‹ Les langues perdues de la Perse & de l'AssyrieChapitre 9 sur 14 · L'INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

L'INTERPRÉTATION

Les savants n'attendirent pas les derniers résultats des fouilles pour essayer de pénétrer le sens des nombreuses inscriptions qui devaient nous révéler l'histoire de l'Assyrie.

Dés que les premiers fragments des textes de Khorsabad arrivèrent en France, on se mit à l'œuvre, et les travaux de lecture et d'interprétation ont marché, pour ainsi dire, parallèlement avec ceux des explorateurs.

Les difficultés qui entravaient la traduction étaient sans doute sérieuses; elles n'étaient point insurmontables. Les Assyriens employaient, il est vrai, un système graphique qui s'écartait étrangement de celui qu'on était habitué à considérer comme l'apanage des Sémites. C'était en vain que la raison se refusait

d'admettre que des peuples civilisés tels que les Chaldéens et les Assyriens eussent reçu et gardé une écriture aussi incommode; le fait était là avec sa brutale évidence. Pour donner raison à la théorie, on ne pouvait fermer les yeux sur ces milliers d'inscriptions qui n'étaient pas Tœuvre du hasard.

L'écriture cunéiforme, quelque embarrassante qu'elle soit, pour nous bien entendu, ne l'était pas autant sans doute pour les Assyriens, et l'eût-elle été, l'objection n'en serait pas moins frivole ' . L'inextricable complication des caractères chinois n'empêche pas les habitants du Céleste-Empire de s'en servir depuis plus de quarante siècles ! On comprendrait difficilement que les Japonais l'eussent adoptée, siec n'est qu'il est impossible d'imaginer les combinaisons auxquelles les hommes ont eu recours pour exprimer leur pensée. L'habitude

I On sait que récriture alphabétique a été connue à Ninive antérieurement au viii^ siècle av. J.-C, et cependant les caractères cunéiformes ont été employés en Mésopotamie jusqu'au i«' siècle de notre ère .

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rend facile ce qui, au premier aspect, paraît intolérable. Ne soyons pas surpris de l'abondance des textes légués par les Assyro-chaldéens ; jamais peuple ne fut plus prodigue de son écriture. Les rois enregistraient leurs annales, non-seulement sur les murs de leurs palais , mais encore sur des stèles qu'ils élevaient au milieu des villes conquises et jusqu'aux frontières de leurs états. Ils écrivaient sur le bronze et le marbre, et quelquefois même sur des plaques d'or ou d'argent. Ils gravaient leurs noms sur des vases, des meubles, des bijoux, des cachets, cylindres ou cônes en pierre dure ornés de sujets tirés, soit des cérémonies religieuses, soit des récits légendaires. Néanmoins la matière qui servait le plus ordinairement à recevoir la pensée des souverains , des savants , des prêtres et du peuple tout entier, c'était la terre plastique, l'argile, si répandue dans toute la Mésopotamie. Elle prenait sous les doigts de l'ouvrier antique les formes les plus diverses, prismes, barils ou tablettes qui formaient de véritables Livres qu'on rangeait avec soin dans ces vastes

Bibliothèques ' dont nous avons signalé les débris au milieu des ruines du splendide palais d'Assur-bani-pal ^

Lorsque la lecture des longues inscriptions historiques fut assurée, on se trouva bientôt aux prises avec des textes nouveaux de toute nature, contrats d'intérêt privé, formules de prières, légendes mythologiques, formant un ensemble de documents relatifs à l'astronomie, à l'astrologie, aux mathématiques et à l'histoire naturelle. Grâce à une découverte inespérée qui devait étendre le champ des études, on remit également au jour des Syllabaires, des Grammaires et des Dictionnaires rédigés par les Assyriens eux-mêmes, à l'usage des peuples qui employaient le même système graphique et qui parlaient cependant des langues différentes.

L'écriture assyrienne n'était point d'ailleurs une écriture sacerdotale réservée à une

1 Voy. La Bibliothèque du Palais dt Ninive. Paris, i88o.

2 Outre les documents recueillis par Loftus et Rassam, les dernières fouilles de G. Smith ont mis au jour plus de 2,500 briques conservées aujourd'liui au Musée Britannique.

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classe privilégiée qui aurait eu seule l'avantage delà comprendre. C'était l'écriture commune, dont les rois se servaient pour écrire leurs annales, les prêtres leurs invocations et leurs prières, les savants leurs observations ; enfin c'était celle qu'employait le peuple pour rédiger les actes de la vie privée, et qu'il retrouvait sur les monuments de ses savants, de ses prêtres et de ses rois.

On se demande comment tant de connaissances nous ont été si rapidement révélées, mais l'étonnement cesse pour faire place à l'admiration, à mesure qu'on examine les travaux accomplis. C'est en procédant à leur analyse que nous verrons comment ces heureux résultats ont été obtenus.

Nous allons d'abord traverser une première période pendant laquelle les savants, avides d'arriver à deviner ces énigmes, vont les attaquer par tous les côtés à la fois. — Le déchiffrement ' des signes, — la détermina-

I Un barbarisme <\ve l'ustage a consacré.

tion du caractère de la langue d'après les formes grammaticales qu'elle présente, — enfin la signification des mots que le déchiffrement permit d'articuler, toutes ces connaissances sortiront d'un même travail dans lequel les notions confuses déjà recueillies, s'éclairant les unes par les autres, finiront par jeter une lumière éclatante sur les problèmes les plus obscurs.

Reportons-nous à l'année 1843, c'est-à-dire au moment de l'arrivée des lettres que Botta adressait à M. Mohl sur ses découvertes ' ; le monde savant ne soupçonnait pas encore l'importance des inscriptions qui étaient annoncées 2. On s'était déjà livré à l'étude de l'assyrien des trilingues; deux textes- en donnaient la traduction, mais on ne songeait pas à aller au-delà. Tout était donc

1 Les lettres de Botta ont été publiées dans le Journal Asiatitjue de mai 1843 ^ janvier 184J, et réunies plus tard en volume par les soins de M. Mohl.

2 A. DE LoNGPÉRiER, Nitiivc ct Khotsabod. Extrait dj la Revue Archéologique f Paris, 1844.

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à découvrir et à apprendre ; nous avons laissé entrevoir les difficultés de cette œuvre. Fallaitil encore attendre, tous les vingt ans, la détermination de la valeur d'une lettre pour arriver à reconstruire ce nouvel alphabet où les signes allaient se compter par centaines ?

On dut se résigner à commencer l'attaque.

Les têtes de colonnes paient toujours chèrement la victoire que leur témérité assure à ceux qui les suivent. — Ce n'est pas sans une émotion profonde que nous avons parcouru chez un libraire les manuscrits dans lesquels sont consignés les premiers essais de Lôwenstern, essais semblables à ceux de tous les savants qui, sans guides, s'occupèrent de ces études pénibles; aussi la science n'a-t-elle rien à en apprendre aujourd'hui.

Néanmoins les curieux qui voudraient les consulter, pourraient se convaincre des efforts déployés pour surmonter les premières difficultés, et de la conscience avec laquelle ces travaux ont été accomplis ' .

I Recueil de documents, de ttoUs, d'articles, de comptes -rendus, etc., relatifs au déchiffrement de l'écriture cunéiforme. — Supplément à

En 1845, le chevalier I. de Lôwenstern commença à soulever ces questions ' . On doit reconnaître qu'il y avait un certain courage à aborder ainsi une discussion sans précédents, lorsque le champ de Terreur était si vaste!

Dés que M. Mohl eut publié les lettres de Botta, qui annonçaient les découvertes de Khorsabad^, Lôwenstern se mit à l'œuvre.

Guidé par la comparaison de la transcription des noms propres, il entreprit d'abord de déterminer, la valeur de quelques signes dans le texte assyrien des inscriptions trilingues et d'en faire l'application au déchiffrement des inscriptions ninivites î.

On avait déjà reconnu, en effet, dans les inscriptions assyriennes des Achéménides la

la iv« partie du Catalogue des livres de MM. Maisonneuve et 0«, n« 6,922, Paris, 1863,

1 Lôwenstern (le chevalier Isidore de), né à Vienne (Autriche) en 1807, mort à Constantinople en 1856.

2 Lettres de M. Botta sur ses découvertes à Khorsahad, publiées par M. J. Mohl dans le Journal Asiatique (i8^)-i8/fs)> recueillies en x>olame. Paris, 1845 .

3 Essai de déchiffrement de l'écriture assyrienne pour seri'ir à l'explication du monument de Khorsabad. Paris, 18.4 5,

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présence du clou perpendiculaire pour indiquer les noms propres d'hommes, et quelques signes pour représenter les idées de fils, de roi, de dieu, de pays. Lôwenstern essaya ainsi de lire le nom que le fondateur du palais avait inscrit sur les marbres. — Une rectification de Botta a prouvé que le groupe qui avait servi de base à cette lecture était mal transcrit, et dès lors que ce savant s'était trompé. Ce premier travail contient toutefois de bonnes observations ; ainsi, dés le début, Lôwenstern affirma que la langue assyrienne devait être sémitique. Il a été moins heureux dans la détermination de la valeur des caractères, en les comparant à ceux de l'alphabet hébreu ou aux hiéroglyphes égyptiens. Il étudia, par exemple , la légende quadrilingue du vase dont le comte de Caylus a fait connaître les inscriptions, et qui contient un cartouche hiéroglyphique dans lequel on lit le nom de Xerxès. Lôwenstern vit dans un des signes assyriens le représentant du shin hébraïque qjie l'hiéroglyphe égyptien traduisait par un jardin, et le copte par un signe qui rappelait

à la fois la lettre hébraïque et Thiéroglyphe égyptien. Il chercha à établir un rapport de similitude avec récriture hébraïque, d'après la forme des caractères, et à dégager ainsi la valeur du signe assyrien.

Mùnter, par des observations analogues, avait essayé de reconstituer l'alphabet perse, et il avait eu le bonheur de déterminer la valeur de deux lettres dont on ne lui a point tenu compte. Les recherches de Lôwensterri ne le conduisirent à aucun résultat, parce qu'il n'y a pas de rapport graphique entre les signes assyriens et les lettres des autres alphabets.

Plus tard, en 1847, Lôwenstern pubha un second mémoire plus fructueux que le premier ' . Il comprit que si le point de départ du déchiffrement devait se trouver dans la transcription des noms propres perses des inscriptions trilingues dont le texte assyrien donnait la traduction, il ne fallait pas se préoccuper de la forme des signes pour en obtenir la valeur.

I Exposé des éléments cotisiilulifs du système Je la y écriture ih Persépolis. Paris-Leipzig, 1847.

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Il transcrivît donc les noms propres déjà reconnus dans le texte assyrien des inscriptions trilingues, et guidé par la nature sémitique de l'idiome exprimé à l'aide de ces caractères, il ne donna aux signes compris dans ces noms que la valeur des consonnes nécessaires à leur articulation.

Lôwenstern dépouilla les vingt noms qu'il avait alors à sa disposition ; il s'aperçut alors que les groupes qui les représentaient, et dont l'identité était incontestable dans les différentes inscriptions où ils étaient répétés plusieurs fois, offraient des variantes dans la forme des caractères. Il réunit ces variantes, et il estima que les signes qui s'échangeaient, sans altérer le nom qu'ils exprimaient, devaient toujours avoir le même son; il fut conduit ainsi à l'hypothèse des homophones.

Les homophones, signes bien connus des savants égyptologues , sont des caractères distincts qui n'ont aucun rapport entre eux.

Ils procèdent d'une origine hiéroglyphique différente, et cependant ils expriment la même articulation au choix du scribe. En

I}4 ^^^ LANÔtfES PERDUES

présence de ces permutations et du nombre considérable de signes qu'il paraissait important de ramener dans les limites de l'alphabet sémitique, Lôwenstern a conclu trop prématurément à l'identité de certaines particularités du système graphique des écritures cunéiformes et à leur analogie avec celles qu'on rencontre dans le système des hiéroglyphes phonétiques de l'ancienne Egypte.

Botta ne devait pas tarder à faire connaître, à son tour, le résultat de ses observations '. Il ne prétendait pas garder pour son étude personnelle les matériaux qu'il avait recueillis avec tant de soin. Les belles planches qui accompagnent la relation de ses fouilles donnèrent aussi les inscriptions; celles-ci sont comprises dans les tomes III et IV de cette magnifique publication 2. Si le luxe déployé

1 Mémoire sur l'écriture cunéiforme assyrietine. Paris, 1S48. Extrait du J'Hirnal Asiatique, 1847-1848.

2 Monument de Ninive. — Inscriptions découvertes et copiées par M. P.-E. Botta, Extrait du grand ouvrage publié par ordre du gouvernement sous le titre de Monument de Ninive. Paris,

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faisait honneur aux découvertes , ce luxe même en rendait l'acquisition difficile aux savants ; aussi, sous un format plus modeste, il fut publié une seconde édition des textes qui les rendit accessibles aux étudiants. Les inscriptions furent gravées d'après les copies de Botta, coUationnées sur les originaux ou sur les estampages des monuments qui ont disparu; elles présentent un ensemble de 183 pages in-folio de textes qui reproduisent 6 inscriptions principales, et qui se contrôlent par la comparaison des passages identiques avec leurs variantes.

Ce n'était pas sans fruit que Botta avait copié ces longues inscriptions, signe par signe. Il ambitionna de mettre de l'ordre dans ces signes si nombreux et si variés; il en compta six cent quarante-deux différents dans les inscriptions de Khorsabad, et il en dressa le catalogue en les classant suivant le nombre des éléments, clous ou crochets^ qui les composent. Quelques-uns ne difFcreiit que par des nuances faciles à apercevoir; aussi, afin d'en réduire le nombre, Botta supprima ceux qui

lui parurent ne présenter que des variétés graphiques évidentes. Toutefois ce catalogue renfermait encore plus de signes qu'il n'en fallait pour défrayer les alphabets les plus exigeants.

