LES EXPLORATEURS
Le nom de Babylone se lie aux plus vieux souvenirs du monde, et nous reporte à cet âge où l'humanité, vagissant dans la boue du Déluge, entreprenait déjà des travaux dont Dieu seul pouvait arrêter l'audace !
La ville de Nemrod eut une enfance assez obscure absorbée par les rudes labeurs qui devaient assurer la fertilité du sol et par ces gigantesques travaux de canalisation dont la plaine de Sennaar porte encore les traces. Elle devint bientôt la capitale du monde, enviée et détestée, « la coupe d'or dans la main du Seigneur qui enivra toute la terre ! » Les jours de décadence et de ruine arrivèrent enfin ; de cruels vainqueurs en firent la plus belle de leurs provinces, puis peu à peu l'aspect de cette région mésopotamienne si vantée dans l'antiquité changea totalement.
De nos jours, le vaste pays qui s'étend depuis Bagdad jusqu'à la mer ne renferme plus que des villages épars çà et là dans une plaine aride et sauvage. En quittant Mahàouil pour descendre la rive gauche de l'Euphrate, on commence à distincruer au-dessus de la ligne du désert les ondulations d'un sol accidenté que dominent quelques rares monticules. Ces éminences qui, de loin, ne paraissent être autre chose que des accidents naturels du terrain et que recouvrent quelques broussailles rabougries, voilà tout ce qui reste de Babylone ! On parcourt ainsi 13 kilomètres sur un terrain relevé et ondulé de toutes parts ; d'ailleurs, pas un monument, pas une pierre sculptée, rien que des monceaux de briques au milieu d'un désert de sable coupé par des marais fétides. Ces contrées, jadis si florissantes, ont été frappées d'une stérilité complète ; il semble que le temps et les hommes se sont unis pour effacer le souvenir de leur grandeur, tandis que la terre se repose en attendant une culture féconde dont Dieu seul a fixé Pépoque par de mystérieux assolements !
La ville qui s'élève au milieu de ce pays désolé porte le nom de Hillah. C'était au x^ siècle une cité déjà ancienne '; elle était entourée de murs qui ont dû être détruits plusieurs fois, car ceux qui la protègent maintenant ne remontent pas à une époque bien reculée. Hillah forme une sous-division du Pachalik de Bagdad et contient 10 à 15,000 habitants. Les maisons sont construites avec les briques que l'on extrait des anciens monuments babyloniens.
Depuis des siècles, ces ruines sont exploitées comme des carrières par des hommes que les Arabes appellent Sakkhars et dont le métier spécial est de rechercher ces antiques matériaux pour en édifier des maisons nouvelles. C'est ainsi que Séleucie, Ctésiphon, Bagdad, trois capitales, ont été bâties avec les débris de Babylone ; les grands palais et les édifices superbes qui faisaient la. gloire de la ville éternelle, ne marquent plus leur place que par des monceaux de décombres, dont les besoins du moment changent souvent la forme et la position.
I Yakout parle de Hillah, et Aiimeu Ibn Djobaïr la mentionne également.
On distingue facilement plusieurs espèces de briques. Si on les considère d'après la matière qui les compose, on en trouve d'un jaune pâle, ce sont les plus belles; d'autres d'un rouge vif comme nos briques ordinaires, ce sont les plus communes ; un certain nombre enfin sont d'un brun intense, ce sont les plus dures. — Si on tient compte de leur fabrication, on les classe en deux grandes divisions, les briques cuites au feu et qui servaient à faire le revêtement extérieur des édifices, et les briques séchées au soleil qu'on employait à la construction intérieure des gros murs. — En général, la dimension de ces briques est constante; elles ont toutes environ un pied carré sur trois pouces d'épaisseur. Ces mesures paraissent avoir été prises sur une unité, car Ctésias nous apprend que les murs de Babylone avaient une largeur de trois cents briques ' . Cependant quelquesunes sont moitié moins larges; les briques crues n'ont pas la même dimension, elles sont beaucoup plus grandes. Comme durée et comme
I DiODORE, lib. II, C. VIII.
solidité, on n'a pas craint de les comparer aux briques romaines et de les mettre audessus de ces dernières. Certaines briques assyro-babyloniennes, qui sont entrées dans la composition des voûtes, révèlent d'ailleurs le talent de l'architecte par leur disposition et leur emploi à la place de claveaux ou de voussoirs ; elles rivalisent de la sorte avec la pierre, et offrent des coupes aménagées selon la place qu'elles devaient occuper dans la construction.
Toutes les briques sont couvertes de caractères cunéiformes; les précautions les plus minutieuses avaient été prises pour les utiliser dans les constructions sans endommager l'écriture. Le bitume n'adhère pas sur les caractères et l'inscription est toujours tournée en dessous. Il est facile de voir que la plupart de ces briques ont été imprimées avec des timbres qui ont servi à tirer des milliers d'exemplaires.
On comprend la destruction absolue de la ville de Babylone par la nature même du sol.
Les colonnes de Persépolis ont résisté à
cause du marbre solide dans lequel elles avaient été taillées. La pierre est commune dans la plaine de Merdâcht, tandis qu'elle est inconnue à Babylone. En creusant, on ne trouve que de la terre, et les briques déjà confectionnées devaient tenter la cupidité ; si bien que les constructions de Babylone, qui auraient pu braver les ravages du temps , ont moins résisté aux injures des hommes que les palais de Persépolis et de Ninive.
