‹ Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun, pasteur de la maison de son altesse sérénissime dChapitre 12 sur 24 · I. P. a Ghavaruno · texte numérisé non relu

I. P. a Ghavaruno

SONNDT.

Rassasié de jours, et d'boimeur, et de gloire, Hugens, vous nous quittez pour aller dans les deux ;

couronne d'Orange son antique fidélité, le ciel, à n'en pas douter, s'en réjouit, puisque, s'ajoutant aux deux premières, une troisième couronne , descendue du ciel , vient (x>nfonner l'œuvre. »

^ « Son âme habite les cieux ; cette pierre recouvre ses entrailles; » Le monde a son nom. Muse, que me reste-t-il? la douleur.»

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La terre est un néant; il faut de plus beaux lieux Pour loger un esprit qui doit remplir Thistoire.

Le monde universelxhérira la mémoire De vos rares vertus, qui brillent à ses yeux. Les Muses chanteront votre nom glorieux, Les anges loueront votre sainte victoire.

Dans le jour que Jésus combat contre la Mort, Vous combattez contre ^le, et, par un saint effort, Vous èos le vainqueur de oeUe «ipttoyable.

O MortI ne pense pas d'éteindre ce flambeau.

Sa lumière est trop grande, elle est trop admirable Four pouvoir la cacher dans un sombre tombeau.

32 LES LÀEMES

Depuis l'arrivée de M. de Zuilycheai à Orange jusqu'au 18 mars 1673, je passai d'assez bons jours dans mon Ministère. Feu M. de Milet, qui fut envoyé pour commander dans l'État, tenoit si bien la main à toutes choses, que personne n'osoit rien entreprendre de ce que nous avions vu auparavant; tout Catholique Romain qu'il étoit, il tenoit la balance égale : mais comme son équité n'étoit pas agréable aux esprits remuans, on tâcha de lui susciter des affaires en Cour de France. Il halssoit mortellement les faux dévots, et traitoit avec beaucoup de mépris toutes les superstitions de l'Église Romaine; jusques-là, qu'un dimanche au soir comme je sortois de prêcher, je le trouvai sur mes pas portant un flambeau à la main à la suite d'une Notre-Dame qu'on portoit en procession.

Sitôt qu'il m'aperçut, il traversa la rue pour me joindre, et me dit ces propres termes : « Monsieur, vous voyez qu'on me fait faire amende d'honneur; je me donne.... si on m'y attrape de ma vie. »

Ce discours scandalisa fort les Romains qui étoient près de lui, et dès lors il se brouilla avec

rÉvèque*, sans que je pusse les raccommoder, quelques soins que j'y prisse.

Cela ne Tempécha pas déjouer un autre l)on tour à ces Messieurs.

Le jour de la Fête-Dieu de la première année de son gouyernement, on lui Toulut persuader qu'il deYoit faire tirer le canon à l'heure de la procession , que le chevalier de Gaut qui avoit commandé pour le Roi très-chrétien en avoit usé de la sorte, et que lui, en qualité de bon Catholique, devoit suivre le même exemple. Il fit semblant d'approuver leur conseil; il monta au château, et me prit en passant afin que j'eusse ma part de la comédie. Il me dit qu'il y avoit une affaire pressante sur le tapis, qu'il alloit donner ses ordres» et qu'il me prioit de vouloir aller avec lui.

Comme nous fûmes arrivés, il commanda au major de faire ouvrir les magasins des canons; il les frappa tous de sa canne, leur disant : « Progredior, veux-tu tirer demain à l'honneur du Sàint-Sacrement?» Il appeloit ainsi lés canons» parce qu'au milieu des armes du Prince il y avoit cette inscription en gros caractères : PROGREDIOR, c'est-à-dire,

* D*aprè8 la GalHa Christiana, Lutet. Paris., 1715, t. I, 786, Orange eut pour é?éque, de 1647 à 1661, un Romain, Serrani; et, de 1661 à 1674, un Italien, nommé Fabrl, auquel succéda d'Obeilh , dont il sera question plus bas. C'est bien de l'évéque Fabri qu'il est question ici.