En comparant ces nombreuses inscriptions qu'il lisait si bien des yeux, mais qui résistaient à l'interprétation, Botta s'aperçut que souvent le même texte était répété plusieurs fois, et que ces répétitions offraient des différences faciles à constater ' . Les plus fréquentes portaient sur la composition des mots. On peut facilement se convaincre de la justesse de cette observation, en transcrivant sur une seule ligne les inscriptions qui commencent par les mêmes caractères, puis en plaçant les différents textes les uns sous les autres, de manière à faire correspondre les signes semblables dans une colonne perpendicu-

I Les inscriptions de Khorsabad présentent plusieurs textes différents. Certains sont répétés plusieurs fois ; ainsi celui des reitrs de Plaques l'est 20 fois, celui des Taureaux 8 fois, celui djs Pavés 5 fois; la longue inscription des Salles est donnée sous ses deux formes 4 ou 5 fois.

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laire. On voit alors parfaitement les variantes du texte. L'ensemble étant évidemment le même, Botta admit que les signes différents qui se remarquaient dans les groupes et qui devaient former les mêmes mots, étaient des signes de môme valeur, en un mot, des homophones, tels que Lôwenstern les avait signalés. Malgré cela, il en restreignit l'application dans des limites telles que le tableau des variantes qu'il a dressé peut être encore consulté pour se guider dans les premières investigations.

Le résultat le plus sérieux des travaux de Botta fut la démonstration de l'identité des écritures de Vân, de Khorsabad et de Persépolis. Il y arriva en appliquant, sur une plus grande échelle, le procédé qui avait conduit Grotefend à reconnaître l'identité des écritures de Persépolis et de Babylone.

Botta alla plus loin. Cette comparaison des textes lui donna également la certitude que les formes grammaticales étaient les mêmes à Khorsabad et à Persépolis. Ces formes grammaticales d'une langue encore inconnue

étaient bien caractérisées par des différences graphiques saisissables pour l'œil. On pouvait se convaincre de ce fait en comparant les flexions des groupes qui formaient des mots avant même qu'il fût possible de les articuler. D'un autre côté, si les langues de Khorsabad, de Persépolis et de Babylone étaient identiques, les mêmes désinences ne se retrouvaient plus dans certaines inscriptions de Vân, bien que celles-ci procédassent d'un même principe graphique, remarque importante qui fit comprendre que l'écriture cunéiforme avait servi à écrire plusieurs idiomes différents.

Les belles découvertes de Botta provoquèrent également l'attention des savants de l'Angleterre. Le Docteur Edward Hincks ', Recior de Killileagh, en Irlande, profondément versé dans l'étude des hiéroglyphes

I HiNCKS (le D' Edward), né à Cork en 1793, rector d'Ardtrea, 1819, puis de Killileagh, 1826; mort à la reclory de Killileagh le 3 décembre 1866, à l'âge de 73 ans. — Voyez pour la biographie du D' Hincks, W.-S. Vaux, Anvual Repart of ibe Transactions of ihe Royal Society of Literattire for 1867. — et VAihnœuftif 2« vol., 1866, p. 839.

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égyptiens et qui s'était déjà occupé des inscriptions médiques, s'adonna à la solution de ces intéressants problèmes. Il publiait dés Tannée 1847 un long travail sur les trois sortes d'écritures représentées dans les inscriptions persépolitaines ' , et il se préparait ainsi à produire ses recherches sur les inscriptions de Khorsabad^.

La même année (1847), F. de Saulcy ? faisait paraître sur les écritures cunéiformes plusieurs brochures 4 qui ne témpignent que de son empressement à arriver à un résultat, et nous ne les mentionnerions pas, si l'auteur luimême ne les avait trop sévèrement jugées ^

1 Ou iht ifjree kiinîs of Persepolitan wriiing. Dublin, 1847.

2 On the Khorsabad Inscripi lotis. Dublin, 1849.

j Saulcy (Louis-Félicien-Joseph Caignart de), Membre de l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), né à Lille en 1807, élève de l'École polytechnique tn 1826, sortit dans l'artillerie; en 1842, conservateur du Musée d'artillerie à Paris; sénateur en 1869; mort en 188 1.

4 Exposé des éléments constitutifs du système de la troisième éiiiture de Persépolis. Paris, 1847. — Lettre à M. A. de Lovgpèricr sur une inscription assyrienne. Paris, 4 décembre 1847.

5 Lettre à M. Prisse d'Avennes sur le déchiffrement des écritures cunéiforme^. Extrait de la Ri%>uc Orientale. 15 juin 1852.

Nous verrons bientôt, du reste, que seul il avait alors le droit de se critiquer.

A. de Longpérier ' ne pouvait classer les documents qui arrivaient dans nos Musées sans essayer de les comprendre ; il publia le résultat de ses recherches dans un grand nombre d'articles qui parurent en 1847 dans la Revue Archéologique 2. C'est lui qui, le premier, signala le groupe qui contenait l'équivalent du mot grand et répondait au perse Va^arka^ que Lôwenstern avait articulé Rabou, A. de Longpérier trouva la confirmation de cette lecture dans les inscriptions de Ninive, et, de plus, il lut le nom du roi Sargon^ qui figure dans la légende répétée sur plusieurs monuments de Khorsabad ?.

1 Longpérier (Henri-Adrien Prévost de), Membre de l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), né à Paris le 21 septembre 1816, mort à Passy le 14 janvier 1882.

2 Observations sur les sujets représentés dans quelques bas-reliefs assyriens. — Lettre à M. J. Lôvjenstern sur les inscriptions de l'Assyrie. Voy. Revue Archéologique ^ 1817.

3 C'est le Sargon mentionné dans la Bible, une fois seulement , il est vrai, par Isaie, xx, i. Voy. Revue Archéologique, 1847, p. $02, et Journal Asiatique, t. X, p. 532, 1847.

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Les essais de F. de Saulcy devaient bientôt porter leurs fruits. Il ne suffisait pas de chercher à deviner ces intéressantes inscriptions ; il fallait encore les lire. L'écriture et la langue des inscriptions de Khorsabad étaient les mêmes que celles de la troisième colonne des trilingues de Persépolis. Ces dernières donnaient un point de départ certain pour arriver à déterminer la valeur des caractères par la comparaison des noms propres perses reproduits dans le texte assyrien et à assurer la signification des mots par la comparaison du thème avec la traduction qu'on avait sous les yeux. F. de Saulcy était trop initié aux mystères des écritures chiffrées pour ne pas faire ici une heureuse appHcation des procédés qu'il connaissait si bien ' .

Il publia d'abord un mémoire autographié sur les inscriptions achéménides dans lequel il entreprit un heureux essai, non-seulement de transcription, mais encore d'interprétation et d'analyse des textes assyriens.

I Sur le déchij^rement des écritures inconnues. Mémoire lu dans la séance publique des cinq Académies, le jeudi 2; octobre 1849.

L'inscription qu'il prit pour sujet de ses études est celle de l'Elvend ', qui était alors connue par les copies de Schulz, de Texier et enfin par celles de Coste et Flandin. Après avoir comparé ces trois textes, il parvint facilement à s'assurer des erreurs de transcription qui auraient pu égarer ses recherches sur la forme de quelques caractères, et il réussit promptement à séparer le texte ass5Ti'en en petites phrases correspondant, mot pour mot, au texte perse. Le résultat d'une analyse aussi minutieuse fut la lecture et la traduction de la première inscription assyrienne publiée avec un commentaire à l'appui, pour justifier les valeurs attribuées à chaque signe et la signification donnée à chaque mot. Cette traduction est restée acquise; aucun travail ultérieur ne l'a infirmée dans son ensemble.

Les valeurs que F. de Saulcy accorde aux caractères assyriens sont alphabétiques. Le sémitisme de la langue dont il donne la pre-

I Recherches sur l'écriture cunéiforme du système assyrien, (Inscrip' fions des Achéménides.') Paris, 14 sept. 1849 (Autog.).

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miére démonstration semble lui imposer Pobligation de trouver dans l'écriture un système en rapport avec cet alphabet de vingt-deux lettres qui paraissait être l'apanage exclusif des Sémites. Toutefois, quand on lit le Mémoire de F. de Saulcy avec l'attention qu'il mérite, on comprend la difficulté que ce savant a dû éprouver pour attribuer aux signes qu'il transcrivait des valeurs purement littérales.

En parcourant les pages 6 et 7 de ce Mémoire, on sent que l'auteur est obsédé par l'inhérence des voyelles qui fixent le son des articulations consonnantes. Le syllabisme de l'écriture assyrienne est en germe dans sa pensée. Il cherche à le justifier par le démembrement des signes, comme si dans leur composition il pouvait se trouver des caractères formés à la manière de ceux de l'écriture éthiopienne, c'est-à-dire par un caractère constant exprimant la consonne et un appendice figurant la voyelle avec laquelle elle doit s'articuler.

Quelques signes se prêtaient malheureuse-

ment à cette décomposition ; une application générale des mêmes procédés n'arriva pas à justifier son hypothèse, et le syllabisme expira avant d'avoir été érigé en principe.

Quoi qu'il en soit, cette première traduction est restée avec une valeur réelle, bien que cette ébauche de transcription n'eût encore fait connaître que ce qu'on pourrait appeler le squelette des mots.

Ce Mémoire fut bientôt suivi d'un second ' , dans lequel F. de Saulcy aborda les autres inscriptions achéménides qu'il avait à sa disposition. Sa transcription marche toujours d'après les mêmes procédés, et sa traduction suit pas à pas le texte perse avec une exactitude pour ainsi dire mathématique; elle confirme de plus en plus l'opinion qu'il avait émise sur le sémitisme de la langue assyrienne. Ce qui le préoccupait surtout, c'était le caractère de l'idiome qui était caché sous cette écriture; aussi, pour se fortifier dans sa pensée, il en appela à l'opinion de M. Stern,

I Recherches sur l'écriture cunéiforme assyrienne. (^Inscriptions des Achemèniihs.') Paris, 27 nov. 1849 (Autog.)

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professeur de mathématiques à l'Université de Gôttingue, qui s'était également prononcé dans une lettre à E. Burnouf en faveur du sémitisme de la langue assyrienne ' .

Cependant les mêmes hésitations revenaient dans la pensée de F. de Saulcy au sujet de la valeur des signes ; leur transcription par une simple lettre ne le satisfaisait pas. Ces lettres assyriennes seraient-elles donc syllabiques?

disait-il. « Je suis bien tenté de le croire, » ajoutait-il, sans affirmer autrement sa pensée *.

Ces observations étaient profondément vraies. Il aurait suffi à F. de Saulcy de généraliser l'application de son idée pour avoir l'honneur de constater un des principes les plus importants de l'écriture assyrienne ; mais avant que ce principe fût définitivement reconnu, des difficultés bien autrement embarrassantes allaient se présenter. Les autres inscriptions assyriennes achéménides analysées par F. de

1 La lettre de Stern du 21 octobre 1849 a été publiée par F. de Saulcy dans son Mémoire du 27 novembre 1849, p. 14.

2 Recherches, eic,, 27 novembre 1849, pp. 6 et 60.

Saulcy donnèrent pour résultat la détermination de la valeur de cent vingt caractères assyriens. L'articulation consonnante est, en général, restée acquise à ces caractères , et la valeur de ceux qui furent reconnus plus tard comme des syllabes simples, c'est-à-dire exprimant une consonne et une voyelle, était déjà fixée.

Les savants qui ont étudié les textes d'après les premières découvertes de F. de Saulcy en ont largement profité, et les résultats ont prouvé l'excellence de la voie dans laquelle il était entré. C'est en suivant ses traces que tous les travaux ultérieurs ont été accomplis.

Les progrès furent rapides; en 1849, toutes les inscriptions trilingues alors connues étaient déjà traduites ! Pour avoir un nouveau sujet d'étude, on n'attendait plus que le texte de Bisitoun, dont Sir Henry Rawlinson annonçait toujours la publication. Ce texte, à cause des nombreux noms propres qu'il renferme, devait apporter de précieux renseignements; mais le mémoire du savant anglais se faisait

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désirer ; des difficultés de toute sorte en retardaient l'impression.

Si donc, en fait, Lôwenstern a, le premier, tenté ces difficiles recherches, en réalité, c'est F. de Saulcy qui a fixé le point de départ des découvertes qui allaient s'accomplir sur les textes assyriens. Bien qu'il n'ait donné aux signes qu'une valeur alphabétique, il s'est rarement trompé sur l'articulation principale renfermée dans le signe inconnu, et la lecture qui en résultait suffisait pour faire reconnaître la flexion des mots. Il en dégageait ainsi la racine sous la forme triîitère propre aux langues sémitiques, et c'est ainsi qu'il put indiquer, à l'aide des flexions, les désinences qui caractérisent le genre et le nombre des adjectifs et des substantifs, les pronoms et quelques formes verbales. Ces faits bien constatés lui permirent d'afiirmer de nouveau que l'étude du texte assyrien des inscriptions trilingues devait être entreprise à l'aide des idiomes sémitiques et notamment du Chaldéen ' . Il arrivait sur ce

l Recherches, tic., 27 novembre 1849, p. 60.

point à des conclusions qui n'ont jamais été démenties. Aussi, dans la séance publique annuelle de l'Institut, le jeudi 25 octobre 1849, de Saulcy, en exposant les procédés de déchiffrement des écritures inconnues, pouvait prédire que les textes assyriens de Ninive et de Babylone seraient bientôt lus et compris.

Voilà des faits qu'on ne saurait méconnaître et dont il faut fixer la date. N'oublions pas que nous sommes en 1849, et que tout alors était incertain, tout était à découvrir. C'est dans les ouvrages de F. de Saulcy que ses successeurs ont trouvé, avec une méthode rigoureuse et sûre, les premières valeurs de l'écriture assyrienne ; c'est là qu'ils ont puisé les premières notions du caractère de la langue sur lequel il fallait d'abord être fixé pour continuer l'interprétation en toute sécurité.

F. de Saulcy prodigua ses Mémoires avec une générosité dont on ne lui a pas toujours tenu compte. Il est constant qu'ils furent envoyés lors de leur publication à deux savants,

l'interprétation 1 49

au Professeur Luzzato à Padoue, par les soins de M. Munk, et en Perse, à Sir H. Rawlinson, par l'entremise de M. Mohl'. Luzzato a peu profité de cette communication.

