
Xous ne pouvons songer à retracer ici, même à grands traits, l'histoire de la littérature syriacpie. Elle a été écrite par des maîtres éminents'. (^)uel(pies pages sulliront pour mettre en reliet son importance. « C est au point de vue des études grecques et chrétiennes, dit Renan dans son Histoire des laïKjues sémitiffues, que le syria(|ue présente une inqwrtance capitale,... ime l'ouïe de textes intéressants pour l'histoire des premiers siècles du christianisme ont été rendus à la critique par les monuments syriaques. » (^uand l'auteur écrivait ces lignes, les documents historiques, ([ui forment une des parties les plus précieuses de cette littérature, étaient encori', pour la plupart, ignorés ou mal connus, et avec eux. c(»nd:>ien daulivs dont l'existence n'était pas même sou|H<iimée. Aujourd'hui, grâce aux catalogues-, aux nombreuses publications de textes, aux études encore plus nombreuses ilont celles-ci ont été l'occasion'', nous pouvons concevoir une idée plus exacte des ressources mappréciables ([u'oH'rent au philologue, à l'historien, au théologien les productions variées de la littérature syriaque*. Son ère de prospérité s'étend du iV au xiv*^ siècle, et peut se diviser en trois périodes : I" épocpie pa'ienno : 2" depuis l'établissement du christianisme jusqu'à l'invasion des
Anihcs; 3" depuis 1 islainisiuf juscjuà 1 imasioii iuuh^oIl'. A\'ec le XIV*' siècle commence une période de rapide décadence.
De la période païenne, il nous reste quehjues inscriptions et un seul monument littéraire : une lettre du philosophe stoïcien, Mara bar Séra[)ion. adressée à son lils. Mara était de Samosate oîi le christianisme pénétra plus tardivement ((u"à Kdesse. Dans cette dernière ville ime ég-lise était déjà organisée au milieu du n'' siècle.
La langue des premiers ouvrag-es syriacpies chrétiens décèle une perfection et accuse un degré de culture intellectuelle tels f[u'on ne saurait mettre en doute l'existence dune littérature antérieure fort développée. La souplesse et la flexibilité de la langue araméenne, sa syntaxe lâche et mobile se prêtaient aisément aux constructions les plus variées, et le christianisme trouvait dans le syriaque un instrument tout aussi approprié que le grec à la diffusion des idées nouvelles. Xe pouvant suivre ici pas à pas les progrès de cette littérature à travers les siècles, nous nous bornerons à dire quelques mots des différents chapitres sous lesquels on peut classer ses productions.
I. Les vkrsions et les commentaires de la iurle. — En dehors de la version connue sous le nom de Peschitta u Simple », qui est probablement, en ce qui concerne le Nouveau Testament, l'œuvre de Rabboula, évèque d'Edesse imort en 433^, les Syriens possèdent d'autres traductions, moins répandues, mais non moins utiles pour la critique des textes. Longtemps avant la Peschitta, ils avaient une traduction du Diatessaron de Tatien. et une autre des Evangiles séparés, dont le texte fameux édité par (^ureton et celui qui fut découvert au Sinaï en 1893 sont deux recensions différentes ; elle remonte aux environs de l'anliOO. Nous avons parlé (p. 17) delà version syro-pale.stinienne. En oOo ou 508, Philoxène de Mabboug lit, d'après le g^rec, une nouvelle version de l'Ancien et du Nouveau Testament, et un siècle plus tard ' (Mo-BIT), Paul, évèque de Telia, traduisit les Septante d'après les Hexaples d'Origène ; en même temps, Thomas de Harkel (Héracléei faisait ime revision de la version philoxénienne du N. T. Enfin, Jacques d Edesse révisa en "Oo la Peschitta de l'Ancien Testament.
Les commentaires bibliques écrits par les Syriens formeraient une bibliothèque entière, si une grande partie n'avait subi lin-
juiv (lu temps ef uétail aujourd'hui })CM(lue. Los plus célèbres ot les plus anciens sont ceux de saint Ephrem (mort en 373): ils embrassent à peu près tout l'Ancien et le Nouveau Testament, et ont l'avantage d'être écrits en une langue très correcte et mémo recherchée. Parmi les autres commentateurs les plus estimés nous citerons, chez les monophysites, Philoxène de Mabboug (mort en 523 , sur les Evangiles; Daniel de Salah (m. en oi-2), sur les Psaumes; Jacques d'Edesse un. en 708 1, auteur de scholies sur toute l'Ecriture, et Mo'ise bar Kèpha m. en 903). Les commentaires très développés de Denys bar Salibi im. en H7L) sont peu originaux, mais richement documentés. Enfin l'ouvrage de Bar Hébréus intitulé Magasin des Mystères, écrit en 1277-78, forme un précieux répertoire de gloses relatives à l'exégèse, à la critique des versions Peschitta, Hexaplaire, et Héracléenne. ainsi qu'à la grammaire et à la lexicographie syriaques.
