DÉVELOPPEMENT DES ÉTUDES
accorde une certaine curiosité aux hiéroglyphes de l'Egypte, il n'en est pas ainsi quand on parle des textes de Ninive et de Babylone. L'intérêt s'accroît dés qu'il s'agit de peuples déjà puissants et redoutables avant la naissance d'Abraham et qui plus tard détruisirent Saniarie et Jérusalem. Ne soyons donc pas surpris que ce soit sous l'empire de ces préoccupations que les études assyriennes vont prendre leur développement le plus considérable.
Nous avons présenté jusqu'ici les travaux dans leur succession chronologique, chaque découverte appartenant en propre au savant qui en était l'auteur. Nous avons essayé d'enregistrer les recherches sur la valeur des signes à mesure qu'elles se produisaient, en indiquant les premiers essais du vocabulaire et en suivant pas à pas le progrés des études sur la grammaire. Il pouvait en résulter des questions de priorité respectables que nous croyons avoir sauvegardées, mais nous avons négligé de mentionner les revendications, parce que, dans le nombre, il y en a qu'on se garderait de formuler à présent. Quelques-
unes de ces prétendues découvertes, chèrement disputées autrefois, sont restées sans valeur, et cette priorité ne peut plus être enviée aujourd'hui. La lecture de l'assyrien appartient désormais à tous ; aussi nous allons substituer à l'ordre chronologique l'exposé sommaire des travaux de chacun. Nous nous occuperons d'abord de ceux qui se sont accomplis en France.
M. Oppert continuait avec persévérance ses travaux sur l'Assyrie et la Chaldée. Les traductions qu'il avait données dans le second volume de la relation de l'expédition en Mésopotamie, accompagnées d'un commentaire à l'appui, dévoilaient la connaissance qu'il avait des textes de Khorsabad.
A cette époque (1862), je consultais les mêmes inscriptions pour la rédaction de mon Syllabaire. M. Oppert m'associa à la publication scientifique la plus importante qui parut alors, je veux parler de la traduction de la
longue inscription des Faites de Sargon, avec un commentaire que M. Oppert rédigea et un vocabulaire que je dressai à l'appui '.
Cette inscription fait connaître l'histoire à peu prés complète du régne de Sargon. Elle se développe principalement sur les murs de la salle X du plan de Botta, et se complète par les fragments provenant des autres salles, notamment par une inscription dans laquelle les événements suivent un ordre chronologique rigoureux, et qui est désignée pour cette raison sous le titre d'Annales.
A côté de ces grands travaux, M. Oppert remplissait les revues scientifiques d'articles intéressants. C'est ainsi qu'il fit paraître dans les Annales de philosophie chrétienne la traduction des principaux textes des Sargonides 2.
A cette époque, les principes de la lecture des textes n'était plus contestée. Une décision
1 Grande inscription du palais de Khorsabad. Extrait du Journal Asiatique. Paris, 1863.
2 Les inscriptions assyriennes des Sargonides et les Fastes de Ninive . Extrait des Annales de philosophie chrétiefine, t. VI, 5* série. Paris, 1862,
importante vint alors donner à nos études une consécration nouvelle. L'Institut décerna à M. Oppert le prix biennal '.
M. Oppert continuait à publier dans les Annales de philosophie chrétienne de nombreuses traductions. Citons une histoire des empires de Chaldée et d'Assyrie d'après les monuments, depuis l'établissement des Sémites en Mésopotamie jusqu'aux Séleucides 2, un Commentaire historique et philologique du livre d'Esther d'après les inscriptions perses % et un Commentaire analogue sur le livre de Judith, inséré dans V Annuaire de la Société d'Ethnographie 4. Je ne dois pas omettre la traduction de la longue inscription de Nabucodonosor î, communication faite à l'Aca-
1 Voy. le Discours de M. Paulin Paris, lu à la séanct publique annuelle des cinq Académies, le jeudi 14 août 1863.
2 Histoire des empires de Chaldée et d'Assyrie. Extrait des Annales de philosophie chrétiennCy t. IX, $« série. Paris, 1865.
3 Commentaire historique et philologique du livre d'Esther. Extrait des Annales de philosophie chrétienne^ janvier 1864.
4 Le Li%>re de Judith. Extrait de V Annuaire de la SiKietè d'Ethnographie. Paris, 1865.
<) Inscription de Nabucodonosor sur les nien>eilles de Bahylotie. Reims, 1866.
demie de Reims, — un traité bab3^1onien sur brique, conservé dans la Collection de M. de Clercq ', — ses recherches sur les inscriptions commerciales en caractères cunéiformes 2, — enfin un important travail sur les rapports entre l'Egypte et l'Assyrie. Ce dernier parut dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres consacrés aux savants étrangers ?. Il y a, en effet, une série de monuments qui constatent les relations qui ont existé dés la plus haute antiquité entre les peuples du Nil et ceux de la vallée du Tigre et de l'Euphrate; mais la science n'a pas encore pu définir l'influence que ces rapports ont eue sur les deux civilisations; aussi, dans l'espèce, il ne pouvait s'agir que de préciser des faits dont on poursuivrait plus tard les conséquences.