Comme il cherchait à interpréter l'assyrien à l'aide du sanscrit *, ses travaux n'ont eu d'autre résultat que d"'indiquer la stérilité de cette voie.

Sir H. Rawlinson, toujours en Perse, avait le privilège d'être plus prés des documents, mais il avait le désavantage d'être loin du mouvement qui s'accomplissait en Europe.

Nous savons par lui-même ce qu'il dut aux recherches de Burnouf sur le texte perse î. Que dut-il à celles de F. de Saulcy sur le texte assyrien? C'est ce qu'il est impossible d'appré-

I Lettre de M. de Saulcy à M. Prisse d'Avennes, 15 Juin 1852.

•2 Luzzato (Philoxène), Le sanscritisme de la langue assyrienne, étude préliminaire au déchiffrement des inscriptions assyriennes, Padoue, 1849,111-12. — Etudes assyriennes de Persépolis, Hamadan^ Van et Khorsabad. Padoue, 1850, in-8.

3 The persian cuneijorm Inscription at Behistun; preliminary remarkSf p. 8. — Dans le Journal of R. A. S., vol. X, part I, 1846-47.

cier, car il ne nous a pas mis au courant de ses études préliminaires.

L'année 1850 vit paraître des travaux importants. F. de Saulcy préparait la traduction des 93 lignes de l'inscription gravée sur les taureaux de Khorsabad, et, quelque temps après, Sir H. Rawlinson en donnait un aperçu dans YAthenaum anglais ' ; il livrait en outre la traduction de la longue inscription qui couvre le monument connu sous le nom di" Obélisque de Salmanasar et qui renferme le récit des trente et une campagnes de ce roi avec une liste des tributs apportés par les soldats des pays vaincus ^.

Une critique rigoureuse n'était sans doute possible que si Sir H. Rawlinson eût présenté le texte avec une traduction interlinéaire, mais sa traduction telle quelle indique suffisamment par elle-même les travaux préparatoires qui

1 Athenaum , Ao{i\. iSji.

2 On the inscriptions of Assyria and Bahylonia. Dans le Journal oj R. A. S., vol. XII, p. 432. 1850.

l'interprétation 151

l'ont précédée et dont l'auteur peut, à juste titre, revendiquer l'indépendance. L'ensemble de cette traduction n'a soulevé par la suite que des critiques de détail qui n'en ont pas altéré le sens général.

Ce mémoire, lu à la Société Asiatique de Londres, les 19 janvier et 16 février 1850, est le premier travail d'analyse qui fournit des données précises sur les inscriptions de l'Assyrie et de la Chaldée. Il confirme l'identité des écritures des textes de l'Assyrie, de la Babylonie, de l'Arménie et de la Susiane ; il constate les efforts que chacun faisait pour arriver à constituer un alphabet à l'aide de ces caractères et à traduire les textes. Le Mémoire de Sir H. Rawlinson répondait à deux ordres d'idées : — les unes relatives au déchiffrement, les autres à l'interprétation. — Pour le déchiffrement, l'auteur signale des signes dont le rôle idéographique lui semble fixé et qui forment des points de repère ; puis il dresse une liste de signes qui lui paraissent renfermer des valeurs syllabiques; il ne va pas plus loin. — Quant à l'interprétation, il conclut que la

langue qui résulte de l'application de ces valeurs est semblable à celle de l'assyrien des inscriptions trilingues, c'est-à-dire qu'elle est sémitique. Il s'attache à établir les formes grammaticales qu'elle présente et pose ainsi les bases de la grammaire assyrienne qui devait répondre aux exigences de celle des langues de la même famille. Constatons quelques faits qui peuvent servir à préciser ces découvertes.

Sir H. Rawlinson indique un signe dans lequel il croit voir V article '; il signale des désinences qui expriment le féminin dans les adjectifs et dans les substantifs; il formule les régies de la formation des mots dérivés; il reconnaît le rôle de quelques pronoms et tente un essai de classification des formes verbales. Ces découvertes fondamentales ont été confirmées par la suite.

En 1851, Sir H. Rawlinson pouvait enfin faire paraître le texte si longtemps attendu de l'inscription de Bisitoun 2. Cet important do-

1 C'est le seul point que les recherches ultérieures n'ont pas confirnié.

2 Mentoir on the Babylonian and Assyrian Inscriptions. — Dans

l'interprétation 153

cument mérite d'être examiné d'une manière toute particulière.

La version assyrienne de l'inscription de Bisitoun est la traduction littérale du texte perse ; elle offre un développement de plus de 112 lignes et reproduit 79 noms propres.

Il y avait là un vaste champ d'exploration.

Sir H. Rawlinson présente d'abord le texte assyrien avec une transcription et une traduction latine interlinéaires ; vient ensuite une liste de 246 caractères avec les différentes valeurs qu'ail leur attribue en indiquant leur valeur phonétique, — leur valeur idéographique, — et enfin, dans une troisième colonne, la valeur phonétique résultant de ce qu'il appelle leur idéographie power. Nous n'avons pas besoin d'insister sur les procédés élémentaires qui ont conduit Sir H. Rawlinson à ce résultat.

Les recherches auxquelles le savant anglais se livrait sur le Syllabaire assyrien amenèrent

le Journal of the Royal Asiaiic Society, vol. XIV, part I. Analysîs of the Babylonian Text at Behistun.

la découverte d'un fait qui eut alors un grand retentissement dans le monde de la science.

L'écriture assyrienne, déjà si bizarre par ellemême, ménageait encore aux philologues les surprises les plus inattendues. On se trouvait, en effet, en présence d'une langue sémitique, et cette langue s'écrivait avec des signes qui se lisaient de gauche à droite ! Ces signes étaient syllabiques, c'est-à-dire que chaque signe renfermait une voyelle. Sir H. Rawlinson annonça qu'ils étaient polyphones et pouvaient avoir ainsi plusieurs valeurs différentes, le même signe répondant, par exemple, aux valeurs de Rib, Kal, Dan, etc. Ce fait, dont on contesta immédiatement l'existence, frappa de suspicion les traductions les plus laborieusement acquises ' .

Malgré ces difficultés, Sir H. Rawlinson arrivait à donner la traduction et l'analyse du document de Bisitoun. Disons d'abord que la traduction était complète ; quant à l'analyse, elle ne comprend malheureusement que la

j Voyez DE Saulcy, Lettre à M. Prisse d'Avenues, p. 6.

l'interprétation 155

première colonne, mais elle nous révèle la grande perspicacité du savant anglais. Sir H . Rawlinson s'attacha d'abord à justifier, non seulement la transcription de chaque mot, mais encore sa forme grammaticale. Il arriva de la sorte à la confirmation la plus complète des faits qu'il avait énoncés dans son précédent mémoire et que nous résumons ainsi :

— le genre et le nombre des substantifs sont rigoureusement déterminés; — les flexions des noms dérivés sont mises en évidence pour établir la formation des mots ; — les pronoms affixes et suffixes sont indiqués avec leur rôle de la manière la plus précise ; — enfin les formes verbales sont soigneusement relevées avec les désinences qui caractérisent le nombre, les personnes, les temps et les voix. Il en résultait des conditions nettement déterminées dont on ne pouvait plus s'écarter pour reconstituer la grammaire assyrienne. Le Mémoire devait présenter la justification de la valeur des signes ; malheureusement il ne comprend que la discussion des deux premiers caractères de cette liste que Sir H. Rawlinson nommait

l'yS LES LANGUES PERDUES

encore V Alphabet, tout en attribuant aux signes des valeurs syllabiques.

Il était sans doute regrettable que le Mémoire fût aussi succinct. Ceux qui auraient voulu se livrer alors à ces études auraient trouvé dans un exposé plus complet de grandes ressources; mais la valeur du travail personnel ne saurait en être diminuée. Cette lacune n'a plus désormais qu'une importance historique qu'il suffit de constater. Le mémoire de Sir H. Rawlinson reste comme une œuvre magistrale qu'on peut encore consulter aujourd'hui. Cependant plus de deux années s'écoulèrent sans qu'il attirât l'attention des orientalistes français ; ce ne fut qu'en 1854 que F. de Saulcy en reprit l'analyse et en fit valoir la haute portée ' .

Nous ferons remarquer que, dans l'ordre des travaux du savant anglais, ses études sur le texte de Bisitoun ont nécessairement précédé celles qu'il avait entreprises sur TObé-

I Traduction de l'Inscription assyrienne de Behisloun, suivie d'un Alphabet et d'un Lexique, 12 juin 1855. Extrait du Journal Asiatique de 1854.

l'interprétation 157

lisque de Salmanasar, car ce sont précisément les renseignements puisés dans le texte assyrien de Bisitoun qui lui permirent d'aborder la traduction d'un document unilingue. Ses observations sur la valeur des signes et les formes grammaticales n'en étaient que plus rigoureuses, puisqu'elles étaient corroborées par les exigences du texte perse qui appelait forcément des formes parallèles à celles dont on possédait alors l'indication. Il n'est donc pas surprenant de voir l'auteur devenir plus affirmatif dans ses constatations et plus ferme dans sa théorie sur le caractère sémitique de la langue assyrienne.

Tandis que Sir H. Rawlinson envo3"ait de Bagdad le résultat de ses travaux, le D"" Hincks continuait avec persévérance ses consciencieuses études sur les inscriptions assyriennes. Il reconnaissait le nom de Nahuchodonosor dans les inscriptions des briques de Babylone, et indiquait le groupe qui contenait le nom de Sennachèrih dans sa forme idéographique sur le prisme de Taylor, avant d'en avoir trouvé

^articulation phonétique ' . Le nom d'Ezéchias écrit dans sa forme phonétique (E-ie-khi-a-u) , l'avait conduit à cette découverte. L'adversaire du roi de Jérusalem (Ur-sa-îi-im-mu) , le prince assyrien qui venait assiéger la capitale de la Judée à cette époque, ne pouvait être, en effet, que le Sennachérib de la Bible !

Cette découverte fit comprendre que la forme si compliquée des noms assyriens dépendait de la nature idéographique des éléments dont ils se composent. D'un autre côté, le prisme de Taylor renfermait un grand nombre de noms propres bibliques écrits phonétiquement; leur lecture confirma les valeurs acquises et compléta le déchiffrement des signes dont le texte perse n'avait pas donné l'articulation. Les travaux du D"" Hincks remplirent les Mémoires de l'Académie de Dublin, le Journal de Littérature sacrée de Burgess et le Journal de la Société Asiatique de Londres.

Pendant l'année 1852, le D"" Hincks dres-

I The Natne of Sennachérib and Nabuchadnex^ar identijiid. Dan s les Tratts. of ihe Royal Irish Academy, Dublin, 1850.

l'interprétation 159

sait une liste de 252 caractères avec la discussion de leur valeur'. En 1853, il lisait le nom des mois du Calendrier assyrien sur une tablette du Musée Britannique % et enfin, en 1854, il commençait par l'examen des Pronoms personnels cette série de travaux qui devaient aboutir à la reconstruction définitive de la Grammaire assyrienne ^

Le Mémoire du D"" Hincks sur les caractères phonétiques assyro -babyloniens présente, ainsi que nous venons de le dire, un ensemble de 252 caractères. Leur valeur est discutée, non plus seulement à l'aide du déchiffrement résultant de la transcription des noms propres, mais à l'aide de la flexion des racines dont l'auteur suit les différentes formes dans des passages identiques ou parallèles. Ainsi, par exemple, il prend la racine Z, N, N, dont il trouve

1 On the assyro-babylonian pixnielic characlers, from the Transactions ofihe Royal Irisb Academy, vol. XXII, Polite Literature, 185 2.

2 Monogramms for assyrian monlhs, naines cf cardinal points (lithograph.). Dublin, 1853.

3 On the Personal pronouns of the assyrian and other languages especially hebrew, from the Transactions, etc., vol. XXII, Polite Litcrature, 1854.

l60 LES LANGUES PERDUES

plusieurs dérivés tels que Zanin, ZaninUy Zanina, Einun, ATjiin, etc., qui lui donnent la justification des valeurs que chaque caractère comporte d'après les flexions que cette racine est susceptible de recevoir. Le résultat le plus important ftit d'arriver à reconnaître définitivement que les signes étaient syllahiques oX. à' ënger ce fait en principe. Le D*" Hincks constata l'existence de signes doués de valeurs différentes, — les uns servant à exprimer les voyelles isolées, a, i, u ; — les autres, des syllabes simples formées par une consonne et une voyelle, telles que ba, ra, na, ou par une voyelle et une consonne, telles que ab, ar, an; d'autres enfin représentant des syllabes complexes, formées par une voyelle entre deux consonnes, telles que bar, ban, rab, etc. Il détermina ainsi la nature de la voyelle inhérente à chaque articulation simple composée d'une voyelle et d'une consonne. Il reconnut la loi de l'orthographe assyrienne qui n'admet dans l'expression des syllabes complexes que les syllabes simples renfermant une voyelle commune, par exemple, ma et ar, et

l'interprétation 1 6 1

pouvant s'exprimer également par un signe unique mar, dans lequel les deux voyelles se confondent.

Le D"" Hincks, conduit à la détermination de la valeur des syllabes complexes par la rigueur du principe que nous venons d'exposer, établit également le fait de la Polyphonie signalé déjà par Sir H. Rawlinson.

Malgré les défiances que cette affirmation pouvait faire naître, le D"" Hinks n'en continua pas moins ses travaux et publia ses découvertes dans des mémoires intéressants qui tinrent en éveil l'attention publique.

Les bases du déchiffrement étant acquises, les efforts des savants eurent pour but de déterminer la signification des termes qui devaient constituer le vocabulaire. Dés lors on chercha, pour interpréter les mots, à dégager la racine trilitère que voilait l'écriture assyrienne et à traduire l'assyrien à l'aide du Dictionnaire des langues sémitiques. Castel et Gésénius devinrent les instruments indispensables des interprètes, et des progrés incontestables se firent longtemps avec leur secours.

l62 LES LANGUES PERDUES

Cependant le nombre des adeptes de TAssyriologie allait toujours croissant. Le D*" Fox Talbot ' abordait à son tour l'étude des inscriptions assyriennes. Les grandes découvertes de Layard avaient profondément frappé cet esprit pénétrant et compréhensif. Nous allons voir bientôt l'initiative qu'il prit hardiment et qui fit faire un pas immense à des études cultivées jusqu'alors comme une science naissante, qui osait à peine se produire au grand jour et qui avait besoin, pour conquérir les suffrages, d'une sanction éclatante.

