‹ Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun; qui contiennent les persécutions arrivées aux églises de la principauté d'Orange depuis l'an 1660; la chute et le relèvement de l'auteur avec le rétablissement de Saint Pierre en son apostolat ou sermon sur les paroles de notre seigneur Jésus-Christ. Réimpression d'après l'édition originale annotéeChapitre 21 sur 25 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

On a VU, ilans le récit de M. de C.bambrun, qucM.de Tessé, en arrivant à Orange, eut beau mander les ministres, e1 leur déclarer qu'il les ferait pendre, le londemain s'ils ne donnaient un bon exemple à leurs IroUpeaui en se faisant catholiques: ils demeurèrent inébranlables et furent, sinon pendus, du moins emprisonnés d'abord a Orange, puis à Pierre-Encise, où, pendant pins de douze ans , ils supportèrent avec la plus grande constance les rigueurs d'une dure captivité.

Mais lorsque, en l<)(.)7, bonis XIV l'ut obligé de remettre ta principauté d'Orange au roi Guillaume, les galériens et Les prisonniers furent rendus à la libelle, 1rs conseillers du parlement rétablis dans leurs charges, les temples rebâtis et les pasteurs reçus dans la principauté au milieu des acclamations et des cris île réjouissance de buis troupeaux, qui allèrent en foule les recevoir aux bords du Rhône, et les conduisirent en triomphe jusque dans la ville d'Orange.

Voici en quels termes ils racontent eux-mêmes leur

retour.

LETTRE ECRITE A M. PIÉLAT, PASTEUR DE L'ÉGLISE WALLONNE DE ROTTERDAM, PAR LES PASTEURS DE LA PRINCIPAUTÉ D'ORANGE, EN SUITE DE LEUR ÉLARGISSEMENT ET DE LEUR RETOUR A LEUR ÉGLISE APRÈS DOUZE ANS ET UN MOIS DE PRISON.

Monsieur et très-honoré frère,

Des soins que vous avez pris de nous consoler dans notre prison, tant par vos lettres que par les secours que vous nous avez procurés, nous persuadent (pic vous attendez avec impatience la nouvelle de notre élargissement, que nous avons cru devoir vous annoncer par cette lettre.

Notre liberté nous fut annoncée le 26 novembre, sans aucune condition; de sorte qu'il nous a été permis de rester à Lyon tout le temps qu'il nous a plu : nous y avons paru comme ministres, et bien loin d'y recevoir aucune insulte, l'on nous y a fait mille honnêtetés, même des catholiques qui nous ont regardés (si nous osons le dire) avec vénération.

Quant à ceux de notre communion, nous ne saurions assez vous dépeindre leur joie et les marques qu'ils nous ont données de leur tendre affection. M. Locher nous reçut chez lui, au grand chagrin de plusieurs autres qui demandoient que l'on nous partageât. Messieurs les Allemands et les Suisses nous traitent de la manière du monde la plus splendide ; l'on voukji tiGiis arrêter pour le moins quinze jours;

mais nous fûmes obligés de partir pour venir consoler nos troupeaux.

Le matin de notre départ, une partie considérable de ces Messieurs et île leurs femmes se trouvèrent sur le port avec leurs enfans pour nous voir partir, et [tour nous demander notre bénédiction. Nous trouvâmes dans le coche une grande abondance de provisions qu'ils nous y avoient t'ait porter. Plusieurs vinrent nous accompagner jusqu'au lieu de l'embouchure de la Saône dans le Rhône; et ce ne fut pas sans verser des larmes que nous nous séparâmes de ces bonnes âmes, dont plusieurs de leurs enfans nous avoient demandé la bénédiction à genoux d'une manière fort touchante. 11 faut aussi vous apprendre que Monsieur le commandant nous lit inviter à diner deux jours après notre sortie de Pierre-Kncise, et non-seulement il nous ti aila très-splendidement, mais il fil des excuses à quelques-uns d'entre nous du traitement que nous avions reçu.

