AINSI VA LE MONDE
E d'Armaillac retourna donc chez &Bm sa mère ; il était quatre heures quand elle sonna à la porte de l'appartement.
— Ahl mademoiselle, dit la femme de chambre en ouvrant la porte, si vous saviez comme madame a pleuré et comme elle va être heureuse de vous revoir !
En effet, à peine cette fille eut-elle dit ces mots, que Ml"* d'Armaillac, qui était aux écoutes depuis le matin, vint comme une folle au-devant de sa fille.
— C'est toi ! s'écria-t-elle avec une joie bruyante. Et elle l'embrassa mille fois tout en l'accusant.
— Abl ma chère Jeanne, ne te défends pas,
c'est moi qui ai eu tort. Que veux-tu, je ne suis pas maîtresse de moi ; on fait le bonheur des gens en leur faisant beaucoup de mal : j'ai trop voulu que ce mariage se fît à toute vapeur. Et puis après tout, je ne te mettrai plus le couteau sur la gorge.
Jeanne n'en revenait pas de trouver sa mère si charmante dans son effusion; elle Tembrassait elle-même tout en lui disant] que ces nuages n'é« taîent rien dans son amour pour elle.
— Tu sais, reprit la mère, je mets toujours tout aux extrêmes : on parle tant de suicide dans les journaux, que je m'imaginais — le croiras* tu ? — que tu avais eu la folie cruelle de vouloir me punir mortellement. Oui, j'en serais mortel
— Qui sait, pensa Jeanne, si je n'en mourrai pas?
— Et qu'as -tu fait de ta journée? reprit la mère, qui était à mille lieues de mettre en doute la vertu de sa fille.
Jeanne n'avait jamais menti, du moins sérieusement. Sa figure s'empourpra; elle avait eu beau préparer une histoire, elle ne put répondre d'un air dégagé. Elle parla d'une visite lointaine à une de ses amies.
— Mais je te conterai plus tard ma journée. Et toi, qu'as-tu fait?
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— Moi, je t'ai attendue pour déjeuner, sans bien comprendre pourquoi tu étais partie; je me suis mise à table, j'ai mangé une grappe de raisin, j'ai bu une tasse de thé, après quoi je suis montée en voiture pour courir après toi; mais où courir? Je suis allée chez la duchesse, chez M""* de Tramont, chez ton amie Angèle; naturellement, je n'ai dit nulle part que je te cherchais.
A cet instant, on sonna. M"* de Tramont entra bruyamment selon sa coutume.
— Ah! mes amies, quel tohu-bohu au bord du lac! Décidément il y a trop de gens qui vont là sans y être invités. Si j'étais le préfet de police, je ferais pour les voitures de ces demoiselles ce qu'il a fait pour les omnibus des Champs- Ely sées : Je les condamnerais à passer par un autre chemin. C'est un scandale. Ainsi, pendant que nous allions comme des tortues, je me suis cognée à la voiture de cette demoiselle Marguerite Aumont, la maîtresse de notre ami Briançon. Je lui en ferai ce soir mon compliment. Celte dame m'a lorgnée absolument comme elle eût fait à une de ses pareilles.
— Est-ce qu'elle est jolie? demanda Jeanne d'un air distrait et sans avoir l'air d'attendre une réponse.
— Si elle est jolie ! mais très-jolie. Voilà pourquoi on pardonne à M. de Briançon d'être si fou. Après cela, ce n'est pas lui qui Itii paye ses chevaux ni ses diamants : c'est une femme en commandite.
— Que lui paye-t-il ? demanda M"' d'Armaillac.
-- Il paraît qu'il lui paye la table et le logement. C'est encore fort joli, car ces filles-là tiennent tant de place et sont si gourmandes.
Jeanne qui avait peur de dîner en tête-à-tête avec sa mère, voulut retenir M"* de Tramont qui faisait toujours des visites sur le seuil, tant elle avait hâte d'aller caqueter ailleurs.
— Vous êtes entre vous? dit-elle.
— Oui, répondit M"® d'Armaillac, et je vous offrirai un faisan doré de la chasse de Chantilly.
— Ahl oui, vous êtes orléanistes depuis le 4 septembre; moi, je suis de toutes les opinions, voilà pourquoi je veux bien manger une aile de votre faisan. Envoyez dire à mon cocher qu'il me reprendra à neuf heures.