En 1870, M. Oppert inséra dans la grande
1 Extrait de la Revue Archéologique. Paris, 1866.
2 Extrait de la Revue Orientale Américaine, t. VI. Paris, i866.
3 Mémoire sur les rapports de P Egypte et de V Assyrie dans l'antiquité, éclaircis par l'étude des textes cunéiformes, — inséré dans la 1" partie du tome VIII des Mémoires présentés par divers savants à l' Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Paris, 1 869.
publication des découvertes de Place à Khorsabad la traduction de toutes les inscriptions qui couvraient les murs du palais de Sargon ' . Il présenta ainsi une histoire complète de ce régne, qui se résume dans les deux inscriptions principales que nous avons mentionnées; — celle des Fastes ^ qui se développait dans les quatre salles marquées sur le plan de Botta, sous les n^s iv, vu, viii et x; — celle des Annales, dans laquelle les exploits de Sargon sont enregistrés par ordre chronologique, et qui décorait les salles ii, v, xiii et xiv. Les autres textes du même roi, à part quelques détails architectoniques, en reproduisent l'abrégé. — Les découvertes de Place n'ont ajouté que quelques textes très succincts provenant de la partie du palais appelée le Harem ; ils sont complètement étrangers à l'histoire politique de Sargon, et M. Oppert les a traduits dans son Expédition en Mésopotamie ^, Un travail d'un autre genre parut en 1875
1 Lu inscriptions de Dur-Sarkayan (^Khorsabad), provenant des fouilles de M. Place. Paris, 1870.
2 Expédition en Mésopotamie, t. II, pp. 333-339.
dans le Journal Asiatique; il était consacré à l'exposé des bases de la Métrologie assyrochaldéenne', et compléta ainsi les données déjà entrevues par l'auteur en 1859 2.
Plus tard, en 1877, M. Oppert publia avec moi un long travail sur les contrats d'intérêt privé î . Je dois signaler dans ce volume ce qui est relatif aux documents des Séleucides dont la traduction et le commentaire appartiennent entièrement à M. Oppert.
La chronologie attira l'attention de M.
Oppert, et ses nombreux articles prouvent avec quelle habileté il sait grouper les chiffres ; il proposa un système de notation très ingénieux 4, qui consiste à prendre pour point de
1 L'étalon des mesures assyriennes fixé par les textes cunéiformes. Extrait du Journal Asiatique (Août, Septembre 1872, Octobre, Novembre 1873). Paris, 1874.
2 Bulletin archéologique de l' Athe» au m français ^ juin 1856. — Enregistrons son nouvel article sur les mesures assyriennes de capacité et de superficie qui vient de paraître dans la Revue d'Assyriologie et d'Archéologie orientales^ n° IV, p, 124, 1886.
3 Documents juridiques de l'Assyrie et de la Chaldee. Paris, 1877,
4 Chronologie des Assyriens et des Babyloniens, 1856. — La Chronologie biblique. Extrait de la Rjsvue Archéol(^ique, 1868. — La Chronologie de la Genèse. Paris, 1877. — Salomon et ses successeurs.
départ une ère fictive censée commencer 10,000 ans avant J.-C, et 4 supputer à partir de cette époque les événements antérieurs à notre ère par une succession croissante. C'est ain^i que le i^"" siècle av. J.-C, par exemple, serait figuré par le chiffre 9,900 ; la première année de notre ère commencerait, d'après ce calcul, la seconde période myriadique par le chiffi-e 10,001, ce qui n'apporterait aucun trouble à notre nouvelle série, en négligeant le chiffre myriadique.
Les inscriptions cunéiformes, quelle que soit la langue qu'elles expriment, ont nécessairement attiré l'attention de M. Oppert; aussi nous citerons ici son essai de traduction des inscriptions de la Susiane 2 et son volume sur les inscriptions médiques î.
Extrait des Annales de philosophie chrétienne^ t. XI et XII, 1876- 77. — La Chronologie biblique fixée par les éclipses des inscriptions cunéiformes. Extrait des Annales de philosophie chrétienne^ mai 1869.
1 Chronologie biblique, p. 4, note i.
2 Les inscriptiotis en langue susienne. Essai d' interprétai ion. Extrait des Mémoires du Congrès International des Orientalistes ^ t. II.
3 Le peuple et la langue des Médes. Paris, 1879.
Je dois mentionner un point auquel M.
Oppert paraît accorder une certaine importance et sur lequel je ne me suis pas trouvé d'accord avec lui ; je veux parler de sa théorie sur l'origine de l'alphabet perse ' . — Nous le rattachons l'un et l'autre à l'ensemble des écritures cunéiformes^, mais nous différons sur le mode de dérivations
Il est assez difficile d'analyser les nombreux travaux de M. Oppert. On regrette qu'ils ne se présentent pas sous la forme condensée
1 Sur l'origine de quelques caraclères des inscriptions ariennes des Achémènides. Extrait de la Revue de linguistique^ juillet 1869.
2 La lettre L en Perse. Extrait de la Rtvue de linguistique, avril 1870. — Note sur la formation de l'alphabet perse, dans le Journal Asiatique^ février-mars 1874.