I Tai.bot (W. Henry Fox), né à Melbury (Dorsetshire), le II février i8oo, fils unique de "William Davenport-Talbot et de Lady Elisabeth Theresa Fox-Sti^ngways. Il fit ses études au collège de Harrow et les compléta par de longs et intéressants voyages. Il se livra avec passion aux mathématiques, à la chimie et à la physique. Ses œuvres spéciales sur ces diverses matières n*ont pas besoin d'être enregistrées ici. De 1823 à 1866, il les poursuivit avec un zèle infatigable, et se fit connaître par la découverte des procédés les plus importants de la photographie. — Très versé dans toutes les branches de l'érudition, les découvertes de Botta et de Layard excitèrent son enthousiasme, et il s'adonna aux études assyriennes. — Voy. au surplus l'article de R. CuLL., Biographical notice of ihe la te William Henry Fox Talbot. F. R. S. dans les Trans. of the Soc. of bibl. Archoeolt^y, vol. VI, part II, pp. )43-)56.

l'interprétation 1 6 3

L'expédition française en Mésopotamie était de retour; M. Oppert allait prendre une part active aux études assyriennes. Pendant son séjour à Bagdad, le chef de l'expédition, Fulgence Fresnel, l'avait engagé à s'adonner au côté philologique de la mission, et Sir H. Rawlinson, alors consul général d'Angleterre à Bagdad, l'avait fortement poussé dans cette voie. Arrivé en Europe, il ne pouvait se dispenser de visiter les richesses du Musée Britannique. Il obtint une mission du Ministère pour aller à Londres, et, dans le rapport succinct qu'il adressa au Ministre en 1856, il résuma les résultats que les lectures déjà acquises permettaient d'appliquer à l'histoire assyrienne. Il publia en même temps la traduction de quelques textes sur lesquels on pouvait sûrement s'appuyer ' .

Sir H. Rawlinson avait envoyé de Bagdad, en novembre 1854, à la Société Asiatique de

I Rapport à son Excellence M. le Ministre de l'Instruction publique et des Cultes, parM. J. Oppert, chargé d'une mission scientifique en Angleterre, mai 1856.

164 LES LANGUES PERDITES

Londres son Mémoire sur le Birs-Nimroud avec la traduction du cylindre de Nabucodonosor, qu'il avait découvert dans les ruines; revenu en Angleterre, il exposa le résultat de ses fouilles au Birs-Nimroud devant l'Association Britannique de Glasgow, dans une réunion à laquelle M. Oppert assistait (12 juin 185 5). Il lut dans cette séance la traduction du Cylindre de Borsippa ', et la publia dans différents journaux ; elle fut insérée dans le livre de Loftus, et plus tard dans l'Appendice du 2^ volume de VHerodotus de G. Rawlinson.

En 1854, les études assyriennes étaient donc représentées en Angleterre par Sir H. Raw-.

Hnson, le D"" Hincks et Fox Talbot; — en France, par F. de Saulcy, A. de Longpérier et M. Oppert ; elles commençaient à préoccuper l'attention publique. On savait que de nombreuses inscriptions étaient sorties des fouilles et que des traductions se produisaient çàet'là, de sorte qu'on se demandait avec une curiosité défiante quelle pouvait en être la

I On the Birs-Nimroud or the great Temple of Borsippa. Dans le Joun al of the R, A. S., vol XVII, p. 27.

l'interprétation 165

valeur ? Ce fut alors qu'en mars 1 857 la Société Asiatique de Londres reçut un pli cacheté de la part de Fox Talbot contenant une traduction de la longue inscription du prisme de Tuklat-pal-Asar, découvert dans les ruines de Kala'at-Schergat, et dont le texte encore à rétat d* épreuves dXhxt bientôt être publié par les soins des Trustées du Musée Britannique. Fox Talbot accompagnait son envoi d'un appel aux autres savants et conviait la Société Asiatique à les réunir dans une sorte de concours pour fournir des traductions indépendantes du même texte. Le succès de ce concours devait prouver la solidité des principes de lecture et d'interprétation par la communauté du résultat auquel on arriverait. Les problèmes que soulevait la lecture des textes assyriens ne pouvaient s'agiter que dans une sphère assez restreinte, mais leur solution intéressait le grand public. En dehors du cercle des initiés , on disait que les épigraphistes qui avaient le privilège de lire la langue des Assyriens, avaient créé une langue factice et qu'ils ne s'entendraient plus dés qu'ils se trouveraient en présence !

l66 LES LANGUES PERDUES

Le phénomène de la Polyphonie venait particulièrement à l'appui de cette opinion.

Si les signes assyriens, disait-on, avaient des valeurs multiples, comment, dans un travail ayant pour base un texte encore incompris, les assyriologues pourraient-ils, à l'insu les uns des autres, attribuer à ces signes les mêmes valeurs et former ainsi des mots pour répondre aux mêmes racines et traduire les mêmes idées? S'ils se rencontraient, il faudrait bien que quelque préférence commune leur suggérât des lectures identiques, et que cette préférence fût l'application d'un principe dont on serait fondé à chercher la loi ?

Sous l'empire de ces préoccupations, la Société Royale Asiatique de Londres accepta l'expérience proposée par Fox Talbot ; le résultat, quel qu'il fût, ne pouvait manquer de frapper les esprits.

Le Conseil de la Société, sur l'initiative de Sir H. Rawlinson, se mit donc en mesure de satisfaire au désir de Fox Talbot. Sir H.

Rawlinson promit de fournir une traduction ; le D^ Hincks et M. Oppert, qui se trouvait

L*INTERPRÉTATrON 1 67

alors à Londres, acceptèrent, également cette proposition. Un mots après, tous les concurrents avaient terminé leur travail. On nomma une Commission pour examiner les quatre traductions '.

Le 9 mai, les paquets furent ouverts, les points de ressemblance et de dissemblance notés avec soin ; on constata les lacunes des traductions. La Commission put se convaincre que T épreuve était décisive ; pour que tout le monde fût à même de savoir à quoi s'en tenir, la Société Asiatique fit imprimer sur quatre colonnes les quatre traductions. On saisissait ainsi du même coup-d'œil les points sur lesquels les traducteurs se trouvaient d'accord ou ceux sur lesquels ils s'écartaient plus ou moins les uns des autres ^.

Cette longue inscription fait connaître l'his-

1 La Commission était ainsi compisée : The Very Rev. Milman the Dean of St. Paul's, président, Dr. Wewell, Sir Gardner Wilkinson, Mr. Grote, the Rev. W. Cureton, and Professer H.-H. Wilson.

2 Inscription of Tiglat-Pileser I, kirtg of Assyria. B. C, Ï150. As iranslated hy Sir H. Rawlinsoti, Fox Talbot, esq.yD' Hincks and Z)' Oppert; puhlished hy the Royal Asiatic Society. London, 1857.

léS LES LANGUES PERDUES

toire des premières années du régne d'un roi d* Assyrie, Tuklat-pal-Asar I^*", qui vivait vers Tan II 50 avant J.-C; elle traite différents sujets, en passant brusquement de l'un à l'autre, et renferme un grand nombre de noms propres qui apparaissaient pour la première fois. Beaucoup de passages avaient été rendus absolument de la même manière par les quatre traducteurs et d'autres ne différaient que par un mot, une nuance, une simple expression.

Après une pareille épreuve, il était évident que les principes étaient acquis ; il ne s'agissait plus que de les formuler. Nous sommes loin du temps où il fallait attendre le déchiffrement de deux lettres de l'alphabet perse pendant près de dix années, alors que Rask, en signalant les représentants de l'M et l'N, faisait époque dans la science ! Les progrès avaient été rapides; la marche avait-elle été aussi sûre ? Nous pourrions invoquer à l'appui d'une réponse affirmative des considérations semblables à celles qui entraînèrent la conviction, lorsqu'on s'est demandé si le texte perse était

L*INTERPRÈTATION 1 6^

enfin lu et déchiffré? En effet, les valeurs assignées aux caractères assyriens livraient, comme celles qui avaient été reconnues aux caractères perses, les noms des princes achéménides et des provinces de leur empire ; or les signes qui permettaient de déchiffrer ces noms servaient aussi à faire connaître les croyances, les volontés et les exploits de ces souverains. D'une autre part, on retrouvait les mêmes caractères sur les monuments unilingues de la Chaldée; les valeurs qu'on leur avait attribuées aidaient à lire les noms de Babylone et de Nabucodonosor, dont les textes trilingues n'avaient fourni que la forme idéographique ' . C'étaient encore les mêmes caractères qui donnaient, avec le nom de Ninive, la relation des principaux événements de l'empire d'Assyrie. Au nombre des rois vainqueurs ou vaincus, des villes ou des provinces dont on se disputait la conquête, on distinguait les noms d'Éiéchias, de Jéhu et à*Ha%aël, ainsi que ceux de Damas, de Tyr, de Sidon et de Jérusalem.

i Voy. Inscription de Bisiloun^ I. 37, Sj, 91, II, 3, 8.

lyô LES LANGUES PERDUES

Désormais on aurait dû considérer le problème comme résolu. Toutes les difficultés qui avaient arrêté la marche des progrés et dont on avait successivement triomphé, ne permettaient pas encore d'établir des principes dont l'application eût été indiscutable ; mais les bases étaient posées, et il ne s'agissait plus que de persévérer avec confiance dans la voie si péniblement ouverte. Chacun continua de travailler d'une manière indépendante sur des textes diflférents, sans livrer au public les procédés dont il se servait. Ces procédés n'étaient pourtant pas mystérieux ; ils résultaient de cet ensemble de découvertes communes dont nul ne pouvait, par le fait, réclamer la priorité.

vu

L'épreuve qui avait eu lieu devant la Société Asiatique de Londres, marquait par son succès le point de départ des nouveaux progrès qui s'accomplissaient en Angleterre. Les mêmes défiances qui avaient accueilli les premiers essais de Hincks et de Rawlinson s'élevaient en France contre les lectures assyriennes, et excitaient quelquefois l'ironie de nos collaborateurs d'Outre-Manche.

Quelle était donc la nature des preuves qu'il fallait apporter? Il était bien évident que les études pouvaient se poursuivre avec sécurité. La traduction du texte de Tuklatpal-Asar indiquait nécessairement que les valeurs attribuées aux signes du Syllabaire n'étaient pas arbitraires, et que la lecture qui en résultait répondait à une langue qui avait

ly^ LES LANGUES PERDUES

son Vocabulaire et sa Grammaire, Nous allons essayer de mettre en lumière les travaux accomplis dans ces trois branches.

§ I. — Le Syllabaire

La première publication qui doit figurer ici, précisément par sa date, appartient â M. Oppert, déjà connu par le Rapport qu'il avait adressé au Ministre sur sa mission au Musée Britannique et par la participation qu^il avait prise au Concours ouvert devant la Société Asiatique de Londres. Il donna dans le Journal de la Société Asiatique de France^ en 1857, sous le titre à^ Études assyriennes ', le texte, la traduction et une analyse philologique de l'inscription du monument découvert par Sir H. Rawlinson dans les ruines du Birs-Nimroud, et dont nous avons parlé.

Ce qui distingue la traduction de M. Oppert

I Etudes assyriennes. — Inscription de Borsippa, relative d la Restauration de la Tour des Langues par Nabucodonosorf roi de Babylone. Extrait du Journal Asiatique. Paris, 1857.

de celle de Sir H. Rawlinson, ce n'est pas assurément quelques divergences dans l'interprétation . Ces divergences n'ont pas été du reste justifiées par la suite ; mais c'est le soin avec lequel l'auteur s'est efforcé d'identifier les signes du texte avec les formes plus compliquées de l'écriture monumentale de la grande inscription de Nabucodonosor. Le D"" Hincks avait déjà constaté cette identité à l'aide du ft^agment d'un prisme publié par Ker-Porter et avait ainsi démontré l'existence de deux formes parallèles dans l'écriture de Babylone.

L'année suivante paraissait le second volume de la relation de V Expédition en Mésopotamie K Le premier volume, par suite de convenances personnelles, ne devait voir le jour que plus tard. Quoi qu'il en soit, ce volume présentait un résumé très complet du résultat auquel les études assyriennes étaient arrivées à cette époque.

M. Oppert admettait, comme ses prédéces-

I Ex^ièàilion scientifique en Mésopotamie , exécutée par ordre du Gouvernetnent, de 185 1 à 1854. Paris, t. II, 1859.

seurs, la valeur idéographique et syllabique des signes de l'écriture assyrienne et s'attachait à justifier la réalité du phénomène de la Polyphonie et à en expliquer la cause. Il cherchait à restreindre les difficultés qui en résultent par la nécessité de donner aux mots une articulation en rapport avec le caractère sémitique de l'idiome. Il dressait ensuite, comme le D"" Hincks et Sir H. Rawlinson, une liste des caractères avec leurs valeurs syllabiques et idéographiques, et ajoutait enfin aux valeurs acquises des valeurs nouvelles ', déterminées à l'aide d'un procédé qu'il nomme le déchiffrement par nécessité philologique. Ce procédé, déjà indiqué par le D"* Hincks 2, donne, dans certaines limites , d'heureux résultats ; il consiste à s'appuyer sur le caractère sémitique de la langue assyrienne, de telle sorte que si l'on rencontre dans un groupe un signe avec une valeur inconnue, on parvient à la dégager

1 Les listes dressées par Sir H. Rawlinson (iBji) contenaient les valeurs de 246 caractères ; — celles du D' Hincks (i8)2), 252 ; — celles de M. Oppert (1863), 243. E. M., t. II, pp. 107 et suiv.

2 Supra, p. 159,

par suite des exigences grammaticales que ce groupe peut subir.