Les ruines de Babylone avaient été soigneusement visitées et décrites par Rich et Sir Robert Ker-Porter • . En lâ 50, Sir H. Layard 2, suspendant ses fouilles en Assyrie, se rendit à Hillah par Bagdad et y séjourna jusqu'au 19 décembre. Il s'appliqua à l'étude de la topographie de la ville antique et plaça des ouvriers sur les points les plus importants, la Babil des Arabes ÇMudjelibeh de Rich), le Mudjelibeh (le Kasr de ce même voya-
1 Voyez sn^ra, pp. 17 et suiv.
2 Nineveh and Babylon, c. xxii, p. 486.
geur), enfin au Birs-Nimroud , mais il fut obligé d'abandonner les excavations dans cet endroit, à cause de l'état d'hostilité des tribus voisines ' . Le Birs-Nimroud était considéré diversement : pour les Arabes, c'était le palais de Nemrod, et pour les Juifs, la prison de Nabuchodonosor. Les anciens voyageurs y plaçaient la Tour de Babel ; enfin, les plus éclairés en faisaient Borsippa, un des antiques sanctuaires chaldéens. C'était, en tous cas, un lieu d'une grande importance et qu'il convenait de ne pas perdre de vue ; les fouilles devaient bientôt le prouver 2.
Les excavations à Babil permirent de reprendre les travaux commencés par Rich et mirent au jour de nouveaux cercueils, puis des jarres, des bouteilles, des poteries et autres menus objets. — Au Kasr (de Rich), le Mudjelibeh, aucun résultat; le sol était tellement bouleversé par les chercheurs de briques qu'il ne fut pas possible de reprendre possession des souter-
1 Layard^ Nineveh and Babylon, c. xxii, p. 49),
2 Voyez infruy p, 119.
rains signalés par Rich. Le lion de basalte, décrit par ce voyageur ainsi que par Beauchamp, se montrait encore à moitié enfoui sous des amas de décombres. — A Tell- Amran, même insuccès. — Sir H. Layard se lança alors avec intrépidité dans les déserts de la Mésopotamie, sans souci ni crainte des escarmouches des tribus belligérantes. Il gagna Niffer ' dont les ruines ne lui semblèrent pas différer de celles du Mudjelibeh. Quelques tranchées donnèrent des résultats assez médiocres, tels que des vases et des jarres ; mais* on dégagea une certaine quantité de ces étranges cercueils en terre vernissée dont Loftus devait rapporter de Ouarka de si curieux spécimens. Le nombre en était tellement considérable que le monticule semblait recouvrir la nécropole d'une population entière. C'était précisément Ouarka, déjà illustrée par le passage de Loftus, que Sir H.
Layard voulait visiter; mais les divisions de la grande tribu des Arabes Mountefik qui habi-
I îslinei'ch and Babylon, c. xxiv, pp. $4^1 et suiv.
tent les rives du Bas-Euphrate, empêchaient les communications. Les tribus environnantes avaient pris avantage de Tinsuccés du Pacha impuissant à réduire sous son autorité les Arabes Madan, et s'étaient révoltées ouvertement. A son grand regret, pressé par les sheikhs amis qui craignaient pour sa sûreté, Sir H. Layard regagna Mossoul.
A cette époque, William Kennett Loftus ' commença la série de ses explorations mémorables en Basse-Chaldée , la première (1849- 1852), comme membre de la commission de la délimitation , des frontières turco -perses, sous les ordres du major-général, alors colonel, Sir W.-F. Williams, et la seconde (1853), comme chef de l'expédition envoyée par r « Assyrian Excavation Fund ». La production de textes d'un intérêt capital, l'identification des monticules de la Chaldée avec les
1 "Willatn Kcnnct I.oftus fut attaché en janvier i8j9 par I-prd Palmerston à l'État-major du colonel Williams en qualité de géologue, et ensuite par Lord Clarendon à l'ambassade d'Angleterre à Coustaniinople.
ruines de ces villes antiques qui apparaissent au dixième chapitre de la Genèse, furent les fruits de ces diverses missions ' .
C'est ainsi que le célèbre explorateur fut à même d'examiner avec un soin tout particulier des sites que jamais Européen n'avait visités auparavant, à cause du caractère inhospitalier des nomades et surtout 'des miasmes qui, s'élevant des marais, rendent le pays impraticable pendant huit ou neuf mois de l'année. — : Les ruines de la Basse-Chaldée ont une beauté et une grandeur que nous pouvons difficilement imaginer. La vie occidentale a cessé totalement; rien ne la rappelle de près ou de loin; c'est l'existence pastorale telle que la Bible nous la décrit. — Loftus ne connaît « rien de plus imposant que le « premier aspect d'un de ces grands monti- « cules chaldéens s'élevant au-dessus des <ï plaines et des marais voisins. Mille pensées, « mille hypothèses sur leur histoire passée, « leur origine et leur chute rapide, se présen-
I W. K. Loftus, Trax»els and researches in ChaUlea and Susiana. London, 18$ 7,
ce tent à l'esprit du spectateur. L'atmosphère « nébuleuse du matin est particulièrement « Êivorable à ces méditations et aux impres- (T sions de cette nature. Le brouillard gris qui « s'interpose entre soi et l'objet de ses pen- « sées lui communique une sorte d'existence a nouvelle. Cet effet magique est encore « rehaussé par le mirage qui augmente et « diversifie les formes indécises et trem- « blantes dans les molécules lumineuses de « l'air raréfié '. »
A la fin de décembre 1849, Loftus et M. Churchill, dessinateur attaché à la Commission, quittèrent HiHah sous la protection d'une escorte turque qui accompagnait le personnel de l'expédition, tandis que l'étatmajor se rendait par l'Euphrate à Mohammerah, lieu de ralliement des membres de la Commission des firontiéres. Loftus avait obtenu de traverser le Jeiireh, région à peine connue des Européens, pour étudier à la fois l'état
X ChalJea and Susiana^ p. 113.
94 LES LAKGtTES f>ERDÛES
géologique des marais de la Basse-Chaldée et pour explorer les tumuli de Ouarka '.
