‹ Les Larmes De JeanneChapitre 32 sur 42 · UN ENLEVEMENT · texte numérisé non relu

UN ENLEVEMENT

m donc enleva M"® d'Armaillac ? car le bruit se répandit à Paris qu'elle avait disparu.

M"® d'Armaillac, toute de passion et d'entraînement, nes*amusait-elle plus dans la compagnie de la princesse? On allait à toutes les curiosités, mais on s'en revenait bientôt, comme à la fin d'un spectacle médiocre, en se disant : — Ce n'était pas la peine! — Et puis, n'est-ce pas toujours la même comédie, le jeu perpétuel de la bêtise humaine ? Q.uand on a vu un fat, on a vu tous les fats. Quand on a vu un sot, on a vu tous les sots. Quand on a vu un homme d'esprit, on a vu un imbécile de plus. — Quel est l'homme d'esprit

qui ne marque sa bêtise originelle comme tout le monde? — Jeanne avait appris à rire de tous avec sa moqueuse amie ; elle avait surpris le défaut de cuirasse chez les femmes passionnées, comme elle avait surpris l'absence du cœur chez les femmes vertueuses; elle avait jugé que le savant n'était qu'un fou parqué dans le spécialisme ; Thomme d'argent un doit et avoir, l'homme de loi un ennemi du droit. Elle n'avait pas de prétention à la philosophie, mais sans le vouloir elle formulait de terribles jugements sur Thumanité; aussi, devant les choses les plus sérieuses, éclatait-elle de rire comme une sceptique, elle qui ne demandait qu'à croire à l'amour.

Une seule chose lui paraissait digne de respect et d'admiration, c'était la maternité. Elle ne passait jamais devant une mère de famille sans la saluer, devant un berceau sans faire le signe de la croix ; ce qu'elle enviait le plus, en se promenant au bois, c'était la femme qui mène son enfant par la main; elle disait avec éloquence, que si la religion catholique avait survécu à toutes les religions, c'est qu'elle commence par le tableau de Marie allaitant Jésus, adorable spectacle, qui est le symbole de la vie de famille à toutes les stations ascendantes et descendantes,

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Mais ce spectacle, qui eût fait sa joie d'épousée, Dieu ne le lui donnerait pas dans sa maison, si elle en croyait ses pressentiments. Quoi qu'elle fît pour se prouver que M. de Briançon n'était pas le seul homme pour elle sur la terre, elle revenait toujours à cette pensée qu'elle n'en pouvait épouser un autre, d'abord parce qu'elle tromperait cet autre sur le passé , ensuite parce qu'elle serait malheureuse avec qui que ce fût, sinon avec Martial. Mais Martial n'était-il pas perdu à tout jamais? Et d'ailleurs, sa fierté, à elle, ne pouvait s'accorder avec son cœur. Sans doute, il pensait toujours à elle, puisqu'après un premier duel pour un mot mal sonnant, il avait eu un duel encore avec le duc d'Obanèz, à propos d'elle ; car quoique son nom n'eût pas été prononcé, elle savait bien la raison de ce second duel.

Mais en même temps, Martial ne la bravait-il pas tous les jours, par sa vie incroyable au milieu des femmes de mauvaise vie ? C'était le scandale du jour, il fallait que Martial fût un des princes

du high life, pour que son nom ne fût* pas trop compromis par ses folles équipées. Elle ne pouvait admettre qu'il l'aimât toujours quand elle le voyait toujours avec Aubépine, panachée de plusieurs autres. « Il se bat pour moi, disait M"* d'Ar»

maillac, mais je n'aurais pas la force de l'arracher à ses mauvais habitudes; le lendemain de mes noces, il irait faire sa lune de miel avec ces demoiselles. Non, Je ne veux pas me donner ce ridicule, je mourrais d'orgueil blessé, j'aime mieux sacrifier mon cœur à ma dignité. »

Mais le sacrifice du cœur recommence tous les jours; on n'est pas plus avancé le lendemain; on a beau frapper son cœur, on ne le tue pas : on l'irrite jusqu'à l'angoisse, mais on n'a pas raison de lui, parce que le cœur est plus fort que la volonté. La douce M"® de la Vallière s'écriait, avant d'entrer aux Carmélites : — Je ne triompherai donc jamais de cette bête féroce qui est en moi I — Oui, le cœur est une bête féroce qui vit d'une passion et qu'on n'apaise que par une autre passion.