M. Oppert étudiait particulièrement l'origine de récriture 'cunéiforme, et il établissait que tous les signes de cette bizarre écriture procèdent d'un hiéroglyphe. Le signe primitif était une image de l'objet qu'on voulait désigner; peu à peu, cette image s'était altérée. Le style, en la traçant avec précipitation, l'avait formée d'abord avec des lignes droites, puis l'instrument, en attaquant l'argile, avait laissé à l'origine du trait un apex qui a ainsi caractérisé l'écriture. Les signes compliqués qui en résultaient se simplifièrent suivant les temps et les lieux, de sorte que les monuments nous présentent aujourd'hui toutes les variétés désignées sous les noms de hiératiques, archaïques et cursiues, La liste comprend les deux variétés de l'écriture cursive de Babylone et de Ninive, et dans un chapitre particulier, suivant les indications de F. de Saulcy {supra, p. 33), M. Oppert rattachait l'écriture de la 2*-' colonne de Persépolis à cet ensemble des écritures cunéiformes qui comprend également le

système graphique des inscriptions de Van et de Suse.

Ce second volume contient, en outre, la traduction d'un certain nombre d'inscriptions avec des commentaires à l'appui ; d'abord, des inscriptions trilingues déjà traduites et commentées par F. de Saulcy, et ensuite certaines inscriptions unilingues inédites provenant des textes de Babylone et de Ninive.

Le livre de M. Oppert devait particulièrement attirer Tattention, surtout en France, où les savants étaient moins initiés que ceux d'Angleterre à ces études nouvelles ; il fut reçu avec toutes les défiances qui avaient accueilli les premiers travaux du D"^ Hincks et de Sir H. Rawlinson.

On hésitait donc en France à accepter l'interprétation de ces textes qui apportaient tant de documents nouveaux à l'histoire ! Fallaitil désespérer de retrouver la langue à jamais perdue de Ninive et de Babylone ? Tel était le problème ! — Le travail de M. Oppert, si consciencieux qu'il pût être, disparaissait devant l'incrédulité qu'on professait au sujet des résul-

tats déjà obtenus. L'expérience tentée devant la Société Asiatique de Londres était oubliée. Il s'agissait de soumettre de nouveau à une critique rigoureuse l'analyse même des textes dont on présentait des traductions attaquées dans leur base. Il fallait revenir aux travaux élémentaires et prouver avant tout la réalité de la valeur des signes.

Les assyriologues d'Angleterre, oublieux des défiances dont ils avaient été eux-mêmes l'objet, jugeaient alors sévèrement le scepticisme dont nous étions victimes, et ne comprenaient pas qu'on pût douter des lectures ' .

Je passe sous silence les vaines attaques de ceux qui abordèrent la question sans préparation aucune, et dont les objections ne révélèrent que la parfaite ignorance de leur auteur. Cependant on entrevoyait dans les travaux qui se produisaient alors un ensemble de procédés qui rendaient les savants solidaires de leurs traductions. Cet état de choses provoquait une critique devant laquelle les personnalités

I Voy. AthenautHy 23 mai 1857, ?• ^^l'

disparaissaient pour s'attaquer directement à V École que Fétude des inscriptions assyriennes avait fait naître. M. Renan était naturellement désigné par son travail sur les langues sémitiques pour se prononcer et dire s'il fallait déjà comprendre l'assyrien dans cette famille si étroite et si bien définie des langues dont quelques peuples, désignés sous le nom des fils de Sem, avaient perpétué l'usage.

Les critiques de M. Renan se sont produites dans une série d'articles insérés dans le Journal des savants. Elles posèrent les conditions que le déchiffrement et la lecture des textes devaient remplir pour sortir du cercle étroit dans lequel ces études étaient renfermées et se faire accepter d'un public plus étendu ' . On ne saurait nier que la démonstration des principes de la lecture n'en devint par la suite plus claire et plus rigoureuse ; elle finit môme par conquérir les suflfrages de l'éminent philologue qui avait formulé les critiques.

I Journal des Savants^ 1859, — naars, p. 165, — avril, p. 251, — juin, p. 360,

En France, tout était à reprendre. — Il faut bien le reconnaître : de Saulcy, de Longpérier, dont les débuts avaient été si heureux, s'étaient arrêtés, et leur silence semblait encourager tous les doutes.

Tandis que M. Oppert recevait en Orient les premières notions de la lecture des textes assyriens sous la savante direction de Sir H. Rawlinson, j'étais à cette époque seul à m'occuper en France des études assyriennes.

MM. de Longpérier et de Saulcy se contentaient de m'encourager de leurs bienveillants conseils. Depuis longtemps en rapport avec M. F. Lajard, je dus à son obligeante amitié d'être présenté à M. Mohl qui me fit faire plus tard la connaissance de M. Oppert.

Mes premiers essais datent de l'année 1859.

Après avoir longtemps cherché la clef du déchiffrement des inscriptions assyriennes dans la décomposition du signe , comme l'avait fait vainement Lôwenstern, je suivis résolument la voie tracée par Hincks, Rawlinson et Oppert. Je me trouvai bientôt suffi-

l8o LES LANGUES PERDUES

samment au courant des progrés accomplis, pour tenter une traduction des inscriptions qui recouvrent les briques de Babylone ' . Elles sont écrites en caractères dits archaïques ; afin d'en déterminer la valeur, je fis usage des procédés que Grotefend avait mis en oeuvre pour s'assurer de l'identité de ces différentes inscriptions ^. J'arrivai ainsi à identifier les signes avec les caractères modernes, en comparant ces textes au protocole des inscriptions de Nabucodonosor, et à présenter une lecture qui me parut satisfaisante.

Ces essais fiirent fi-appés des mêmes défiances qui accueillaient toutes les traductions; pour convaincre le public, je résolus de publier un exposé des travaux qui avaient préparé la lecture et l'interprétation des écritures cunéiformes î.

1 Inscriptions assyriennes des Briques de Babylone. Essai de lecture et d'interprétation. Paris, 1859.

2 Neut Beitrâge \ur Erlàuterting der Babylonischen Keilschrift^ Hannover, 1840.

3 Les écritures cunéiformes. Exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l'interprétation des Inscriptions de la Perse et de l'Assyrie. Paris, i« éd. 1860; 2° éd. 1864.

LECTURES ASSYRIENNES l8l

La question du syllabaire paraissait ensuite la plus importante à résoudre. Dans le courant d'octobre de l'année 1859, je publiai précisément quelques pages autographiées ' dans lesquelles étaient posées en principe les bases du Syllabaire assyrien. Je considérai ces dernières comme déjà acquises à la science et je prouvai que la lecture des textes dépendait de la détermination de la valeur d'un certain nombre de signes représentant les articulations simples de la langue assyrienne. Leur nombre était limité par celui des 22 lettres de l'alphabet qu'on regarde comme exclusivement propre aux langues sémitiques. J'en dressai un tableau spécial qui a toujours été suivi depuis 2. La valeur des signes qui expriment ces articulations avait été indiquée dans les premiers travaux de F. de Saulcy, et rigoureusement déterminée par ceux de Hincks et de Rawlinson. Il s'agissait, à l'aide de ces valeurs, de

1 Observations sur Us polyphones assyriens, octobre, 1859 (Autog.).

2 Voyez : Korris, Assyrian Dictionaryy t. I, London, 1868. — G. Smitu, The phonetic Values of the Cunetfortn Char aciers. London, 1871. — F. Delitzsch. Assyrische Lesestûchey J* Édit. Leipzig, iSSj.

l82 LES LAÎ^GUES PERDUES

déduire celles des autres caractères. C'est ainsi que je formulai les régies suivantes :

// n*y a pas un seul idéogramme qui ne se traduise par des signes syllabiques.

Il ny a pas un seul signe syllabique, exprimant une syllabe complexe, qui ne se traduise par des signes syllabiques simples.

Il ny a pas enfin un seul signe polyphonc dont la valeur ne puisse être obtenue par des transcriptions en caractères syllabiques simples.

Tel était l'état de mes études personnelles lorsque je fus admis à lire le résumé de mes travaux sur le Syllabaire assyrien devant l'Aca- . demie des Inscriptions et Belles-Lettres, dans les séances des 27 mars, 5 et 12 avril 1861 '.

L'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres estima que l'exposé théorique de la détermination de la valeur de chaque signe formait un instrument de travail d'une valeur incontestable ; car à cette époque on se trou-

I Principes élémentaires de la lecture des textes assyriens. Extrait de la Rei'ue Archéologique. Paris, i86i.

vait singulièrement embarrassé lorsqu'il s'agissait de discuter et de contrôler une lecture ou une interprétation proposée. On avait beaucoup de peine à s'assurer par qui et pourquoi telle valeur avait été assignée à un signe, et on n'était jamais sûr d'avoir rencontré le passage le plus important qui avait sem à la déterminer.

Par une décision du 13 février 1863, l'Académie admit mon travail dans le recueil spécial de ses Mémoires consacrés aux savants étrangers ; il comprend les deux tomes du viii® volume de cette série. — Le premier est réservé à l'exposé des principes du déchiffrement et au dépouillement des noms propres qui ont servi de base pour établir la valeur des signes exprimant des syllabes simples. — Le second comprend la justification de la valeur des syllabes complexes. — Chaque signe est donné sous les différents aspects que comporte le système .graphique assyrien.

Les difficultés inhérentes à l'impression étaient nombreuses. L'Imprimerie Nationale possédait déjà une fonte suffisante qui avait

servi à la publication des textes découverts par Botta; mais n'ayant point de caractères correspondant aux formes archaïques, elle fut obligée de faire exécuter, d'après mes dessins, plus de cent caractères répondant aux formes archaïques de Babylone et de Ninive. Il n'est donc pas surprenant que l'impression, commencée le 13 février 1863, n'ait pu être achevée que le 30 octobre 1872.

§ IL — Ix Vocabulaire

Les études assyriennes continuaient à se développer en France et en Angleterre. Les traductions se multipliaient, et les exemples ne manquaient pas pour offrir une base solide aux nouveaux travaux. Nous avons vu comment les premiers interprètes avaient déterminé la signification des mots assyriens en les comparant à ceux du texte perse des inscriptions trilingues qui en donnaient la traduction. (Supra, p. 142.) A mesure que le caractère de la langue se dessinait, on eut recours à l'analyse des racines dont on déduisit par analogie

la signification qu'elles devaient avoir en assyrien. Cependant le vocabulaire marchait lentement. Si déjà un très grand nombre d'expressions étaient fixées, le sens de bien des termes de la langue ne pouvait être précisé qu'autant que les textes seraient lus et commentés. Chaque jour de nouveaux monuments surgissaient des fouilles et laissaient entrevoir que les savants allaient se trouver aux prises avec les sujets les plus divers.

En Angleterre, Fox Talbot publiait dans le Journal Asiatique de Londres la traduction de nombreux documents assyro-chaldéens.

Ces traductions, dont l'ensemble est demeuré acquis, étaient toujours accompagnées d'une analyse et d'un commentaire succinct, mais plein d'aperçus ingénieux qui suppléaient aux déductions qu'une philologie rigoureuse aurait pu exiger. C'est ainsi que l'auteur procéda pour la traduction de l'inscription du Caillou de Michaux, de celle de Sennachérib écrite sur le cylindre dit de Bellino, et de beaucoup d'autres qui prirent rang dans les travaux d'histoire.

l86 LES LANGUES PERDUES

Ce n'était plus seulement en ramenant les expressions assyriennes à des racines trilitéres qu'on arrivait à déterminer le sens des mots. On avait recours à d'autres moyens d'investigation; les significations indécises s'affirmaient par le rôle que la même expression pouvait jouer dans des phrases et des textes différents.

Le dictionnaire d'une langue dont on recueille les éléments ne résulte que du déchifirement et de l'interprétation des documents. Tant que ces travaux sont incomplets, le traducteur ne peut aspirer qu'à fournir les matériaux qui serviront à sa reconstitution ; de là, deux sortes de mise en œuvre, l'une relative à chaque document, l'autre à un travail d'ensemble. — Nous avons vu que les traductions étaient accompagnées d'un vocabulaire renfermant toutes les expressions employées dans le texte. Quelquefois elles venaient se classer suivant l'ordre des racines; souvent elles étaient enregistrées dans un ordre conventionnel avec la physionomie que l'écriture assyrienne leur avait donnée. Chacun de ces travaux avait son

importance pour préciser les termes sur lesquels avait reposé l'analyse, mais tous n'apportaient pas les mêmes secours pour éclairer ceux qui ambitionnaient d'aborder directement d'autres textes.

En 1850, Sir H. Rawlinson avançait que les inscriptions qu'il avait déchiffrées comportaient prés de 5 ,000 mots et qu'il en connaissait sûrement un dixième, soit 500 des plus usités. En 1863, par suite des progrés accomplis, il portait à six mille les termes dont la signification pouvait être considérée comme certaine. Il devenait urgent de dresser un inventaire, et de savoir quelles étaient les interprétations déjà acquises ou au moins proposées.

Edwin Norris, dont nous avons signalé les importants mémoires sur le texte médique des inscriptions trilingues {supra, pp. 33 etsuiv.), se voua à ce travail ingrat, fastidieux, mais utile. Profondément versé dans la connaissance des inscriptions assyriennes par le concours qu'il apportait à Sir H. Rawlinson dans

l88 LES LANGUES PERDUES

la préparation des Recueils du Musée Britannique, il entreprit de publier ce qu'il appelle le squelette du Dictionnaire assjTien, en enregistrant les mots tels qu'on les rencontre dans les textes, et en faisant connaître les significations que les traducteurs leur avaient précédemment attribuées. Pour mettre un ordre de nature à faciliter la recherche des termes inventoriés, il s'attacha à l'articulation initiale du groupe, et rangea le groupe entier à la place que cette articulation lui assigne, d'après la liste des syllabes simples classées suivant l'alphabet hébreu. E. Norris s'eiFace dans ce travail de compilateur (compiler) qui permet de retrouver facilement les groupes sur lesquels on désire être renseigné.