34 LSS LABliES

a j'avance. x> Jenesavoisquecomprendreenceixiy&tëre; mais enfla, après qu'il eut frappé àdÎTerses fois sur tous les canons et qu'il leur eut demandé à tous la même chose, il se tourna vers moi, me di«* sant : « Ma foi, ils sont tous bugtienots; vous me serez témoin comme ils refusent de faire honneur au Saint^Sacrement. » il m'expliqua ensuite cette énigme , et voulut à toute force que je l'accompa* gnasse à la place où les zélés Catholiques l'attendoient pour apprendre le succès de leur demande. Sitôt que ces Messieurs l'aperçurent, ils s'avance^ rent vers lui à grands pas ; il me pria d'arrêter un moment, et, après qu'il eut un peu parlé avec eux, il m'appela, leur disant : a Voilà, Messieurs, un témoin irréprochable ; demandez4ui si je n'ai pas interrogé tous les canons pour savoir s'ils vouloient tirer demain; il n'y en a pas un qui m'ait répondu, d'où je conclus qu'ils sont tous aussi bons hugue» nots que le Prince leur maître. » Ces bons dévots se retirèrent fort confus, et conçurent un tel dépit de cette raillerie, qu'ils se liguèrent étroitement avec l'Évèque pour susciter à M. de Milet et à l'Église une grosse affaire. Elle est essentielle; je la dirai en peu de mots.

n y avoit à Orange un nommé Brissi, Italien de nation, qui s'étoit défroqué depuis environ vingtcinq ans, pendant lequel temps il avoit persévéré constamment en la Religion. La légèreté, qui est

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un des caractères des moines de cette nature, avoit fait qu'il s'étoit replongé dans le bourbier. Depuis deux ans il s'étoit retiré à Avignon, où il fut reçu avec applaudissement, comme si Ton avoit fait une grande conquête. Il fut excommunié parmi nous dans toutes les formes de la discipline ecclé* siastique. Je prononçai la sentence d*excommu]ii« cation contre lui un dimanche matin, par ordre de mon Consistoire. Après qu*il eut passé deux ans à Avignon, il retourna à Orange, et vint chez moi pour me dire que son âme étoit dans de continuelles agitations, accompagnant son discours de beaucoup de larmes. Nous le laissâmes en état de pénitent Tespace d'une année, sans lui vouloir donner la paix de TÉglise. Nous l'admettions à Foule de la parole et des prières, mais il ne lui étoit pas p^mis d'assister à la célébration des Sacremens, conformément à Tancienne discipline de FÉglise. L'année étant écoulée, et nous ayant donné diverses marques de sa repentance, je levai Texcommunication par le même ordre, le pénitent étant à genoux au milieu de l'assemblée, et fut ainsi admis à la paix de l'Église. Cette cérémonie, qui a été abolie dans l'Église Romaine, par le prétendu Sacrement de la confession, piqua vivement les Catholiques Romains. Les esprits remuans crurent qu'il y avoit là un moyen pour nous inquiéter, et obligèrent l'Évéque d'en écrire en Cour de France.

Et, en effet, ils réussirent eo quelque manière dans leur dessein : car cette affaire donna quelque inquiétude à M. de Milet. M. de Lionne, qui étoit pour lors secrétaire d'État des .affaires étrangères, en écrivit en Hollande, par ordre du Roi son maître, demandant que Brissi fût chassé de TÉtat. S. A. R., qui depuis peu avoit pris le dit gouvernement et toutes les affaires, après avoir été déclaré majeur, envoya copie des lettres de la Cour de France à M. de Milet, avec ordre de l'informer de cette affaire et d'envoyer son avis. Feu M. de Zuilychem, chef du conseil, m'en écrivit aussi, me chargeiant d*en conférer avec le commandant, qui n'eut pas plus tôt reçu ces dépêches qu'il m'envoya appeler. Quoiqu'il fût un homme d'un grand cœur, je le trouvai alarmé et inquiet pour cette affaire, qu'il regardoit d'une conséquence plus dangereuse que je ne faisois. Je lui remontrai qu'il étoit de la dernière importance que l'Éveque n'eût pas la satisfaction qu'il démandoit; que, si les choses tournoient selon son désir, il prendroit toujours le canal de la Cour de France, pour nous inquiéter, et qu'il lui falloit faire comprendre en cette occasion, que, s'il vouloit obtenir quelque chose pour sa satisfaction, il devoit s'adresser directement à son Prince légitime ; qu'au reste cette occasion étoit favorable pour fairQ voir que le Prince étoit absolu dans son État, qu'il dépendoit de lui de donner

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protection à qui boD lui sembloit, et.que, quoique Brissi ne méritât pas cette protection, la bonne politique demandoit qu*il fût protégé en cette rencontre.