3 Notre thèse a été défendue depuis par M. le D' Deecke (Z. D. M. G., XXXIII, 2, 1878) et par le D' Sayce dans la Zeitschrift fur Keilinschriftforschung, 1884, P- i9-*7; enfin M. J. Halévy, examinant la vraisemblance des deux hypothèses mises en avant par MM. Oppert et Menant, se rangea à l'opinion de M. Menant {Journal Asiatique^Wl, nov.-déc. 1885, p. 480). Il est superflu de dire que M. Oppert n'a répondu aux arguments développés par M. Halévy que par une prétérition. {Un acte df vente conservé en deux exemplaires, dans la Zeitschrift fur Keilschriftforschung, 1.)
238 LES LAKGOES PERDUES
de volumes. Ils sont épars dans différents recueils périodiques, en France, en Angleterre, en Allemagne, partout où M. Oppert continue à publier des articles spéciaux, à mesure que surgissent des questions intéressantes. Il s'est attaché, en un mot, à toutes les branches des études assyriennes. Ce qui le distingue surtout, c'est son ardente polémique; on le voit toujours prêt à défendre les conquêtes de l'Assyriologie avec une conviction telle qu'on pourrait croire qu'il combat pour lui seul. — Nous verrons plus tard la part qu'il a prise dans la discussion qui s'est élevée sur les caractères de la langue des peuples primitifs de la Basse-Chaldée.
En suivant l'ordre que j'ai adopté, je suis amené à parler de mes travaux pendant cette nouvelle période; puisque j'ai entrepris de faire connaître l'ensemble des études assyriennes, je ne puis passer sous silence la part que j'y ai prise.
Je rappellerai d'abord une étude sur les noms propres assyriens, dans laquelle je m'efforçais de mettre en lumière le caractère
particulier de ces noms ', formés à la manière des noms propres dans toutes les lanpfues sémitiques, c'est-à-dire par le nom d'une divinité accompagnée d'une formule spéciale.
Je citerai encore un essai de traduction des inscriptions de Hammourabi qui a paru d'abord en anglais dans V Athenaum 2, et que j'ai publié ensuite en accompagnant le texte d'une traduction interlinéaire et d'un commentaire à l'appui ?. J'ai complété l'ensemble des inscriptions de ce roi par la traduction d'un nouveau document (1880)4.
Dés que l'impression de mon Syllabaire fut terminée (1872), je songeai à utiliser les lectures auxquelles je m'étais livré sur les textes. J'avais compulsé, pour asseoir la justification de la forme et de la valeur des caractères, les nombreuses inscriptions alors
1 Les noms propres assyriens, rechrches sur la formation des expressions idéographiques. Paris, 1861.
2 The Athcnaiimy Saturday, september 26th. London, 1862.
3 Inscriptions de Hammourabi^ roi de Babylone. Paris, 1863.
4 Une nouvelle inscription de Hammourabi, dans le Recueil de travaux relatifs à la Philologie et à l' Archéologie cgyplieviies et assyriennes, t. II, p. 76.
connues de l'Assyrie et de la Chaldéè. Je résolus de mettre en ordre les résultats auxquels nous étions arrivés. C'est ainsi que je publiai successivement l'histoire des Achéménides d'après les inscriptions trilingues ', puis les annales des rois d'Assyrie 2, et enfin les fi-agments des inscriptions trop succintes de la Chaldée î.
En 1880, j'entrepris un travail qui me parut de quelque utilité pour faciliter aux nouveaux adeptes des études assyriennes la solution des premières difficultés qu'on rencontre dans cette voie. Je réunis dans le même volume, sous le titre de Manuel 4, trois recueils élémentaires : — i® un tableau de la valeur et de la forme des signes de l'écriture assyrienne ; — 2° une seconde édition de
1 Les Achémènides et les inscriptions de la Perse. Paris, 1872.
2 Annales des rois d'Assyrie, traduites et mises en ordre sur le texte assyrien. Paris, 1874.
3 Babylone </ la Chaldée. Paris, 1875,
4 Manuel de la langue assyrienne, — i. Le Syllabaire. — 11. /ui Grammaire. — m. CIwix Je lectures. Paris, 1880.
la grammaire assyrienne, en conservant toujours aux mots leur forme originale, et en indiquant les flexions des racines en caractères assyriens; — 3° un choix de lectures graduées à l'usage de ceux qui veulent commencer l'étude de l'assyrien.
Les différentes valeurs que j'ai enregistrées sont naturellement susceptibles d'être augmentées ou modifiées à mesure que l'état de nos connaissances le réclamera par la suite; aussi toute observation à ce sujet serait superflue. — Quant à la grammaire, je suivis la théorie que j'avais adoptée dans la première édition. Je présentai donc pour chaque conjugaison un seul temps, r aoriste, tel que je l'avais indiqué d'abord, d'après l'exemple de Sir H. Rawlinson et de M. Oppert. Ce n'est pas que je ne connusse la théorie du D"" Hincks, mais je n'avais pas cru alors devoir changer d'opinion, entraîné par la considération mise en avant par M. Duchâteau dans un intéressant rapport sur le progrès du déchiffrement des études cunéiformes, dont on comprend facilement la portée.
ce Si la théorie suivie par MM. Oppert et Menant est fausse, dit-il, elle pèche par omission, et il y a moins de danger dans Poubli d'une vérité que dans renonciation d'une erreur». » D'ailleurs, cette divergence, ainsi que l'a expliqué M. Oppert, « ne saurait entraîner d'erreur de traduction ^ ».