Chez les Syriens nestoriens la grande vogue était pour les commentaires de Théodore de Mopsuoste. dont prescjue tous les ouvrages furent traduits du grec eu syriaque du vivant même de l'auteur; ils lui donnent le titre à'Inlerprèle par excellence. Néanmoins, on compte dans cette secte un bon nombre d'exégètes qui nous ont laissé des écrits encore peu étudiés. Lne volumineuse compilation intitulée Le Jardin des Délices contient des extraits de commentaires tirés d'ouvrages en grande partie perdus. L'intéressant commentaire de Jésusdad, évêque de Haditha (v. 850), nous est parvenu en entier, ainsi rpie le livre des Sc/iolies de Théodore bar Khônf i vnT s. ).
En résumé, nous possédons les ouvrages exégétiques de près de quarante auteurs, dont les trois quarts sont inédits. Il faut ajouter les nombreux commentaires traduits du grec, qui présentent im grand intérêt quand l'original est perdu ; tel est le cas des commentaires de Théodore de Mopsueste sur saint Jean, et de Cyrille d'Alexandrie .sur saint Luc.
A côté des textes bibliques uous devons signaler toute une série d'ouvrages ilont l'élude est indispensable à ceux qui s'occupent (le l'histoire des premiers siècles de l'Eglise. Ce sont les légendes ajiocryphes sur V Invention de la sainte Croix; VEvanc/ile de l'Enfance de .\otre-Sei(/neur,VApocalf/pse de saint Paul, ctdle
de sainf Pierre; plusieurs récits conceniMiil ki sainlc NitTjJc; les Actes a|)ocryphes des Apôtres, spécialement ceux de saint Thomas; la f)i(l;is/,;iliH apostoloriim (ouvraji^e perdu en grec); les léjj^endes contenues dans la Doctrine d'Addai, telle que celle relative à la correspondance du roi dT'Messe, Abg'ar, avec le Christ, et celle du prétendu })ortrait envoyé à ce roi par le Sauveur, cpù est la source de la lét^ende occidentale de sainte \'éronique; et bien d'autres ouvrages analogues, sans parler des apocryphes de l'Ancien Testament, comme le Testament d'Adam, le Testament de Salomon, V Apocalypse d'Esdras, etc.
11. Théologie. — Dans le domaine de la Théologie dogmatique le champ est vaste et encore en grande partie inexploré. Les luttes ardentes qui ont passionné et bouleversé les Eglises de Syrie à l'époque des conciles dEphèse et de (^halcédoine. les violentes disputes théologiques que les définitions de ces conciles avaient en vue de terminer, ne se sont point calmées en (Jrient aussi vite que chez les Grecs. Tandis que la Syrie occidentale s'attachait aux doctrines monophysites, à la suite de Jacques Baradée (d'où le nom de Jacohites], les Syriens orientaux, confinés dans les territoires soumis à lempire des Perses, persistaient à suivre les enseignements de Théodore de Mopsueste et deXestorius. Ils ne se rencontraient que sur im point : pour condamner le concile de Chalcédoine. Les Jacobites prétendaient qu'il était entaché de nestorianisme. et les Nestoriens l'accusaient de favoriser le monophysisme. Les deux partis s "appuyaient sur le même principe, à savoir : que la personne n'est pas réellement distincte de la nature. Les Jacobites disaient que le concile, n'admettant qu'une personne, n'aurait dii proclamer ([u'une seule nature : admettre deux natures, c'était admettri' deux personnes, comme les Xestoriens. Ceux-ci. au contraire, prétendaient que le concile, n'admettant qu une personne, n'admettait conséquemment qu'une nature, comme les monophysites. Cette théorie et les controverses auxquelles elle a donné lieu sont exposées dans de nombreux traités, la plupart encore inédits, dont la connaissance paraît indispensable pour écrire avec exactitude l'histoire de 1 Eglise au v"" siècle, et surtout l'histoire du dogme (jui est de nos jours l'objet d'études approfondies.