Il donna entièrement dans mon sens. J'estime que la mésintelligence qu'il y avoit entre lui et rÉvéque n*y contribua pas peu. Quoi qu'il en soit, il me pria de dresser un mémoire pour envoyer à S. A. R., ce qui fut exécuté selon son désir, et de mon côté je répondis à M. de Zuilychem, et lui envoyai copie dudit mémoire. Le Prince l'approuva, et M. de Zuilychem fit par son ordre une réponse à M. de Lionne, par laquelle il put bien comprendre qu'il étoit jaloux de son autorité, et qu'il pouvoit faire chez lui tout ce qu'il lui plairoit sans que personne eût droit de s'en formaliser. Je portai la peine de cette affaire : car l'Évèque n'osant s'en prendre à M. de Milet, il m'arrêta un jour en pleine rue, et me dit avec un visage tout enflammé de colère : « Vous êtes cause que Brissi n'a pas été chassé, je m'en ressentirai ou je mourrai bientôt. >» Comme c'étoit un bon homme qui m'aimoit assurément beaucoup, je lui dis en souriant : « Vous vous trompez, monsieur, c'est S. A. qui est la cause que Brissi demeure, il est le maître; il faut que vous et moi suivions sa volonté. Que vous importe que Brissi soit à Orange ou au bout du monde? » K Vous avez raison, me dit-il, j'ai fait mon devoir

èl VOUS le Vôtre, soyons bons amis. » Et en mê quittant il me donna deux baisers selon sa coutume : car il ne Tenoit jamais à l'université qu'il ne m'embrassât, qu'il ne me baisât, et qu^il ne m'invitât pour aller boire, me disoit-il, de son bon vin. Il étoit Italien de natioa, peu savant, ne se inêlant d'affaires pour nous inquiéter -qu'en étant sollicité par les cagots. Il mè faisoit ï'honneur de veùir souvent chez moi; quand il ne tne trouvoit pas, il alloit se promener dans mon jardin, et dans les entretiens que nous avions ensemble, il me témoignoit tant d'amitié, que j'en étois dans la confusion.

Un jour que je me promenois avec lui dans son jardin, il me dîsoit fort sérieusement qu'il me vouloît faire son coadjuteur; que, n'ayant point d'enfants, il ne seroit pas difficile d'obtenir du Pape une séparation d'avec mon épouse. Je me pris à sourire, et lui dis : « Mais, monsieur, si le Pape y consent pour me faire Évêque d'Orange, S. A. y donnera-t-elle son consentement? elle me c*hassera de sonlÈtat comme un coquin. Je n'^ai pas besoin de clianger ma condition, je suis Évêque comme vous, et si je ne le suis pas parla grâce du Saint-Siège, jeîe suis par là grâce deï)ieu, et vous tomberez d'accord que cette grâce vaut infiniment plus que celle du Pape. » le bon prélat inourut quelque temps après ; j'eus du déplaisir dé sa

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mort, pai^ce que je le tournois assez bien pour le repos de mon É^Use.

M. de Milet m^ourut (](ue1,ques années ayant cet Évèque, $ans qu*ils se fussent réconciliés ensem* ble, quoique ce conimandant eût recherché la paix ayec lui. M. de Berkçoffer lui succéda au commandement dç rÉtat. Il veilloit sur tout ayec tant d'çxactitude que nous vivions dans une profonde paix; il ne se donnoit aucun repos ni nuit ni jour pour s'acquitter dignement de son emploi, ne sortant que rarement du château pour s* empêcher de surprise. Mais la grande cause qui influoit pour notre repos étoit la majorité du Prince, que tous ses sujets craignoient et respectoient; de sorte que, iusques au temps de la guerre, nous ne fûmes fatigués d'aucune inquiétude ni par ceux du dehors ni par ceux du dedans.

