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LES PRONOMS SIMPLES

Au type indo-européen MA caractérisant la première personne, quel correspondant de signification trouvons-nous dans le sémitisme ? Le type I, moi : î, moi en hébreu et en chaldéen, — t, moi en arabe, — /, moi en syriaque, — t, moi en samaritain, etc. S'il est appuyé sur un subs!*»^ ou sur une préposition qui le précède et dont il est le complément, ce pronom reste simple et ne prend point d affixe ou de support. Ainsi, en hébreu L, à, pour (signe du datif), uni â* I, moi, donne L-I, à moi; B, en, dans (locatif), joint à 1, donne B-ï, en moi ; et de même le nom BcN (1), fils, suivi de I, moi, fprmcle groupe BeN-I, fils de moi, mon fils. Manque-t-il d'un mot qui lui serve de support et se trouve t-il le sujet ou le nominatif de la phrase, l, moi, reçoit en guise de préfixe un pronom déterminatif, soit simple, hébreu AN-I, je ou moi, soit complexe, hébreu ANôK-ï, je ou moi.

(1) Les points-voyelles ont une valour traditionnelle Irop importante pour que nous négligions de les figurer, au moins en lettres minuscules, dans nos transcriptions de 1 hébreu et des aulres langues «^mitiques.

Notre indo-européen MA, moi, s'adjoignit, il est vrai, au cas-sujet, un élément syllabique déterminatif ; seulement, au lieu de le préfixer à la téle, il le suffixa à la fin de sa forme première, et il devint MAgh v (plus tard : Agha, Aha, Ego) par un procédé diamétralement contraire a celui qui, dans les ressources de l'instinct artistique des Sémiles, fit du simple I, moi, le combiné anI, je ou moi. Des variantes de ce dérivé, aNI, ÔNI, ni, moi, s'attachent au verbe pour représenter l'accusatif de noire pronom. Tout le monde connaît cette parole de Jésus en croix : « é/-/, él-I, lamma çabaqta-NI? (Dieu de moi, Dieu de mot, pourquoi abandonnas -tu mot) : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » Et maintenant, quant à la diversité radicale du sémitique I , moi, et de l'arien MA, moi, je croirais faire injure au lecteur en essayant de la mettre davantage en relief : l'un n'a jamais pu être l'autre, et tous deux, dans des races différentes, sentant et exprimant chacune à leur manière, ont été nécessairement contemporains des premières manifestations de la pensée.

Celle ditïércncc originelle n'est pas moins frappante quand on compare entre eux les pronoms de

la seconde personne propres à chacune de ces deux races.

TU ou TWA, tu, loi, est, nous l'avons vu, le pronom ariaque de la deuxième personne.

A ce TU du parler indo-européen, le langage sémitique ou syro-arabe oppose KA ou K : hébr. Kâ, arab. Ka, éthiop. Ka, chald., samar. etsyr. K final précédé d'une voyelle. Qu'on nous permette encore ici quelques exemples emor»*^» ^Wrobreu, ce sanskrit des langues sémitiques. Appuyé sur des préfixes, le pronom Kà, tu ou toi, donne les groupes L-KA, à toi, contre toi (la préposition L, nous l'avons vu, sert à former le datif) ; B-Kâ, en toi (cfr B-ï, en moi), etc. Suffixé à un nom, ce même Kâ équivaut à un génitif, comme dans les groupes ZaRA"-Ka, la race de toi, ta race; AH'I-Kâ, le frère de toi, ton frère, etc. Mais lorsqu'au lieu de suivre un nom, il vient immédiatement après un verbe, ce même Kïi (toujours Kâ ! ) équivaut à un accusatif : leLiDTl-KA, j'ai engendré loi, je t'ai engendré.

Un trait singulier du génie sémitique, c'est de distinguer dans le pronom de la deuxième personne le genre masculin du genre féminin. Le TU indoeuropéen ne change jamais : qu'on s'adresse à un

homme ou à une femme, c'est toujours tu, toujours toi. Le sémite, au contraire, accompagne le K caractéristique de la deuxième personne d'un d, si le sexe de la personne à laquelle il s'adresse est masculin, d'un t si le sexe de son interlocuteur est féminin. Ainsi, pour toi adressé à une femme, l'hébreu dit Kl ; l'arabe et l'éthiopien, Ki ; le syriaque, tout en écrivant Ki, ne prononce plus la voyelle, et l'hébreu, la plupart du temps, tronoporie avant la consonne (K) cet * i changé en é, son substitut habituel ; <le là, son éK, toi femme, comme complément annexé au mot qui le régit. Un M terminal pour le masculin, un N terminal pour le féminin indiquent le pluriel du pronom Ka, toi ; c'est ainsi que l'hébreu dit KeM, vous, en parlant à des hommes, et KcN, vous, en parlant à des femmes.