Les premières ruines que rencontrèrent les voyageurs furent celles de Niffer ; elles consistent en une plate-forme élevée, divisée en deux parties à peu près égales par un canal profond, probablement le lit d'une rivière.
Au centre de la partie est de la plate-forme s'élève une tour en briques de construction
I « The south of Mesopotamia abounds in extensive and important ruins, of which little is known. The country around them is inhabited by Arabs of the tribes of Riibbiyah and Ahl Maidan, notorious for their lawlessness and scarcely more intelligent or human than the buffaloes which they tend. One or two travellers hive passed thèse remains of ancient civilisation when journeying through the Jezireh or havereceived descriptions of them from natives of the country. M. Lofius tuas the first io explore the most important. Being attached, as geologist, to the mission for the settlement of the boundaries between Persia and Turkey, he went by land from Bagdad to Busrah to join its other members ; he was accompanied by an escort of troops and he was able to visit the principal rnins on the way without risk. He found the tribes well dlsposed towards Europeans, though very hostile to the Turks. Taking advantage of this favorable feeliug and relying npon the protection of the Arab sheikhs, M. Loftus returned a second time alone, and was able to excavate in some of the larger mounds ». Ij^yakd, Ninn-eh and Bahylon, c. xxiv, p. $44.
babVlone et la chaldée 95
relativement récente dont les débris forment un mont conique de soixante-dix pieds de haut. Les autres monticules de la partie ouest s'élèvent jusqu'à prés de cinquante pieds au-dessus de la plaine et sont jonchés de fragments de verre, de poterie et de briques chargées de caractères cunéiformes. Les flancs du mont conique étaient difficiles d'accès, à cause des décombres qui les embarrassaient ' .
A l'est, on pouvait voir distinctement les traces d'une chaîne de collines basses et continues, sans doute faisant partie jadis des murs d'enceinte de l'antique cité 2.
Loftus conseille d'explorer Nifier du mois d'octobre au mois de décembre, quand l'inondation est finie. Il visita une seconde fois cette
1 Chaldea and Susiana, p, loi. — Niffer, au sud-est de Babylone, au centre de la Mésopotamie, fut le siège d'un évêché chrétien jusqu'au xii* siècle.
2 Les identifications de ces villes chaldéennes ont beaucoup varié ; nous n'enregistrons ici que les noms qui ont été tout d'abord mis en avant. — Sir Hem 3' Rawlinson identifia Niffer avec Chalneh. Voy. plusieurs articles dans le Journal of ihe Royal Asiatic Society y les Proceedings of the Royal Geogr. Society ^ 1856, p. 47 et VAthenœum. Sir H. Rawlinson visita deux fois Niffer en venant du Tigre et place cette localité à 3207, 3'' lat. Nord.
localité en 1854, et bien qu'il y fit peu de découvertes importantes, néanmoins il encourageait fort d'y tenter des fouilles.
De Nifïer, Loftus gagna, le 8 janvier, le monticule de Tel-Hammam, qui n'avait jamais été visité par aucun Européen ' . Les fouilles y furent peu fructueuses; toutefois Loftus put enlever une statue de granit qui, toute mutilée qu'elle fût, avait une grande valeur, les statues babyloniennes étant rares ^. Elle devait être en parfait état de conservation, un siècle avant; mais les chercheurs de trésors l'avaient mutilée avec de grands marteaux dans T espoir d'y trouver de l'or.
Les ruines mesurent un mille de diamètre ; leur hauteur totale est d'à peu prés cinquante pieds, dont vingt forment un monticule conique supportant la masse pesante d'une construction en briques crues. La forme ori-
1 Chaldea and Susiana^ p. 113. Sir Henry Rawlinson croit que Hammam représente le Galuba des inscriptions. Voy. Proceedings of Royal Geogr. Soc.^ april i8$6, p. 47.
2 Loftus obtint plus tard une statue du même style, mais plus petite, en fouillant le monticule de Yokha. — (1854.)
babYlone et la chaldée 97
ginale avait dû évidemment être carrée, mais les côtés sont maintenant réduits à soixantedix-huit pieds et les angles en sont arrondis' . Si on se reporte aux ruines d'un caractère semblable et aux fragments nombreux qui gisent sur les flancs du monticule, on est amené à penser que la surface était recouverte de briques cuites au four. L'angle le plus au nord marque 20 degrés nord-est; un canal profond, formé par les pluies de l'hiver, divise chaque côté en parties égales, tandis que les angles se projettent en avant comme quatre grosses tours rondes. L'action du temps s'est fait sentir, et permet de voir une couche de roseaux au sommet de chacune de ces tours.
Les briques, employées pour la construction de cet édifice, ont quatorze pouces et demi carrés sur cinq pouces et demi d'épaisseur; elles sont composées d'argile séchée au soleil et mélangée de paille d'orge et de paille de blé hachée. Chaque rangée de briques est séparée par une couche de roseaux qui les préservent des intempéries.
ï Chaldea and Susiava, p. 114.
Qu'étaient-ce que ces ruines ? probablement un temple. Loftus pensait que les fouilles pourraient y être fructueuses. Il revint en 1854 pour le compte de VAssyrian Excavation Society^ mais le manque d'eau dans le Schatt-el-Kehr, qui coule à quelques milles de Tel-Hammam, l'obligea de diriger ses recherches d'un autre côté.
Loftus, inspectant la plaine avec un zélé infatigable, remarqua plusieurs monticules, entre autres ceux de Tel-Ede, masses artificielles et solides, mais qui ne lui révélèrent aucune particularité. Il atteignit enfin Ouarka qui allait pour la première fois recevoir la visite d'Européens (1850) '. Tout explique cet abandon, le climat insalubre, les difficultés matérielles, les rivalités des tribus, enfin et surtout le peu d'intérêt qu'offraient de semblables
I « Three massive piles rose prominent before pur view A from an extensive and confused séries of mounds, at once « slîowing the importance of the ruins which we — their first « european visilors — now rapidly approached, etc. » (Chaldea and Susiana, p. 124).
voyages, alors qu'on ne soupçonnait pas la valeur scientifique de ces sites.