Dés l'année 1866, il publia un spécimen de son Dictionnaire dans le Journal de la Société Royale Asiatique de Londres ' et, en mars 1868, il en donna au public la première partie 2. Norris a poursuivi ces consciencieuses

1 Journal of the Royal Asiatic Society^ 1866, pp. 22;-226.

2 Assyrian Diciionary ; intendcd tojurther the study of Cuneijortre

recherches avec un dévouement qui n'avait d'égal que celui dont il faisait preuve en secondant Sir H. Rawlinson dans la publication des Inscriptions du Musée Britannique. La mort vint interrompre son œuvre ', lorsque déjà trois parties formant un ensemble de mille pages avaient paru. Le Dictionnaire s'arrête aux groupes dont l'articulation initiale dépend de la lettre N. Ce travail n'a pas été repris; les études assyriennes allaient entrer dans une autre phase.

§ IIL — La Grammaire

A l'origine, les savants qui, les premiers, avaient soupçonné le caractère sémitique de la langue assyrienne, avaient indiqué par cela même quelle devait en être la grammaire. Il restait toutefois à en déterminer les formes spéciales. De Saulcy, Rawlinson et Hincks avaient ouvert la voie : il ne s'agissait plus

InicriptUms of Assyrta and Babylonia. Loiidon. Part I, 1868. — Part II, 1870. — Part III, 1872.

I Norris est mort le 10 décembre 1872.

que de reconstituer l'ensemble auquel on s'arrêterait.

Les travaux de F. de Saulcy n'avaient, il est vrai, que la valeur de simples indications, mais ceux de Rawlinson avaient une plus grande portée. Outre les pronoms déjà déterminés par Hincks, les observations de Rawlinson sur le verbe comprenaient les formes que la conjugaison devait présenter, c'est-à-dire les différentes voix que cette conjugaison comporte, et qui sont conformes aux régies, soit de la grammaire hébraïque, soit de la grammaire araméenne ' . Les modes sont les mêmes ; Sir H. Rawlinson trouva une lacune dans les temps, car il n'arriva à constater en assyrien que la présence d'un seul temps conjugué avec des préfixes, analogue au prétérit et suffisant aux exigences de la traduction des inscriptions trilingues.

Quant aux travaux du D*" Hincks sur la grammaire assyrienne, ils se distinguent de

I Memoir on the babylonian and assyrian inscriptions. — Analysis of ihe babylonian iexl ai Behistun^ dans le Journal of R. A. S., Tol. XIV, part I, 18$ l.

ceux de ses prédécesseurs par une rigueur d'analyse qui lés rendait plus précis. Son Exposé des pronoms personnels, dont il détermina la forme et le rôle comme pronoms indépendants ou préfixes, ne laissait plus rien à désirer.

La théorie du D*" Hincks sur le verbe assyrien, déjà formulée en 1855', prend ici une importance capitale. — Le D"^ Hincks admet avec Sir H. Rawlinson toutes les voix que Tassyrien comporte ; il admet également, comme dans toutes les langues sémitiques, l'existence d'un temps conjugué avec des préfixes et qu'il nomme l'aoriste; mais l'absence d'un temps conjugué avec des suffixes lui parut présenter une anomalie. On trouve, en effet, en hébreu, en arabe, en araméen, un temps formé par des syllabes suffixes. Le D"^ Hincks se préoccupa beaucoup de son absence en assyrien. Il annonça que cette langue devait posséder deux temps différents pour lesquels il eut peut-

I On Assyrian Vcrbs. Dans le Journal of Sacred Uleralure and Biblical Records., iSjS; july, pp. 381-393; octob., pp. 141-262. — 1836, april, pp. 152-171; july, pp. 252-403.

être le tort de créer deux mots nouveaux, le permansif et le mutaiif. Le premier, répondant au présent, se conjugue avec les pronoms suffixes ; le second, conjugué avec des pronoms af fixes ^ répond au passé, c'est-à-dire à l'aoriste. Cette théorie fut sérieusement contestée, surtout en France ; nous verrons par la suite jusqu'à quel point elle a été suivie. Pour l'instant, achevons notre exposé des travaux qui s'accomplissaient sur la grammaire.

En 1860, M. Oppert fit paraître à son tour une grammaire assyrienne dont il publia une seconde édition en 1868'. Son système est conforme à celui de Sir H. Rawlinson; mais pour la conjugaison, il s'écarte de celui du D*" Hincks, en ce sens qu'il ne reconnaît pas le temps formé par des suffixes et qu'il n'admet que l'aoriste pour toutes les voix.

Malgré l'autorité des découvertes acquises, le sémitisme de la langue était encore discuté. M. Oppert crut que la meilleure preuve pour

I Éléments de la Grammaire assyrienne, i" édit. Extrait du Joutnal Asiatique^ 1860. — 2« édit. DuppeLisan Assur, 1868.

répondre à la critique, c'était de dépouiller rassyrien de son écriture et de le soumettre à une transcription en caractères hébraïques. Si ce travail, par sa haute valeur de synthèse, a porté les fruits qu'en attendait l'auteur, il ne répondait peut-être pas aux besoins impatients de ceux qui réclamaient un guide plus pratique pour se livrer aux études assyriennes.

Quoi qu'il en soit, il fixa l'attention des philologues allemands, et les assyriologues de l'Angleterre l'accueillirent comme un argument de pltts, en faveur des efforts qu'ils tentaient pour faire accepter définitivement le sémitisnie de la langue assyrienne.

Le D"^ Hincks ne pouvait laisser passer les idées de ses collaborateurs sur la conjugaison du verbe ass5Tien sans étudier de nouveau celte importante question. Après un mûr examen, il persista dans la théorie qu'il avait émise, et publia dans le Journal de la Société Royale Asiatique de Londres ses nouvelles recherches sur le verbe assyrien ' . Il précisa par

I spécimen Chapiers of an assyrian Grammar, Dans le Journal of Ihi K^ A. S. (New Séries), vol. II, pArt II, p. 48Q,

des exemples les deux temps principaux qu'il reconnaît dans la conjugaison et qu'il nomme le Permansif présent, V Aoriste et le Mutatif présent^ ou simplement le présent. Ce remarquable travail, qui aurait dû conduire le savant irlandais à formuler un ensemble complet de la grammaire assyrienne, n'a pas été achevé.

C'est ainsi qu'il ne nous en est parvenu que des fragments, à l'état de spécimens.

J'allais également compléter les études que j'avais entreprises par l'exposé des éléments de la grammaire assyrienne ' . Les principes que j'ai suivis ne s'écartent pas de ceux de mes devanciers, et naturellement j'avais trop accepté les idées de M. Oppert pour repousser sa théorie sur le verbe assyrien; je n'admis que l'existence d'un temps unique. — Ma grammaire se distingue des autres, en ce sens que je m'appuyai sur les formes grammaticales telles que je les trouvais dans les textes, et que je les présentai en me servant des carac-

I Exposé des éléments de la Grammaire assyrienne. Paris, Imp, impériale, 1868.

téres assyriens mêmes pour exprimer toutes les modifications de la langue, en ayant soin d'indiquer les passages où j'empruntais les exemples fournis à l'appui de la théorie.

J'ai essayé de formuler ainsi une grammaire plus pratique, et de combler une lacune que les transcriptions en caractères romains ou en lettres hébraïques avaient forcément créée ' .

Malgré le point qui divisait les savants sur la présence d'un temps conjugué avec des suffixes, les grandes lignes de la grammaire assyrienne étaient tracées. Le doute sur la lecture des textes et le caractère de la langue n'était plus permis; l'assyriologie conquérait chaque jour de nouveaux adeptes. M. Renan, comme nous l'avons vu, avait soulevé les objections les plais sérieuses et posé les conditions dans lesquelles on pouvait accepter les traductions. Dans son article sur les formes du verbe sémitique, il lui semble que, « sauf l'obliga-

I Rapport sur les progrès du Déchiffrement dei Etudes cunéiformes. Extrait des Mémoires du Congrès Intern. dts Orientalistes^ p. 131. Paris, 1873.

tion de s'exprimer en pareille matière avec quelque doute, » on pouvait se hasarder à présenter une théorie des formes en cette langue. Pour apprécier la portée de cet appui quelques observations sont ici indispensables ' .

Les langues, qu'on désigne sous le nom conventionnel de Langues sémitiques, ont un caractère d'unité et d'homogénéité bien saisissant; aussi on avait reconnu depuis longtemps les rapports qui relient à une source commune l'hébreu, l'arabe, le syriaque, etc.

Il restait à y rattacher également l'assyrien. C'est surtout dans les conjugaisons que ces rapports sont frappants par l'emploi des mêmes procédés pour rendre les diverses formes d'une racine verbale. Ainsi, par exemple, la racine à laquelle est attachée l'idée dt grandeur pourra exprimer les diverses acceptions qu'elle comporte, telles que être grand, se faire grand (s'enorgueillir), s'agrandir, rendre grand (élever), déclarer grand (exalter, célébrer), etc., etc. Les différentes manières de rendre

1 Renan, Sur les formes du verbe sémitique. Dans les Mémoires de la Société de linguistique de Paris , t. I, pp. 97 et suiv., 1869.

les dérivés de la même idée ont donné lieu à des formes qui se conjuguent comme la racine principale, et expriment toutes les nuances particulières de causatif, d'itératif, de déclaratif, d'habiludinaire, de réciproque^ ai affectif , etc. L'hébreu en contient sept, Taraméen six, l'arabe en offre jusqu'à dix.

L'assyrien en présente huit, rappelant tantôt Tarabe, tantôt l'hébreu, tantôt l'araméen, et révèle de plus des formes qui lui sont propres. Si l'on admet qu'il fut un temps où il exista une langue sémitique primitive possédant toutes les richesses dont chacune des langues sémitiques a emporté des débris, on devra considérer l'assyrien comme fournissant un nouvel apport à la conjugaison sémitique.

Les études assyriennes étaient alors arrivées à un point où la discussion ne pouvait plus rouler sur les bases mêmes de la lecture.

La France allait encore prendre l'initiative. Le moyen le plus puissant de vulgarisation dont la science dispose, c'est l'enseignement oral. Je fus autorisé dans les derniers mois de

Tannée 1868 par M. Duruy, Ministre de l'Instruction publique, à exposer aux cours libres de la Sorbonne les éléments du syllabaire assyrien '. Au même moment, M. Oppert joignait au cours élémentaire de sanscrit qu'il professait à la Bibliothèque nationale une leçon d'épigraphe assyrienne^ et commençait par l'exposé des principes de la grammaire. L'enseignement public de l'archéologie assyrienne était fondé.

I Leçons d'Épigraphie assyrienne professées aux cours libres de la Sorbonne, pendant l'année 1869. Paris, 1S73.

rnmw^t^:

M. Mohl, dans son rapport à la Société Asiatique sur les travaux accomplis pendant 1854 et 1855, après avoir parlé des découvertes de Botta, de Layard, de Place et de Loftus, constatait la cessation complète des explorations en Mésopotamie et en Assyrie, ce Aujourd'hui, disait-il, toutes ces fouilles sont abandonnées plutôt qu'épuisées. M. Place est allé occuper un consulat sur le Danube ; l'expédition française en Babylonie est rappelée; M. Loftus et ses collaborateurs sont revenus, et M. Rawlinson a quitté l'Orient ; mais le sol de la Mésopotamie couvre sans doute encore de nombreux monuments qui serviront à compléter la série de ceux que nous devons à M. Botta et à ses imitateurs.

Jusqu'ici, il n'y a que la France et l'Angleterre qui aient enrichi leurs musées de ces

dépouilles opimes de Babylone et de Ninive ; mais il y a d'autres nations possédant des trésors d'art et d'antiquités qui seront, je l'espère, jalouses de les augmenter à leur tour de quelques restes de cette civilisation antique, et la science profitera de cette ambition ; car il ne faut pas croire que ce que l'on trouvera dorénavant ne sera que la répétition superflue de ce que nous possédons aujourd'hui ; au contraire, chaque inscription nouvelle, chaque brique d'un endroit qu'on n'a pas encore fouillé, apportera son contingent à la reconstruction de l'histoire ancienne, contingent d'autant plus important que les lacunes qui

resteront à combler sont devenues moindres

et que nous aurons plus de moyens de comprendre ces documents et de classer les données qu'ils nous fournissent ' . »

L'esprit sagace de M. Mohl avait deviné juste; les fouilles étaient abandonnées et non pas épuisées, mais son désir de voir d^autres nations prendre part au travail gigantesque

I Mohl, Rapport annuel fait à la Société Asiatique dans la Siane générale du 20 juin i8SS- — Voy. Journal Asiatique, i8>>.

REPRISE DES FOUILLÉS 20î

d*exhumation des sites antiques ne devait pas se réaliser. Après un laps de temps considérable, l'Angleterre et la France allaient seules encore interroger le sol de la Haute- Asie. Les fouilles nous apparaîtront dorénavant revêtues d'un tout autre caractère. On ne se trouve plus en présence de l'inconnu ; c'est avec un plan arrêté à l'avance et l'exacte connaissance des lieux qu'on procédera à l'avenir. — Les expéditions de G. Smith vont nous donner la mesure des exigences qui se faisaient jour.

Nous retrouvons en lui un de ces hommes qui ont pris une part considérable au développement des études assyriennes et qui s'y sont donnés sans réserve. Sa vocation fut toute spontanée et toute personnelle. G. Smith n'est pas sorti d'une université; il s'est formé lui-même ' . De tous temps, fortement porté vers les choses de l'Orient, ce fut en 1866 qu'il commença ses premières recherches

I Voy. Assyrian Discoveries, an accounl of explorations and discoveries on ihe site of Nineveh, during 187s ^"^ '^74i c. II, p. 9. Loudon, i87>.

sur l'histoire des rapports de l'Assyrie avec le peuple juif. Désirant consulter sur les originaux les inscriptions de Tuklat-pal-Asar II, il écrivit à Sir Henry Rawlinson pour lui demander communication des estampages et des fragments brisés de ces documents.