M"° d'Armaillac avait lu les lettres de M"* de la Vallière. Les femmes s'imaginent aisément qu'elles sont faites sur le modèle des grandes héroïnes. Plus Jeanne étudiait Louise de la Miséricorde, plus elle se retrouvait.

— Après tout, dit-elle un jour à la princesse, c'est une fin comme une autre : sainte Thérèse ne dit-elle pas que les femmes amoureuses ne trouvent de volupté qu'en Dieu? M"* de la Vallière n'a été heureuse qu'en embrassant la croix.

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La princesse ne fit que précipiter M"® d'Arillac dans ce rêve en se moquant d'elle. - Ainsi, lui dit-elle, parce que M. de Briançon t mal conduit avec vous, vous iriez vous ense- Ir toute vivante! Est-ce donc pour cela que Dieu is a faite belle? Dieu n'est pas si jaloux : je crois il sera très-sévère pour toutes celles qui ont ilu se marier à lui sans savoir si cela lui était éable.

fais quand Jeanne fut seule et qu'elle fit son men de conscience, elle s'avoua que rien n'était > triste que sa vie : sa mère avait des dettes; i qu'elle fît, elle s'endettait encore; Jeanne irait pas l'horrible courage de se vendre après e donnée. Elle avait la fureur du luxe et il lit qu'elle habillât mal sa beauté. A toute :e elle souffrait de n'avoir pas d'argent; quand quittait la princesse pour retourner chez elle, regardait avec pitié cette chambre bourgeoise, : chaque meuble criait la vulgarité. Jeanne lit pas née pour la douce médiocrité, elle eût ;ré la sombre poésie de la misère. Ce qui l'att, c'était toutes les péripéties de sa haute vie ses casse-cou radieux, mais à la condition d'a- M. de Briançon pour compagnon de voyage.

maîllac^ mais je n'aurais pas la force de l'arracher à ses mauvais habitudes; le lendemain de mes noces, il irait faire sa lune de miel avec ces demoiselles. Non, je ne veux pas me donner ce ridicule, je mourrais d orgueil blessé, j'aime mieux sacrifier mon cœur à ma dignité. »

Mais le sacrifice du cœur recommence tous les jours; on n'est pas plus avancé le lendemain; on a beau frapper son cœur, on ne le tue pas : on l'irrite jusqu'à l'angoisse, mais on n'a pas raison de lui, parce que le cœur est plus fort que la volonté. La douce M"' de la Vallière s'écriait, avant d'entrer aux Carmélites : — Je ne triompherai donc jamais de cette béie féroce qui est en moi ! — Oui, le cœur est une bête féroce qui vit d'une passion et qu'on n'apaise que par une autre passion. M"' d'Armaillac avait lu les lettres de M'** de la Vallière. Les femmes s'imaginent aisément qu'elles sont faites sur le modèle des grandes héroïnes. Plus Jeanne étudiait Louise de la Miséricorde, plus elle se retrouvait.

— Après tout, dit-elle un jour à la princesse, c'est une fia comme une autre : sainte Thérèse ne dit-elle pas que les femmes amoureuses ne irou« vent de volupté qu'en Dieu ? M"* de la Vallière n'a été heureuse qu'en embrassant la croix.

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Le lendemain de très- bonne heure, elle alla chez ^me d'Armaillac.

