‹ Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun, pasteur de la maison de son altesse sérénissime dChapitre 11 sur 24 · LS8 LARMES · texte numérisé non relu

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Princesses au sujet de la Régence, on jugea bien que tout cet ajqiareil viendroit fondre sur Orange K Dans cette consternation générale, on crut qu*il n*7 avoit pas de moyen plus efficace, s'il étoit pos^ sible de calmer cet orage, que d'envoyer en toute diligence à la Cour du Prince el des Princesses quelque personne de mon caractère, qui pût leur représenter respectueusement et avec force le dan» ger où étoit TÉtat d'une entière ruine, si elles n'avdent la bonté pour le bien de leur pupille de trouver dans leur haute prudence quelque moyen pour faire cesser le différend qui étoit entre elles.

Quoique je fusse le plus jeune des Pasteurs de la Principauté, j'eus Thonneur d'être choisi pour cet emploi ; par cette raison sans doute qu'étant le plus vigoureux, je pourroîs faire le voyage avec plus de diligence, et supporter la Migue de la poste dans une rude saison.

Je partis donc au commencement de cette année, chargé des lettres de créance et de mes instruc-* tiens tant pour LL. dites AA. quepour Leurs Hautes Puissances, et me serois rendu dans sept jours en Hollande, si je n'eusse été arrêté pendant deux jours par le gouverneur de Cambray , nommé Don Alphonso di Soli^ qui ne voulut jamais me laisser passer que je n'eusse reçu un passeport de M. le

* V. la prëfaee.

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marquis de Carassëne, gouTerneur des Pays-^Bas. Par bonheur feue S. A. R. Madame, de glorieuse mémoire, se trouva à Bruxelles; j'y dépêchai mon valet en toute diligence. U rendit mon paquet à M. le chevalier Silvius, qui remit à S. A. R. la lettre que je prenois la libertédeluiécrire. Elle envoya promptement un de ses gentilshommes audit marquis, qui fit expédier un ordre au gouverneur de dambray pour me laisser passer sans aucun délai.

J arrivai enfin en Hollande, où j'eus le bonheur d'être extrêmement bien reçu. Après ia première audience que j'eus de S. A. R., elle écrivit au Roi irès-chrétien pour le prier de ne se mêler plus des affaires d'Orange, puisqu'elle étoit satisfaite au sujet de la Régence. Mais cela n'arrêta pas le coup, €omme nous l'avons déjà remarqué.

Ce fut en ce voyage que je reçus la plus grande <Kmsolation que je pusse recevoir en ma vie : ce fut de voir le Prince, mon grand maître, d'avoir l'honneur de manger à sa table et de le porter souvent €Sitre mes bras, m'imaginant que c'étoit un petit ange que j'avois le bonheur d'embrasser.

Je ne dirai point ici toutes les particularités de ma négociation ; il me suffit de dire que les Prin-cesses en furent fort satisfaites, que j'eus le bonheur de teur plaire, et que, pour marque de l'honneur de leur bienveillance, S. A. R. m'offrit la wrvie de la pension dont feu mon père étoit gra-

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tifléy et que S. A. Madame la Princesse douairière me régala d'une chaîne d'or, où pend Teffigie du grand Prince Frédéric Henri, et au revers les armes de huit grandes villes qull a soumises à l'autorité de L. H. P.

A mon retour, qui fut le vingt du mois de mai même année, je trouvai mon église dans une grande consternation. Il n'y avoit que quelques jours que le régiment delà marine, qu'on avoit laissé en garnison, avoit assiégé les Réformés dans le grand temple, et avoit couché sur les carreaux quelquesuns de nos meilleurs habitants. J'appris que ces gens de guerre avoient fait mille voleries dans la ville, et que le tumulte avoit été grand en cette terrible journée. J'eus le déplaisir, sept jours après mon arrivée, de voir commencer la démolition des fortifications, dont la première pierre que l'on démolit tua un agneau qui passoit au pied des bastions qui faisoient face vers la ville. Le déplaisir que j'en reçus, joint aux fatigues de mon voyage, me causèrent une fièvre de vingt-neuf jours qui faillit à m'emporter de ce monde.

J'ai parlé ci-devantde M. Zuilychem; je l'ailaissé à Paris en qualité d'envoyé de la tutelle du Prince. Après y avoir fait un séjour de près de quatre années, on résolut enfin à la Cour de remettre la Principauté entre les mains du légitime souverain. Cette affaire étant conclue, M. de Zuilychem prit

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le chemin d'Orange, où il arriva le 12 avril 1665. Il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie, ce qui Tobligea de me dire plus d'une fois qu'il falloit bien que l'oppression eût été grande, puisqu'il voyoit tout le monde extrêmement satisfait de sa venue.

Je ne ferai pas ici le récit de tout ce que ce grand homme fît à Orange, je l'ai déjà fait dans la relation * que je dressai en ce temps-là par l'ordre de S. A. Madame. Néanmoins on me permettra de dire une seconde fois ce que j'ai remarqué dans cette relation. C'est que le 6 de mai de la même année, comme on publioit une amnistie générale à la place du cirque, M. de Zuilychem séant à la tête du Parlement, il se forma dans l'air une couronne qui se posa justement sur le trône qui avoit été dressé pour le Prince, ce qui fut vu de tous les assistans qui composoient une assemblée de plus de huit mille âmes. Voici l'épigramme que cet illustre plénipotentiaire composa le même jour sur ce sujet :

Dum stat Arausiacae confirmatura corona3

Ântiquam populi iaeta corona fidem :

Non dubiè cœlo placuit, quod u trique roronœ,

Terlia de cœlo missa coronat opus K

Pendant son séjour à Orange, ce grand homme

> V. la préface.

' « Tandis qu'une joyeuse couronne de peuple confirme à la

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me donna mille marques de son aflectioii, dont il m*a honoré jusgu^à sa mort, qui pour mon mal* heur arriva le 28 mars 1687, le même jour que je suis arrivé à La Haye. Je regrettai cette perte avec beaucoup de larmes, et, pour marquer la vénérs^^ tion que j'ai eue pour son rare mérite, au milieu de mes soupirs, je composai cette épitaphe et ce sonnet :

ILL09TRIMIMI D. CoJfSTAlITUU

HooBKii Equitis

ZOLICHKHI ZULHBIII ET Ilf MoNICKBLAllMA TOPèKCBAf

CoRsiLiis Phima&ii

EnTAnHinf.

Spirltiïâ alla «olit, sàwim hot sua Tiscera Qoodtt, Mundiis faabet Qtmta. Qoid mibi, Unsà? dolor ^

Scripsit lug0n« lllustrlssimiuo amicum denatum.

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