Chacun sait que cette guerre commença l'ap 1672. Je prévis bien qu'elle alloit être funeste à toute la^ Principauté, et par conséquent ai(x %lises que Dieu y avoit recueillies. Nous passâmes pourtant la première année sans qu'on nous donnât aucune inquiétude; mais l'année suivante n'eut pas plus tôt commencé, que npus comn^ençâmeç aussi d'en ressentir les funestes effets. Jq fu9 1^ premier qui en appris les tristes nouvelles le ^ manche au soir, 21 janvier de Tannée 1679. Ce jour-là i'étois de^ns, mon étude, en boone copfipa-

gnie. On m'apporla un paquel de lettres, qui Tenoit de la part du sieur Gabriel Convenent, mon neveu, conseiller au Parlement d'Orange, qui me donnoit avis que le 1 1 du même mois le conseil d*État du Roi avoit donné un arrêt par lequel il adjugeoit par droit de représaille la Principauté d'Orange à M. le comte d'Auvergne'.

Cette nouvelle fut pour moi un coup de foudre qui me fit pâlir.

Les assistans s'en aperçurent, je les priai d'agréer que je disse un mot à M. de Riomal, enseigne au château, qui étoit présent. Après que la compagnie se fut retirée, je lui donnai mes lettres : il y lut notre malheur, et, après diverses réflexions, il les porta à M. de BerkcofFer. Le lendemain, bon matin, ce commandant me fit l'honneur de venir chez moi pour aviser ce qu'il y auroit à faire en cette fâcheuse rencontre. Mon avis fut d'envoyer copie de mes lettres en Hollande, et à M. Rompf, que M. Grotius^ ambassadeur de L. H. P. , avoit

« Cf. Saint-Simon , VI, 58.

' Pierre Grotius, flis du fameux Hugues Grolius , - a été l'un des plus habiles diplomates de son temps. L*électeur palatin « rétabli par la paix de Munster, le fit son résident auprès des états généraux . H fut fait pensionnaire de la ville d'Amsterdam, en 1660, et exerça cet emploi pendant sept ans. Dans des conjonctures très-difficiles, en 1669, la Hollande requit ses services auprès de Louis XIV ; mais il ne put prévenir la guerre de 1672. V. Tarticle Grotius, dans le Dict. deMoreri.

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laissé à la suite de la Cour, pour savoir positivement si la chose étoit comme on Tavoit écrite. Mais avant que les lettres fussent à Paris, ledit Rompf confirma cette nouvelle, que nous avions tenue cachée, ce qui mit lout TÉtat dans une étrange consternation.

Nous attendions de jour à autre Vexécution dudit arrêt, qui n* éclata que dans le mois de mars suivant, auquel temps M. Rouillet, intendant en Provence, vint à Orange, accompagné d'un prévôt avec ses archers, et d'un bourreau pour intimider le monde. Il s'arrêta quelque temps au comtat, dans le couvent des Célestins de Sorgues, pour s'informer de la contenance du commandant.

Comme il eut appris qu'il étoit dans la résolution de le recevoir à coups de canon , il ne vouloit point entrer dans l'État; mais enfin, après beaucoup d'allées et de venues de quelques traîtres, il vint à Orange sur la nuit, où, après beaucoup de menaces de faire pendre, la ville souffrit le joug, et se rendit à sa volonté. Il fit sommer le commandant, de la part du Roi très-chrétien, par le prévôt, qui lui répondit, selon son devoir, qu'il n'avoit à recevoir des ordres que de la part du Prince son maître. Cette ferme résolution du commandant fit que l'intendant ne fit pas long séjour à Orange, dans la crainte où il étoit que la garnison ne le vînt enlever : mais comme elle n' étoit que de soixante

et dix hommçs» elle if^'éloi}, p£is asse^ fo^te |poui^ une sembli^ble entr^priae. Il ne Qt quç mettre çn ppsr sessioD des domaines le sieur Richard, que M, le comte d'Auvergne avoit envoyé avec la qualité de son procureur, après quoi il s'en retourna eq Provence avec la même escorte qui TÉ^voi^ accû|n- P4gné-

