‹ Les langues perdues de la Perse & de l'AssyrieChapitre 12 sur 14 · II · texte numérisé non relu

II

Les études assyriennes ont pris, en Angleterre, un développement encore plus accentué qu'en France; elles y avaient trouvé des éléments multiples qui conviaient à des efforts que la science spéculative seule excitait chez nous. — Un fait matériel frappait d'ailleurs les esprits; les immenses dépôts du Musée Britannique étaient pour les savants anglais d'un accès facile ; on ne pouvait contempler les documents qui y étaient rassemblés sans chercher à les interpréter. C'était le rendezvous obligé de tous ceux qui aspiraient à se livrer à nos études et qui désiraient consulter, sur les monuments mêmes, les textes que Timprimerie ou la Hthographie livrait avec toutes leurs chances d'erreur ; ceux qui n'avaient pu assister aux fouilles, voulaient en

voir les résultats. Si les inscriptions murales donnaient une idée de l'épigraphie assyrienne, on se figurait difficilement qu'on eût écrit sur l'argile des livres entiers dont chaque feuillet était une brique. Quel que fut le sentiment qui dictait cette curiosité , elle était bien légitime. Les critiques, qui reprochaient aux assyriologues de créer à leur usage une langue factice, pouvaient aussi croire à la fantasmagorie des monuments; il n'était donc pas inutile de les voir, de les toucher, pour se rendre compte de leur valeur. Ces monuments étaient, en effet, de nature à dissiper bien des doutes. Je sais telle question de philologie sur laquelle on a discuté longtemps et que la vue des originaux aurait tranchée plus facilement que les raisonnements les mieux ordonnés.

Sir h. Rawlinson, malgré ses occupations politiques, trouvait encore le temps de préparer la publication du iv« volume des Inscriptions de l'Asie occidentale dont il était chargé ; il produisait dans les nombreux recueils scientifiques d'excellents articles sur

différents sujets des études assyriennes. C'est ainsi qu'il donna, le premier, la traduction d'un cylindre en brique, découvert à Babylone par H. Rassam ', sur lequel est écrit, en langue assyrienne, le récit fait par Cyrus lui-même, de la prise de Babylone et des événements qui en ont été la conséquence.

Cette inscription a une importance exceptionnelle. La fin de la dynastie des rois de Babylone et le commencement du régne de 0)^3 étaient enveloppés dans une obscurité qui n'était éclairée que par la légende biblique de Balthasar et le récit tout aussi légendaire d'Hérodote.

Tandis que les Trustées du Musée Britannique poursuivaient la publication des textes dont la direction était confiée à Sir H.

Rawlinson, quelques savants fondaient la Société d'Archéologie biblique, principalement destinée à propager au point de vue des études religieuses celles de l'Egyptien et de l'As-

I Voy. Journal of R. A. S., vol. XII, p. 70, i88o.

syrien. Le i8 novembre 1870, le D"^ S. Birch, du Musée Britannique, et M. Joseph Bonomi, du Musée Soane, invitaient à cette œuvre les savants que l'étude des antiquités et de la philologie orientales pouvaient intéresser; ils -téunirent immédiatement de nombreuses adhésions. La Société fut fondée et elle ne tarda pas à prouver son existence et sa vitalité. Le premier volume de ses Transactions parut en 1872; depuis lors, la publication ne s'est pas ralentie, et ce recueil continue à enregistrer chaque jour d'importants travaux sur les textes de l'Egypte et de l'Assyrie ».

A côté de cette publication consacrée à l'érudition, la Société d'Archéologie biblique a fait paraître, sous le titre de Records of the Pasi ^, une série de charmants volumes qui donnent, sous une forme populaire, des traductions

1 Transactions of the Society of Biblical Arch^eology, vol. I, Part L London, .872. — Le viii* volume a paru en x88$ ; chaque volume se compose de deux ou trois parties.

2 Records of the Past ; being english translations of the assyrian and egyptian monuments, vol. I, 1873, vol. XI, 1^78. Les volumes des numéros impairs sont consacrés à l'assyrien, et ceux des numéros p^irs à 1 égyptien.

dépourvues des commentaires ardus à l'usage spécial des savants. Depuis 1878, cette Société publie en outre, après chaque séance, le procèsverbal des communications qu'elle a reçues, et met ainsi le public au courant des travaux incessants qui s'accomplissent dans le domaine des sciences orientales ' .

M. BosANauET, membre fondateur de la Société d'Archéologie biblique, est un des hommes qui ont le plus contribué à l'extension des études assyriennes. Signalons d'abord, dans les Transactions de la Société d'Archéologie biblique, ses recherches sur la véritable date de la chute de Ninive et sur le commencement du régne de Nabuchodonosor ^, puis les synchronismes qu'il a établis entre l'histoire de l'Assyrie et celle de la Judée î.

1 Proceedings of ihe Society of Biblical Archaology, novembre 1878 . — La publication continue.

2 On the date oj the fall of Nitteveh and the beginning ofihe rei^n of Nabuchadne\xar . Dans les Trans. of ihe Soc. ofBibl. Arch., vol. II, part I, pp. 147-178.

3 On the eynchronous'hisfory of Assyria and Judea, Ibid,, vol. 111, part I, pp. 182 et suiv.

N'oublions pas que M. Bosanquet était le trésorier de la Société d'Archéologie Biblique ; il serait peut-être plus juste de dire qu'il était le trésorier des études assyriennes. C'était, en effet, le Mécène de l'Assyriologie ; aussi sa mort arrivée en janvier 1878 a été un événement dont les savants de TAngleterre ont porté le deuil ' .

Enregistrons maintenant les derniers travaux de Fox Talbot. Il fut aussi un des principaux fondateurs de la Société d'Archéologie biblique, et, depuis son origine, il remplit les volumes des Transactions de nombreuses communications. Citons, entre autres, ses recherches sur une ancienne éclipse, — puis un article sur les croyances religieuses des Assyriens, — sa traduction de la légende d'Istar, — le combat de Bel et du Dragon, — la légende d'Istar et d'Isdubar, — ses notes sur les tablettes du Déluge; et enfin, dans d'autres périodiques, une longue série d'ar-

I Voyez la notice biographique dans les Trans. of the Soc. of Bibl. Afvh.^ vol. VI, part II, p. )92.

ticles qui portent tous le caractère de sa grande perspicacité.