Cependant les recherches continuaient, et nous devons constater que les deux temps indiqués par Hincks ont été définitivement acceptés par tous les savants en Angleterre ' et en Allemagne 4. En France, M. Pognon se contentait de dire, à propos du second aoriste : « L'existence de ce temps est tellement certaine, que si elle n'avait pas été niée par quelques assyriologues français, je n'en parlerais même pas î . »
1 Rapfvrt sur les progrès du déchiffrement des études cunéiformes, rédigé par M. Julien Duchateau, avec le concours de M. Oppert. — Extrait des Mémoires du Congrès international des Orientalistes. Paris, 1873, t. II, p. 118 et 1^8.
2 Oppert, Grammaire assyrienne, 2* édit., p. lOi.
î Sayce, Assyrian grammar. London, 1875, p. 6$.
4 Delitzsch, Assyrische Lesestùcke^ 3* édit., 1885, p. co.
5 L'inscription de Bavian, texte^ traduction et commentaire philo-
L'archéologie allait profiter des données de répigraphie; de Longpérier, dés l'origine, avait compris l'importance de l'art nouveau dont il indiquait l'influence sur les œuvres des anciens artistes de la Grèce. Botta, Layard, Place, Fergusson se signalaient par des tentatives de restauration, quelquefois des plus heureuses, pour faire comprendre et revivre les monuments mutilés à mesure qu'ils sortaient des fouilles.
L'art assyrien a trouvé dans M. Perrot un savant historien et dans M. Chipiez un architecte habile. Leur beau travail présente un exposé exact de nos connaissances actuelles; c'est une œuvre à laquelle tous les archéologiies doivent désormais avoir recours ' .
J'avais toujours envisagé avec le plus vif intérêt ces questions passionnantes ; mais il était nécessaire que les textes fussent compris avant de les prendre pour base 'de déductions
logique avec trois appendices et un glossaire, dans la Bibliothèque des Hautes-Etudes f 42* fascicule. Paris, x88o.
1 G. Perrot et Chipiez, Histoire de Tari dans l'antiquité, t. H. Chaldee et Assyrie. Paris, 1884.
sérieuses. Le moment était venu où on pouvait, sans crainte d'erreurs grossières, étudier le développement de Tart assyro-chaldéen.
Parmi les belles sculptures qui ornent les palais de Nimroud et de Koyoundjik, je fus frappé de la supériorité d'exécution que présentait la figure royale, et je compris que nous étions en présence de véritables portraits qui rappelaient les traits mêmes des souverains ' .
Mon attention s'était portée depuis longtemps sur une série de monuments jusqu'alors très négligés; je veux parler de ces cylindres en pierre dure, à la fois ornements, amulettes et cachets, sur lesquels sont gravés en creux des sujets souvent accompagnés d'inscriptions . Je fus attiré tout d'abord par la forme des caractères; puis, peu à peu, je m'aperçus que ces intailles étaient parfois les seuls représentants de toute une phase de la civilisation chaldéenne ! Si les grands bas-reliefs permet-
I Remarques sur les Portraits des rois assyro-chaldéetts. Extrait des Comptes-rendus de l' Académie des Inscriptions et BelUs-Ixllres . Paris, 1882.
taient de suivre à EUassar, à Calach, à Ninive, d'accord avec les inscriptions, l'histoire de l'Assyrie, il n'en était pas ainsi en Chaldée. Les ruines y sont souvent muettes, les monuments figurés très rares, tandis que les pierres gravées sont toujours abondantes et surgissent des fouilles par centaines.
Cette abondance dé matériaux provoqua mon examen; je songeai à les utiliser au profit d'une histoire de l'Art de la Glyptique dans la Haute-Asie. J'étudiai, à cet eflfet, les grandes Collections, à Paris, à Londres, en Hollande, et je parvins à mettre un certain ordre dans ces pierres gravées aux formes régulières, chargées de figures étranges qui semblaient ne se rattacher les unes aux autres par aucun lien logique ' . Je publiai d'abord un Catalogue de la Collection des cylindres orientaux du Cabinet des Médailles de la Haye 2, suivant les désirs du gouvernement néerlandais.
1 Notice sur quelques cylindres orientaux. Extrait des Comptesrendus de P Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Paris, 1878.
2 Catalogue des Cylindres orientaux du Cabinet Royal des Médailles de La Haye. — La Haye, Imprimerie de l'État, 1878.
Plus tard je déterminai les bases d'une classification par l'étude des empreintes que ces belles intailles servant de cachets avaient laissées sur les contrats d'intérêt privé conservées au Musée Britannique '; enfin je donnai l'esquisse d'une histoire générale 'des pierres gravées de la Haute-Asie depuis leur origine dans la Mésopotamie-Inférieure jusqu'à leur déclin à l'époque de Séleucides^. — Je ne puis passer sous silence la Préface du catalogue de la collection des cylindres orientaux de M. de Clercq ?, dont les deux livraisons ont déjà paru.
En 1867, nous comptions en France un nouvel adepte : François Lenormant débutait par un article dans la Revue Archéologique sur
1 Empreintes de Cylindres assyro-chaldéens, relevées sur des contrais d'intérêt privé^ au Musée Britannique. — Empreintes de cachets assyrochaldéens, etc. (Ext. des Archives des Missions.) Paris, 1880-82.