Cette fois, Loftus et Churchill ne passèrent que deux jours à Ouarka et les employèrent à en relever soigneusement la carte ; ayant re-
connu son importance, ils résolurent de revenir y faire des fouilles, ces ruines, entre toutes celles de la Chaldée, pouvant seules rivaliser avec Babylone et Ninive. — Profitant d'une escorte turque, les voyageurs se dirigèrent vers Mougâyir ' , qui est entouré d'eau de toutes parts pendant les inondations, et, comme Ouarka, accessible seulement en bateau. Les ruines consistent dans une série de monticules peu élevés; le nom de Mougâyir (bitumée) est donné à un édifice fort remarquable de 70 pieds de haut qui se trouve à la partie nord de ce massif de collines. C'est le seul exemple d'un temple babylonien en état de conservation relative et pas absolument tombé en ruines. Il est bâti en larges briques, et le nom moderne de Mougâyir lui vient du
I M. Baillie-Fr/lser en donne une courte description dans son volume Mcsoplamia and Assyria, p. 148.
bitume qui les réunit ' . La ruine principale est formée de deux étages et affecte la forme d'un parallélogramme à angles droits. Un angle marque le nord, véritable caractère de tous les édifices d'origine chaldéenne. A chaque étage, il y a un retrait de 9°, dans le but de supporter, ainsi que le fait remarquer Loftus, une forte pression. C'est à cela qu'on doit attribuer la parfaite conservation de la partie de Tédifice qui subsiste encore; la partie inférieure est également étayée par des arcs-boutants.
La surface est percée d'ouvertures oblongues, ressemblant à celles du Birs-Nimroud, d'Akar-Koûf, d'el-Oheimir et autres édifices chaldéens. Nous verrons bientôt( 18 54) M.Tâylor entreprendre des fouilles fructueuses à Mougâyir et à Abou-Shareyn, dont les ruines sont visibles du sommet du monticule de Mougâyir.
A peine arrivé à Mohammerah, lieu de ren-
I Sir H. Rawlinson identifia Mougâyir avec t/r, après la lecture de ce nom sur les cylindres découverts postérieurement par Taylor. Pour cette question, voyez Journal of the Royal Asiaiic Society f vol. XII, p. 481, et le Annual report^ p. 16.
dez-vous avec le Colonel Sir W.-F. Williams, Loftus lui rendit compte des résultats de son voyage ; il lui communiqua l'impression qu'il avait rapportée de Ouarka et insista sur l'utilité de tenter des fouilles en cet endroit. Le Colonel Williams fut de cet avis et lui facilita les moyens de repartir et de commencer cette expédition périlleuse. Nous renvoyons à l'ouvrage de Loftus (chap. xiv, p. 147 et suiv.), pour se rendre compte des difficultés que rencontra ce hardi explorateur ' . Les travaux furent extrêmement pénibles, mais la grandeur de l'entreprise méritait de tels efforts !
C'est à 120 milles au sud-est de Babel que s'élèvent les ruines de Ouarka ^, l'antique Erech; une trace de ce nom semble revivre
1 Loftus revint une troisième fois en 1854 po^^ ^^ compte de VAssyrian Excavation Fund. C'est à cette époque qu'il fit ses principales découvertes qu'il a réunies dans un seul récit et que nous avons résumées ici le plus succintement qu'il nous a été possible.
2 Sir H. Rawlinson l'avait assimilée à Ur avant la lecture des cylindres découverts à Mougâyir, et l'identifia ensuite avec Erech. Voy. p. 26 du 29* rapport annuel de la Royal Asialic Society y les Proceeding of the Royal Geogr. Society ^ vol. i*', p. 47, le Journal of the Royal Asiatic Society^ vol. XII, p. 481.
dans rOrchoc du temps d'Alexandre. Pline ' dit que les habitants de cette ville dirigeaient les eaux de l'Euphrate dans le but d'irriguer les terres; Strabon^ la mentionne comme le siège d'une Université adonnée à l'astronomie, d'où sortirent ces philosophes chaldéens qu'on opposa à l'École de Borsippa.
« La désolation et la solitude de Ouarka,
« selon Loftus, sont encore plus frappantes
« que celles de Babylone. Aucune apparence de
« vie tout autour. Nulle rivière ne mouille le
« pied de ses monts ; nul bois de dattiers verts
« n'embellit le voisinage des ruines. Le chacal
« et la hyène semblent même éviter le sombre
« voisinage des tombes. Le roi des oiseaux
« ne plane jamais sur cette solitude. Le brin
« d'herbe et l'insecte n'y trouvent point de
« place ; le lichen seul, attaché à la surface
« flétrie de la brique, semble se glorifier de
« sa suprême domination sur ces murailles
« dénudées. De toutes les scènes de désola-
1 Pline, VI, 27.
2 Strabon, XVI, 739.
« tion que j'aie jamais vues, c'est Ouarka qui « les surpasse ' . »
Les ruines s'élèvent sur un plateau s'étendant à vingt milles, dans la direction de Senkara^. Une partie de ce terrain stérile forme une vaste plate-forme élevée de quarante à cinquante pieds au-dessus du niveau du sol et supportant la ruine principale. Le Biiwariyya émerge comme une sorte de cône ; c'est une tour de deux cents pieds de haut, bâtie exclusivement avec des briques séchées au soleil, construction dont Tantiquité fut attestée par la lecture des tables votives du roi Urkham. Le nom de Buwariyya, « nattes de roseaux », lui vient des Arabes qui remarquèrent la présence de roseaux dans la maçonnerie.