Fox Talbot était à la fois un savant et un homme du monde. Doué des qualités les plus heureuses et des aptitudes les plus variée?, sa longue carrière a été marquée par un dévouement constant à la science. Dans sa jeunesse, il s adonna à la chimie. Les procédés photographiques attirèrent particulièrement son attention de 1823 à 1866; nous le voyons, en 1852, obtenir un brevet (patent) pour son procédé de sensibilisation de la gélatine au bichromate de potasse. Nous avons dit la part qu'il a prise dès l'origine des recherches aux études sur les écritures cunéiformes. Depuis la fondation de la Société d'Archéologie biblique, il en a été un des plus actifs collaborateurs ; quand il mourut (octobre 1877), on rendit justice à ses heureuses qualités, et on put dire de lui que sa modestie égalait sa vaste érudition '.

I Voyez pour la liste des publications de Fox Talbot la notice biographique insérée dans les Tram, oj thc Soc of Bibl. Arch., vol. VI, part II, pp. 543-SÎ9'

Georges Smith ' aborda les études assyriennes avec une idée bien arrêtée ; il recherchait surtout les documents de nature à éclairer les rapports qui ont existé entre les Juifs et les Assyro-Chaldéens. Il avait compris tout le parti que Texégése biblique pouvait tirer des renseignements nouveaux. Il se mit promptement au courant des travaux accomplis. Il n'avait plus d'ailleurs à se préoccuper de rechercher la valeur des signes; il en dressa une liste sans commentaire ^ et s'adonna immédiatement à la traduction des textes. — Le caractère de la langue étant fixé, les questions grammaticales n'étaient plus de nature à entraver l'interprétation. Il accepta donc les traductions acquises, et se' servit des travaux de ses devanciers pour essayer de pénétrer plus avant dans le domaine si vaste des documents encore inexplorés. Il suivit deux guides, comme il le dit lui-même, qui lui parurent suffisants pour atteindre son but ; — d'une part, le Dictionnaire assyrien de

1 Voyez supra, pp. 201 et suiv.

2 77« phonetic values of the Cuneiform charactcrs. London, 1871 •

ANGLETERRE Ij^

Norrîs, — et de l'autre, le Lexique héhreiicbaldéen de Fûrst. — G. Smith n'était point un philologue, mais il avait une ardente curiosité, une aptitude remarquable pour lire les signes de l'écriture cursive sur ces tablettes dont les transcriptions imprimées ou lithographiées ne donnent jamais une idée satisfaisante. La belle collection photographique du Musée Britannique n'en permet même pas une lecture plus suivie, si l'on n'a pas recours au monument lui-môme'. G. Smith demanda à Sir H. Rawlinson des moulages de ces inscriptions; ils lui furent largement accordés. Ce fut le point de départ de ses travaux.

Il ne tarda pas à mettre en lumière une importante inscription de Salmanasar II, et bientôt après il publia dans VAthenaum un court exposé des textes de l'Obélisque de Nimroud sur lequel Hincks et Rawlinson avaient déjà signalé le nom de Jéhu.

Mentionnons d'abord, pour n'y plus revenir,

I Brilîsh Muséum Photographs, publisheJ by permission of the Trustées of the British Muscum. London, W. A. Mansell et G".

1J4 LES LANGUES PÊRDdËS

ses études sur le canon des rois assyriens « et son histoire des anciens rois de Chaldée ^ insérée dans les Transactions de la Société d'Archéologie biblique et dans les Records ofibePast, Ce qui préoccupait surtout la curiosité avide de G. Smith, c'était, avons-nous dit, cette masse énorme de documents encore inédits provenant du palais de Koyoundjik. — Son attention se porta sur les débris d'un grand prisme décagonal qui devait relater les campagnes d'Assur-bani-pal sur dix colonnes comprenant 1,200 lignes d'écriture. Les fragments en étaient épars et difficiles à coordonner.

G. Smith entreprit de restituer cet ensemble ; il distingua bientôt plusieurs exemplaires du même prisme, et parvint à réunir tous ces débris avec une patience et une sagacité incontestables ; puis il en donna une traduction et une transcription interlinéaires 5.

1 The Assyrian eponym Canon. London, 187^.

2 Early hislory of Babylonia^ dans les Trans. of tbe Soc. of Bibl. Arch., vol. I, part I, pp. 28-92. — Records of the Past^ vol. III, pp. 1-20.

3 Hislory of Assurhanipal translated front cuneiform inscriptions London, 1871.

AKGLETERRË ^7$

Sur ces entrefaites, Sir H. Rawlinson l'attacha à la publication du iv« volume du vaste recueil d'Inscriptions dont il avait la direction ' . Les soins qu'il dut accorder à ce travail ne l'empêchèrent pas de poursuivre avec persistance le but qu'il s'était proposé; il en fut récompensé par l'heureuse découverte qui vint le mettre immédiatement en évidence, et donner au nouvel adepte des études assyriennes une notoriété méritée ^,

Pour classer les tablettes qu'il avait à sa disposition et dont il saisissait promptement le sens général, G. Smith les divisait en catégories, par ordre de matures, en se réservant pour un examen spécial celles qui lui paraissaient relatives à la théologie et aux légendes. Il remarqua, dans la dernière de ces catégories, une série de douze tablettes renfermant une longue histoire dont chaque tablette comprenait un épisode; sur l'une d'elles, il déchiffra le récit du Déluge chaldéen dont Bérose nous a conservé la tradition.

1 W. A. /., IV, London, 187$.

2 Supra, pp. 202 et suiv.

l'jG LES LANGUES PERDUES

L'exposé de cette découverte fut reçu par le grand public avec une avidité qui ne peut nous surprendre.

Cependant ces documents étaient très mutilés ; pour en retrouver l'ensemble, il fallait chercher, parmi des milliers de débris, ceux qui pouvaient avoir trait au môme sujet. Guidé tantôt par l'apparence extérieure de la brique, tantôt par la couleur ou la forme des fragments et surtout par le sens qui se dégageait de la lecture, il s'aperçut qu'il devait exister trois exemplaires de cette légende. Il put en réunir quatre-vingts fragments à l'aide desquels il fut à même de restaurer à peu près tout le passage relatif à la description du Déluge.