— Vous me voyez, désespérée, dit la mère qui pleurait, Jeanne s'est enfuie hier au couvent.

•— A quel couvent? demanda la princesse.

— Est-ce qîie je le sais ! Elle m'a dit qu'elle allait chez vous, mais ce matin j'ai reçu une lettre où elle m'apprend que je ne la reverrai plus. Il y a longtemps d'ailleurs que je pressentais ce dénoûment.

— Tant pis pour moi, dit la princesse, mais aussi tant pis pour elle, car elle sera bien attrapée.

— La volonté de Dieu soit faite ! dit M°*« d'Armaillac.

Elle leva les yeux au ciel et ajouta à mi-voix :

— Ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'on va dire qu'elle a été enlevée.

— Et personne ne voudra croire que c'est Dieu qui l'a enlevée! reprit la princesse.

Pourquoi iV/"® d'Armàillac alla à Venise. 277

' était là, au pied de la croix, dans la prière et dans l'espoir en Dieu.

Le premier jour, Jeanne s'imagina qu'elle était sauvée; elle eut de belles heures d'expansion sur le marbre de l'autel.

— Oui, disait-elle à son amie, c'est là le rivage, c'est là le refuge. Je n'ai trouvé dans le monde que les stations de la croix; chaque station était une douleur cachée ; chaque espérance s'expie par des larmes. J'avais soif de vivre, maintenant j'ai soif de mourir; je sens qu'il n'y a de bon sur la terre que l'âme, parce que Tâme c'est déjà le ciel. Naturellement l'amie de Jeanne l'entraîna plus avant dans le renoncement au monde et lui peignit sous les teintes les plus douces, la poésie du couvent, les fêtes de l'Église, la paix profonde du cœur. Jeanne embrassait son amie et la remerciait de l'avoir appelée chez les dames de Saint-André. Mais vint la nuit; toutes ces joies séraphiques s évanouirent, Jeanne ne dormit pas; ce nétait donc pas le rivage! c'était toujours la tempête; son cœur ne voulait pas le calme, il ne voulait vivre que dans l'orage; elle aurait beau le glacer sur le marbre de l'autel, elle ne pourrait l'éteindre parce que l'enfer était dans son cœur.

Le lendemain matin, quand elle vit son amie,

l'OUJlQUOI MADEMOISELLE D AKHAILLAC ALLA A VENISE

1^^ I VOUS n'avez jamais été jalouse, — madame, J^^ — si vous navez jamais traversé les passions, si vous n'y êtes jamais allée, même par l'esprit, fermez ce livre, car vous ne comprendriez pas jusqu'à quel degré de lolie peut monter ou descendre une femme, dans la logique de son caractère, quand elle esi prise par l'amour.

M"" d'Armaillac avait fui sa mère et elle s'était fuie elle-même, croyant qu'elle allait oublier; voilà pourquoi elle courut chez une de ses amies, au couvent des dames de Saint-André.

Cette amie, qui n'aimait pas le monde, lui avait écrit plus d'une fuis que le rivage espéra

Pourquoi iV/"^ d'Armàillac alla à Venise. 277

était là, au pied de la croix, dans la prière et dans l'espoir en Dieu.

Le premier jour, Jeanne s'imagina qu'elle était sauvée; elle eut de belles heures d'expansion sur le marbre de l'autel.

— Oui, disait-elle à son amie, c'est là le rivage, c'est là le refuge. Je n'ai trouvé dans le monde que les stations de la croix; chaque station était une douleur cachée ; chaque espérance s'expie par. des larmes. J'avais soif de vivre, maintenant j'ai soif de mourir; je sens qu'il n'y a de bon sur la terre que l'âme, parce que Tâme c'est déjà le ciel.

Naturellement l'amie de Jeanne l'entraîna plus avant dans le renoncement au monde et lui peignit sous les teintes les plus douces, la poésie du couvent, les fêtes de l'Eglise, la paix profonde du cœur. Jeanne embrassait son amie et la remerciait de l'avoir appelée chez les dames de Saint-André.

