‹ Les Larmes De JeanneChapitre 23 sur 42 · LES DEUX VENGEANCES · texte numérisé non relu

LES DEUX VENGEANCES

▲ princesse donna un bal^ Jeanne y vint avec M"* de Tramont, parce que sa mère avait une violente migraine pour avoir teint ses cheveux.

Ce soir-là Jeanne triompha sur toute fe ligne.

M"* de Tramont, toujours étourdie et non moins distraite, s'en alla à minuit et demi, oubliant la jeune fille.

Jeanne oublia elle-même M"* de Tramont, parce qu'elle flirtait avec le duc d'Obanèz, en regard du comte de Briançon, qui souffrait mille morts.

C'était le premier festin de sa vengeance.

Pourquoi, vers trois heures, M"* d'Armaillac

Les deux vengeances. 199

se faisait-elle, reconduire sans faire de façon par le duc d'Obanèz ?

C'est qu'elle prenait le chemin des écoliers. Cétait peut-être aussi pour braver Martial, qui ne la perdait pas des yeux et qui la vit partir en même temps que le grand d'Espagne, sinon avçc le grand d'Es^pagne.

Pendant le trajet de la rue de Morny à l'avenue d€ rimpératriee, il se passa cette petite comédie.

Le duc d'Obanèz, pour sauver les apparences, avait dit qu'il prêtait son coupé à M'^® d'Armaillac, pour la conduire chez sa mère.

Et il était monté en fiacre pendant que Jeanne montait dans le coupé. A tout seigneur tout honneur, le coupé passa en avant.

Or, le fiacre fttfli'uivi'par un second fiacre, lequel fut suivi par un troisième fiacre.

M. de Briançon suivait dans le troisième fiacre, C'était prévu.

Mais qui donc s'embarquait dans le quatrième fiacre? C'était une jalouse. C'était une femme mariée qui avait été un instant la maîtresse du duc d'Obanèz, et qui trouvait abominable qu'une femme — non mariée — se laissât faire la cour par ce Don Juan,

Arrivé à l'Arc de Triomphe, le coupé, suivant les instructions données, s'arrêta. Le duc descendit du premier fiacre et monta à côté de M»>* d'ArmaiUac.

— Je suis effrayée, lui dit-elle ; on dirait que notre voyage est un convoi. Voyez donc tous ces fiacres.

Le duc eut beau faire signe au cocher d'aller vite, les chevaux de fiacre prirent le mors aux dents.

Quand toute cette suite funèbre arriva à la porte de Thôtel, Martial descendit presque en même temps que le duc d'Qbanèz. Il était déses* péré et furieux ; il voulait se jeter entre le duc et M"' d'Armaillac.

Heureusement ou malheureusement, la femme mariée, non moins désespérée et non moins furieuse, appela Martial.

— Monsieur, oîi sommes-nous ? lui demandât-elle pour cacher son jeu.

— Je n'en sais rien.

La colère et la jalousie de la dame avaient abattu la jalousie et la colère de Martial. Il la trouvait fort jolie au clair de la lune, et, comme l'amour en lui n'étou£fait pas le libertinage, il lui proposa gravement de la remettre dans son

Les deux vengeances.

chemin. Elle le savait de trop bonne compagnie pour refuser l'occasion de se venger du duc.

Et d'ailleurs il n'était pas bien sur que ce fui M"'d'Armaillac, d'autant moins que la dame colère et jalouse croyait avoir reconnu, au dernier mo- ' ment, une comtesse de ses amies.

Page 1