L'étude du texte lui révéla un fait important ; il acquit la certitude que cette histoire était la traduction assyrienne d'un antique document écrit dans la langue des premiers habitants de la Mésopotamie, et qui avait eu cours à Érech avant l'avènement des Sémites à l'empire de Chaldée, dés lors à une époque antérieure à Sargon l'Ancien, c'est-à-dire au xxxviiie siècle avant J.-C.

Le poème, dans son ensemble, porte le nom d'Isdubar; chaque tablette est numérotée sous ce titre : r^ ou 11^, etc., tablette d'Isduhar, ce qui a permis d'en relier les épisodes. Les exploits d'Isdubar sont tracés sur chacune de ces tablettes ; celle sur laquelle se trouve le récit du déluge est la xi«. Elle contenait originairement six colonnes; deux d'entre elles, la 3 « et la 4e, étaient à peu prés intactes; la 2« et la 5^ étaient dans un état très imparfait. Malgré tous ses efforts, en comparant les divers exemplaires, G. Smith ne put arriver à combler toutes les lacunes ; il estima qu'il manquait 16 ou 17 lignes! Quoi qu'il en soit, dans la' séance du 3 décembre 1872, il donna devant la Société d'Archéologie biblique un exposé de sa découverte et la traduction des passages dont il avait pu reconstituer l'ensemble.

On comprit immédiatement la portée d'un tel document. En effet, le texte primitif étant antérieur de plus de trente-buit siècles à J.-C, c'était donc le plus ancien récit du grand cataclysme dont on trouve la tradition chez

278 LES LANGtmS PERDUES

tous les peuples. Les tablettes du Musée Britannique devaient être antérieures au régne de Josias (640 av. J.-C), et précéder de 70 ans la prise de Jérusalem, puisqu'elles avaient été ensevelies dans les ruines de Ninive; enfin elles existaient trois siècles avant la naissance de Bérose. Ces faits donnaient donc au vieux récit assyro-chaldéen une importance capitale.

En Angleterre, l'intérêt prit des proportions exceptionnelles; en France, en Allemagne, on y prêta une attention sérieuse ; partout la presse prodigua ses éloges au jeune savant.

Cependant le récit chaldéen était incomplet.

Malgré les recherches les plus actives, G.

Smith n'avait pu retrouver les seize lignes qui manquaient; les plus minutieuses constatations auxquelles il se livra ne lui donnèrent qu'une chose, la conviction que le fragment qui le contenait n'était pas parvenu au Musée Britannique. Que faire? Cet obstacle parut tout d'abord insurmontable ; cependant ce fragment devait exister quelque part ; il suffisait de le retrouver. Nous avons vu avec

quelle précipitation les tablettes de la chambre des Records avaient été recueillies et envoyées en Angleterre (supra, p. 70). Les fouilles interrompues n'avaient pas été reprises ; les tranchées avaient été comblées, mais on pouvait les rouvrir.

L'enthousiasme avait gagné les masses; nous avons dit comment, après la communication qui fut faite à la Société d'Archéologie biblique, le propriétaire du Daily Telegraph vint trouver G. Smith et lui proposa de l'envoyer, aux frais du Journal, rechercher le précieux débris. Il ne s'agissait que de remuer des centaines de mètres cubes de terre pour retrouver un fragment de quelques centimètres carrés !

Les fouilles de G. Smith furent couronnées de succès; il découvrit dans les décombres une tablette brisée qui attira particulièrement son attention; elle contenait 16 lignes d'écriture. C'était le fragment désiré !

Quelque temps avant son départ pour son troisième voyage en Orient, voyage interrompu d'une manière si fatale, G. Smith avait

28o LES LANGUES PERDUES

publié le résultat de ses recherches sur les anciennes traditions de la Babylonie ; son livre de la Genèse chaldéenne contient la traduction de toutes les tablettes relatives à la Création, à la Légende d'Isdubar et à d'autres légendes jusqu'alors ignorées.

Ce livre acquit une telle popularité que M. Hermann Delitzsch en donna une traduction allemande, avec des notes de son frère, le D^ Fr. Delitzsch'. Un autre livre de G.

Smith contient le récit de ses fouilles et la traduction de textes importants pour servir de base à une histoire de la Babylonie 2.

Le désir que G. Smith avait de retrouver dans les textes assyriens la confirmation des récits bibliques l' égara quelquefois ; mais nous ne relèverons pas ici des erreurs dont nul assyriologue n'a été exempt, car chez G. Smith cet ardent désir l'a conduit à d'heureuses découvertes qu'il a payées de sa vie. Ses débuts avaient fait concevoir de grandes

1 Die Chalildiscbe Gevesis von George Smith. Leipzig, 1876.

2 Assyrian Discoveiies, London, 187;.

espérances; sa mort prématurée a ete une perte pour les études assyriennes, et nous devons tous la déplorer. Il laissait de nombreux travaux inachevés, entre autres une traduction complète du prisme de Sennachérib entreprise sur le modèle de celle du prisme d^Assurbani-pal; elle était sur le point de paraître, la moitié du volume était déjà imprimée au moment de sa mort. M. Bosanquet, dont la munificence était inépuisable, chargea le D"" Sayce de surveiller et d'achever la publication du volume ' . C'est par les soins de ce savant que cette œuvre posthume nous est parvenue.

Le D^ Sayce, dont nous rencontrons le nom ici, est un des hommes qui ont jeté le plus d'éclat sur la période actuelle des études assyriennes en Angleterre. Profondément versé dans la connaissance de l'égyptien et des langues sémitiques, il commença ses recherches vers l'année 1869, et se fit aussitôt connaître par la traduction de la tablette assy-

I Hislory of Sennachérib translaied front the cuneiform inscriptions. Edited by ihe Rev. A. H. Sayce., li. A. Loudon, 1878.

rienne qui renferme un résumé de l'histoire de r Assyrie et de la Babylonie ' .

Bientôt après, il publia dans le même recueil une série d'articles du plus haut intérêt ; abordant les textes les plus ardus de l'Astronomie et de l'Astrologie en Chaldée ^, il donna des traductions importantes qui sont restées acquises à la science. Citons encore l'explication des textes babyloniens relatifs aux augures tirés de l'aspect de certaines figures géométriques ', et les traductions des anciens préceptes babyloniens concernant la morale et la politique 4.

Pendant que le D"" Sayce se livrait à ces recherches abstraites, il ne négligeait aucun moyen de vulgariser le résultat, des études assyriennes ; nous devons signaler à cet effet

1 The synchrotioiis hislory of Assyria and Babyloitia dans les Tram, of ihe Soc. of Bibl. Arch., vol. II, part I, pp. 119-145, 1873.

