‹ Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun; qui contiennent les persécutions arrivées aux églises de la principauté d'Orange depuis l'an 1660; la chute et le relèvement de l'auteur avec le rétablissement de Saint Pierre en son apostolat ou sermon sur les paroles de notre seigneur Jésus-Christ. Réimpression d'après l'édition originale annotéeChapitre 18 sur 25 · J 80 LES LARMES · texte numérisé non relu

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dans les dogmes, dans le culte et dans le gouvernement de l'Église, et qu'ainsi on ne les pouvoit point blâmer, à moins qu'on ne leur démontrât qu'ils errassent au sujet de leurs prétentions .

Il ne poussa pas fort avant cette matière; il me dit seulement qu'il m'avoit déjà dit qu'on pouvoit réformer quelque chose dans l'Eglise, et qu'il me jugeoit très-propre pour aider à cette bonne œuvre.

Il ne me souvient pas bien comment nous entrâmes en conversation sur la persécution présente, mais il me souvient très-bien qu'il me dit ces propres paroles : « On croit que les Évêques sont la cause de la manière qu'on se prend aujourd'hui pour la réunion, on se trompe assurément : nous avons représenté là-dessus ce que nous devions; mais c'est la volonté du Roi, à laquelle personne ne se peut opposer.»

Lorsqu'il me tenoit ces discours, je levois les yeux au ciel, dans l'étonnement où j'étois qu'un Évêquefût capable de parler si faussement contre la vérité. Il me parloit comme s'il eût détesté la violence, et cependant il n'étoit pas plus tôt hors de chez moi que j'apprends qu'il étoit monté à cheval, à la tète des dragons, pour aller tourmenter dans son diocèse ceux qui n'avoicnt point abjuré ou qui ne vouloient pas aller à la messe '. 1 Qu'il nous soit permis de recommander ce passage à l'alten-

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Le Prince mon maître lui tenoit fort au cœur ; il se passa peu de nos conversations qu'il ne me dit :

« Ces entêtés croient toujours que le Prince d'Orange viendra à leur secours; » ce qui me fit dire un jour à un de mes amis que le nom du Prince mon maître étoit aussi terrible à L'Evêque de Valence que le tambour de la peau de Ziska t'avoit été autrefois aux empereurs.

Dans une autre conversation, nous tombâmes sur les canons de la messe; il m'enfaisoit le détail comme d'une pièce concertée parles anges mêmes. Je lui dis qu'à la vérité il y avoit de bons endroits, niais qu'enfin c'étoit un manteau cousu de tant de pièces si mal rapportées, que ceux qui y faisoient attention ne la regardoient pas d'un même œil que lui. «Par exemple, Monsieur, lui disois-je, cet endroit est-il supportable où le prêtre dit : « Nous te présentons ce sacrifice en l'honneur de la sainte Vierge, saint Pierre, saint Paul, etc.» Quoi! offrir à Dieu un sang par le-

tion de M. de Broglic, qui a mis récemment son talent à défendre la thèse que soutient ici M. de Cosnac. Ce passage est une preuve entre vingt, et peut-être entre mille, que l'histoire produira peu a peu, qui les persécutions essuyées par les protestants de France sous le rèyne du roi très-i bréti< a Furent, pour le moins, L'œuvre collective du clergé catholique tout autant que celle de Louis XIV.

quel ces Saints ont été rachetés, en leur honneur, n'est-ce pas mettre le sang de Jésus-Christ audessous de ces Saints? » J'eus pour toute réponse qu'il falloit entendre cela comme l'Eglise l'entendoit.

Au sujet de la transsubstantiation, je lui rapportai te beau passage de Théodoret que l'on lit dans son Dialogue II : « Dieu n'a point changé la nature du pain , mais a ajouté la grâce à la nature '. » Je lui rapportai ce passage en grec; il me dit qu'il a\'oit su autrefois cette langue, mais qu'il l'avoit oubliée. Je lui répondis : «Je le crois, Monsieur; vous avez eu d'autres occupations que de vous arrêter à la grammaire, b

Il ne se tira pas mieux d'affaire sur celui que je lui mis en avant des Décrétâtes. Il appuyoit fort sur ces paroles : «Ceci est mon corps; » me disant qu'on ne pou\ oit pas se manquer en croyant ce que Jésus-Christ avoit dit. Sur quoi je lui rapportai l'explication de ce passage par les Décrétâtes mêmes, au titre de la Consécration. Vos Décrétâtes, lui disois-je, ne vous doivent point

1 ThcodoretiEpisc. Cyri Opp. Lutet. Par., fol. 1642, t. IV, 18 : « ...Qui enim corpus naturale frumentum et panem appellavit, et vitem rursus se ipstim nominavit, is visiliilia symbola corporis et sanguinis appellalione honoravit, non naturam mutans, scd naturœ gratiam addens. » Ce passage se trouve clans le premier Dialogue de Théodoret, et non dans le secôfict.