On y voit les mêmes ouvertures qui carav térisent les édifices chaldéens. Le sommet est parfaitement plat et mesure soixante-huit pieds du nord au sud. Loftus essaya de déblayer
1 ChaUea and Susiana, p. 163.
2 I^atitude des ruines, 3i<* 19' nord ; longitude, 4)*> 40' est; à 4 milles du point le plus rapproché-, sur la rive orientale de TEuphrate.
l'angle ouest pour trouver les cylindres de fondation, mais la recherche fut vaine ; depuis longtemps ils avaient dû être détruits et enfouis sous l'accumulation des décombres.
La plus intéressante construction était le Wuswas, à huit cent quarante pieds du Buwariya. Les tranchées ouvertes par Loftus amenèrent le dégagement d'une façade qui donna un spécimen unique de l'architecture chaldéenne. Rien de plus simple, de plus grossier, que le système de décoration employé. La portion inférieure de l'édifice est occupée par des groupes de sept demi-colonnes, construites en briques moulées de forme semi-circulaire, et répétées sept fois. On y remarque l'absence complète de corniches, de chapiteaux et de bases. Ouarka, sous ce rapport, offre un intérêt capital pour la science architecturale des Chaldéens ' ; mais nous ne pouvons entrer dans des détails que nous aimerions à reproduire 2.
1 Chaldea and Stisiana, p. 167 et suiv.
2 Les dessins de M. Boutcher sont conservés au Musée Britannique dans la Collection de la Société Asiatique.
Ce qui distingue cette localité, c'est son caractère sépulcral, qu'elle accuse plus fortement qu'aucune autre cité de la Mésopotamie ; depuis sa fondation par Urkham jusqu'à la domination parthe, Ouarka semble avoir été une immense nécropole. Pas une tombe n'a été trouvée en Assyrie ' . Arrien dit que les sépultures des rois d'Assyrie étaient en Babylonie ^; mais le mot Assyrie ?, appliqué fréquemment à la Babylonie, peut avoir occasionné cette confusion et laissé croire que les tombes auxquelles on fait allusion sont celles des rois de Babylonie. L'accumulation des restes humains à Ouarka prouve que c'était un lieu sacré, comme de nos jours Kerbella, et qu'il fut considéré de la sorte pendant des siècles ; aucun endroit du monde ne peut lui être comparé sous ce rapport , pas même Pantique Thèbes !
1 Les tombes examinées par Sir H. Layard et M. H. Rassam sont d'une date postérieure à l'occupation assyrienne.
2 De Exped. Alex., VII, 22.
3 Les Grecs et les Romains employaient le mot Assyrie comme désignation générale, y comprenant la Mésopotamie, l'Adiabéne et parfois l'Asie-Mineure. Arrien, natif de la Cappadoce, fait l'Assyrie limitrophe de la Cilicie. Voy. Arrien, II, $, 6.
Loftus concentra ses efforts pour réussir à rapporter un spécimen des cercueils que les fouilles mettaient au jour. Je regrette de ne pouvoir faire connaître ce mode de sépulture et la manière curieuse dont ces amas de corps humains se sont trouvés accumulés. Le Musée Britannique possède de curieux échantillons des cercueils de Ouarka ' .
Une trouvaille fort intéressante et qui appela immédiatement l'attention des savants, ce fut celle de huit tablettes d'argile de couleur claire, posées sur une natte de paille enfouie dans le bitume et entourées de toutes parts de bois de dattier carbonisé. Loftus y remarqua sur les tranches l'impression de sceaux, ainsi que des caractères expliquant la présence du cachet et contenant le nom des parties contractantes 2.
1 Chaldea and Susiana^ pp. 203 et suiv.
2 Ce sont en partie des donations faites sous les Séleucides. Ces tablettes prouvèrent alors l'emploi de l'écriture cunéiforme jusqu'au troisième siècle av. J. C. — Avant cette découverte, les înscriptious perses d'Artaxerxès-Ochus et le vase de porphyre, conservé dans le trésor de St-Marc à Venise et attribué au même monarque, étaient les plus récents spécimens de cette écriture.
En présence des résultats de cette première exploration, Loftus était fortement d'avis de continuer des fouilles à Ouarka. C'est à ce propos qu'il y revint en 1854 pour le compte de VAssyrian Excavation Fund. Loftus quitta la Chaldée pour se rendre à Mossoul, à la requête de .Sir H. Rawlinson, pour continuer les travaux de M. H. Rassam à Koyoundjik.
Les fouilles étant terminées dans la limite du possible (1852), Loftus se porta vers les ruines de Senkara^ situées à quinze milles au sud-est de Ouarka et que le D"^ Ross et Baillie Fraser avaient visitées rapidement en 1834 '. — De Ouarka, on aperçoit Senkara et l'espace compris tout autour ; c'est le désert nu, stérile, privé d'eau, de végétation, d'habitants, désolation sans seconde, pareille à celle que le prophète I^aïe avait prédite à Babylone. Loftus planta sa tente au pied même des ruines et commença les fouilles.
Les ruines se composent d'une plate-forme
t ChaUiea and Siisiana, pp. 241 et suiv.
basse circulaire de quatre milles et demi de circonférence s'élevant graduellement de la plaine vers un mont central dont le point culminant, visible de Ouarka et de TEuphrate, atteint prés de soixante-dix pieds. Du côté nord-ouest se trouve une grande ruine basse consistant en une série de murs de. briques et de pavés ; puis au nord-est, un autre monticule en briques rouges à moitié cuites, à la base duquel on peut discerner, d'après la couleur du sol, l'emplacement d'une ancienne enceinte et les restes de petites chambres ménagées dans l'épaisseur. des murs.