2 The astronomy and astrology of the Babyloniatts dans les Trans. of ihe Soc. of Bibl. Arch.y vol. III, part I, pp. i4)-339, 1874.

} Babylonian augury by means of geomelrhal figures^ Ibid., vol. IV, part II, pp. 302-314, 1876.

4 Ancient Babylonian moral and poliiical precepts. Voy. Records of thc Pasif vol. VU, p. 117, 1876.

rnie série de petits livres écrits dans un style populaire sur la littérature babylonienne ' .

M. Sayce est avant tout un philologue distingué, et, à ce titre, ses travaux sur la grammaire assyrienne ont une grande importance ; il publia dans le Journal de la Société Asiatique de Londres son commentaire sur le verbe assyrien '. Les deux éditions de sa Grammaire et ses Lectures sur la langue assyrienne en sont la conséquence ?.

M. Sayce a fondé l'enseignement public de l'assyrien en Angleterre sous les auspices de la Société d'Archéologie biblique. C'est autour de lui que nous pouvons grouper désormais les savants qui, chaque jour, prennent un intérêt de plus en plus marqué à l'Assyriologie.

Des classes d'égyptien et d'assyrien furent

1 Fresh lighi front the ancient monuments, 188$. — Assyria^ ils princes^ priests and people, 188$.

2 The Tetises of theassyrian x>erh. — Voy. Journal of the R. A. S. London, vol. IX, p. i.

3 An assyrian Grammar for comparative purposes. I/oadon, 1872, — An ekmeutary Grammar f 1875.

établies en 1875 dans le local de la Société d* Archéologie Biblique. M. Lepage-Renouf professa l'égyptien, et M. Sayce, lassyrien.

Ses premières lectures ' sur le syllabaire attirèrent un auditoire de 30 étudiants, et le succès continua pendant Tannée 1876; les années suivante?, il ne s'est pas ralenti. 11 divisa ses leçons en deux séries, — l'une qui a pour but d'initier au déchiffrement des textes par l'étude directe des tablettes assyriennes, — Tautre qui aborde la traduction môme des inscriptions. Pour suivre ses leçons, on trouve chez les libraires des cahiers préparés dans le but de permettre aux élèves de transcrire et de traduire des phrases courtes et faciles, de manière à les conduire progressivement à la lecture même des textes 2.

M. Sayce a apporté dans toutes les branches de l'épigraphie qu'il a approfondies une activité et une sagacité remarquables. Nous ne parlerons pas ici de ses études sur les

1 Lectures upon theassyrian language and syllabary. Loadon, 1877.

2 Exercise sheets. — Samuel Bagster and Son, London, Pateruostcr row.

hiéroglyphes égyptiens, mais nous ne pouvons passer sous silence son remarquable travail sur les inscriptions arméniaques de Van que nous avons déjà eu occasion de citer (supra, p. 258) et sur lesquelles nous allons revenir maintenant.

Les 39 inscriptions, recueillies par Schulz en 1828 sur les bords du Lac de Van, et publiées douze ans plus tard par la Société Asiatique de France, étaient restées jusqu'alors impénétrables ' . Les travaux dont elles avaient été l'objet, n'avaient abouti qu'à faire reconnaître l'identité de leur système graphique avec celui des inscriptions assyriennes,

I Trente-neuf inscriptions furent recueillies par Schulz en 1S28; elles furent publiées douze ans plus tard, d'après les copies du voyageur, à l'instigation de Saint-Martin, dans le Journal Asiatique, 3* série, vol. IX, n*> 52, 1840.

L'année même de leur publication, le capitaine allemand Miihlbich trouvait une inscription du même genre à Malatya ; sept ans plus tard, Layard en relevait une à Palu, sur le Haut-Euphrate.

En 1876, de nouvelles trouvailles furent faites aux environs de Van par Layard, dans les ruines d'un palais exploré ensuite par M. H. Rassam. En 1881, le Capitaine Clayton prit les estampages de textes déjà connus, comme Layard l'avait fait en i8$o, en y ajoutant d'autres estampages d'inscriptions inédites.

tout en exprimant une langue différente dont il fallait déterminer la nature pour en tenter l'interprétation. On avait bien lu, il est vrai, une série de noms propres portés par des rois dont on pouvait suivre la généalogie ; on arrivait ainsi à déterminer l'époque de la rédaction de ces textes, parce que quelquesuns des rois mentionnés étaient contemporains de Sargon et cités dans les Annales, Lenormant et Mordtmann avaient soupçonné une certaine parenté entre le dialecte inconnu de Van et le géorgien; mais le problème n'était pas résolu. En 1880, Stanislas Guyard fit une remarque importante sur un signe qui devait exprimer Vidée de stèle dans une longue phrase répétée plusieurs fois à la fin des inscriptions, ce qui lui donna la clef de ce passage. M. Sayce, suivant la même méthode qui guidait S. Guyard, arriva de son côté à découvrir le sens général de plusieurs autres phrases des mêmes textes. Il fallait les expliquer philologiquement ; or, en s'aidant des nombreux idéogrammes épars dans ces textes, il parvint à les déchiffrer et à recons-

traire en même temps une grammaire et un vocabulaire de la langue dans laquelle ils sont écrits'. Aujourd'hui, toutes les inscriptions connues sont traduites,- et les savants ne sont arrêtés que par l'absence de documents.

Les inscriptions de Hamath, bien différentes sans doute de celles qui ont donné lieu aux travaux dont nous esquissons l'ensemble, s'y rattachent par des points trop essentiels pour que nous négligions de mentionner ici les essais de lecture tentés par le D'' Sayce. Ces inscriptions sont écrites en caractères hiéroglyphiques formés de grossières figures. On peut déjà soupçonner la valeur de quelques signes isolés et ces indices ont servi au D'' Sayce pour établir l'existence d'un grand empire au nord de la Syrie, qu'il désigne sous le nom d'Empire des Hittites, comprenant toute l'Asie-Mineure, et qui a été le représentant d'une civilisation puissante. Ses derniers débris se sont confondus

I The cuneiform inscriptions of Van deciphered and transîated. Extrait du Journal of tJx Royal Asiatic Society, vol. XIX, part IV (new séries), pp. 377-732.

avec ceux du Grand-Empire d'Assyrie, et ont laissé des traces dans les îles de la mer Egée, à Cyprc, à Rhodes et sur le littoral de la Méditerranée. On comprend, dés lors, l'importance de ces études pour fixer la part qui revient à chacun des éléments divers dont l'influence s'est fait sentir sur la Grèce naissante.