Les tliéolo«;iens les plus célèbres parmi les inonopliysili-s sont : Jacques, évêque de Sarou^- eu Mésopotamie (-j" o^l); IMiiloxèue, évêque de Mabboup^, l antique Jliérapolis j>rès de l'Kuphrate; Jacques d'Kdesse, Jean de Dara et Moïse bar Képha (ix'' s.): Denys bar Salibi et Bar Hébiéus que nous avons déjà nommés parmi les excrètes. Chez les Xestoriens, les auteurs les plus fameux sont Narsès •]- ."iOT), qui écrivit surtout en vers, dans un style dilïus; il est très apprécié de ses com})atri(>tes qui l'ont surnommé la -< llar[)e du Saint-Espiit »: llenana d'Adiabène (mort vers (ild , qui causa presque un schisme parmi les Xestoriens en voulant substituer dans les écoles les commentaires de saint Jean Ghrysostôme à ceux de Théodore de Mopsueste ; Babai l'ancien (-{- 628). auteur d'un Truite de rincarnat'wn fort intéressant et encore inédit; plus tard, le patriarche Timothée I''' (780-823), Élie de Nisibe (f 1018!, et Ébedjésus ^f l'^l^j-
Avant les schismes, trois grands écrivains orthodoxes s'étaient fait une réputation : Aphraate, surnommé le sage Persan (-|- 3.")0j' saint Ephrem, et saint Isaac d'Antioche (début du v^' siècle). A partir du milieu du V siècle, on ne trouve })lus un seul auteur syrien catholique, excepté toutefois l'évêque Sahdona (Martyrius) d'Kdesse, (jui, sous le règne d'iléraclius, passa du nestorianisme au catholicisme.
Nous n'avons pas à mentionner ici les traductions syriaques de nombreux ouvragées des Pères de l'Eglise grecque : Ignace d'Antioche, Athanase, Flusèbe de Césarée, Epiphane. Basile, Gréffoire de Xazianze, Grégoire de Xvsse, Chrvsostùme, Gvrille d'Alexandrie et tant d'autres. Mais il convient de rappeler (pie plusieurs traités imiiortants ont péri dans leur langue oiiginale et se trouvent conservés dans ces traductions. A ceux cpie nous avons déjà indiqués plus haut, nous pouvons ajoutei" V Apolorjie d'Aristide, celle attribuée à Méliton de Sardes, des fragments d'IIippo- Ivte, (piel(|ues écrits il'origine ajioUinariste, le traité de Titus de Bostra Contre les Manichéens, les Lettres /'estâtes de saint Athanase, un long traité de Théodore de Mopsueste, des écrits de Proclus, d'Andié de Samosate, les onivres de Sévère d'Antioche, en partie traduites à lùlesse dès .'i28. du vi\ anl de l'auteur, par Paul de Gallinicpie. La traduction des ouviages du Pseudo- Aréopagite faite pai- Sergius de Beschayna ! moit en .'iiJOi, pende
temps après Tapparition de ces écrits, est pourvue d'un intéressant commentaire.
Les monastères en Syrie et en Mésopotamie étaient nombreux et fort peuplés ; aussi avons-nous une certaine quantité de compositions et do traités ascéti(pies. Les Syriens occidentaux ont beaucoup emprunté aux ouvrages grecs sur la vie monastique : mais les Nestoriens, plus éloignés du conmierce des Grecs, nous ont laissé des travaux originaux plus nond)roux. Leurs trois auteurs ascéticjues les plus célèbres sont : Abraham de Netpar, à la iin du vi^ siècle; Isaac, évèque de Ninive. dans la seconde moitié du vii« siècle; et Jean Saba (le Vieillard], à la tin du VIII'' siècle. Nous connaissons la plupart de leurs (puvres. l'n grand nombre dautres ouvrages traitant de la perfection religieuse et de la vie spirituelle, rédigés par des écrivains nestoriens, sont parvenus jusqu'à nous.
Nous mentionnerons seulement en passant la littérature canonique fjui est assez considérable : traductions des Canons et des Actes des premiers Conciles ; (fanons et décisions disciplinaires des Conciles et des patriarches syriens; traités de droit canonique, etc. Chacune des deux Eglises, monophysiteet nestorienne, a eu au XIII'' .siècle son grand canoniste : Bar Ilébréus chez les Jacobites. et Kbedjésus. métropolitain de Xisibe. chez les Nestoriens. Ces deux auteurs ont codifié par ordre de matières, dans des traités qui font encore loi dans ces Eglises, les nombreuses décisions renfermées sans ordre ni méthode dans les ouvrages antérieurs.