2 Les pierres gravées de la Haute- Asie. — Recherches sur la Glyptique orientale^ i" partie, 1883. — n* partie, 1886.
3 Collection de Clercq» Catalogue métJx>dique et raisonné. Antiquités assyriennes, cylindres orientaux, cachets, briques, hron\es, bas-reliefs, etc., publiés par M. de Clercq, avec la collaboration de M. J. Menant. Paris, 1885.
un passage des lettres de Thémistocle relatif à récriture cunéiforme'; fils du savant Académicien Ch. Lenormant, il fut préparé de bonne heure par son père et son entourage aux études scientifiques; son esprit ouvert aux choses de l'Archéologie, de l'Epigraphie et de l'Histoire, en faisait un élève prédestiné aux recherches assyriennes. Nous n'avons pas à parler ici de ses nombreux travaux sur l'archéologie grecque, la numismatique et la philologie orientale; nous devons nous borner à ce qui a trait à l'assyriologie *.
Sous le titre de Lettres assyriologiques, il publia une série de mémoires autographiés ; nous ne mentionnerons que ceux qui sont renfermés dans les deux premiers volumes; nous aurons occasion de revenir plus tard sur les trois autres ^ — Le premier mémoire est relatif à une histoire de la monarchie des Médes, d'après les documents assyriens; le
1 Revue Archéologique. Paris, 1867, p. 246.
2 F. I.ENOFMANT, né à Paris le 17 janvier 1837, mort à Paris le 9 décembre 1883.
3 Lettres assyriolcgiques sur l'histoire et les Aniiquités de l'Asir- Mineure, In-4*'. Paris, 1871-72 (autog.).
second a trait à l'Ethnographie et à l'histoire de l'Arménie avant les Achéménides ; le troisième est un essai sur le canon des rois d'Assyrie et de Chaldée. — Le second volume comprend deux lettres, l'une sur l'inscription hymiarite du dieu Yatâ, l'autre sur le culte païen de la Kâabah, antérieur à l'Islamisme.
Son premier travail sur les tables mathématiques de Senkereh ' est plein d'une érudition sérieuse qui l'entraîne quelquefois hors de son sujet; malheureusement le point de départ renferme une légère erreur causée par la fausse interprétation de deux signes importants. François Lenormant fit suivre cette étude de la production de nombreux écrits qui lui assurèrent bientôt un rang distingué parmi les assyriologues. Il apporta dans toutes les branches de cette science si vaste un utile contingent. Il publia des textes inédits 2, et interpréta des textes
1 Essai sur un document malhèmatique chaldien, et à cette occasioft sur le système des poids et mesures de Babylone. Paris, 1 868 (autog.) .
2 Choix de textes cunéiformes inédits ou incomplètement publics jusqu'à ce jour. In-4*>. Paris, 1873 (autog.).
historiques avec une grande sagacité, tantôt au profit des auteurs profanes ', tantôt à celui des traditions bibliques ^, Ses commentaires sur les précieuses tablettes connues sous le nom de Syllabaires assyriens méritent surtout d'être signalés; il les classa pour la première fois dans un ordre méthodique conforme à leur destination première ?.
Les syllabaires cunéiformes ont été au début du déchiffrement un des plus puissants moyens de contrôle pour s'assurer de la valeur des signes; à mesure qu'on les étudiait, on s'apercevait de l'importance qu'ils avaient eue pour les habitants de l'Assyrie et de la Chaldée, à l'époque même de leur rédaction.
Ces documents ont été découverts dans les ruines de Koyoundjik avec les débris de l'ancienne Bibliothèque de Ninive; ils présentent sur une tablette d'argile trois colonnes de
1 Essai de commentaire des fragments de Bérosey d'après les textes cunéiformes et les monuments de l'art asiatique. Paris, 1871.
2 Les origines de l'histoire, d'après la Bible et les traditions des peuples orientaux. "PATiSy 1880.
^ Etudes sur quelques parties des syllabaires cunéiformes. Paris, 1877. — Les syllabaires cunéiformes, édition critique. Paris, 1877.
signes. Les déchiffrements, basés sur la lecture des noms propres, ont permis de reconnaître le rôle des signes de chaque colonne.
Celle du milieu présente, en général, un signe unique; celle de gauche renferme l'articulation phonétique du signe ; celle de droite, sa signification idéographique. Les Syllabaires ont été publiés pour la première fois dans le deuxième volume des Inscriptions du Musée Britannique, en les juxtaposant dans un ordre arbitraire. Les divers fragments qu'on avait crus homogènes, réunis par cette simple juxtaposition, avaient perdu leur valeur individuelle. Pour la retrouver, il fallait en distinguer les différentes provenances et reconstituer Tordre régulier qui permet d'en saisir la véritable portée. Nous aurons occasion de revenir sur l'application que F. Lenormant fit de ces syllabaires dans la grande discussion qui s'éleva à propos de la recherche de la langue primitive de la Chaldée, mais ici nous devions surtout mettre en relief l'importance qu'ils avaient pour les lectures assyriennes.