Le côté sud-est de la plate-forme est occupé par une autre ruine en briques d'une étendue considérable, et connue des Arabes sous le nom de « Jemel, » Chameau, à cause de la bosse caractéristique qui s'élève au centre.
A la première inspection de^ ruines, il parut évident qu'elles appartenaient à une seule époque, et que les races plus récentes, d'origines différentes, n'avaient pas touché à ces monuments des temps primitifs.
L'ouverture des tranchées révéla l'existence
d'un édifice d'une importance capitale et dont Fantiquité fut prouvée par la découverte des cylindres de fondation ' .
Là encore les tombes se présentèrent en abondance, et on rencontra des tablettes d'argile jusque dans les chambres funéraires. Les plus remarquables sont celles qui nous renseignent sur le calcul sexagésimal des anciens Chaldéens ; elles prouvent l'étendue de leurs connaissances mathématiques 2. Sir H. Rawlinson, dès cette époque, en signala le contenu 5.
Dans un monticule voisin, à Teîl-Sifr, quelques recherches amenèrent la découverte d'objets en cuivre et celle de tablettes en briques crues recouvertes de caractères cursifs du style de Babylone. Ces tablettes sont curieuses entre toutes, non-seulement par leur disposition et par la trace des sceaux cylindriques
1 Chaldea and Susianaj p. 247.
2 Pour l'identification de Senkara avec le Lanchara de Bérose, voy. le 29« Annual report of the Royal Asiatic Society ^ 1852, et les Proceedings oj the Royal Geogr. Society, p. 47.
3 Sir Henry Rawlinson, Journal of the Royal geogr. Society^ vol. XV, p. 218, note.
visibles sur les tranches mais encore par l'enveloppe qui les contient. Leur importance ne fut pas alors pleinement appréciée, bien que Sir H. Rawlinson l'eût déjà fait pressentir en livrant le nom des souverains qu'il pouvait déchiffrer'. Vers cette époque, pendant les travaux de la Commission, Loftus visita Suse^ avec le Colonel Williams et M. Churchill, en 1850; puis il revint seul en 1 8 5 2 . Les fouilles livrèrent des échantillons d'un art en tout semblable à celui de Persépolis ; dés lors il ne nous appartient pas d'en parler ici. Ces détails nous éloigneraient de notre but principal.
Le 7 juillet 1852 arrivait à son tour à Hillah une expédition française partie de Marseille le 9 octobre 185 1. M. Mohl avait toujours l'attention portée vers l'Orient, et les succès de Botta lui donnèrent l'idée de provoquer des
1 Hammourabi et Samsi-Iluna.
2 Les ruines de Suse, Tantique Sushan des inscriptions, devenue capitale sous les princes Achéménides, sont situées entre les rivières de Diiful et de Ktrkhah. A la base est des monticules s'élève la tombe du prophète Daniel sur les bords d'un petit cours d'eau, leShaour. — ChaUlea and Susiatia, c. xxvi-xxx.
fiABYLÔNÉ ET lA CHALDÉE IÎI
recherches sur l'emplacement de Babylone.
Le Ministre de l'Intérieur, Léon Faucher, proposa à la sanction de l'Assemblée nationale un projet de loi autorisant le gouvernement à envoyer en Mésopotamie une expédition scientifique et artistique pour explorer ces contrées lointaines. Un crédit de 70,000 fr.
fut alloué à la mission; elle était composée de MM. Fulgence Fresnel, ancien consul de France à Djeddah, J. Oppert, professeur d'allemand au lycée de Reims, connu par ses travaux sur les inscriptions perses, et F. Thomas, ancien prix de Rome pour la section d'architecture ' .
En passant par Mossoul (i^*" mars 1852) pendant que V. Place faisait des fouilles à Khorsabad, M. Oppert jeta un coupd'œil sur les travaux des Anglais à Nimroud et à Kala'at- Schergat. Le 27 mai, la mission gagnait Bagdad
I Voy. Lettre de M. Fresnel d M. Mohl, datée de Hillah, décembre 1852, dans le Journal Asiatique^ juin-juillet 1853. A la sollicitation de M. Molli, Fresnel avait envoyé un résumé des travaux et des résultats de sa mission. Voy. aussi Rapports annuels de la Société Asiatique, par M. J. Mohl, aofit 18 j 3 et juin iSîj,
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en keleh. Sir H. Rawlinson était alors consul général. L'Angleterre, depuis le commencement du siècle, avait confié ce poste important à des hommes tels que Sir Harford Jones, Rich, le Colonel Taylor. Sir H. Rawlinson, constamment en rapport avec Sir H. Layard, avait toujours l'attention portée sur les fouilles et il fut, par sa science et son initiative, un des agents les plus actifs du progrés des études assyriennes à cette époque.
Le 7 juillet, la mission française arrivait donc à Hillah ; elle s'établit à Djumdjuma, au-dessous de Amran-Ibn-Ali et bientôt elle commença ses travaux '. M. Oppert s'occupa de l'étude de la topographie de Babylone et aborda, comme ses devanciers, l'identification des ruines principales et la délimitation des murs d'enceinte.
Le Kasr^, Tell-Amran Ibn Ali^, Babih, of-
1 Expédition en Mésopotamie, p. 140-255.
2 Château appelé Afu((/Wi^& par les Arabes. C'est l'édifice élevé selon Bérose par Nabucodonosor, ce qui cadre parfaitement avec l'inscription de Londres (col. viii, à la fin). M. Oppert y trouva des briques timbrées an nom de Nabucodonosor et
frirent au savant l'occasion d'intéressantes remarques.
Les" fouilles entreprises au Birs-Nimroud ' furent peu fécondes. Néanmoins l'ouverture d''une sépulture babylonienne livra un petit gâteau d'argile sur lequel reposait la tête du défunt et qui portait la date de Barsipy 30^ jour du 6^ mois de la 16^ année de Nabonid. L'identité du Borsippa des Grecs, du Borsifdn Talmud et du Barsip des Babyloniens avec la ruine actuelle du Birs-Nimroud fut ainsi démontrée pour la première fois.