Les liturgies .syriaques et leurs commentaires, qui ont fourni la meilleure partie des documents renfermés dans les Liturgies orientales de HenaudoL appartiennent aussi au domaine de la théologie.
111. HisTOinF. — Lhistoire est une des branches les plus développées de la littérature syriaque, et celle dont lintérèt est le plus universel.
Nous avons des histoires générales qui commencent à l'origine du monde. Lune d'elles fut écrite en 77M. .\ssemani l'avait attribuée à tort à Denys de Tell-Mahrè. patriarche d Antioche ('mort en 845 ; elle est probablement Itinivre du moine Josué le stylite. Jacques d'Edesse a donné une continuation de la Chronique d'Eusèbe de Césarée, jusqu'en lan "(IH. Le ])atriarche
Michel I'' iiiiort en 11 9^1) a compilé tout ce que ses devanciers avaient écrit, et y a ajouté la suite des événements jusqu'en lllXi. Sa chronique est 1 œuvre historique la plus étendue et la plus importante que nous aient laissée les Syriens. Bar Hébréus a abréo^é rouvrai,'e de Michel, t-t la continué jusqu'à son époque il:2H(>i dans sa double chronique, profane et ecclésiastique. On a récemment découvert une chronique anonyme, (pii suit de près Michel, et qui serait à placer entre celui-ci et Bar Hébréus. Tous ces historiens étaient Jacobites. Les Nestoriens n'ont point d'ouvrage analogue : leur principale histoire est la chronique d'Élie de Nisibe, écrite en l'an 1019; elle forme la première section d'une chronographie, dont la seconde partie est constituée par ime sorte de doctrina temporum, traitant des ères et des calendriers des différentes nations.
A coté des histoires générales, on trouve des histoires particulières, qui n'embrassent qu'une époque ou une région déterminée. Au premier rang se place la Chronique d'EcIcsso, rédigée dans la seconde moitié du vi** siècle, mais sur des documents antérieurs; elle est remarquable de précision. Le même éloge convient à l'ouvrage anonyme sur la guerre des Perses (;)()2-r)(JG) inséré dans la chronique du Pseudo-Denys de Tell-Mahré, et édité sous le nom de Josué le stylite. La compilation historicpie mise au nom de Zacharie le Rhéteur fde Mitylène) a été rédigée à la fin du vF s., en partie avec des traductions de sources grecques, en partie avec des documents d'origine syriaque; elle se rapporte surtout au'c événements du v*" et du vi" siècle (pii concernent les Eglises monophysites de Syrie et d'Egypte, et elle sert de complément aux ouvrages de Jean d'Asie. Ce dernier, évoque monophysite d'Éphèse, originaire d'Amid, vivait sous les règnes de Justinien et de Justin II ; les parties conservées de son Histoire ecclésiastique renferment des renseignements précieux et inconnus par ailleurs sur les événements politiques et religieux de celte époque.
Dans son Catalogue des écrivains 5;/r/p/7s (nestoriens), sorte d'histoire littéraire écrite vers l'an 13(10, Ebedjésus de Nisibe énumère plusieurs ouvrages historiques qui n'ont pas été retrouvés jusqu'ici, à l'exception de la chronique de Meschiha-zekha (lin du VI'' siècle). Une courte mais intéressante chronique, éditée par Guidi, retrace les événements fpii se sont passés depuis la mort
— ar,
d'Hornii/.tl, (ils tlo Chosroès, jus<ju ;i la chute dv l Ciupii-t* des Sass.inidcs.
A côté de Ihistoiro |)r()|)roim'nt diti'. nous trouvons u\u- louj^ue série de documents hajj^iographi({uos, do biographies, de monographies : mine abondante d'où Thistorien tirera, avec l'aide de la critique, des matériaux de valeur. Les Actes des martyrs d'Edesse, et surtout les Actes des martyrs de Perse pendant la longue persécution (3i-0-;)71)) de Sapor II, sont i-emplis de données historiques et géographiques. (]es récits contiennent la matière de plusieurs volumes. Plus étendue encore serait la collection des vies de saints et de personnages illustres honorés chez les Syriens, tant monophysites (jue nestoriens. Parmi les plus anciens de ces documents nous avons les vies de saint Ephrem et de Rabboula, 1 histoire amplifiée de saint Siméon le stylite; les lettres de Siméon de Beit Arscham relatives aux alîaires des chrétiens d'Arabie vulgairement appelés himyarites. Les Histoires des Bienheureux orientaux, de Jean d'Asie, constituent une collection biographique de personnages monophysites contemporains de l'auteur (vrs.l. La vie de Jean de Telia, celle de Pierre Libérien, traduite d'un original grec perdu, de même que les deux vies de Sévère d'Antioche, sont des documents précieux pour l'histoire ecclésiastique.
