‹ Les Larmes De JeanneChapitre 30 sur 42 · JEANNE ET AUBÉPINE · texte numérisé non relu

JEANNE ET AUBÉPINE

ÉPINE était une fille romanesque. C'avait ■ pour elle un supplice que son voyage ne à l'hôtel du duc d'Obanèz; si elle eût rencontré le duc dans l'avenue des Champs-Elysées comme le comte de Brianjon, sans doute il l'eût pareillement séduite, parce qu'il y avait là du roman; mais, quelque beau qu'il fût, elle n'aurait pas voulu devenir sa maîtresse parce que a c'était arrangé d'avance, n

Aussi était-if permis de croire que Martial n'était pas le premier amoureux d'Aubépine; elle n'avait pas atteint ses dix-sept ans, courant Paris le matin et le soir, sans faire des rencontres romanesques tout aussi périlleuses.

Mais, à coup sûr, c'était la première fois qu'elle aimait par le cœur comme par Pesprit. Martial était beau, spirituel, charmeur. S'il n'avait pas beaucoup d'argent, il en trouvait toujours pour que sa maîtresse eût un joli nid, un joli coupé et une jolie robe.

Aubépine n'avait pas souci de la fortune du lendemain, elle ne voulait vivre qu'au jour le jour. Rien ne lui manquait donc avec Martial. Les vrais amoureux ne thésaurisent pas.

M. de Briançon n'avait pu se prendre à Aubépine comme elle s'était prise à lui-même. Elle l'aimait de toutes les forces de son âme, tandis que lui ne l'aimait, pour ainsi dire, qu'à travers j^îie cl'Armaillac. Le premier jour, ce ne fut pour lui qu'un caprice; il avait cueilli ce bouquet de jeunesse comme on porte une fleur à sa boutonnière, quelque peu vaniteux de la beauté d'Aubépine, mais ne croyaiic par, que cette distraction d'un Jour serait la distraction J'une année.

Bien des fois il avait voulu briser, mais le moyen d'en finir avec une jolie fille qui vous apporte l'éternel sourire, qui chante comme un oiseau, qui ne demande qu'à être aimée?

Puisque M"*" dWrmaillac n'avait plus voulu entendre parler de lui, il fallait bien qu'il se ratta-

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chat à la vie amoureuse par cette jolie branche toute parfumée.

Et le temps s'était passé ainsi. On sait d'ailleurs que ce qui manquait le plus à ce caractère flottant, c'était la volonté, ou plutôt il n'avait que la volonté d'aimer. Il aimait beaucoup M"* d'Armaillac, il aimait un peu Aubépine. La passion terrible, profonde, tragique, qui le tourmentait pour la première, l'empêchait de bien voir ce qu'ilavait dans le cœur pour la seconde; il n'était pas homme, d'ailleurs, à analyser ses sentiments, car il était emporté par les quatre chevaux de la jeunesse.

Il est vrai que les plus savants analystes ressemblent beaucoup à cet étrange Hollandais, chimiste enragé qui, ayant acheté vingt-cinq mille francs un tableau de David Téniers, le décomposa dans ses folies, enlevant les glacis, écorchant les couleurs, tentant de remettre chaque ton sur une palette. Et quand il eut fini ce beau travail, il appela ses amis en leur disant : « Voilà vingt-cinq mille francs de rouge, de btanc, de noir, de bleu, de jaune. — C'est vrai, dit un des amis de ce forcené savant, seulement, pour remettre ces couleurs à leur place il nous manque Téniers. » Eh bien, les analystes du cœur humain ressemblent beaucoup à ce fou ; ils peuvent mettre sur leur

aro Les larmes de Jeanne.

Mais, à coup sûr, c'était la première fois qu'elle aimait par le cœur comme par Tesprit. Martial éta: t beau, spirituel, charmeur. S'il n'avait pas beaucoup d'argent, il en trouvait toujours pour que sa maîtresse eût un joli nid, un joli coupé et une jolie robe.

Aubépine n'avait pas souci de la fortune du lendemain, elle ne voulait vivre qu'au jour le jour. Rien ne lui manquait donc avec Martial. Les vrais amoureux ne thésaurisent pas.

M. de Briançon n'avait pu se prendre à Aubépine comme elle s'était prise à lui-même. Elle l'aimait de toutes les forces de son âme, tandis que lui ne l'aimait, pour ainsi dire, qu'à travers ^;ie d'Armaillac. Le premier jour, ce ne fut pour lui qu'un caprice; il avait cueilli ce bouquet ào jeunesse comme on porte une fleur à sa boutonnière, quelque peu vaniteux de la beauté d'Aubépine, mais ne croyau. pss que cette distraction d'un jour serait la distraction J'une année.

Bien des fois il avait voulu briser, mais le moyen d'en finir avec une jolie fille qui vous apporte réternel sourire, qui chante comme un oiseau, qui ne demande qu'à être aimée?

Puisque M"' d'Armaillac n'avait plus voulu entendre parler de lui, il fallait bien qu'il se raiia-

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