F. Lenormant a abordé un sujet d'une autre
FRANCE 2$l
nature, entouré de toute l'obscurité que la matière comporte par elle-même et que les difficultés d'interprétation viennent encore augmenter; nous voulons parler de ses recherches relatives à la Magie et à la Divination chez les Chaldéens » .
L'étude des superstitions constitue un des chapitres les plus étranges de l'histoire de l'esprit humain, mais non l'un des moins importants ; il était intéressant de saisir leur influence à cette époque lointaine.
Le livre sur la Magie et ses origines accadiennes est consacré à donner des traductions et à les coordonner suivant un ordre voulu ; l'auteur constate que la rédaction de ces documents remonte aux premiers âges de la civilisation dans la Mésopotamie-Inférieure. Le second volume, sur la Divination et la science des présages, nous transporte à une époque moins reculée, et retrace l'état des crovances superstitieuses au moment de la rédaction de
I Les sciences occultes en Asie. — i. La Magie che^ les Chaldéens et ses origines auadiennes, Paris, 1874. — 11. ht Divination et la science des présages che\ les Chaldéens. Paris, 187J.
l'y! LES LANGUES PERDUES
ces textes sous Sargon-l' Ancien, c'est-à-dire vers le quarantième siècle avant notre ère * .
Nous ne saurions analyser les travaux si nombreux de F. Lenormant. Il a fait passer le résultat de ses recherches et de celles de ses collaborateurs dans des ouvrages d'histoire générale 2. Grâce à la tournure de son esprit, il a réussi à faire accepter les études assyriennes par un public qui les eût, sans doute, longtemps encore repoussées. — Citons, à cet effet, son Manuel d'histoire ancienne qui a eu plusieurs éditions. M. Ernest Babelon surveille avec un soin touchant les derniers volumes de cette publication posthume, et y apporte le concours dévoué d'un esprit éclairé auquel la lecture des textes de l'Assyrie et de la Chaldée est familière ?.
F. Lenormant a examiné tous les problèmes que ces études nouvelles posaient dans
1 Documents religieux de l'Assyrie et de la Bahylonie.FariSf i88o.
2 Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, t. I, Israélites, Egyptiens, Assyriens. Paris, 1868,
3 Histoire ancienne des peuples de l'Orient, t, IV. Les Assyriens et les ChaUèens C9» édition). Paris, 1885.
le domaine de Tart, de la philologie, de la science et de l'histoire ; partout il a fait preuve d'une grande sagacité, et d'heureuses indications sont sorties de ses travaux. N'oublions pas qu'il a été un des principaux agitateurs d'une question sur laquelle nous reviendrons plus tard et qui touche à l'histoire des premiers habitants de la Haute-Asie.
Le champ de l'assyriologie allait s 'élargissant. M. E. DE Chossat venait à son tour prendre part au mouvement qui se produisait.
Entraîné par le séduisant attrait du monde nouveau que les inscriptions assyriennes ouvraient aux recherches, il s'est appliqué à des travaux d'une grande utilité pratique. Il publia d'abord, en autographie, un Essai de classification des signes du syllabaire assyrien, en les rangeant d'après un ordre analogue à celui qui avait été adopté par Botta, et en les faisant suivre des différentes valeurs syllabiques et idéographiques qui leur avaient été reconnues ' .
I Essai de classification du Syllabaire assyrien^ Paris,i875 (lith.),
Plus tard, obéissant à la même idée, il donna une nouvelle édition de son travail, en y comprenant les signes archaïques, ce qui le rend beaucoup plus complet ' . Bientôt après M. de Chossat se proposa de présenter dans un ordre méthodique le plus grand nombre de mots sumériens qu'il lui avait été possible de réunir, accompagnés des lectures et des traductions déjà acquises ^. On doit savoir gré à M. de Chossat des efforts qu'il a tentés pour faciliter à ceux qui voudront se livrer aux études assyriennes les premiers pas d'une science dont on ne peut méconnaître l'aridité.
M. AuRÈs s'est consacré à l'étude du système métrique assyrien î, et il a publié ses principales recherches dans le Recueil des travaux relatifs à la Philologie et à l'Archéologie
1 Classification des Caractères cunéiformes babyloniens et ninivites, Paris, 1880 (liih.).
2 Répertoire sumérien (accadien). Lyon, J882.
3 Essai sur le système métrique assyrien. — Extrait du Rgcueil des travaux relatifs à la philologie et d l'archéologie égyptiennes et assyriennes, vol. III à V, fascicules I à VI, 1881 k 1885.
t'RANCfi 255
égyptiennes et assyriennes; elles forment un ensemble très complet.
M. Aurés n'est point un philologue, c'est un ingénieur des Ponts et Chaussées ; il s'excuse même avec une grande modestie de ne pouvoir lire les textes, et d'oser, malgré cela, se livrer à l'étude de la civilisation assyrienne ' . Rien ne justifie dans ses travaux cette précaution oratoire; d'un autre côté, on reconnaît à chaque instant l'ancien élève de l'École polytechnique habitué de longue main à manier les chiffres. Son exposé de la numération chaldéenne est d'une clarté qui permet d'en comprendre immédiatement le mécanisme et de suivre les calculs auxquels il se livre avec les chiffres assyriens.