Nous avons aussi à nous louer du maître du coche. 11 ne s'arrêta en aucun lieu sans notre agrément, et là où nous sortions il nous faisait toujours bien réserver uns places. Nous avions pour compagnie plusieurs de nos dames d'Orange qui venoient de Genève, et plusieurs moines et ecclésiastiques qui nous faisoient mille honnêtetés. I>ans tous les lieux où nous avons pris terre, connue l'on nous regardoit comme ministres de Sa Majesté Britannique, l'on nous recevoitavec honneur; quelques gentilshommes de mérite, catholiques, firent l'éloge de notre roi, tel que l'aurait

pu faire l'un île ses plus fidèles sujets. NOUS 110US

arrêtâmes à Àncone, près du Montlimard, où se ren-

H'rl APPENDICE.

dirent plusieurs personnes de cette ville pour nous accueillir et pour nous voir passer. Nous passâmes heureusement (sans débarquer) le pont du Saint-Esprit, où la rapidité du Rhône est si prodigieuse, et enfin, étant au port de Ballhasar qui n'est qu'à une lieue d'Orange, nous entendions des cris d'une joie sans égale, poussés par nos compatriotes qui nous attendaient , tant hommes que femmes et tilles , et même des petits enfans de quatre ans; apercevant notre coche, ils s'écrièrent avec transport : « Les voici, nos chers pasteurs ! les voici ! »

Le Rhône était bordé par plusieurs centaines de personnes qui crioient : « Vive le roi! et nos chers pasteurs! » Et en ce moment une grande partie de ceux qui étaient armés firent une décharge de leurs armes à feu. Nous n'eûmes, pas mis pied à terre que, sans pouvoir nous reconnoître, nous nous vîmes enlevés; on nous monta sur des chaises roulantes, et du Rhône jusqu'à la ville ce ne fut qu'une haie de monde qui crioit sans cesse : « Vive le roi ! et nos chers pasteurs! » Toutes les boutiques furent fermées ce jour-là. Nous avons commencé quelques jours après à revoir nos brebis, qui sont venues en foule faire leurs déclarations entre nos mains, et qui sont dans un excès de joie de nous revoir paroitre avec nos robes longues par la ville et dans leurs maisons.

Dimanche dernier nous prêchâmes en trois lieux diflérents: M. Gondrand chez M. de Lubières, et y exposa ces paroles du psaume CXVI : « Mon âme, retourne en ton repos, car l'Éternel t'a fait du bien ; » M. Chionchez M. Dubois, du cirque, et prit pour texte ces paroles des Actes (11, 3?) : « Ces choses ouïes ils

eurent componction de cœur, » et M. Petit dans la maison de M. do Rocheblave, et expliqua ces paroles du psaume (AVI : « J'aime mon Dieu, car lorsque j'ai crié, il m'a exaucé. » Et tout lé peuple fohdoil en larmes et leurs gémissemens excitèrent les nôtres, tellement qu'il nous fallut arrêter pour donner lieu à tous les sanglots qui se poussoient avec tant de mouvenn'iis. Jusqu'à présent nous avons en peine de manger chez nous, et, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, tous nous veulent avoir à leur table les uns après l«vs autres. >mis recevons plusieurs marques d'estime de beaucoup de Messieurs catholiques; quelques-uns même , de distinction , ont embrassé notre religion et 'à la réserve de M. ***•) nous avons recouvré toutes nos brebis éparses.

Nous ne doutons pas que vous ne soyez consolé d'apprendre ce récil abrégé; pour nous, nous bénissons le Seigneur de ses grâces, et lui demandons celle de nous faire bien remplir les devoirs de notre ministère. Contribuez-y par de saintes prières, comme vous avez fait par vos soins charitables si longtemps. M. Blesion est arrivé, il nous a donné à souper à tous quatre pour nous entretenir de ce que nous pouvions espérer. .Nous vous envoyons sur cela nos Mémoires, vous priant de les solliciter, et nous remercions tous votre troupeau et tous les autres fidèles des ardentes prières qu'ils ont faites pour nous, et des actions de pràce- qu'il- ont adressées à Dieu pour noire liberté. i v igneur veuille exaucer les vœux que nous faisons pour le salut de Jérusalem et pour celui de votre famille, que non- prions Dieu de bénir de ses bénédictions spirituelles el temporelles, el sommes avec toute

la reconnaissance et l'ardeur dont nous sommes capables,

Monsieur et très-honoré frère,

Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs, et très-affectionnés frères au Seigneur,

Les quatre Pasteurs de la principauté d'Orange, GONDRAND, ÂUNET, ChION, PETIT1.

1 Cette lettre se trouve à la suite d'un recueil de sermons de M. PLélat; elle a été reproduite par Erman et lîeclam , VIII, 100. Cf. VIII, 126, 127, 180.

L'un des signataires, M. Petit, devint plus tard pasteur * 1 « »

l'église de Berlin, et le refuge d'Orange amena dans cette même ville les familles de ses trois collègues.

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