Comme l'histoire profane et religieuse des contrées orientales nous est moins connue que l'histoire de la Syrie occidentale, les biographies et les documents hagiographiques des Nestoriens ont pour nous, en général, un plus grand intérêt. Les vies des patriarches Mar-Aba L'" (540), Sabarjésus I" (596), et surtout celle de Yahballaha lll (1281-1317) sont les plus développées. Cette dernière renferme le journal de voyage du moine Rabban Çauma qui vint à Paris en 1287, comme ambassadeur du roi mongol Argoun. Parmi les monographies^ celle du couvent nestorien de Beit Abè, près de Marga, est de beaucoup la plus importante : écrite en 84(1 par Thomas de Marga, elle renferme en même temps l'histoire du monachisme et celle de l'Eglise nestorienne pendant près de trois siècles. L'histoire des couvents de Rabban llormizd. de Beit Çayarê, de Beit Qôqa, qu'on retrouve dans les vies de R. Hormizd et de Joseph Bousnaya. sont d un moindre intérêt. Le Livre de la chasteté de Jésusdenah. évèque de
Bassorali [Un du vin'' s.), paraît tiré en majeure partie du Paradis des Orientaux, du moine Joseph Hazzaya : ouvrage aujourd'hui perdu, qui était le pendant de Y Histoire Lausiaque de Palladius. De cette dernière, il existe deux recensions syriaques, ég-alenient d'origine nestorienne.
On pt'ut rang-ei- dans la catégorie des documents hagiographiqui's K's récits légendaires tels que \' Histoire des Sept dor mants d'Ephèse, et celle de l'Homme de Dieu (saint Alexis). Le recueil intitulé Caverne des Trésors serait mieux placé à la suite des apocryphes bibliques, avec l'Histoire du sage Akhikar, dont certains éléments se rencontrent déjà dans les papyrus araméens du iv'' siècle avant notre ère. Le Livre de l'Abeille, de Salomon, évêque deBassorah [y. 122Uj, est un mélange de légende et d'histoire. Le Roman de Julien l'Apostat, écrit au vi'" siècle par un moine édessénien, n est qu une fantaisie historique d un grand mérite littéraire.
Parmi les versions syriaques des historiens grecs, nous signalerons seulement celle de l'Histoire eeclésiastir/ue d'Eusèbe, qui existe dans des manuscrits tort anciens (l'un de 402, l autre du vi'^ s.), et qui suppose en plus d'un passage des variantes meilleures que les leçons conservées dans le texte grec actuel.
IV. Sciences. — Il n'est pas trop malaisé de se taire une idée juste de l'état des connaissances scientiti(|ues drs Syriens au xii' et xm^s., grâce aux ouvrages encyclopédiques tels (pie la Crème des Sciences de Bar llébréus (résumée' dans le Commerce des Commerces), V Entretien de la Sagesse du même auteur; les Trésors et les Dialogues de Sévère bar Schakako, évèque du monastère jacobite de Mar Mattai, près de Mossoul (mort en 1241). Mais il est d'un bien plus grand intérêt de suivre le développement de ces études, et d en .saisir les notions au moment où les Syriens (surtout les Xestoriensj transmirent leurs connaissances scientifiques aux Arabes. Ceux-ci, comme on .sait, dépassèrent promptement leurs initiateurs, et h'urs propres écrits exercèrent quelques siècles plus tard une intluence considérable dans la [)ropagation des sciences en Occident.