La notation chaldéenne est du reste d'une grande simplicité; elle repose sur les différentes combinaisons de deux signes, le clou perpendiculaire pour exprimer les unités, et le crochet pour les dizaines. Quant à la numération, elle procède du système décimal com-
X Essai j etc. y p. 190.
bîné avec le système sexagésimal. On compte nonseulement par unités, dizaines, centaines,mille, mais encore par unités, dizaines d'unités et de soixantaines qui se nomment des sosseSy des ners, des sars. La notation des unités de ce dernier ordre élevé s'effectue comme celles des unités, des dizaines et des centaines ordinaires.
M. Aurès démontre l'exactitude de son exposé en empruntant à l'appui des exemples tirés des textes ; puis il se livre avec les chiffres assyriens aux différentes opérations du calcul, depuis l'addition et la soustraction jusqu'à l'extraction des racines carrées. Il fait comprendre ainsi la simplicité du système chaldéen et la facilité qu'il offrait aux savants antiques pour exécuter les calculs les plus compliqués.
Il aborde ensuite l'étude des différentes mesures chaldéennes, — mesures linéaires, — mesures de superficie, — mesures de capacité. Nous ne le suivrons pas dans sa discussion sur les différents systèmes proposés par ses prédécesseurs. Cette discussion
ne porte que sur des questions de détail faciles à résoudre. Tout mathématicien comprendra, après avoir lu le mémoire de M. Aurés, le haut degré de culture scientifique auquel les Chaldéens étaient arrivés quarante siècles avant notre ère, et la réalité des faits sur lesquels devait s'appuyer la tradition qui nous en a conservé le souvenir.
Stanislas GuYARD ' débutait en 1879 par un article fort intéressant sur le dieu Ninip^; Tannée suivante, il produisait un excellent travail sur la religion des Babyloniens K
S. Guyard était doué d'un esprit critique remarquable; ses notes lexicographiques insérées dans le Journal Asiatique en font foi 4 ; de bonnes lectures sont sorties de ses observations, et son travail peut servir de modèle à ceux qui voudraient reprendre et poursuivre
1 Guyard (Stanislas), né le 27 septembre 1846, à Frotey-lès-Vcsoul, décédé à Paris le 7 septembre 1884.
2 Revue ^itique d'histoire, i^^ mars 1879.
3 Revue de l'Histoire des Religions, mai-juin 1880.
4 Mélanges d'AssyrioU^ie. Notes lexia^raphiques. Extrait du Journal Asiatique, 1883.
Tœuvre inachevée de Norris. — S. Guyard avait étudié avec une grande sagacité les inscriptions arméniaques du lac de Van. Il allait les publier, lorsqu'il fut devancé par M. Sayce, qui, de son côté, avait abordé leur examen.
Les recherches indépendantes des deux savants avaient abouti au même résultat. S. Guyard ne crut plus devoir présenter Texposé complet qu'il avait préparé ; il se contenta d'examiner le travail de M. Sayce, et eut la courtoisie et la loyauté de ne pas lui marchander les éloges (p. 118), il y ajouta quelques notes sur le Vocabulaire et la Grammaire ' .
Citons les dernières critiques de S. Guyard, sur lesquelles nous aurons à revenir. Dans un essai sur la religion des Ass3rro-Babyloniens, il s'est trouvé entraîné à prendre part à la discussion qui s'était élevée au sujet du caractère de la langue des premiers habitants de la Mésopotamie ^, Nous croyons
1 Les inscriptions de Van^ à propos d'un ouvrage de, M. Sayce. Extrait du Journal Asiatique^ n*> 12. Paris, 1878.
2 Bulletin critique de la religion assyro-habylonietine . Extrait de la Revue de l'Histoire des Religiotis. Paris, 1880.
qu'il s*est trompé; quoi qu'il ea soit, son esprit si judicieux et sa critique si fine font regretter à tous ceux qui l'ont connu le moment d'oubli qui a privé la science du concours utile qu'il y apportait.
M. H. Pognon suit la carrière des Consulats; élève de l'Ecole pratique des Hautes- Etudes, il a donné un mémoire contenant la traduction de Pinscription de Sennachérib, gravée sur les rochers de Bavian ' . Cette inscription présente trois exemplaires mutilés du même texte, mais qui se complètent en grande partie, ce qui a permis d'en reconstruire un ensemble très satisfaisant 2. M. Pognon en a de nouveau publié le texte avec une traduction en regard et a proposé d'excellentes restitutions ; il a accompagné cette traduction d'un commentaire fort remarquable et du glossaire obligé de toute lecture sérieuse. La sanction qui a été donnée à
1 Layard, Discûveries in the ruins of Nineveh and Babylon. London, i8>6, pp. 207-222.
2 Voyez W. A. J., III, pi. XIV. Londou, 1870.
cette œuvre par S. Guyard, alors directeur de la conférence de langue arabe, sous la responsabilité de MM. Carrière et Maspéro, nous dispense de toute appréciation nouvelle '.
M. Pognon ne s'en est pas tenu là, et nous pouvons enregistrer également sa traduction d'une inscription de Mérou-Nérar i^^, roi d'Assyrie ^, qui a paru dans le Journal de la Société Asiatique^, C'est un des plus anciens textes écrit d'une manière suivie en langue assyrienne. Nous regrettons que M. Pognon ait adopté un mode de transcription qui s'éloigne de celui qui est généralement suivi en France et en Angleterre, ce qui jette quelque confusion sur la lecture des noms royaux.