Telle est la forme du pronom sémitique de la seconde personne, lorsque ce pronom est appuyé sur un mot ou sur une particule, et c'est là le cas le plus ordinaire. Mais de même que le pronom de la première personne I, moi, quand il n'est point eomplément d'un préfixe ou d'un nom sur lequel il repose, prend l'appui du préfixe AN ou ANôK, le pronom de la deuxième personne Kà, toi, s'appuyant dans les

mêmes circonstances syntaxiques sur un préfixe semblable, donna d'abord au sémilisme la forme complexe ANÏa-K ou ANTo-K que vous retrouverez telle quelle dans les dialectes de Tbèbes cl de Memphis. Un substitut habituel du K, le H, remplaça le K organique primitif et dans le chaldaïque ANTâ H et dans l'hébraïque A(N)Tà-H . Ce n'est point là du reste un fait isolé : ANoK ou ANaK pour ANoK-I, je ou moi, subit celte même altération du K en H, et de là ANoH ou ANaH, je ou moi, devenu dans certains dialectes ANo\ AN A', avec aleph pour hé.

Quant au pronom SWA, soi, même, dont nous avons rappelé plus haut les importantes, fonctions dans la parole ariaque, il n'est *ien, absolument rien qui lui ressemble dans le parler sémitique. Passons. # .

Souvenez- vous maintenant des six ou sept fonctions grammaticales du pronom démonstratif indo-européen TA, de ce pronom TA qui se dédouble pour devenir article; de ce pronom TA qui, dans la dérivation et dans la conjugaison, — cette forme particulière de dérivation, — constitue la base de tant de terminaisons significatives; de ce pronom TA d'où sont sortis

tant d'adverbes et de conjonctions (lat. tôt, lam, tum tune, etc.). Eh bien ! ce monosyllabe primitif auquel nos langues doivent tant de formes essentielles, vous ne le rencontrerez nulle part dans le sémilisme. Vous n'y trouverez pas davantage nos pronoms déterminatifs I et A. En revanche, vous y entendrez à chaque phrase, vous y lirez à chaque ligne un pronom de troisième personne dont il n'existe pas la moindre trace dans l'organisme du parler indo-européen : ce pronom, reproduit avec de légères variations par toutes les langues sœurs, est, en hébreu, HIT (prononcez hou') quand il est seul, HU, U, 0 (avec chute de H) et même W, soit U s'arliculant en consonne liquide des lèvres, toutes les fois que ce pronom est appuyé sur un mot qui le précède et dont il est le complément : L-O, à lui, -PI-HU et PI-W, la bouche de lui, sa bouche, comme on dirait PI-Kïi, la bouche de loi, ta bouche. A côté de cette forme HU', qui est exclusivement masculine, vient se placer la forme féminine HT, elle. C'est le pluriel organique de HU', HU'M ou HUM (et dans certains dialectes HUN), qui, s'urtissant au radical du prétérit syro-arabe, constitua la terminaison caractéristique de la troisième personne du pluriel. Le M tombe en hébreu, et il ne reste que

U : KàTaB, il écrivit ; KàTB U, ils écrivirent. Il n'y a pas de temps présent dans la conjugaison sémitique.

Les pronoms relatifs C'a, Ç'é, De, AÇ'eR, qui, que, lequel, laquelle, lesquels, lesquelles, correspondent, N dans le sémitisme, au YA du parler ariaque. Comparez et assimilez si vous pouvez.

Mais le fait le plus accablant conlre toute tentative d'identification des deux parlers à une époque quelconque, c'est la diversité si profonde de leurs pronoms interrogatifs.

Partout l'interrogatif indo-européen est KA ? ou KWA ?, Kl?, qui?, quoi?

Partout l'interrogatif sémitique ou syro-arabe est Ml?, MA?

Ainsi l'hébreu dit MI? qui? MâH? quoi? d'où MaTal ? quand? Puis il décline L-MI ? à qui î A cause de qui ? éT-MI? qui (quem J) B-MI ? par qui? Tout le monde connaît le nominatif MI dans Ml-ka-el, Qui est semblable à Dieu ? devenu notre Michel, svnonyme de MI-ka-ja, Qui est semblable à Jéhovab? devenu notre MIc/iée. La langue assyrienne dont M. Jules Oppert démontrait naguère l'essence sémitique dit, elle aussi, MaN? qui? et Ma? quoi? d'où

son MiMMiV, qui que ce soit, quelconque (l).

On le voit, il n'y a rien de commun cnlre le système pronominal des Sémites et celui des Indo-Européens. Jetons maintenant un coup d'œil comparatif sur la nature des verbes simples dans l'une cl l'autre race.

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