Au domaine de la philosophie appartient le texte syriaque le plus ancien après les versions de la Bible : le dialogue du gnostique Bardesane né à Ldesse, en 154). écrit par son disciple Phi-
lippo, et vul^ain'iiiiMit coiuui sous U- nom de lÀvrc du Dcslni. (>ii peut aussi ranj^er parmi les ouvi'aj^es de [)liilosopliie le Livre de Ilicrol/ice, leuvre du panthéiste mysti(pie Klienne Bar Sudaïli (commencement du vi'" s.), et mieux encore l'ouvrait' anonyme (xii'" s.) intitulé ConnuissHiice de la vérité, souvent cité sous le titre de Causa causarum. Mais à vrai dire, l'objet propre de cette science consistait, pour les Syriens, dans lélude des philosophes grecs, surtout d'Aristote. Xous connaissons plusieurs versions de Yhagogè de Porphyre. Dans l'Ecole d'Edesse, Ibas, Koumi et surtout Probus lau V s.) se distinguèrent par leurs travaux sur Aristote. Ils furent éclipsés par le médecin monophysite Sergius de Reschayna à qui nous devons des traductions nombreuses et fidèles, et des conmientaires étendus sur un grand nombre de traités du philosophe péripatéticien. Jacques d'Edesse est lauteur d'un Enchiridion (|ui explique les termes techniques de la philosophie. Son disciple, (leorges, évèque des Arabes nomades !vui'' siècle), nous a laissé ime excellente version de VOrganon. Parmi les Nestoriens. Théodore de Merw, contemporain de Sergius de Reschayna. et Paul le Persan (même époque) se distinguèrent dans ces études. Aux siècles suivants, les principes de cette philosophie furent largement appliqués et commentés dans les traités polémiques et didactiques dus aux écrivains que nous avons déjà nommés parmi les théologiens, spécialement dans ceux de Moïse bar Kèpha et d'Elie de Nisibe.
La littérature gnomique était fort goûtée des Syriens. Ils nous ont transmis des recueils de sentences (authentiques ou supposés), tels que les Sentences de Pj/thagore. les Préceptes de Platon, les Co?iseils de Théano, les Sentences de Ménandre ; et aussi divers traités de Platon, de Socrate, de Plutarque surtout.
Les sciences physiques et mathématiques ne furent pas totalement négligées. Il existe des versions du Phi/siologus' et des Géoponi(/iies grecques. Bar Hébréus est l'auteur d'un traité d'arithmétique, et d'un manuel d'astronomie (L'ascension de l'esprit). Longtemps avant lui, Sergius de Reschayna avait écrit sur les figures du zodiaque, et Sévère Sebokht i\ii^ siècle) sur l'astrolabe.
Ce (jui nous est resté de la chimie a été réuni par R. Duval dans le tome II de l'Histoire de la chimie au moyen âge de Berthelot.
La cosmographie et la géographie générale sont rarement traitées dans des ouvrages spéciaux; mais on en trouve les éléments dans des Hexacnieron, ou commentaires sur l'œuvre de la création, tels que ceux de Jacques d'Edesse, de Moïse bar Kêpha, et du nestorien Emmanuel bar Schahharè (x'" siècle), et aussi dans le Livre des Trésors de Sévère bar Schakako.
L'étude de la médecine nous a valu quelques travaux originaux et un certain nombre de traductions, entre autres celle des Apho- /•/smesd'Hippocrate, et celle des œuvres deGalien (par Sergius de lleschayna). Bar Ilébréus, qui passait pour un médecin distingué, a écrit un traité des simples [Livre de Dioscoride) et un commentaire sur les Questions médicales de llonein. Cet Honein est un des plus célèbres de la série des médecins nestoriens qui s'acquirent une grande réputation à la cour des caliphes de Bagdad, aux IX'' et x'^ siècles. Mais déjà, surtout dans ce milieu, l'usage de la langue arabe était prédominant, et c'est en arabe que ces savants composèrent la plupart de leurs œuvres.
La Rhétorique d'Aristote fut traduite en syriaque par le même llonein (mort en 873). Le traité, un peu antérieur, d'Antoine de Tagrit sur le même sujet, est plus original quoique basé sur des sources grecques. Sévère bar Schakako et Bar Hébréus ont aussi parlé des principes de la rhétorique et de la poétique dans plusieurs de leurs ouvrages. Pour d'autres écrivains, ces sciences se confondent avec la grammaire, qui lut l'objet de nombreuses études ; nous possédons intégralement ou en fragments la grammaire de Jacques d'Edesse, la grammaire abrégée de Bar Hébréus, et sa grande grammaire intitulée Livre des splendeurs; chez les Nestoriens nous trouvons celles d'Elie de Tihran et de Jean bar Zoubi, le Réseau des points de Jean bar Malkoun ; les Dialogues de Sévère bar Schakako; plusieurs traités sur l'accentuation et d'autres de aequilitleris, c'est-à-dire des mots qui s'écrivent avec les mêmes lettres mais présentent un sens dilîén^nt. Ces petits vocabulaires ont préparé la voie aux grands lexicographes. Bar Alî (xi'' s.) et Bar Bahloul (x'' s.), dont le Lexicon^ publié par \\. Duval, est un véritable monument philologique, sont les deux auteurs les plus connus dans ce dernier genre d'études.