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être suspectes; yoioi l'explication qu'elles donnent aux paroles de J ésus-C.hrist : Ceci esl mon corps. Cœleste Saeramentum quod tocatur raro Chrisli dicitur ciiam corpus Chri.sti, non proprie sed improprie, non rei vcritate, sed s/r/ni/ican/c Myslerio ; lia vt is sit sensus, h.oc est corjms ma/m , id est, signif.cat K J'eus encore pour réponse qu'il falloit entendre eela somme PÉgiise I Vninidoit. «Mais, Monsieur, luidis-je, l'Églises'en explique dans les Décrétales; elle dit qu'il faut entendre ces paroles ; «Ceci est mon corps » , non pas que le corps de Jésus-(.hii>t soit véritablement dans le Sacrement, mais qu'il est représenté et signifié par le Sacrement.»

Les réponses que me faisoit ce Prélat me firent bien juger qu'il avoit plus étudié en politique qu'en théologie, qu'il avoit plus feuilleté les archives de son diocèse pour augmenter ses revenus2, que l'Écriture Sainte pour se rendre accom-

1 Corpus juris canonici, notis illustr., etc. Lugd. 16G1. 4. I, 117 0: « Sicut erso cœlestis panis, qui verc C.liristi caro est, suo modo rocatur corpus Christi, quum rêvera sit saeramentum coFporia c.hristi, illius videlicet, qimd slsibile, palpablle, mortale m çruce est suspensum, vocaturque ip?a immolatio carnis, qutr, sacerdotis omnibus lit, (Christi passio, mors, cruciflxio, non rei veritate, sed significante Myster',0 : sic saeramentum fulei, quod baptismaa intelligitar, lides est. »

* Cf. les Mémoires de Daniel de Cosnac. II, 129 iqq.

pli en toute bonne œuvre, pour être un homme de Dieu, selon le précepte de saint Paul, et qu'enfin son esprit étoit plus tourné à la grandeur du monde et aux intrigues de la Cour qu'à l'humilité d'un véritable Évêque et au dénouement des mystères de la Religion.

Pour me persuader qu'on pouvoit user de la force pour faire rentrer dans l'Église les dévoyés suivant ce passage Coge eos inirare l qui étoit fort en usage en ce temps-là, il m'envoya les deux Épîtres de saint Augustin, qu'on avoit pris soin de traduire en françois : la première, à Vincent, Évêque donatiste, et l'autre, àBoniface, général de l'armée de l'Empereur. Je m'étois préparé à lui répondre sur ces deux Epîtres, mais je m'étois trop avancé pour attendre qu'il m'en demandât mon sentiment.

Je lui avois allégué par avance ce beau passage d'un Ancien : Nova hœc et inauditaprœdicatio , quœ verberibus fidem suadereconatvr . «Cette prédication est nouvelle, qui tâche de persuader, à coups de fouet, les mystères de la foi. » En tous cas, je lui avois préparé quelques passages de ce même Père, et m'étois résolu de lui dire que, quoique saint Augustin eût de beaux dons, il étoit homme pourtant, et qu'à cet égard ils'étoit fait Évêque de Cour.

1 Luc 14, 23.

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Je serois trop long si je rapportais par le menu tout ce que j'ai dit avec cet Évêque touchant la Religion; il me sui'lit de dire, pour l'édificatioo de mon prochain et pour ma propre consolation, que, depuis la parole que je lâchai témérairement, je n'en ai passé par ma bouche aucune par laquelle j'aie pu démentir mes lumières ni les sentimens de ma conscience; au contraire, j'ai tâché d'édifier l'Église de Dieu, tout autant qu'il m'a été possible, exhortant tous ceux que je voyois : ou à la persévérance, s'ils n'étoient pas tombés, ou à se relever de leur chute par une prompte repen tance.

Je n'interrompis même jamais mes exercices de piété ; je priois avec tous allans et venans; je chantois les Psaumes à haute voix, et quoiqu'on me dit incessamment que je ne prenois pas garde, que je travaillois à me perdre , je leur disois que je voulois glorifier mon Dieu, et que la mort m'étoit plus précieuse que la vie.

L'Évèque m'en fit un jour des reproches; je lui répondis courageusement que je le glorifierais tout le temps de ma vie, et qu'il ne pouvoit pas légitimement s'opposera ma dévotion, puisqu'il avoit dit à tout son diocèse que nos prières éloient bonoes, el qu'il n'y avoit rien à redire à nos Psaumes. Je passai deux mois et demi dans eette villela, dans un abattement d'esprit inconcevable. Je ne sentois pas presque les douleurs de mou corps,

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