Mais vint la nuit; toutes ces joies séraphiques s'évanouirent, Jeanne ne dormit pas; ce aétait donc pas le rivage! c'était toujours la tempête; son cœur ne voulait pas le calme, il ne voulait vivre que dans l'orage; elle aurait beau le glacer sur le marbre de l'autel, elle ne pourrait l'éteindre parce que l'enfer était dans son cœur.

Le lendemain matin, quand elle vit son amie.

27B Les larmes de Jeanne,

elle lui avoua qu'elle ne se sentait pas digne d'un tel refuge.

— Pour toi, lui dit-elle, c'est la vie, parce que tu es tout en Dieu ; pour toi, c'est déjà le paradis, tandis que pour moi, qui n^ai pas la force du repentir, je suis ici dans un tombeau. Si je pouvais mourir tout de suite, je m'envelopperais dans mon linceul avec un dernier adieu au monde, avec une aspiration vers Dieu; mais j'ai le tombeau sans avoir la mort, voilà pourquoi je soulève la pierre et je m'en vais.

Ce fut en vain que Tamie de M"* d'Armaillac voulut la retenir par toute l'éloquence chrétienne. Le soir^ Jeanne montait dans un fiacre et disait au cocher de la conduire au chemin de fer de Lyon. Au lieu de retourner chez sa mère, elle voulait poursuivre son rêve et sa folie : elle voulait ressaisir, coûte que coûte, M. de Briançon à Venise.

Mais quand elle fut au chemin de fer, elle se reprit quelque peu à la raison. Comment irait-elle là-bas toute seule, à peu près sans argent, comme une échappée de Charenton ? Au moment de payer son cocher, elle lui dit d'aller aux Champs-Elysées : elle voulait causer une dernière fois avec la princesse.

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— Je vous attendais, lui dit sa belle amie, j'étais bien sûre que vous aimeriez encore mieux ma maison que la maison du bon Dieu.

Et, après avoir embrassé Jeanne, la belle Charlotte ajouta :

— Voyons, ma chère amie, revenez à vous et revenez à moi ; je vous pleurais en pensant que je ne pouvais pas vivre sans vous; ne me faites plus de chagrin ni à moi ni à votre mère; à cela près, je ferai tout ce qu'il vous plaira.

— Eh bien ! dit Jeanne, si vous voulez m*arracher à ma folie, si vous voulez que je ne m'ensevelisse pas au couvent, faites . un voyage avec moi.

— Et où irons-nous?

— Dans une ville où on oublie, à Venise.

— D'où vous vient cette idée d'aller à Venise? j^ue d'Armaillac ne confia pas sa lâcheté à la

princesse, elle se garda bien de lui dire qu'elle voulait aller à Venise parce que M. de Briançon y avait été entraîné par M"® Aubépine. Certes, la princesse n'eût pas consenti à être de moitié dans cette partie de plaisir, car elle n'avait pas aimé assez pour comprendre les douloureuses voluptés d'un cœur qui s'abreuve de larmes par le spectacle du bonheur des autre3.

28o Les larmes de Jeanne.

Aller à Venise, c'est un rêve romanesque qui prend tout le monde : pourquoi ne pas aller à .Venise? N'est-ce pas faire un peu l'école buissonnière au milieu des ennuis de la vie? n'est-ce pas aller boire une heure d'ivresse dans les poésies du passé? L'Adiiatique, San Marco, les gondoles, les pigeons, les légendes, n'est-ce pas tout un monde perdu et retrouvable?

— Eh bien ! allons à Venise, dit la princesse qui ne voulait pas rester à Paris après les fièvres du grand prix.

Jeanne courut embrasser sa mère qui fut bien heureuse et qui lui permit de bon cœur de partir avec la princesse.