ConEmie on çut s^ppris à la Cpwr de France le irefus et la résolution dudit commandant. M, de l^ouvois écrivit à M. Rquillet qu^ \e I^oi cpnsQotoit que ledit comms^ndant dçmevirât d^Q^ le ç|)â,jtça^ avec sa garnison, à condition qu'il n'eippêchât pag la levée des depiers de \^ Principauté. Cet ordre ne fut pas dopné comme upe faveur ; pi^ apprébewdoit qu'upe étincelle n'allunaât un* grand feu ; de Sïorte que ^ politique voulut , pour ce coup, qii'pn différât, jusqu'à ijn ^utre teipps qqi paroîtroit plus favorable, le dessin qu'on ^voit formé de r^ser Je château et d'e^leyer toute Farr tillerie, les armes et la muu^tioa q^i étojiQnt de^dans.

Çepend^t je tenois de près ledit Richard, ftfin qu'il lie fît aucune plainte en Cour de Frçmçe, pt que par ce moyen mon Église fût en repos. Il me faisoit de belles prouie^se^ ; mais enfin ce malhonnête homme, qui s'étqit imaginé qu'il lui seroit plus honorable d'être logé dans le château, n'oublia rien pour en dénicher le commandaut. Il

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écriyû^t nftiUç faussetés à M. le comte d'Auvergne, gu'il oç po4Ypili retirer les revenus, que le çomiQapdaQt étciit up ^and oJjistacleppur cels^, et que, si on ne pçnsoit ^\e faiipç sortir, il seroil contraint de tout ^bandonpe^.

Syr ce pré^extp, qu, pour mieux ^lire, sur ^'autres de nolitique, le Roi très-chrétien dopna ordre aii cûii^te de Gri^n^n' d'aller attaquer ledit château Rv^ le régimejit des galères et to^t l' arrière-ban de Provence, (iC ^6 octobre de la même année, son capitaine de^ gardas arriva à OraAgç fivec quelques qompagnie§i qu'oin avoit tirées des garnisons voisines^ Il envpya un tainbour deys^qt lui vers le pliâteau, et| E|*en étant approché, il som^ia lacppar mandaat, au npni àw Roi son ipallre, de lui TQt mettre la placç, Il lui répondit comme il avoit fait au prévôt, qu'il ne recppnoissoit aucun ordre que oeux du Pripce son ipaîtrç^ el; qu'il eût à se retirer, fatite de quoi il luiferpit tirer dessus. Aprèg cette rigoureuse répqflse que cet officier n'avpit pas attendup, lei château fut bloqué, les portes de la ville fermées, à la réserve d'une pu l'on mit un gros corps de garde,

Le blocus dura uo mois entier, aprè^ lequel M. le comte de Grignan, à la tête de toute la no-

1 Le comte de Grignan, gendre de madame de Sévigné , fut longtemps Ueutepant général de Provence. V. Sajnt-Simop^ Ul, 27 Ij IV, 339; XU, §9 sqq.

blesse de Provence, parut devant la ville, suivi du régiment des galères, et prit des chemins détournés pour n*étre pas incommodé du canon ; mais pourtant il ne put si bien se détourner qu'il n'y eût quelques personnes emportées par le canon, qui fit un grand feu tant que les troupes furent à la vue du château. Il ne fut pas plus tôt dans la ville, qu'il envoya un trompette pour sommer ledit commandant, qui répondit comme il avoit fait auparavant. La nuit, on fit approcher le canon qu'on avoit tiré de l'arsenal de Marseille; mais comme le commandant n'avoit pas une garnison suffisante pour résister aux ennemis, il fit une honorable capitulation, conformément aux ordres du Prince, qui l'ay oit loué par une de ses lettres de ce qu'il avoit refusé la porte du château à ceux qui la lui av oient demandée; qu'à l'avenir il en useroit de même jusqu'à ce que des troupes parussent, contre lesquelles- n'étant pas en état de se défendre, il seroit obligé de capituler aux meilleures conditions qu'il pourroit obtenir, mais surtout qu'il eût à se souvenir de n'avouer jamais qu'il se rendoit aux ordres du Roi très-chrétieu, mais seulement à la force de ses armes.