Quant aux ruines de la Basse-Chaldée, M. Oppert ne put les visiter. Il jeta seulement un coup-d'œil rapide sur Akar-Koûf et autres
essaya de relever le lion de basalte tant de fois remué. — Alexandre mourut au Kasr. — Exp. Mesop., p. 140.
3 A 700 mètres du Kasr, près d'un sanctuaire dédié à un fils d'Ali, Amran, tué en ce lieu avec sept compagnons. M. Oppert y assigna l'emplacement des jardins suspendus de Babylone, — Ibid., p. 156.
4 Tombeau de Bélus, appelé Babil par les Arabes et Mudjelibeh par Rich. C'est la ruine lapins imposante; elle mesure 180 m. de longueur sur 40 de hauteur; elle fut identifiée avec h temple de Bélus par Rennell, Quatremère et Sir H. Rawlinsoii. i^/</., p. i68.
I Exp. Mésop-t p. 200.
lieux dans la Babylonie du Nord (20 septembre 1853), ce qui n'empêche pas d'ailleurs M. Oppert de se livrer à une étude intéressante des localités que Loftus avait explorées et de donner d'excellentes traductions des textes qui s'y rapportent.
Le 4 février 1854, M. Oppert quittait Bagdad et reprenait le chemin de l'Europe.
En passant par Mossoul, il put étudier sur les lieux l'énorme travail de déblaiement entrepris par la France et l'Angleterre. Place, comme nous l'avons dit, était occupé à Khorsabad. Après trois années d'absence, M. Oppert rentrait enfin à Paris le i<='' juillet 1854 '.
Les explorations continuaient en Basse- Chaldée. Pendant que Loftus faisait des fouilles à Ouarka, eni854, Sir H. Rawlinson envoyait à Mougâyir M. Jones Taylor, vice-consul à Bassora ^, Taylor, avec une patience et une
1 Fresnel mourut en novembre i8>). La publication de cette mission fut confiée à M. Oppert et parut en 18)9-1863.
2 Taylor, Journal of the Royal Asiatic Society, voL XV, part II, p. 260, 18; >. — Mémoire daté de Busrah le 31 mars 1854 et lu le 8 juillet 1854. ^oy-> po"'' la description de Mougâyir, jk/ta, p. 99.
persévérance merveilleuses, avait pénétré à travers la masse de briques jusqu'au cœur même de l'édifice, sans pour cela être récompensé de sa peine. Il découvrit enfin à Tangle sud-ouest de l'étage supérieur, à une profondeur de six pieds au-dessous de la surface, un cylindre intact déposé dans une sorte de niche formée par l'omission de l'une des briques. Il obtint de cette manière aux angles correspondants des cylindres semblables; plus tard Sir H. Rawlinson devait trouver ainsi les beaux cylindres de Nabucodonosorau Birs-Nimroud.'— Mougâyir fut identifiée par Sir H. Rawlinson avec Ur des Chaldéens et les cylindres donnèrent des listes de rois depuis Urkham jusqu'à Nabonid; ce sont des documents très curieux et du plus haut intérêt ' .
I « I mentioned before that, at each corner of the second story, « there was a breach in the wall, as if some kind of entrance « had formerly existed. I began excavating the S. W. corner, « clearing away large masses of rubbish formed of the remains « of hurnt mingled with sun dried bricks. I worked along, ai « a depth of 10 feet and a breadth of 6 without finding any « thing. I then returned, and worked a few feet north along the « brick casing of the western wall ; hère, 6 feet below the « surface, I found a perfect inscribed cylinder. This relie was
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Parmi les découvertes de Taylor à Mogâyir, nous ne devons pas omettre celle d'un petit oratoire situé à l'angle oriental du grand temple. On y trouva deux arches demi-circulaires percées dans l'épaisseur du mur et admirablement conservées ; les angles des briques avaient été abattus pour former les voussoirs.
« in the solid masonry ; it had been placed in a niche formed « by the omission of one of the bricks in the layer, aud was < found standing on one end. I excavated some little distance « further without any success and then relinquished this corner « for the N. "W. one. Hère, also, I found a second cylinder « similar to the one above mentioued, but at 12 feet fîrom the « surface. At this corner I sank a shaft 21 feet deep by 12 « broad. The sun-dried bricks, composing this solid mass within, « were hère of an amazing thickness ; their size was 16 inches
«square and 7 inches thick Having thus found two
« cylinders in the solid masonry in two corners I naturally con- « duded the same objects would be found in the two corners « still remaining. I sank a shaft in each and found two other « cylinders precisely in the same position and in the same kind « of structure, one at 6 and the other at 2 feet from the sur- « face. This is easily accounted for, when looking at the « irregular surface of the ruin, which at the S. E. corner and « S. side generally, bas been subject to greater ravages from « rain than the other sides, owing to the great dépression of ♦ the surface towards thèse points. » (Voy. Taylor, pp. 263-64.)
L'existence d'un cimetière antique fut également prouvée par l'éuorme quantité des tombes. Le mémoire de Taylor s'étend sur ce sujet avec raison ; c'est une des parties les plus intéressantes de ce travail.
