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tant mon esprit étoit occupé, ce qui me donnq. un grand préjugé de croire que h douleur n'est qu' w^ pensée.
Je fus visité par TÉvéque et le commissaire de guerre dans la province du Dauphiné, qui %llQii & Orange pour y porter cinq cents pistoles, pour dédommager les p^^uvres Catholiques Ron^ain^ du logement des gens de guerre; d*où Ton peut jugâr de la dépense que les gens de la Religion ont été obligés de faire. Ce commissaire m'offrit de Tar^ gent dont je ne daignai pas le femeroier. Il m'eiL* hortoit aussi d'écrire le^ motifs de ma prétendue conversion, m' alléguant pour exemple ce que le Ministre Vigne* avoit fait. Je lui repartis que je n'étois pas tel qu'il me eroyoit, qu'il se devoit souvenir des dragons et des taffîbours qu'il na' avoit envoyés, dont le bruit effroyable m' avoit fait oublier mon latin ; ainsi, je le renvoyai brusquement en me moquant de lui et de ses offres.
Puisque le discours de ce commissaire me fait souvenir du Ministre Yigne, je n'oublierai pas de remarquer ici que cet apostat étant venu à Valence, pour se faire recevoir conseiller auPrésidial, il fut chez moi, conduit par àem valets de l'ÉvêqujB
* vigne, après avoir apostasie, écrivit une Apologie pour VigHse eatholique, par le sieur Vigne, ey-devant Ministre de Cîrenpble, Paris, }6Qe, in-id. Ce p«ltk éorit se troave à la Bibliothèque Nationale*
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de YalmoQi 11 entra dans ma chambre, tout tremblant et tout blême; je le reçus fort froidement, et, après un petit discours de civilité qu'il me fît, je lui parlai en latin, à cause de quelques personnes qui nous pouToient écouter. Je le priai de me dir^ en quel état étoit sa conscience depuis son change-^ ment; il fut extrêmement surpris de ce discpurS| et n^e p^rut fort interdit. Néanmoins» après avoir deineuré quelque temps dans le silence, il me rér pondit en bégayant que sa conscience étoit en repos. «( Et moi» lui dis-je, je suis dans les enfersi quoique je n*aie pas fait ce que vous avez fait. Je n'^ aucun repos, ni nuit ni jour, pour avoir dit une mauvaise parole, et vous me dites que voue avez votre conscience en repos, Ahl monsieur, vous n'y pensez pas bien : il vaudroit mieux con^ fesser son péché à Dieu que de détenir la vérité en injustice. »
<& Je me suis réuni, me répondit-il, à TÉglise Romaine pour éviter le schisme, que j'estime préjudiciable au salut; je me suis réuni positivement, mais j'en suis séparé négativement. »
« Si vous parliez, lui dis-je, à quelque paysan, vous pourrie^ lui jeter de la poudre aux yeux, par cett$ distinction; mais me croyez-vous si ignorant que je n'entende pas votre jargon? Pouvez-vous dire que vous êtes séparé de l'Église Romaine négativement, en rejetant ses dogmes et son culte
que Dous désapprouvons? Ne venez-vous pas tout fraîchement de donner au public une lettre, s*adressant à vos prétendus nouveaux convertis, en laquelle vous soutenez ce que vous me dites à pré-r sent n'être point l'objet de votre foi? Prenez garde qu*en mentant aux hommes vous ne mentiez à Dieu. »
Apparemment il s'étoit attendu que je n'oserois pas lui parler avec tant de force, que je dissimulerois par politique avec lui mes sentimens ; de sorte qu'il se retira avec confusion et alla de ce pas chez l'Évéque, où, selon toutes les apparences, il lui fit en partie le récit de notre entretien ; de quoi pourtant ledit Ëvéque ne me fit aucun semblant.