V. Epigraphie. — Dans l'aride nomenclature qui précède, nous avons indiqué les (euvres principales formant le fonds de
la littérature syriaque. A ces monuments littéraires s ajout*' nt quelques documents épifi;iaphiques d'une importance relativement secondaire. Nous connaissons, de 1 épo([ue païenne, plusieurs inscriptions funéraires. La plus ancienne est probablement celle d'une reine 'Hélène d'Adiabène), g'ravée sur le sarcopliage du Louvre trouvé à Jérusalem dans le tombeau dit des Rois ; les autres proviennent d'Edesse, qui a aussi fourni ([uelques inscriptions honorifiques. Une inscription fort ancienne, mais très mutilée, a été découverte à Béredjik.
Le matériel épigraphique de l'époque chrétienne consiste en dédicaces d'églises, en épitaphes et en inscriptions commémoratives. La plus intéressante dédicace aujovu'd'hui au musée de Bruxelles) provient de Zébed, au sud-est d'Alep ; c'est une inscription trilingue : grecque, syriaque et arabe. Les autres ont été recueillies dans la Syrie occidentale par MM. Fognon et Littmann, et en Mésopotamie par ^I. Pognon. Les centaines d'inscriptions funéraires trouvées dans les cimetières nestoriens du Sémirjetschié, au nord de Kaschgar, forment une catégorie à part. Elles sont des xiii'- et xiv*^^ siècles. La fameuse inscription syro-chinoise de Si-ngan-fou, dont personne ne songe plus aujourd hui à contester l'authenticité, est de l'un 781.
Nous terminerons en mentionnant les inscriptions gravées sur ({uelques monnaies des rois d Edesse, dont 1 examen contribua à fixer la chronologie de ces princes".
1. Pour riiisloirc lilléraiiv, voir : W'uKiin, .1 shuii hislorij uf Syriac Lileralure (Londres, 1894; réimpression d'un art. de VEiicijclopœdia Britannica; l'autour suit l'ordre clironolo.uique). — H. Dival, La liliérature syriaqiieÇi'^éd., Paris, 1!KI7; dis[)osée selon l'ordre des matières). — II est regrettable (jue ni l'un ni l'autre de ces deux ouvrages ne soit accompagnéd'une table comme celle qui est jointe à la traduction russe de Wright, par F» von Kokowzoiï (St-Pétersbourg, U)02).
2. Nombre approximatif des mss. syriaques décrits dans les catalogues imprimes des principales Ijibliotlièques en Europe : Londres (Brit. Mus.) 850; Rome (Vaticane) 550; Berlin (Bibl. roy.) 340; Paris (Bil)l. Nal.)334; Oxford (Bodl.) 205; Cambridge (Univ.) 215- Florence (Laurent.) ôO.
3. Les éditions de textes et les principales dissertations sont énumérées dans Nestlé, Lillcrulura syriaca, et dans les histoires littéraires mentionnées à la note 1. Une bibliographie complète comprendrait environ un millier d'articles.
4. Pour l'étude de la langue syriaque, grammaires élémentaires nombreuses, en diverses langues. Grammaires approfondies : H. Duval, Traité
de (jranimaire syriH(/uc, {PiMÏa, 1881); — Tli. Nolueke, h'urzt/eptsslf SijrischeOrammatih- (2^ éd., Loipzi---, 18!>8).
Dictionnaires : Thésaurus syriacus, vd. H. Payne Smith, Oxl'ord, 1871)- 1901 ; 2 vol. in-f"ol. (451G coll.). — Huockelmann, Lexicon syriacum, Berlin, 1895. — J. Hiu N, Diclionariumsyriaco-Iatinuni, rîe\ rout, 1895 (plus prat if [ue).