Quatre jours après, les curieuxde la place Saint- Marc auraient pu s'amuser de celte petite comédie :

Un jeune Parisien prenait une glace devant le café Florian avec une plus jeune Parisienne qui était fort jolie et qui portait le bonheur sur sa figure. L'homme n'était pas si gai : une vague mélancolie passait sur son front, mais pourtant il semblait cire de moitié dans le bonheur de celle qui souriait si gaiement. On jugeait, à les voir, que c'étaient là deux voyageurs qui n'avaient pas hâte de retourner au pays natal.

Deux femmes voilée venaient d'arriver par la

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Piazzeiia. Elles regardèrent un instant le palais ducal, kl façade de San Marco et la place Saini- Marc où voletaient çà et là les pigeons. Elles entrèrent dans Téglise; je ne crois pas qu'elles y prièrent beaucoup, car elles en sortirent presque aussitôt, impatientes dans leur curiosité de tout voir en arrivant.

Vous avez reconnu les deux dames.

Elles traversèrent la place. M"* d'Armaillac, la première, vit Martial et Aubépine.

— Voyez I dit-elle à son amie. C'est à ne pas y croire !

La princesse ne reconnut ni 'Martial ni Aubépine, parce qu'elle n'avait pas les mêmes raisons pour les reconnaître.

— Eh bien, je vois un homme et une femme.

— Cet homme et cette femme, c'est M. de Briançon et M''« Aubépine.

— Nous avons bien choisi notre temps, dit la princesse; voilà qui va gâter notre voyage; mais j'espère que vous êtes au-dessus de ces bagatelles.

Jeanne sourit pour cacher les battements de son cœur.

— Eh bien, ma belle, reprit la princesse qui aimait les coups de théâtre parce^u'elle était insatiable d'émotions, attaquons la bête par les

cornes, allons nous-mêmes prendre une glace.

Disant ces mots, elle entraîna M"* d'Armaillac.

Martial, qui tournait le dos et qui causait avec sa maîtresse, ne les vit pas venir, aussi sa su^rise fut grande quand Aubépine lui dit :

— Des Parisiennes!

Il tourna la tête et vit arriver droit à lui la princesse et Jeanne.

M"* d'Armaillac s'était laissé entraîner en croyant que la princesse ne casserait pas les vi* très ; mais dès que son amie fut à quatre pas de Martial, elle lui cria :

— Bonjour, monsieur de Briançon, je vous croyais sur le boulevard des Italiens.

Martial se leva et salua tour à tour les deux nouvelles venues avec une gaieté plus ou moins respectueuse, car il n'était jamais tout à Csiit sérieux.

— Comment! c'est vous, princesse? Il est vrai qu^à Venise vous êtes sur vos terres.

-^ Vous dites là une bêtise, mon cher, d'abord parce qu'il n'y a pas de terre à Venise, ensuite parce que vous voulez me comparer à cette ville sempiternelle qui vit sur son passé. Vous savez bien que je n'ai pas trente ans.

ï- Et vous ne les aure? jamais, princesse.

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M"« d'Armaillac et Aubépine jouaient le rôle des silencieuses du théâtre ; la première agitait son ombrelle comme pour frapper, la seconde ne savait quelle figure faire.

— Est-ce que ce sont de vraies glaces? demanda la princesse en s'asseyant; je me figure toujours ici que je vois des tableaux peints,

— Oh! des tableaux peints, répondit Martial, il y en a ici des arpents; mais j'aime bien mieuif les tableaux vivants; vous en verrez en allant au Rialto : c'est la fête des yeux.

Martial avait dérangé sa chaise et s'était mis tout près de la princesse pour éloigner Aubépine de ce champ de bataille de la passion, de la jalousie, de la coquetterie et de l'esprit.

Naturellement M"*' d'Armaillac s'était mise derrière la princesse, si bien que les deux rivales étaient hors de portée.

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