De Mougâyir on distingue nettement les monticules d* Abou-Shareyn, Taylor y entreprit bientôt des fouilles sans obtenir de grands résultats >. L'aspect en est très particulier. En venant du Haiem^ la ruine a l'apparence d'un fort démantelé, entouré de hautes murailles et flanqué d'un donjon à l'une de ses extrémités. Elle est située sur une éniinence qui semble émerger du lit desséché d'une mer intérieure, tandis qu'elle est, au contraiFe, dans une vallée profonde dont la plus grande partie est couverte d'un enduit nitreux ; çà et là apparaissent quelques vestiges d'atluvion où poussent de rares arbrisseaux. La vallée est entourée à Test par la petite chaîne de montagne appelée
I Cette décoviverte fut annoncée par sir H. Rawlinson et consignée dans VAnnual Report of the R. A. S., vol. XV, part I, 18 54. — Voy. l'article de Taylor dans le Journal of the Royal Asiatic Society, vol. XV, part II, p. 404. 188^.
Il8 LES LANGUES PERDUES
le Ha:^em. Les ruines surgissent de la plaine, dégagées de ces masses de décombres qui embarrassent habituellement les abords de lieux semblables. Elles consistent en une plate-forme supportant un mur percé de trois ouvertures (la place ancienne des portes); à l'angle nord s'élève un grand édifice de forme pyramidale, composé d'une masse solide de briques séchées au soleil qui n'avaient rien à envier à la pierre comme solidité '. Taylor, avant de visiter Abou-Shareyn, fouilla pendant deux jours Tel-el'Lahnij à trois heures au sud de Soûk e Scheyoûkh, '• — Les deux monticules sont réunis par une chaîne de collines. Là, les recherches ne rencontrèrent que des cercueils.
En nous reportant au rapport de M. Mohl, dont nous nous sommes servi au sujet de la v perte regrettable des antiquités assyriennes (voy. supra, p. 76), nous lisons les lignes suivantes : « M. Rawlinson a examiné à « son tour, et après l'expédition française, « les localités de Babylone. » L'éminent
I Nons renvoyons à Taylor pour la description complète; voy. son Mcm., pp. 40 > et suiv.
orientaliste, l'imagination pleine des descriptions désordonnées qui faisaient de l'emplacement de Babylone un amas confus de décombres, accumulés à des points incertains, semblait douter de la fécondité de ces recherches. Un esprit méthodique, avec la connaissance exacte des lieux, devait pourtant s'y reconnaître et attaquer les travaux avec sûreté et succès.
Pendant l'automne 1854 (octobre et novembre). Sir H. Rawlinson, ayant sous ses ordres M. Tonietti, et travaillant pour le compte du Musée Britannique, conduisit des fouilles au Birs-Nimroud avec une habileté et un bonheur merveilleux. Les textes produits furent soumis immédiatement au déchiffrement, et livrèrent la grande Inscription de Borsippa sur laquelle nous reviendrons plus tard ' . Nous renvoyons au Mémoire du savant anglais ; mais la découverte des « commemorative cylinders », analogue à celle des cylindres de Nabonide à
I On tlx Birs-Nimroud or ihe great Temple of Borsippa. Voy. Journal of ihe Royal Asiatic Society, vol. XVII, part II, 1860 (lu le 13 janvier 185 s).
Mougâyir, est trop curieuse pour ne pas être relevée ici.
Ayant reconnu, à certains endroits, que les murs extérieurs de l'édifice primitif étaient déblayés et que la façade S.-E. du troisième étage était complètement dégagée de façon à laisser les angles à nu, Sir H. Rawlinson établit des ouvriers à chacun de ces angles, en leur recommandant de déplacer une à une les briques formant le coin, et surtout de s'arrêter, lorsqu'ils auraient achevé ce travail. Une demi-heure s'était à peine écoulée, qu'il fut appelé à l'angle sud où les ouvriers avaient atteint la dixième rangée de briques au-dessus de la plinthe, limite assignée à la besogne préliminaire. Les briques^ posées sur un simple lit de terre rouge, avaient été facilement enlevées. Les ouvriers, tant de fois trompés dans leur attente, regardaient la manière dont Sir H. Rawlinson allait procéder, et ne dissimulaient pas leur incrédulité, la démolition d'un mur solide ne leur paraissant pas promettre de bien fructueux résultats.
Arrivé sur les lieux, Sir Henry s'occupa d'abord de fixer un compas prismatique sur la brique inférieure restant de Tangle original, par bonheur, assez saillant pour offrir un point d'appui solide qui permettait d'obtenir la portée magnétique exacte des deux côtés; ordre fut ensuite donné de reprendre le travail. A peine la rangée de briques suivante était-elle attaquée que les Arabes reconnurent l'existence d'un Khaieneh, ou trou à trésor; en eôet, dans le coin, à la profondeur de deux briques de la surface extérieure se trouvait uri espace vide, rempli à moitié de sable rouge. « Déblayei le sable, dit Sir Henry, et apporte^ le cylindre, » L'Arabe, en tâtant avec sa main dans la cavité, saisit et retira un beau cylindre d'argile dans un état de conservation parfaite !
L'angle est fournit de la sorte un autre cylindre; mais là s'arrêtèrent les découvertes. Les angles nord et ouest avaient été fort endommagés, et les cylindres avaient dû rouler au milieu des décombres et se perdre au pied du monticule. — Il résultait de cette expé-
rience qu'on pouvait établir comme régie — que toutes les fois qu'on arriverait à dégager les angles d'un temple assyrien ou babylonien, on trouverait les cylindres de fondation déposés dans une cavité du mur, aux quatre angles, du premier tiers à la demi-moitié de la hauteur de l'étage, et à un ou deux pieds
de la surface extérieure
Ici se trouve close l'ère des fouilles en Assyrie et en Chaldée. Les tranchées de Koyoundjik, de Khorsabad, de Nimroud étaient comblées; les explorateurs revenaient en Europe '. Nous allons porter désormais notr^ attention tout entière sur le travail de déchiffrement et d'interprétation. Seules, l'Angleterre et la France avaient enrichi leurs musées des dépouilles opimes de l'Assyrie et de la Chaldée, comme le disait M. Mohl; nulle autre nation n'avait suivi cet exemple.
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