M. J. Halévy, bien connu par ses travaux sur les inscriptions sabéennes et les fructueux résultats de sa mission dans le Yémen, a pris
1 L'inscription de Bavian. Dans la Bibliothèque de V Ecole des Hautes-Etudes,' publiée sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique, XXXIX* fascicule. Paris, 1879.
2 Cest le roi que l'on nomme ordinairement Bin-Nirar.
3 Inscription de Mérou-Nérar i*', roi d'Assyrie, Extrait du Journal Asiatique, 1883.
une part très active aux études assyriennes. Je dois citer en première ligne ses traductions d'incantations et de prières', ainsi que ses recherches sur l'origine de la civilisation babylonienne qui lui assignent une place importante dans la question si controversée de l'origine de l'écriture cunéiforme 2. Il souleva les doutes les plus spécieux sur l'emploi que les habitants de la Mésopotamie ont pu faire de cette écriture déjà si compliquée et qu'ils auraient encore compliquée par l'usage de combinaisons arbitraires qui nous échappent.
Nous reviendrons sur cette question, qui n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt historique,
M. Amiaud a publié, en 1881, un article sur le Dictionnaire assyrien qui révèle une connaissance sérieuse des textes ? ; l'année
1 Docutnenls religieux de l'Assyrie et de la Babylonie. Texte assyrien (en caractères hébreux). Traduction et commentaire ^ i" partie.
2 Recherches critiques sur l'origine de la civilisation babylonienne^ Extr. du Journal Asiatique, 1874-76.
3 Matériaux pour le dictionnaire assyriefi. Dans le Journal Asiatique, août-septembre 1881 .
suivante, 1882, il publiait la traduction d'une inscription bilingue de Hammourabi ', et mettait ainsi en lumière l'emploi simultané de deux langues différentes par les anciens rois de Chaldée. Signalons encore, en 1884, deux remarquables articles consacrés aux inscriptions des statues provenant des fouilles de Tello'.
Au nombre des publications les plus importantes qui ont paru dans ces derniers temps, figure l'exposé des découvertes de M. de Sarzec en Chaldée, présenté par M. Heuzey ?.
— Le savant conservateur des antiquités assyriennes au Musée du Louvre ne pouvait recevoir toutes ces richesses sans essayer de les classer méthodiquement. Comme A. de Longpérier, il a pu, le premier, signaler l'ordre chronologique de ces rois inconnus
1 Journal Asiatique, août-septembre 1882.
2 Observations sur les inscriptions des statues de Tello. Dans la Zeitschrift fur Keilschriftforschung, avril 1884. — Inscription A de GiideUy Ibid. juillet 1884.
3 Découvertes en Chaldée par M. Ernest de Sarzec, publiées par hs soins de M. Heuzey, membre de l'Institut. Paris, 18S4.
naguère, et désigner ainsi la place qu'ils doivent occuper dans l'histoire '.
En terminant ce qui a trait à la France, mentionnons les articles de M. Ledrain, insérés dans la Revue qu'il a fondée avec M. Oppert^ et la thèse de M. l'abbé Quantin sur le récit du Déluge, d'après la Genèse et les textes assyriens.
Les travaux des savants français se sont produits dans de nombreux périodiques à mesure que les découvertes se faisaient jour. Citons au premier rang le Journal Asiatique de France, la Revue Archéologique et le Recueil dirigé par M. Maspéro.
Nous avons vu que l'enseignement de l'assyrien était fondé en France. Les circonstances m'ont empêché après l'année 1870 de reprendre les cours que j'avais inaugurés à la Sorbonne. M. Oppert est devenu, en 1874,
1 Les rois de Telîo et la période archaïque de l'art chaldèen . Extr. de la Rjivue Archéologiquey novembre 1882.
2 Revue d'Assyriologie et d'Archéologie orientales. Paris, 1884. — Le roi Duughe à Tello. — Extr. de la Revue Archéologique, avrilmai 1886.
titulaire d'une chaire au Collège de France.
Parmi les cours qui se sont groupés à la Sorbonne, sous le titre de l'École pratique des Hautes-Études, l'assyrien a été représenté par M. Pognon comme maître de conférences, et ensuite par M. Amiaud; d'un autre côté, M. Ledrain a été chargé à l'École du Louvre d'un cours spécial.
Les études assyriennes ont pris place aujourd'hui dans les travaux désintéressés de savants qui n'aspirent pas à la publicité. Je connais des esprits distingués qui se complaisent à la lecture de traductions qu'ils sont à même de contrôler. Ils seraient capables de fournir un contingent sérieux, si un excès de modestie ne leur imposait un silence que nous conseillons de rompre.
Les traductions, du reste, ont passé dans le domaine des faits acquis et se sont répandues dans les livres élémentaires. Les Manuels de Robiou, de F. Lenormant, de Maspero, de Vigouroux, de Vandenberg et autres savants les ont popularisées jusque dans les écoles
primaires ; nul ne peut ignorer les découvertes accomplies en Assyrie et en Chaldée, ni les renseignements nouveaux que la lecture des textes apporte à l'histoire.