M. BoscAWEN a été pendant quelque temps attaché au Musée Britannique, au Departmenf of Oriental AnliquHies, et s'est livré avec succès à l'étude des textes assyriens dont il avait la disposition. Nous pouvons citer de lui un commentaire sur une inscription historique d'Assar-haddon ' et ses recherches sur les anciennes inscriptions de la Chaldée^.

Notons, pendant ses voyages, ses observations sur les monuments du Nahr-el-Kelb ? et les

1 Hisiorical ivscription of Esarhaddon, dans les Travs. of ihe Soc. of Bibl. Arch.,yo\. IV, pp. 84-97, '86$.

2 On an early chaldean inscription, Ibid., pp. I}2-I7i.

3 Tht monuments and Inscriptions on the rocks al Nahr el Kelb, Ibid., vol. VIT, part I, pp. 331-3)2, 1881.

articles qu'il a adressés à la Société d'Archéologie biblique '.

Le Rév. J.-M. Rodwell, rector de Elhelsburgo, a publié dans les Records of the Past de nombreuses traductions : celles des annales d'Assur-nasir-habal ^, — de l'inscription de Tuklat-pal-Asar II, — d'une inscription de Nabucodonosor ? — et celle du cylindre de Neriglissor conservé à la Bibliothèque de Trinity Collège à Cambridge 4. Ces traductions ne sont accompagnées d'aucun commentaire, de sorte qu'il est difficile de déterminer la part qui revient au travail personnel de l'auteur.

1 Noies on the religion and mythoîcgy of the Assyrians, vol. IV, part II, pp. 267-301, 1876, et vol. VI, part II, pp. $35-542, 1879. — Babylonian dated Tablets, and the canon of Ptolemy, Ibid., vol. VI, part I, p. I, 1878. — Onsome Early Babylonian or Akkadian inscriptions^ Ibid., vol. VI, part I, pp. 275-283. — Notes on an ancieni assyrian bronze sword, Ibid., vol. IV, part II, pp. 347-348.

2 Annals of Assur-nasir-palf dans les Records of the Pasif vol. III,

3 Inscriptions of Tiglat-pileser II, dans les Records of the Past, vol. V, p. 43. — Inscriptions of Nabucodonosor ^ Ibid., p. m.

4 Inscriptions of Neriglissor, Ibid., pp. 43, m, 137.

Le Rév. William Houghton a abordé un sujet d'un intérêt spécial en étudrant les animaux d'après les textes et les sculptures assyriennes '. C'est dans cet ordre d'idées qu'il a traduit un fragment des chasses de Tuklat-pal-asar I ^, Citons encore ses recherches sur les figures hiéroglyphiques qui avaient servi de tf?^ ^ l'écriture assyriennes. Les difficultés qu'il avait rencontrées l'ont amené à formuler les conditions nécessaires pour faciliter aux débutants l'accès des études élémentaires 4, conditions largement remplies par l'enseignement du D^ Sayce.

M. BuDGE s'est livré plus tard à l'étude de

1 On the tnammaîia of ihe assyrian sculptures , dans les Trans. of the Soc. of Bibl. Arch., vol. V, part îl, pp. 33-64 et 319-383, 1877. — The Birds of the assyrian monuments and records ^ Ibid., vol. VIII, part I, pp. 42-142.

2 Records of a Hunting Expédition. Dans les Records of the Past, vol. XI, p. 7.

3 On ihe hieroglyphic or piclure origin of the characters of the assyrian syllabary, dans les Trans. of ihe Soc. of bibl. Arch., vol. VI, part II, pp. 454-483. 1879.

4 On some furtixr desired aids to the sludy of assyrian. Ibid., vol. Vly part I, pp. 249-256.

Tassyrien ; très versé dans la connaissance des hiéroglyphes égyptiens, il a apporté dans l'interprétation des écritures cunéiformes une grande sagacité. On a de lui la traduction d'une incantation assyrienne aux Génies du feu et de l'eau ', la traduction de l'inscription de Sennachérib, découverte dans les ruines de Nebbi-Younés *, celle d'un nouveau texte d'Assur-bani-pal ?, et le combat de Marduk et du dragon Tihamat 4. M. Budge a publié un choix de textes accompagnés de notes philologiques et une histoire d'Assarhaddonî. Ces deux livres ont été peut-être trop sévèrement appréciés par la critique; c'est justice de leur rendre ici la place qui leur est due.

1 Assyrian incantations to fire and wattr, dans les Trans. of the Soc. ofhihl. Arch.y vol. VI, part II, pp. 420-435, 1879.

2 The Nebbi'Yunus Inscription of Sennaclierib, dans les Records of the Past, vol. XI, p. 45.

3 A new discoiiered text of Assur-bani-pal, dans les Trans. of the Soc. of bibl. Arch., vol. Vil, part I, pp. S9-^2> ï88o.

4 The fourth Tablet of Création séries, relating to the fight hetwten Marduk and Tihamat, dans les Proceedings, 6 nov. 1883.

5 Assyrian texts selected and arranged with philological notes. London, x88i. — The history of Essarhaddoti. London, 1882.

Nous devons citer M. G. Bertin pour avoir publié dans les Transactions de la Société d'Archéologie biblique un article intéressant sur les chiffres de la numération assyrienne, en comparant leur expression à celle des autres langues sémitiques », et une révision des antiques préceptes des lois summériennes * ; enfin son intéressant travail sur l'incorporation verbale en Accadien ?.

M. Th. Pinches est un des jeunes disciples de l'école anglaise, et un de ceux qui promettent le plus. Comme G. Smith, merveilleusement doué pour lire l'écriture minuscule des tablettes de la Bibliothèque d'Assur-bani-pal, il succéda à M. Boscawen dans ses fonctions au Musée Britannique, et fut bientôt appelé par Sir H. RawHnson à participer à la grande publication des inscriptions de l'Asie Occiden-

1 The assyrian numtraU. Voy. Trans. of the Soc. ofbihl, Arch,, vol. VII, part III, pp. 570-389, 1882.

2 Akkadian precepts for the conduct of tnan in his privale life., Ibid.,vol. VIII, part II, pp. 230-270, 1884.

3 Extrait de la Revue d'Asiyriologîe et d'Archéologie orientales, n*»» III et IV, i88).

taie; d'un autre côté, il fut désigné par le D»" S. Birch pour mettre en ordre et publier les fragments de bronze rapportés par M. H.