Lorsque je fus un peu revenu de cette enflure de cœur qui m'ôtoit presque l'usage de la raison, je pris la liberté d'écrire à S. A. R. une lettre, en date du 12 de janvier 1686, en laquelle je lui faisois le récit de mes tristes aventures. Ce bon maître eut la bonté de me faire écrire par M. de Schulembourg qu'il éloit extrêmeuïent touché de toutes mes misères, et que je devois espérer que Dieu ne m'abandonneroit point. Cette réponse me fut d'un très-grand secours et aida beaucoup à ma consolation : car, comme Dieu me prépietroit encore beaucoup d'afflictions et de soufi'rances, ces marques de bienveillance dont je m'étôis rendu indigne aidè^ l*ent à me soutenir dans mes combats,
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Peu de jours après que j'eus reçu cette réponse; M. rÉvêque de Valence me fit sa dernière visite, qui me fut fort incommode. Jusque-là il ne m'avoit point pressé, mais alors il me dit, si je voulois vivre sans aucun exercice de Religion, que je me ferois de mauvaises affaires, de quoi il auroit du déplaisir; mais qu'enfin il avoit k répondre de moi ; que, comme je l'avois pressé de me faire obtenir un passe-port ou de me laisser aller à Orange, il avoit reçu la permission de me laisser aller à Jlomeyer, près de Die, où l'air étoit bon pour con- Iribuer à ma santé. Je vis bien qu'il ne vouloit pas me dire qu'on m'envoyoit là en exil ; mais néanmoins, j'eus de la joie de ce qu'on me permettoit de sortir de Valence, que je regardois comme un enfer.
J'en partis le plus promptement qu'il me fut possible, nonobstant mes douleurs. Mais avant que d'en partir, je n'oubliai pas de dire, par ce billet, mon dernier adieu à mes chers collègues.
« Je vous dis adieu, mes très-chers frères, si « toutefois je suis encore digne de porter ce beau
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« Dom. Je quitte ce lieu qui m*a été si funeste, « pour me retirer dans un désert, où je m*en vais « comme dans une espèce d*exil. Mes foiblesses et a mes infirmités m'ont séparé de tous, pour n'être « plus le serviteur fidèle et loyal; j'en porte déjà la a peine dès cette vie, étant dans le plus triste état a que vous vous sauriez imaginer, le porte envie à fx vos liens, et j'estime la poudre de vos pieds iliille « fois plus digne d'être présentée à Dieu que toute a ma personne. Appr^neE, par mon triste exemple, a à être plus fidèles à celui auquel vous servez que tf je n'ai été; il sait, ce divin Maître, les prières que « je lui adresse pour votre persévérance. Ne m'ou- & bliez pas, je vous supplié, dans les vôtres, qui a seront d'une grande effioaee en la pr^ence de (K mon Dieu. J'estime plus les cachots où vous êtes a renfermés que les plus supei^s palais du iQonde» « Les prières des gens de bien les ouvriront, peur n vous faire jouir du fruit qui est dû à votre perr a sévérance ; et vous savez quelle est la bienheu^ K reuse récompense que Dieu prépare à cette encel- « lente vertu. Adieu donc, mes trèsMîhers frères; jK mon cceur et mes entrailles vous embrassent, et, ft en quelque endroit qne la Providence vous c( adresse^ publiez mes soupirs et mes larmes, afin c< que, si ma faute a scandalisé l'Ëglise de Dieu, les a larmes de ma repentance lui puissent donner a quelque édification» »
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Ce fut le 3 dé mars que j^arrivai dans cet horrible désert où j'étois relégué*.
Sur ipa route je fuâ dans de grandes inquiétttdes. Plusieurs Ministres qui ayoient lâché le pied, les uns par la violence, et les autres de gaieté de eœuî*, étdierit à Die, où je devois passer. «Est-il possible, disois-je en moi-même, qu'on t'envoie près d'une nichée d'apostats, qui, par le souvenir que tu auras de leur crime, te reprocheront incessamment ta faute ! » J'en feisois mes complaintes avec tant de douleur, qu'uù gentilhomme passant près de la litière où j'étois couché demanda à un de mes valets si j'avois Vesprit troublé.
Je ne dirai rien des larmes que tant de bonneë âmes versoient sur mon passage ; je recevois d'eûi mille bénédictions^ car ils savoient bien queld étoieiit les sentimens de mon coerur, et dans quels regrets j'étois de la parole que j'avois lâchée. Le désert affreux où je fus relégué est un vallon fort étroit, où l'on ne peut entrer que par l'ouverture d*un rocher qui paroît inaccessible au Couchant
* A ia page 190 dii second voltiiliedès Mémoires de Daniel dé Gosnac^ se trouve une note dont nous extrayons les lignes suivautds ] te hB mlDtstreréealeKrant Alt reiégoé dans un petit viU 1993 99fi^é Romeyer (Uttiiiia Tl)i||e),prè8daDie. On TOit encore ai]4oûrd't)ui écrit avec de Tencre sur la porte de sa chambre le 1« vers, du ps. uv : Ècce elongavi fugiens; et mansi in solitudlne. »