La persuasion où tout le monde étoit de ma fidélité et de mon zèle au service du Prince mon maître, et qu'on sa voit que ce n'étoit qu'avec regret que je voyois la désolation de son État, fit

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que bien des gens me rendirent de mauTais offices près de M. le comte de Grignan. Ils lui disoient incessamment que c'étoit moi qui empéchois par mes conseils le commandant de se rendre, que je serois la cause que toute cette noblesse périroit devant celte bicoque ; de sorte qu'on mit en délibération si Von devoit m'arrêter. Plusieurs personnes qui se faisoient de mes amis me conseil loient de me retirer hors de TÉtat pour ne m'y trouver pas à la venue de M. le comte de Grignan; ils m'en faisoient presser par mes parents et par les personnes pour lesquelles j'avois le plus de déférence.

Mais quoi qu'ils pussent dire et faire , ils ne purent jamais m'obliger à m'éloigner ; au contraire, je leur disois que, sans mes incommodités, je m'enfermerois dans le château avec le commandant, et qu'on ne s'en ren droit maître qu'en renversant les murailles sur nos têtes. Je suis tout persuadé que la constance que je fis paroltre en celte rencontre m'attira l'estime de M. le comte de Grignan. Il est honnête et généreux, et je m'imagine que, bien loin de blâmer ma conduite, il m'en louoit dans son âme, puisqu'il n'y a rien de plus naturel à un sujet que de porter avec zèle les intérêts de son souverain.

M. de Berkcofifer ne fut pas plus tôt sorti, qu'on commença d'enlever les munitions et armes qui

L£S LAKMES

étoient dans le château» après quoi il fut rasé jus- ^u*aux fondeniens, ei le puits, qui étoit une des rares merveilles de TEurûpe, entièreiuent comblé. Ou voulut obliger les babitaus à faire cette démolition ; ils le refusèrent constaçimeut . quelques menaces qQ*OA hm sût faire. Ou fut obligé d*y employer les ContadioSi qui n*eule* yoieut aucune pierre dont 1^ grosseur fût çonsidérable, q\ie ce ne fût ou ma tètÇi ou mes bras, ou mes jambes ;; car à tout montent on les entcAiiloit crier ; « Yoilà la tête de Chamhrun ! voilà le corps de ce diable de Ministre! voilà son bras, voilà sa jambe! » Ils ne se contentèrent pas seulement de me rouer ainsi par leurs paroles, ils me brûlèrent au lieu de Sairrignau en ef&gie avec Calvin et Bèze, nous faisant sauter par une mine, en quoi ces misérables me firent plus d*honneur que de mal en m'associant avec des personnes d'un mérite si extraordinaire.

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Pendant cet interrègne, il n*y eut sorte de maliôe qu*on ne mil en usage contre nou^. Les Contadlns qui avoient démoli lô chàteati, avant que desé retirer, s'avisèrent d'arborer deux croix de bois qui avoient servi à tout autre usage dans les magasins du château : ils en posèrent une sur un des bastions démolie qu'on appeloit le bastion Rouge, faisant face vers l'Orient, et Tautre éur le bastion qu'on appeloit du Rhône, qui toumoit du côté de l'Occident. Ce furent là deux pierres d'attente pour nous faire bieti des affaires.

Quelque temps âprèé on lès mit à bas. Ôii accusa des personnes de considération d*être les auteurs de ce prétendu sacrilège, et enfin la Providence, qui conduit tout sagement, fit que la malice fut découverte, et qu'il fut clairement avéré que le êurè ùotnmé Oiiîagi, homme de trèsmauvais exemple, malicieux, et sur le tout fort ignorant, avoit suborné de jeunes enfants pour accuâer eee personnes de qualité, ce qui fut cause que tout te grand bruit fut calmé dans lé mo^ ment.

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