Rassam et connus sous le nom de Portes de Baîawat ' ; cette magnifique publication fait le plus grand honneur au jeune savant.

M. Pinches s'est fait remarquer par une activité incessante. Il n'y a pas une seule séance de la Société d'Archéologie Biblique qui ne soit l'occasion de quelque communication intéressante qui trouve son écho dans les Transactions et les Proceedings de la Société. Parmi les nombreuses tablettes du Musée Britannique qu'il a étudiées, il a eu le bonheur de trouver celle qui a trait aux annales de Nabonid et à la prise de Babylone par Cyrus ^.

Nous nous sommes déjà expliqué sur l'importance (supra, p. 267) de ces documents.

Sir H. Rawlinson les avait publiés sans com-

1 The bronze gâtes discovered by M. H. Rassam ai Balavjcit. — Voyez aussi l'article de M. Pinches dans les Trans. of the Soc . oj bibL Arch.y vol. VII, part I, pp. 83-118, 1880.

2 On a cuneiform tabUt relating to the capture of Babylon by Cyrus, àAXiS les Trans. of the Soc. of bibl. Arcb., vol. VII, part I, pp. 139-176, 18S0.

mentaire; l'analyse qu'en a donnée M. Pinches a permis de les apprécier dans leurs détails et d'accepter les faits qui en résultent avec leurs conséquences historiques.

Toute la presse, en Angleterre, s'est occupée des découvertes assyriennes. Nous devons citer, parmi les recueils périodiques consacrés aux études orientales qui ont le plus spécialement accueilli les travaux des assyriologues, le Journal de la Société Asiatique de Londres, VAcademy, V Athenaum, le Journal de littérature sacrée et les Transactions des Sociétés savantes.

En Angleterre, les honneurs n'ont pas manqué aux savants explorateurs de Ninive et de Babylone. La popularité, que leurs découvertes ont obtenue, les a signalés à l'attention du gouvernement, et leur nom a pénétré avec éclat dans les masses. Les causes que nous avons indiquées y ont contribué sans doute ; mais si les études assyriennes ont été plus facilement acceptées par le grand public, il faut tenir compte des œuvres de seconde main qui les ont vulgarisées dés l'origine. Au premier rang figurent les « jives Monarchies »

de G. Rawlinsoii ' et son consciencieux travail sur Hérodote ^. Les livres de Fergusson ?, de H. Gosse 4, de Vaux î, de Tomkins 6, leur ont acquis une notoriété dont nous trouvons la trace, non seulement dans l'enseignement public, mais encore dans les conférences évangéliques 7 et jusque dans les romans.

L'Allemagne resta longtemps indifférente au mouvement philologique qui s'accomplissait en France et en Angleterre. Les

1 The five great monarchies of ihe ancient Eastern World, or ihe hislory, geography and anliquiliesofChaldea, Assyria^ Babylonia, Media and Persia, collected and illusirated from ancient and modem sources. Loudon, i8$7.

2 History of Herodotus. London, 1852-62.

3 Fergussok, The Palace of Nineveh restored. London, 1851.

4 P. -H. Gosse, Assyria; her manner: and customs^ art<: and armSj reslored from her monuments. London, 1852.

5 W.-S. Vaux, Nineveh and Persepolis; an historical sketch oj ancient Assyria and Persia, 4* édit. London, 185$.

6 Rev. G.ToMKiNS, Studies on the tintes of Abraham, London, 1878 .

7 The résurrection of Assyria. — Alecture delivered in Rfformed /tresbyferian Church, Glasgow.

savants allemands, oublieux des premières découvertes de Grotefend et des grands travaux de Benfey, de Lassen, de Spiegel sur les inscriptions perses, regardaient d'un œil indifférent, quelquefois hostile, peut-être jaloux, les recherches qui se poursuivaient sur les inscriptions assyriennes.

L'Allemagne n'avait point pris part aux fouilles ; les documents originaux manquaient dans ses Musées, et leur absence explique jusqu'à un certain point la réserve dans laquelle on se tenait. Les rares débris du palais de Nimroud, la stèle de Sargon trouvée à Larnaka, quelques cylindres en pierre dure sont sans doute de précieux spécimens pour orner le Musée de Berlin, mais ne pouvaient servir d'aliment à la science.

Rien ne venait provoquer les investigations, et les érudits, fermant l'oreille aux études préliminaires, ne recevaient que l'écho des doutes soulevés par les premières interprétations. — Cependant cette indifférence ne devait pas se prolonger au-delà de certaines limites; Thonneur d'avoir fait pénétrer les

études assyriennes en Allemagne appartient au D"^ Eberhard Schrader; elles s'y développèrent avec une grande rapidité.

Le D"^ Schrader, alors professeur à TUniversité de léna, publiait, dés Tannée 1869, dans la Zeitschrift der D. M, G, un article qui fixe le point de départ de ses travaux; il s'efforce de démontrer que l'on doit avoir confiance dans les principes qui servent de base aux lectures assyriennes ' . Bientôt après il inséra dans le même recueil des articles de détail qui se fondirent plus tard dans ses publications. Il préparait ainsi le public savant à recevoir ses traductions. Dans un volume consacré à la démonstration de l'authenticité du déchiffrement des écritures cunéiformes 2 , il exposa le système de lecture des textes, et fit comprendre les résultats importants pour l'histoire qu'on devait attendre

1 Die Basis der Ent\ifferung der assyrisch-balylonischen Keilinschriften gepruft. DaLnslaZeiischriftderD.M.G., 1869, pp. 337-371.

2 Die assyrisch-babylonischen Keilinschrifim. Kritische Untersuchunoen der Grundlagen ihrer Ent:^j^erung . Leipzig, 1872.

des découvertes accomplies par la France et l'Angleterre. L'étude consciencieuse à laquelle il s''est livré, l'autorité qui s'attachait à son nom et que ses connaissances sur les autres langues sémitiques lui avaient acquise, dissipèrent les répugnances qui s'étaient produites.