Ce fut au Musée Britannique, dans le cabinet de Sir Henry, qu'ils lui furent livrés et qu'il les étudia à loisir. — Frappé des capacités extraordinaires du jeune savant, Sir H. Rawlinson, de concert avec le D"^ Birch, le fit attacher au Musée Britannique pour l'aider à préparer un nouveau volume des inscriptions cunéiformes (1867). G. Smith était gagné sans retour à lassyriologie ; dés lors il produisit des travaux de l'ordre le plus élevé; mais c'était seulement le prélude des remarquables découvertes qui allaient donner à son nom une si grande notoriété.

En 1872, G. Smith, occupé à classer les tablettes du Musée Britannique, retrouva celle qui contenait le fameux récit du déluge chaldéen. On se souvient du retentissement

REPRISE DES FOUILLÉS lO^

qu'obtint cette révélation inattendue. Le premier fragment renfermait à peu prés la moitié du récit. A peine en possession de cette pièce unique, G. Smith s'était hâté de rechercher les fragments complémentaires parmi les autres tablettes provenant des fouilles de Koyoundjik. Ses peines furent en partie récompensées, car, après examen, il acquit la certitude que la tablette qu'il avait rencontrée en premier lieu, et dont il retrouva trois exemplaires, était la xi« d'une série composée de douze tablettes en tout, et qui donnait l'histoire d'un héros chaldéen nommé Isdubar. La lecture de cette intéressante découverte devant la Society ofBiblical Archaology (3 déc. 1872) fut reçue avec le plus vif enthousiasme. Cependant il manquait un passage au récit, et les propriétaires du Daily Telegraph proposèrent sur-le-champ au jeune savant de conduire une expédition à Ninive dans le but de retrouver le fragment qui devait compléter ces aperçus si nouveaux. Il y avait trente

I Lu à la Society of Bihlical Archalogy, le 3 décembre 1872.

ans que Botta avait ouvert des tranchées à Khorsabad et mis au jour les premières inscriptions assyriennes; que de choses depuis lors avaient été acquises !

G. Smith accepta l'offre généreuse des propriétaires du Daily Telegraph; ayant obtenu des Trustées du Musée Britannique un congé de six mois, il quitta Londres le 20 janvier 1873 et arriva à Alexandrette le 4 février; le 2 mars, il gagnait Mossoul. Ne pouvant commencer sur le champ ses opérations, il résolut de visiter la Babylonie ', et après avoir jeté un coup-d'œil rapide sur les ruines, il revint à Mossoul et se hâta d'entreprendre des travaux à Nimroud (3 avril). Les tranchées pratiquées par Sir H. Layard étaient encore en partie ouvertes ; les taureaux, les lions ailés à l'entrée du palais, les processions de rois et d'officiers ainsi que les scènes mythologiques se voyaient à la même place^. On pouvait faci-

I Assy. Disc, y c. iv, p. 46.

I Calach fut fondée, dit-on, par Nemrod, mais rien ne nous est parvenu de la ville antique \ une seconde ville fut bâtie plus tard, en cet endroit, par Salmauasar I«' (1300 av. J.-C.) ; celle-ci

lement retrouver les divisions principales et le nombre des chambres.

Les premières fouilles eurent lieu sur l'emplacement du temple de Nébo où Ton découvrit quelques inscriptions, pour la plupart duplicatas de textes connus (Salmanasar II et Assur-ebi-ili). Ce que G. Smith cherchait, c'était de nouveaux fragments du régne de Tuklat-pal-Asar II ; il fut assez heureux pour retrouver précisément la partie supérieure d'une tablette relative à ce monarque. En résumé, les travaux à Nimroud furent peu fructueux,

tomba bientôt en décadence et fut détruite à son tour. — Assurnasir-habal (88$ av. J.C.) résolut de la relever ; il y employa les captifs qu'il avait emmenés dans ses guerres, et les y établit. Le palais et les temples (prés de la tour) sont l'œuvre de ce roi, et c'est de là que proviennent les belles sculptures de la Nimroud Gallery au Musée Britannique. — Salmanasar II, roi d'Assyrie, succéda à son père, Assur-nasir-babal (860) ; il construisit les chambres supérieures et le temple de Nébo. — Tuklat-Pal-Asar II (74s) rebâtit le palais du centre. — Sargon, roi d'Assyrie (722), restaura le palais nord-ouest, et son petit-fils Assar-haddon (681) bâtit le palais sud-ouest ; enfin, le petit-fils d'Assar-haddon, Assurebi-ili, le dernier roi d'Assyrie, rebâtit le temple de Nébo, peu avant la destruction de l'empire assyrien ; de sorte que Gilach possédait des édifices de toutes les époques de l'histoire d'Assyrie,

loè LES LANGUES PERDUES

quelque peine qu'on se donnât, bien que le monticule eût été exploré et sondé de toutes parts, y compris les tombeaux qui étaient de l'époque d'Alexandre ' . Les cylindres de fondation de la Tour ou Ziggurat, à la recherche desquels G. Smith s'employa activement, ne purent être retrouvés, à quelque profondeur que l'on sondât. Évidemment, pour arriver à un résultat nouveau, il aurait fallu entreprendre des fouilles sur une plus grande échelle et ne pas les limiter à certains points seulement. C'est bien là, au surplus, l'opinion de M. H. Rassam, qui nous assure qu'on pourrait fouiller de la sorte pendant des siècles et cependant manquer quelque trouvaille importante qui serait ainsi perdue à jamais pour le monde scientifique ^ ; mais, qui osera entreprendre une œuvre pareille ?

1 G. Smith, Jisy. dise, pp. 69-8).

2 « I shall not rest satisfied until a thorough examtnation of the mounds of Koyoundjik and Kinaroud is made. From my own expérience in assyrian research, I beUeve,we mightgo ondigging as we aredoing now, hundred of years, and yet might miss some important liistorical object which would be lost for ever to

De retour à Ninive, G. Smith s'attaqua au monticule de Koyoundjik (7 mai) sur l'emplacement du palais de Sennachérib, à l'endroit de la Bibliothèque découverte par Layard '.

Le 9 mai, il pratiqua quelques tranchées au coin S.-E. du palais Nord; là, de nombreuses tablettes récompensèrent son zèle. Enfin le 14 mai, en examinant les fragments qu'il avait recueillis, il découvrit une tablette qui contenait dix-sept lignes d'écriture appartenant à la première colonne du récit du déluge chaldéen, et qui s'adaptaient à la seule place où le récit présentait une lacune sérieuse. Il s'empressa de communiquer cette découverte aux propriétaires du Daily Télégraphe. — Bientôt aussi, le palais de Senna-

the scientific and literary world. » Voy. Excavations and disioveries in Assyrta. Dans les Irons, of ihe Soc. of bibl. Arch., vol. VII, part I, p. 58.

I La -partie nord du monticule de Koyoundjik est occupée par le palais d'Assur-bani-pal, appelé le palais nord, et la partie sudouest par celui de Sennachérib. Selon les inscriptions, il y avait deux temples dédiés à Istar, un à Nebo et une Ziggurat (tour à étage),

; Voy. le numéro du 21 mai 1873.

chérib livra des tablettes et des cylindres historiques du plus haut intérêt. Le détail en serait trop long ici; d'ailleurs, les fouilles se trouvèrent closes. Les généreux patrons de G. Smith s'étaient mépris sur le sens ambigu d'une phrase qui faisait croire que la tablette du Déluge une fois retrouvée, l'œuvre pouvait être considérée comme terminée, quand au contraire ce n'était qu'un heureux commencement. Il reçut ordre de revenir, et le 9 juin il quittait Mossoul au moment où il aurait opéré avec fruit et sûreté. Le 19 juillet, il était de retour à Londres, n'ayant pu rapporter lui-même ses antiquités qui avaient été saisies par les fonctionnaires de la Porte, en dépit des firmans, insuffisamment explicites, paraît- il. Néanmoins, l'ambassadeur d'Angleterre put les faire relâcher, et le consul les dirigea sur Londres, où elles arrivèrent sans encombre.

Les Trustées du Musée Britannique comprenant alors l'importance de nouvelles fouilles se décidèrent à envoyer à leurs frais l'heureux explorateur pour continuer des recherches à

Koyoundjik pendant toute la durée du firman, c'est-à-dire jusqu'au 9 ou lo mars 1874.

G. Smith n'hésita pas à repartir de Londres le 25 novembre 1873; il était de nouveau à Mossoul le i«^ janvier 1874.

Il importait de reprendre les fouilles au plus tôt pour ne pas perdre le peu de temps dont on disposait; quelques difficultés s'élevèrent d'abord avec les autorités locales, qui émirent d'étranges scrupules, ne voulant, pas laisser dépouiller leur pays de si précieuses reliques ! Comme on le pense, ce goût d'archéologie n'était qu'un prétexte. G. Smith répondit avec courtoisie, prenant en grande considération le désir qu'avait la Turquie de former un beau Musée. Quant à lui, et pour l'instant, disait-il, il venait seulement rechercher les fragments de certaines tablettes déjà en possession du Musée Britannique ; pour tout finir, il promit de donner des duplicatas des objets fournis par les fouilles. Les difficultés ne fiirent pas vite surmontées, et pendant tout ce temps, G. Smith dut se borner à de très faibles opérations sur le territoire de

Koyoundjik. Ses ennuis avec les autorités turques terminés, il pratiqua d'une manière plus étendue et concentra spécialement ses efforts sur l'emplacement de la Bibliothèque. Cette vaste chambre avait été déblayée en partie et ses trésors apportés en Angleterre; mais il en restait suffisamment pour défrayer encore une nouvelle exploration. G. Smith put expédier des milliers de ces précieuses tablettes; aussi, pour se rendre compte de l'importance de cette moisson, il faut lire le récit qu'il en fit lui-même ' . Les fouilles furent très fructueuses au point de vue des documents épigraphiques ; il dut s'en contenter, car il fallait se hâter. Le mauvais vouloir des fonctionnaires turcs allait s'accentuant, et G. Smith se trouva trop heureux, pour s'assurer la possession de ses précieuses tablettes, d'abandonner au Musée de Constantinople des duplicatas qu'il pouvait donner sans regret. Il repartit le 4 avril pour retourner en Angleterre; en 1875, il faisait paraître le

I G. Smith, Assyr. Disc., c. ix, p. 144.

compte rendu de ses deux voyages et les résultats qu'il en avait obtenus ' .

La mort de G. Smith ^ obligea les Trustées du Musée Britannique d'avoir recours à l'infatigable compagnon de Sir H. Layard, au déblayeur de Koyoundjik, à M. Hormuzd Rassam. Loftus lui avait succédé en 1854, alors que ses occupations personnelles lui avaient fait abandonner l'Assyrie pour Aden ; plus tard, il avait été employé par les « Indian and Home governmenls y> , En 1874, M. H.

Rassam vivait retiré en Angleterre lorsque les Trustées firent appel à son zélé ; il n'hésita pas à accepter cette tâche laborieuse.

Comme ses devanciers, il éprouva de grandes difficultés au sujet des firmans; mais Sir H. Layard ayant été appelé à l'ambassade de Constantinople, ces difficultés furent

1 Assyrian discoverifs : an account of explorations and discoveries OH the site of Nineveh during iSy) and 1874. London, i87>.

2 G. Smith mourut de la fièvre à Alep (août 1876) en se rendant pour la troisième fois en Mésopotamie. Voy. pour la notice biographique : Trans. of the Soc. of bibl. Arch., vol. VI, p. 574. — Academy X, pp. 358, 430. Alhenceum^ 2" vol., 1876.

aplanies, et M. H. Rassam se retrouva bientôt à Mossoul (novembre 1877), entouré des vieux compagnons des premières fouilles ainsi que des enfants de ces mêmes familles qui avaient connu Botta et Layard et se souvenaient de leur fructueux passage. Des ouvriers furent placés à Koyoundjik et à Nimroud pendant que M. H. Rassam se mettait à la recherche de quelques points inexplorés. — Il avait entendu parler, entre autres, d'un mont appelé « Balawat », situé à quinze milles à l'est de Mossoul et à neuf de Nimroud, d'où l'on avait extrait quelques plaques de cuivre décorées de figures assyriennes et d'inscriptions ; elles avaient été trouvées par un Arabe en creusant une tombe , et un spécimen avait été envoyé en Angleterre. « J'étais très désireux d'y « essayer quelques tranchées », nous dit M. H. Rassani; mais la grande quantité de tombes qui recouvraient le monticule et qui appartenaient aux habitants de quatre villages rendait la chose difficile. — Ces obstacles furent peu à peu vaincus après s'être élevés à la hauteur de séditions et d'émeutes. Les

fouilles produisirent ces admirables plaques de bronze maintenant au Musée Britannique ' .

Vint ensuite la découverte d'un coffre en pierre contenant deux tablettes également en pierre et couvertes d'inscriptions. On acquit bientôt la preuve, en continuant les tranchées, que ce coffre était placé à l'entrée d'une chambre qui avait été incendiée et qui était un sanctuaire. Au nord-ouest de cette chambre, on dégagea un autel en marbre sur lequel se trouvait une tablette recouverte d'inscriptions, de même taille et de même forme que les deux autres renfermées dans le coffre. Or, la cavité qui les contenait étant asssez grande pour en admettre une troisième, il n'y avait

I Le monticule de Balawat représente une ville assyrienne qui, quoique fort près de Ninive, fut prise sous Assur-bel-kala par les hommes de Katdunyas (Babylonie). — Assur-nazirhabal (885), petit-fils de Tugulti-Ninip, la reprit et bâtit avec les briques du Palais royal abandonné le temple dont il est fait mention ici, et qu'il dédia au Dieu Makhir, changeant le nom de la ville en celui de Imgur-Bel. — Voy. Th. Pinches, The bronze gâtes discovered by M. Rassam ai Balawat^ dans les Trans. of ihe Soc. ofbibl, Arch.y vol. VII, part I, pp. 83-118, — Hormuzd- Rassam, Excavations and Discoveries in Assyria. Ibid.y pp. 3-58.

pas le moindre doute que cette tablette n'appartint à la même série, et que le temple avait été brûlé, soit par des ennemis, soit par simple accident ' , avant que les prêtres n'eussent eu le temps de la remettre dans le coffre. — Les autres inscriptions qui furent exhumées étaient dans un état de détérioration qui les rendait illisibles-.

