LE MIROIR AUX ALOUETTES
E jour-là, le duc d'Obanèz écrivit un joli
billet à M"<^ d'Armaillac pour lui dire des
douceurs et pour faire acte de haute galanterie, car
il cacheta le billet avec une couronne de diamants.
Il y avait là sept diamants qui lui avaient coûté
vingt-cinq mille francs.
j^iie d'Armaillac trouva cela d'un joli goût, mais elle voulut lui prouver qu'elle ne se payait pas de cette monnaie-là. Elle lui répondit :
a Mon cher duc, vous êtes du dernier galant, - mais pour vous prouver que j'aime mieux les ^ diamants de votre style que ceux de votre écrin, a j'ai broyé moi-même les sept pierres que vous « avez jetées dans mon jardin et je vous les ren-
Le miroir aux alouettes. 21g
voiedatis ce billet. Vous ne direz pas que je n'ai 8 pas de rencrede la grande vertu.
a A ce soirl Je vous serre la main sans ranci cune.
ï Jeanne. »
En effet, ces onze lignes étaient éblouissantes : M"° d'Armaillac avait séché l'encre soûs la poussière des diamants.
Le duc mit la lettre dans un écrin après avoir écrit sur le revers : a Vingt-cinq mille francs de poussière. »
Il pensa que Jeanne était une femme digne de lui.
— Ily a là, dit-il, un tempérament de reine — de l'a main gauche. — Mais si elle continue, tous mes bijoux y passeront — avant elle.
Il se promit de mieux jouer de son miroir aux alouettes.