Les difficultés étaient d'ailleurs vaincues; il eût été puéril de discuter encore le syllabisme de l'écriture assyrienne, la polyphonie, le caractère de l'idiome assyro-babylonien.

Une jeune école, avide de cet inconnu qui se dévoilait avec tout son prestige, s'assimilait promptement les découvertes élaborées par les premiers investigateurs; à son tour, elle allait traduire des t-extes, les commenter, les expliquer, sans être fatiguée par les pénibles labeurs de ses devanciers.

Le D"" Schrader ne tarda pas à entrer en ligne ; il suivit la voie indiquée par les travaux de F. de Saulcy, et donna sur-le-champ une transcription et une traduction du texte des inscriptions trilingues avec un commentaire et un glossaire. C'était poser immédiatement l'assyrien sur une base solide, en s'appuyant

sur les œuvres de Burnouf^ de Lassen et de Spiegel, dont les résultats étaient inattaquables; puis le D"^ Schrader fit Tapplication directe de ses études à l'Histoire.

En 1872, il publiait un mémoire sur les inscriptions assyriennes dans leurs rapports avec les textes de l'Ancien Testament » . Ce n'était que le prélude d'une série de travaux que le savant professeur produisit dans des écrits périodiques et des volumes spéciaux que nous avons le regret de ne pouvoir citer et analyser dans ce court et rapide aperçu. Néanmoins relevons la traduction de la Descente d'Istar aux Enfers 2, épopée bab5^1onienne que Fox Talbot avait publiée dans les Transactions de la Société d'Archéologie biblique (vol. II, part I, pp. 279-212). — Une critique de Gutschmid J amena, en 1878, la publication de

1 Die Keilinschriften und das alte Testament. Giessen, 1872. 2* édit., 1883, avec la collaboration du D' Paul Haupt.

2 Die HôlUnfahrt der Istar, etn althabylonischen Epos, Nebst Proben assyriscber Lyryk. Giessen, 1874.

3 Neue Beitrdge \ur Geschichte des alien Orients. — Die Assyriologie in Deutschland. Leipzig, 1876.

d'un intéressant volume de recherches historiques dans lequel l'auteur s'est efforcé de résoudre certaines questions géographiques et historiques avec la plus grande intelligence et une méthode rigoureuse ' .

A peine accepté en Allemagne, l'assyrien fut l'objet d'un enseignement public inauguré à léna par le D^ Schrader, qui bientôt fit des élèves, devenus des maîtres à leur tour.

Le D»* F. Delitzsch, un des premiers élèves du D^ Schrader, dès l'année 1874, professa l'assyriologie à l'Université de Leipzig; il réunit autour de lui de nombreux auditeurs.

On doit reconnaître que l'enseignement en Allemagne s'est trouvé entre les mains de deux professeurs parfaitement doués pour exposer, dans un langage clair et adapté aux besoins de l'Allemagne savante, le système de déchiffrement et la contexture de la langue assyrienne. Ils l'ont fait avec cette supériorité que leur donne à la fois l'étude conscien-

I Kcilinschrifien und Geschîchisforschuttg, Giessen, 1878,

cieuse des textes cunéiformes et une grande connaissance des idiomes de la branche sémitique.

Le premier travail du D*" F. Delitzsch est consacré à l'examen des noms d'animaux dans les textes assyriens ' . Sous ce titre modeste, on découvre une étude approfondie qui dénonce une grande sagacité, un sens philologique très sûr et un esprit profondément versé dans la connaissance des textes que le jeune professeur allait bientôt aborder à un autre point de vue. N'oublions pas que nous sommes en Allemagne, dans un pays protestant, et nous ne serons pas surpris de voir le D»" F. Delitzsch consacrer un volume à la recherche du lieu où était situé le Paradis terrestre * et faire servir, à l'appui des données bibhques, les renseignements puisés dans les documents assyriens.

Dans un autre ordre d'idées, son mémoire

1 Assyrîschen Siudien. Hefl I. Assyn'sche Thicrnamen mit vielen Excursen und einetn assyrîschen und akkademischen Glossar, Leipzig,

2 Wo lag das Parodies? — Eine hiblisch-cssyriologische StudU, Leipzig, 1881,

sur la langue des Kossaer ' , nous révèle les progrés accomplis sur un des nombreux dialectes écrits en caractères cunéiformes.

Le D"" F. Delitzsch est guidé dans son enseignement par un esprit pratique incontestable. Il se sert, à cet effet, de cahiers assyriens qu'il a autographiés lui-même*, à l'usage de ses élèves. Nous y trouvons, d'abord, un tableau renfermant 221 signes assyriens classés méthodiquement, de manière à ce que l'étudiant retrouve facilement le signe avec la valeur qui lui est propre ; puis un tableau des principaux idéogrammes présentant également la même facilité aux recherches. Enfin, à la suite de ces tableaux, viennent s'ajouter des copies de textes à interpréter qui laissent le lecteur sans aucune autre indication que celles qu'il puisera dans les procédés déjà acquis ou qu'il viendra compléter par l'audition de l'exposé oral.

1 Die Sprache der Kossàer. Leipzig, 1884.

2 Aisyrische Lesestûcke nach den originalcn, iheils revirdil theih \um ersten Mah herausgegeben und durch Schrifttafeln ùngeUitet. Leipzig, i« édit., 1876; 2« édit., 1878; y édit., iSSj.

Ces cahiers ont déjà eu l'honneur de plusieurs éditions successives. Le D*" F. Delitzsch s'étonne lui-même de ce succès. « J'ai vingt élèves assidus, me disait-il un jour, mais où vont mes livres ? » Réflexion bien naturelle, et qui révèle combien profondément les études assyriennes ont pénétré en Allemagne, car ces cahiers n'offrent aucun intérêt à ceux qui voudraient y puiser des notions historiques ou archéologiques, pour les répandre de seconde main. Ils ne peuvent servir qu'à des élèves laborieux encore inconnus, et non seulement ces livres se vendent en Allemagne, mais ils prennent avec les nôtres la route de Londres ou de New- York. Grâce à cet enseignement fécond, les élèves ne manquent pas à Leipzig.