Pendant que les fouilles se poursuivaient à Balawat, celles de Koyoundjik étaient activement menées dans le palais de Sennachérib et d'Assur-bani-pal. Quelques trouvailles intéressantes furent faites, entre autres celle d'un prisme en terre à dix pans, couvert de prés de treize cents lignes d'écriture, racontant les conquêtes et l'extension du pouvoir d'Assurbani-pal ; il était scellé dans l'épaisseur d'un mur de briques et ne fut dégagé que par miracle. — Dans le palais de Sennachérib on continua de recueillir des tablettes d'une très grande valeur épigraphique. — A Nimroud,

I E.-A. BuDGE, A fiewly discovered lext of Assur-natsir-pal . Voy. Trans, of the Soc. of hihl. Arch., vol. VII, part I, pp. S9-82.

RÉPRISÉ DÉS FOUILLÉS 21$

la découverte du temple d'Assur-nazir-habal récompensa le zèle de l'explorateur; toutes choses y étaient malheureusement brisées et en fragments, à l'exception d'un autel et de trois sièges également en marbre. Des centaines de briques émaillées, des tablettes de marbre, des fragments de trépieds, des piliers et autres menus objets y étaient amoncelés et jonchaient l'aire. On reconnut, en divers endroits du temple, l'existence de plate-formes qui semblaient y avoir été élevées dans un but d'adoration ou de sacrifice. Au coin sudest du monticule, on déblaya un large passage protégé par une voûte en briques, comme si c'eût été jadis la grande entrée des demeures royales.

Après ces premières tentatives à Ninive et à Nimroud, M. H. Rassam, se trouvant chargé de la conduite de toutes les fouilles entreprises par le Musée Britannique en Assyrie et en Babylonie, concentra tous ses efforts sur la Mésopotamie et se voua à la recherche des sites antiques. Sa découverte la plus

2l6 LES LANGUES PERDUES

considérable fut sa tentative d'identification du monticule de Abou-Habba avec l'antique ville de Sippara, jusqu'alors placée par tous les savants prés de Sufeirah, non loin de l'Euphrate ' .

A quatre milles de Mahmoudia, village situé à quinze milles au sud-ouest de Bagdad, on aperçoit deux monts élevés, éloignés l'un de l'autre à peine de deux milles et connus sous les noms de Abou-Habba et de Daïr. Ce dernier ne révéla aucun vestige intéressant; à Abou-Habba, au contraire, au bout de trois jours, les premiers travaux rencontrèrent un mur d'un style antique. Après quelques tâtonnements, on se trouva en présence d'une chambre pavée en asphalte, et on dégagea, enfoui dans un coin, à trois pieds au-dessous de la surface du sol, un coffre en terre. Ce coâfre contenait une tablette de pierre couverte d'une inscription; sur la partie supérieure de ladite tablette se développait une

I Récent discovertes of anctent Bahylonian cities by H. Rassam, dans les Travs. of ihe Soc. of hibl. Arch., vol. VIII, part II, pp. 172-197, 1884.

scène d'adoration '. Le contenu de l'inscription laissait comprendre qu'un temple avait été élevé au dieu Satnas dans la ville de Sippara, connue par son culte pour cette divinité. Ce fut sur cette simple indication qu'on se hasarda à identifier Sippara avec Abou-Habba.

Les dernières recherches du D^ Hayes Ward 2 font penser que les savants qui avaient placé Sippara non loin de Sufeirah, au nord de la jonction du canal de Seklaouîyé et de l'Èuphrate, n'avaient pas eu absolument tort. Cette question n'est pas d'ailleurs résolue

X Th. Pincmes, The antiquiiies fotind hy M. H. Rassam at Abu-Habhah (Sippara), dans les Trans. of the Soc. ofbibl. Arch,, vol. VIII, part II, pp. 164-171.

2 Le Rev. W. Hayes Ward, à son retour de Babylonie, vint me voir et me mit au courant des résultats de son intéressante expédition. Il m'expliqua longuement les raisons qui lui firent rejeter, après deux visites à Abou-Habba, l'identification de ce lieu avec Sippara. Le monticule d'Anbary non loin de Sufeirah, s'y rapporterait davantage ; d'ailleurs, en importance, il égale Ouarka et NifFer et mériterait d'attirer l'attention. Voy. Proceedings of Oriental American Society, october 1886 ; — Report of William Hayes Ward in charge of the Wolfe Expédition to Babyloniay dans les Papers of the Archeological Institute of America ; — Sippara dans Hchratca, vol. II, January 1886, n» 2.

2l8 LES LANGUES PERDUES

et ne saurait être brusquement tranchée ; 'des fouilles complètes pourront seules terminer la discussion par la production d'une série de textes indiquant clairement l'emplacement de la ville.

Quoi qu'il en soit, les fouilles de Abou- Habba ne furent pas infructueuses ; elles révélèrent un style différent de tout ce qui avait été trouvé en Babylonie et en Assyrie. A la première inspection qu'en fît M. H. Rassam, il lui sembla qu'on pouvait établir deux divisions dans les édifices, dont certains auraient été consacrés aux cérémonies du culte et d'autres réservés à l'habitation des prêtres et des rois. — Le monticule sur lequel ils s'élevaient avait prés de 1,300 mètres de longueur sur 350 de largeur, et contenait, suivant M. H. Rassam, au moins 300 chambres; 130 furent seulement explorées, le gouvernement turc ayant refusé la prolongation des firmans.

A cette époque, l'emplacement de Babylone attira également l'attention de M. H. Rassam. Nous avons vu les tentatives qui avaient été faites pour reconstituer la topographie de la

REPRISE DES FOUILLES il9

grande cité ; cette fois, les efforts furent spécialement concentrés sur le Birs-Nimroud " .

Les explorateurs avaient eu grand tort de se décourager, car, en persévérant, on obtint de grands résultats.

M. H. Rassam, quittant momentanément la Mésopotamie, se dirigea sur Van, où le Capitaine Clayton, vice-consul britannique, surveillait des excavations entreprises pour le compte de l'Angleterre. Le Colonel Miles, consul général à Bagdad , resta officiellement chargé de la direction des explorations de la Babylonie.

C'est alors que prit place l'incident des fouilles de Tello qui assura à la France la possession de ces admirables statues chaldéennes qui décorent le Louvre. — M. Rassam affirme que l'existence d'un monticule situé sur le

X M. Rassam déblaya le palais où Ton suppose que Nabonide avait résidé quand Cyrus captura Babylone ; ce palais est situé sur le même monticule que le temple de Bélus, et contenait à peu près 80 chambres, dont quatre fournirent quelques antiquités chaldéennes prouvant que Nabucodonosor avait érigé cet édifice. I,es fouilles à Ibrahim el Khdlil donnèrent également de très curieux résultats. Voy. Rec. Disc, pp. 188-192.

Schatt-el-Hai, lui fut signalée à la suite de l'extraction d'une statue en marbre noir.

L'Arabe qui l'avait découverte l'avait mutilée ; il en avait cassé la tête et l'avait emportée; un des bras avait été pris par un employé du télégraphe et vendu à G. Smith, qui l'avait rapporté en Angleterre. En présence de cet indice, M. H. Rassam fut vivement, tenté de porter ses recherches du côté de Tello », mais cette localité étant située sur le pachalik de Bassora, non sur celui de Bagdad, et les firmans de M. H. Rassam ne lui permettant pas d'explorer la région de Bassora, l'habile fouilleur se trouva devancé par M. de Sarzec, viceconsul de France à Bassora. Il fut obligé de se contenter d'un simple aperçu du monticule et d'une petite quantité de menus objets qu'il y recueillit et qu'il rapporta en Angleterre en juin 1879. Le léger mouvement de mauvaise humeur causé par le regret légitime d'avoir

I Le lieu désigné par les Arabes sous le nom de Tello, du mot tell ou monticule, se trouve en plein désert, sur la rive gauche du Schalt-rl-Hni , k une heure un quart de marche à cheval vers Test.

REPRISE DES FODiLLES 221

été supplanté par un rival heureux, perce dans le récit de M. H. Rassam. Ce mouvement est trop naturel pour que nous ayons le courage de lui en vouloir, pas plus que de ses manœuvres pour devancer notre consul.

Nous savons ce que l'Assyriologie doit à son zèle infatigable, et, d'autre part, nous comprenons qu'il ait pu être jaloux des succès de M. de Sarzec.

Cette découverte importante eut lieu dans d'assez étranges conditions. Par rapport aux ruines les plus célèbres de cette région, Tello se trouve à 1 5 heures au nord de Mougâyir et à 12 heures à l'est de Ouarka. L'ensemble des monticules, du nord-ouest au sud-est, couvre un espace de six à sept kilomètres.

Le tell principal, qui renferme les ruines du grand édifice, temple ou palais, et peut-être les deux à la fois, occupe, au nord-ouest, la partie avancée du groupe.

Pendant un voyage dans la Basse-Chaldée, M. de Sarzec, s' étant engagé sur le Schattel-Haï, grand canal antique qui va du Tigre à

TEuphrate', remarqua les monticules de Tello. Il rencontra à fleur de terre, auprès du tell principal, un fragment de statue colossale portant une inscription à Tépaule; il avait roulé d'une hauteur voisine qui contenait certainement les restes d'un vaste édifice.

« Ce fut, nous dit M. de Sarzec, le point « de départ de mes découvertes et le pre- « mier jalon qui me montrait dans quelle « direction je devais porter mes recher- « ches. » Malgré les dangers et l'insalubrité du lieu, M. de Sarzec conduisit pendant trois mois (5 mars-ii juin 1877) une campagne de fouilles; l'année suivante, du 18 février au 9 juin, il opéra à nouveau avant son premier retour en France. Les résultats furent satisfaisants. En fouillant un ravin creusé sur les

I Le Schatt-el-Haï est un canal creusé de main d'homme, qui relie le Tigre à l'Euphrate. Il a son amorce sur la rive droite du Tigre, à douze heures au-dessous de Bagdad, et coule du nord-ouest au sud-est ; après avoir parcouru pendant près de deux degrés la partie inférieure de la Mésopotamie méridionale, le Schatt-el-Haï se partage en deux branches, à quelques heures au-dessous de Schatra, et vient se jeter dans l'Euphrate, entre Soûk e'Scheyoûkh et Nasrié.

pentes du principal tell et aboutissant au point où gisait le fragment de statue', M. de Sarzec, après avoir reconnu la nature de cette colline artificielle formée de briques crues, atteignit bientôt le mur extérieur d'un grand édifice de briques cuites qui la couronnait.

Le ravin conduisait directement à une sorte de couloir, qu'on prit d'abord pour une porte d'entrée, mais qui n'était qu'un réduit extérieur au fond duquel on trouva précisément, couchée sous les terres, la partie inférieure de la grande statue ; elle représentait un personnage assis, d'un magnifique travail, avec une longue inscription gravée sur le devant de son vêtement. Les moyens dont on disposait ne permettant pas d'enlever un bloc de ce poids, on l'enterra de nouveau, après avoir pris l'estampage de l'inscription. Or ce fut cette même statue que M. Rassam, guidé par les Arabes et pendant le congé de M. de Sarzec (1878), chercha à s'approprier, ainsi que nous venons de le voir. — Arrivé en

I Celle dont nous avons parlé, p. 220 .

France, M. de Sarzec fut mis en rapport avec les hommes compétents, MM. Wadington et Heuzey, et il ne tarda pas à regagner Bassora après avoir reçu les témoignages les plus encourageants, et garanti par la protection du Sultan.

En 1880, il se trouvait de nouveau àTello et s'établissait pendant trois mois, à une heure de là, à Mantar-Karaghoul, sur la rive droite du Schatt-el-Haï. Il put dégager le grand édifice et en reconnaître la distribution intérieure ; il obtint de la sorte neuf statues et autres antiquités chaldéennes d'un prix inestimable ' . — Une dernière campagne de fouilles (12 novembre 1880 — 15 mars 1881) permit de mettre à jour plusieurs constructions anciennes, distinctes de l'édifice principal. — 11 était temps de clore cette série d'explorations, car l'agitation du pays en rendait le séjour dangereux. Les trouvailles, sûrement acheminées, parvinrent néanmoins en Europe.

I Heuzey, Les fouilles de la Chaldée. Communication d'une lettre de M, de Sarzec, Extrait de la Revue Anhéologique. Novembre i88i.

Elles sont maintenant l'objet d'une publication du plus grand intérêt ', tant à cause de la question d'art qui s'y trouve soulevée, que de la haute antiquité des documents épigraphiques qu'elle a produits.

Pour se rendre compte de l'importance historique des découvertes de M. de Sarzec, il faut considérer jusqu'à quel point elles nous permettent de remonter dans ces temps reculés qui, jadis, auraient paru nous transporter dans un monde légendaire, inaccessible aux appréciations de l'historien.

Nabonid, le dernier roi de Babylone dont le régne est fixé à l'an 550 av. J.-C, nous apprend, dans un passage de ses inscriptions, qu'il a recherché et trouvé à Sippar la mention de la rondation d'un temple construit par Naram-Sin, fils de Sargon-l' Ancien, roi de Chaldée, 3200 ans avant lui, par conséquent, 3750 ans avant J.-C. Or, Naram-Sin est postérieur au régne du souverain le plus moderne

I Découvertes en Chaldce par Ernest de Sarzec, publiées par les soins de M. L. Hbuzey, membre de l'Institut, sous les auspices du Ministère de l'Instruction publique. Paris, 1884.

dont les monuments ont été exhumés du monticule de Tello. Ces monuments nous révèlent l'existence de dynasties successives dont Tordre est indiqué par la filiation des princes qui les représentent. En accordant à ces dynasties la durée moyenne fixée par les calculs ordinaires, on arrive à conclure que parmi les rois de Tello il y en a qui doivent remonter au cinquantième siècle avant notre ère ! La lecture des inscriptions éclairera un jour ce que nous avançons à titre d'hypothèse, et tout porte à croire que ces chiffres, au lieu d'être diminués, seront dépassés dans une limite considérable.

fp. qpk. rp. tjpL tp. sJfK sp. fp. sp. ff^ ip. sp! fp.

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