‹ Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun; qui contiennent les persécutions arrivées aux églises de la principauté d'Orange depuis l'an 1660; la chute et le relèvement de l'auteur avec le rétablissement de Saint Pierre en son apostolat ou sermon sur les paroles de notre seigneur Jésus-Christ. Réimpression d'après l'édition originale annotéeChapitre 9 sur 25 · II EPITRE · texte numérisé non relu

II EPITRE

autres cours de l'Europe voulussent bien se régler sur ce grand exemple. Il y en a qui entendent tous les jours les cris et les gémissemens des pauvres malheureux qui sont persécutés pour justice, mais qui ne sont pas pourtant plus touchées de ces misères publiques, et qui augmentent leurs rigueurs à mesure que les larmes coulent avec plus d'abondance.

Tout, le monde sait, MADAME, que Y. A. R. a un cœur plus sensible, et que les désolations qui sont arrivées et qui arrivent tous les jours à l'Église de Dieu lui font répandre des larmes, avec la bienheureuse Marie, parce qu'on a enlevé le Seigneur.

Mais, MADAME, si Y. A. R. est si vivement touchée de ces désolations, pourroit-on s'imaginer que ses compassions les plus tendres ne s'étendissent pas sur ses pauvres sujets de la Principauté d'Orange, sur lesquels on a employé tout ce que la rage et la fureur peuvent inspirer de plus cruel ? La persécution a dissi pé mon troupeau; plusieurs de mes brebis sont errantes dans les déserts, elles se cachent dans les ravniies; les autres soupirent dans les galères, dans les cloîtres, et dans le nouveau monde où elles ont été transportées; et celles que Dieu a tirées de l'embrasement et mises en liberté par un secours tout particulier de sa Providence, sont contraintes de rouler en divers endroits du monde pour trouver quelque asile assuré. On ne se contente pas de les persécuter pendant leur vie; on les expose encore à toute sorte d'opprobre

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après leur mort, traînant leurs cadavres dans les boues, pouf ks jeter ensuite à la voirie.

Il semblait, MADAME, que nous devions rire à couvert de cet orage ù l'ombre des lauriers de notre glorieux Prince : niais par un êflcl tout contraire à l'ordre de la nature, l'éclat de la vertu de votre grand béros a été l'éclair qui a précédé le coup de foudre qui nous a atterrés. Comme je nie suis l'ait un grand honneur, tout le temps de nia vie, de servir avec zèle et avec fidélité un si bon et si grand maître, c'est aussi sur moi qu'on a lait tomber le fort de la persécution. J'en ferois nia gloire, bien loin de m'en affliger, si nus grandes infirmités ne m'avoient fait succomber pour un moment; car, par ce moyen, j'aurois rempli mon devoir et envers mon Dieu et envers mon Prince.

Mais, MADAME, c'est ici le sujet de mes larmes : si j'ai été toute ma vie fidèle à mon Prince, dans mon épreuve j'ai été infidèle à mon Dieu. Au milieu de l'extrême affliction que me cause ma chute, je ne puis recevoir de plus douce consolation que de répandre les larmes de ma repentance aux pieds de la plus pieuse Princesse du monde. Agréez donc, MADAME, que je les expose aux yeux de V. A. R. Si elle en est touchée, j'aurai de quoi me consoler : car, puisque -a grandeur el ses excellentes vertus la rendent une image vivante de la Divinité, je pourrai conclure que Dieu a eu pitié de moi, puisque sa vive

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