5. Pour l'épi^iaphie syriaipie. les ouvraj^es antérieurs à 1888 sont mentionnés par Nestlé, op. cit., p. 54. Ajouter prineipaleiiieut : II. Pognon, Inscriptions séiniti(/ues de ht Si/rie, Paris, 1ÎJ07; — Litt.mann. Seniilic inscriplions, New York, 1904; — Kloeneu, Notes sur l'inscript. de Zéhed, et sur une inscr. syr. de lîéredjik (Rouie, 1908); — Elting, Mosaït/uc syr. d'Ourfah {Florileyiuin M. de Vor/iié, p. 231.)
Pour la numismatique, voir : Gutschmid, Untersuchungen ûher die Gesch. lies Koniijreichs Osroëne (St-Pétersbourjj-, 1887); — Habelon. Mélamjes numismalif/ues, t. II. p. 209 et suiv. (Paris, 1893 .
La connaissance des dialectes néo-araméens date seulement, avons-nous dit, delà seconde moitié du xix'' siècle; mais limportance de ces dialectes pour l histoire des lang'ues sémiti(|ues s'est nmnitestée d'une manière si évidente que les travaux d'érudition, dus aux maîtres les plus éminents, se sont succédé rapidement dans cette nouvelle branche de l'orientalisme'.
Comme l'araméen dont ils sont la survivance, ces dialectes se divisent en deux «j;roupes : oriental et occidental.
Le néo-araméen occidental dérive de l'ancienne langue vulgaire de la Syrie. Il n'est plus parlé de nos jours que dans le village de Maloula, à huit ou neuf heures au nord de Damas, et dans deux autres villages voisins, comprenant en tout environ quinze cents habitants-. Au xvi'' et même au xvn'" siècle, on })arlait encore syriaque dans beaucoup de villages du Liban, mais il n'en est plus ainsi aujourd'hui.
L'araméen oriental est mieux représenté. L ancienne langue de la Mésopotamie s'est perpétuée dans le dialecte du Tour Abdîn « Montagne des serviteurs »>, région située au nord de Mardin et de Xisibe, qui doit son nom à la multitude de couvents dont elle fut jadis parsemée.
Ce dialecte, comme ceux dont nous allons parler ensuite, est
souvent appelé néo-syiiaqiie. Mais la désignai ion est mal choisie; elle convient aussi peu que celle de néo-latin, par exemple, conviendrait pour désijçner l'italien. Les parlers actuels ne dérivent pas de la langue (pion appelle le syriaque; ils sont la continimtion et la transformation de la langue populaire dont l'usage subsista à côté de la langue littéraire ; taiulis (jue celle-ci nous apparaît presque immuable du iV au xii'' siècle, l'autre s'est insensiblement modifiée selon les lois de l'évolution commune à toutes les langues parlées, pt)ur en arriver à l'état où nous la rencontrons. La population pres([ue exclusivement chrétienne du Tour Abdin appartient à la secte jacobite''.
L'autre branche de 1 araméen oriental, qui est actuellement en usage dans le Kurdistan turc et persan, depuis le Tigre ju.squ'au lac d'Ourmiah, dérive du dialecte babylonien. Elle comprend une grande variété de parlers en usage chez les Nestoriens et les Juifs de ces régions \ Plusieurs de ces dialectes ont fait l'objet d'études sérieuses, entre autres le dialecte Fellihi, parlé dans les campagnes des environs et surtout au nord de MossouL'; le dialecte des Juifs de Zako, auprès du Chabor; le dialecte de Djélou, et celui du Tiari* dans le Kurdistan turc ; le dialecte chrétien de Salamas et le dialecte juif du même lieu cpii dillère sensiblement de l'idiome chrétien", et surtout le dialecte chrétien d'Ourmiah*'. Ce dernier est en passe de devenir langue littéraire sous les elTorts des missionnaires (protestants américains et lazaristes français) qui ont déjà fait imprimer dans ce dialecte de nombreux ouvrages en tous genres (bibles, livres de classes, traités de propagande, revues';'. Aussi est-il le mieux connu, et celui qui offre le plus d'éléments à nos études.
1. Cf. lîubens Dlval, Xolicc sur les dialeclcs néo-araméenit (dans les Mrm. (Je In Société de linguistique, t. IX, 1896).
2. Pakisot, Le Dialecte de Mà'lula. Grammaire, vocal)iilaire i-l textes. (Extrait du Jou/-«a/ asiat. 1808: supjolément : J.A., 1902); p. 10, bibliographie des travaux antérieurs.
3. Prym et SociN, Der neuaranuiische Dialecl des Tur Ahdin (Goltinoen, 1881).