Le D"" Paul Haupt est un des disciples les plus distingués du D"^ F. Delitzsch. D'abord professeur d'assyriologie à TUniversité de Gôttingue, il a quitté l'Europe pour aller fonder en Amérique un enseignement dont nous parlerons plus tard. Dans une étude importante, il s'est livré à un examen critique

de philologie sur les lois de famille sunU" rienney reprenant en sous-œuvre l'analyse des textes que nous avons donnés, M. Oppert et moi, dans nos Documents juridiques \ Son maître la souvent associé à ses travaux, et ils dirigent à Leipzig une grande publication à laquelle le concours de savants distingués n'a pas fait défaut. Sous le titre de Bibliothèque assyriologique *, MM. Delitzsch et Haupt ont déjà publié cinq volumes dont nous allons essayer de faire comprendre l'importance.

Le premier volume ? renferme une série de textes accadiens et sumériens, copiés sur les originaux du Musée Britannique et publiés avec des rapprochements et des remarques explicatives, de nature à en démontrer la disposition et à en faciliter la lecture. Nous avons d'abord un recueil de signes contenant plus de huit cents (887) idéogrammes

1 Die sumerischm FamiliengeselTy . Leipzig, 1879.

2 Assyriologische Bibliothek, heratugegeben von Friedrich Delitzsch und Paul Haupt.

3 Akkadische und sunteriiche keilschr if (texte nach den Orientakn im Britischcn Muséum copiert, etc., etc. 1881-82.

avec leur interprétation assyrienne et accadienne, puis des textes accadiens présentant les paradigmes des verbes accadiens, les pronoms personnels et suffixes, ainsi que de courtes phrases accadiennes avec une traduction assyrienne interlinéaire. — Je citerai encore un choix d''Hymnes et des formules de prières avec une traduction assyrienne. Ce premier volume renferme en outre un vocabulaire sumero-accadien et des hymnes sumériennes avec la traduction ass3Tienne interlinéaire ; il se termine par un court glossaire accadien, quelques observations sur la nature et l'origine de l'écriture cunéiforme, et enfin la justification de la valeur des signes.

Le second volume ' par le D"^ Carl Bezold est consacré aux inscriptions perses achéménides. On y trouve la transcription des textes babyloniens conjointement avec leur traduction, des remarques critiques sur le texte et un vocabulaire des noms propres. Le D"* Paul

I Die Achàmenideninschrifien. Transscription des hahylonischcn Textes nebst Uherset:^ungy iextkritischen Annurkungen und einem JVôrier'Uttd Etgennamenvfrieichnisse. 1882.

Haupt y a ajouté Tautographie des textes originaux dts petites inscriptions achéménides.

Le troisième volume ' est dû au D"" Paul Haupt; il donne l'épopée babylonienne de Nemrod avec le texte cunéiforme, le fragment des Légendes d'Izdubar et le récit du Déluge, copies faites par l'auteur au Musée Britannique.

Le quatrième volume ^^ par le Père J.-N.

Strassmaier, s. J., renferme un vocabulaire alphabétique de mots assyriens et accadiens contenus dans le second volume des « Cuneiform Inscriptions of Western Asia^ » de même que plusieurs autres inscriptions, pour la plupart inédites, avec de nombreux suppléments et des corrections du texte, d'après les tablettes du Musée Britannique.

Le cinquième volume ?, par le D"^ David Gordon Lyon, professeur à l'Université de

1 Das Babylonisch-Nimroiepos, 1884.

2 Alphabetisches Verieickniss der assyrischen und akkadischen WôrUr in :^weîten Bande der cuneiiorm' Inscriptions of Western Asia. 1882-8$.

3 Keilschrifltexie Sargon's, kônigs von Assyrien (722-705). Nath den Originalen neu herausgegebeu, umschrieben, uberset{ und erkldr t

Harvard, Cambridge (Mass.), donne les inscriptions de Sargon, revues et traduites d'après les originaux.

Le D*^ WiLHELM LoTZ, également élève du D"^ F. Delitzsch, a publié un fort intéressant travail sur les textes de Tuklat-pal-Asar I, restés sans commentaires depuis l'épreuve de la Société Asiatique de Londres en 1857 '. N'oublions pas deux autres élèves du D^ F. Delitzsch, le D"" Reinhart Hœrning, qui a publié une bonne traduction des annales de Sennachérib^, et le D"" Fritz Hommel, bien connu en Allemagne par ses travaux sur le nom des mammifères chez les peuples sémitiques du sud 3. Citons plusieurs de ses écrits relatifs à l'assyrien, notamment une discussion sur le rôle des Sifflantes 4, et une hste synchronique

i' Die Inichriften Ttglatpileser's I in transskribierlem assyrischcm Grundiext mit Ubenet\ung und Kommtniar. Leipzig, 1880.

2 Das sechsseitige Prisma des Sanherib in (ransskribierient Grundiext und Ubers€t\ungy etc. Leipzig, 1878.

3 Die Namen der Sâugethiere bei den sùdsemiiischen Vôlkern. Mûnchen, 1879.

4 Zwei Jagdiuichriflen Assur-bani-paVsy nebst einem Excurs ùber die Zisch ul( im Assyischeti, vjie im Semitischcn ûberhaupi. 1879.

des événements de l'histoire assyro-babylonienne et juive ' .

Les études assyriennes sont acceptées aujourd'hui dans les universités allemandes. — M. Alfred Jeremias, un des plus jeunes élèves du D^ F. Delitzsch vient de passer sa thèse de docteur en philosophie à l'Université de Leipzig, en prenant pour sujet la Descente d'Istar aux Enfers^ dont il donne la transcription assyrienne avec un commentaire philologique à l'appui *.

Comme on le voit par cet exposé, les Allemands manquent de textes originaux ; aussi c'est dans les grands dépôts, en France et en Angleterre, qu'ils viennent relever avec empressement les textes historiques et les tablettes de la Bibliothèque de Ninive. Ils répandent à profusion leurs copies, y ajoutant des remarques et des commentaires qui en

1 Abriss der babylonisch-Assyrischen und israelilischen Geschichte von den àltesten Zeiien bis T;ur Zerstôrung Babels. Leipzig, 1880.

2 Die Hôllenfahrt der Istar^ eine altbabylotiisch Beschwôrungs Légende. Inaugural-Dissertation zur Erlangung des philosophischen Doctorgrades der Uuiversitàt. Leipzig. 1886.

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font de précieux ouvrages à consulter. Nous n'hésitons pas à les convier à venir étudier au Louvre les longs textes sumériens découverts par M. de Sarzec et les nombreuses inscriptions susiennes rapportées par M. Dieulafoy.

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