Le dîner fut gai, parce que M"® de Tramont a toujours le diable au corps.
A neuf heures elle emmena Jeanne avec elle en
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disant à sa mère qu'elle Ja renverrait dans son coupé avant onze heures et demie.
Elle voulait que M"* d'Armaillac servît le thé chez elle. Elle devait avoir trois ou quatre amis tout à fait intimes, peut-être un prince russe qui pouvait avoir l'idée d*épouser une fille à marier.
— Et certes, dit-elle, Jeanne aurait plus Tair princesse qu'il n'a l'air prince.
M"* d'Armaillac accompagna donc M°**deTramont. Sa mère resta au logis, car elle ne jvoulait plus faire sa figure pour si peu. Elle n'allait plus dans le monde que par les grandes occasions.
Le prince russe fut de la petite fête; il fit deux doigts de cour à Jeanne, qui joua de l'éventail sans s'amuser beaucoup à ce jeu, car elle ne perdait pas de vue M. de Briançon. Où est-îl? Que fait-il? Pense-t-il à moi? Comme elle servait le thé avec sa grâce un peu hautaine, on annonça M. de Briançon. Il avait une heure à perdre; M"* de Tramont était sur sa route, il s'amusait toujours à aiguiser des mots avec elle.
— Par Dieu ! dit-elle en le voyant apparaître, j'étais bien sûre que vous viendriez ce soir.
— Pourquoi donc ?
— Par la force des affinités ou du magnétisme
ou des atomes crochus : M"« d'Armaillac est venue, vous deviez venir.
Pendant que Jeanne renversait du thé sur la nappe, Martial se demanda sérieusement si elle ne s^était pas un peu confessée à la maîtresse de la maison.
Une minute après le prince russe aurait pu lui dire : — Monsieur, retirez-vous de mon soleil, — car il avait accaparé Jeanne tout en prenant les airs d'un homme qui la connaît à peine.
— Oh ! que je suis heureux de vous revoir ! lui dit-il en lui donnant deux baisers avec ses deux yeux, ce à quoi elle répondit par deux regards humides.
— Savez-vous à quoi je pense? lui dit-elle.
— Qui saiti peut-être à moi.
— C'est sous-entendu, mais je pense à ceci qu'il est étrange, après le chemin que j'ai fait aujourd'hui, que je me trouve ici ce soir comme si de rien n'était. Je me demande si c'est un rêve. Quoi! je suis votre maîtresse et tout le monde me salue et me parle avec respect. Ce qui va vous surprendre, c'est que j'en suis choquée. Où est donc la punition?
— Mais le monde est plein de ces choses-là.
Vous croyez-vous donc moins digne d'admiration
Ainsi va le monde. 89
que la plupart des femmes adultères qui se pavanent dans les plus beaux salons?
— Je me crois toute aussi digne de pitié que ces femmes-là; mais voyez-vous, Martial, ce qui me désespère, c'est que le monde a beau m'estimer encore, j*aî perdu Testime de moi-même. Si je' n'étais pas dans l'ivresse de votre amour, je me regarderais avec horreur.
— Vous savez que je vous adore, que je n'ai aimé que vous, que je n'aimerai que vous.
Martial parlait en ce moment-là en toute sincérité. Cette rencontre imprévue l'avait remué profondément; les airs amoureux du prince russe éveillaient sa jalousie. Et puis Jeanne était si belle, Jeanne était si fîère, Jeanne était si majestueuse I N'était-ce pas un triomphe éclatant? Il savourait mystérieusement son bonheur.
— J'ai eu de vos nouvelles, lui dit M"® d'Armaiilac.
— Qui donc m'a rencontré?
— Ce n'est pas vous qu'on a rencontré, c'est une demoiselle Marguerite Au mont qui faisait du tapage au bois. Il paraît que ce n'était pas avec vos chevaux; mais M"* de Tramont m'a. dit que c'était vous qui lui donniez — la table — et le logement.
Qo Les larmes de Jeanne.
— Quelle calomnie!
— Non, c'est la vérité.
Et le regardant avec une expression de profond amour :
— Et c'est cette vérité-là qui me tuera.
M'"" de Tramont regardait alors Jeanne et Martial.
— Que se disent-ils donc de si sérieux ? Voilà Jeanne qui en est toute pâle.
l'amour de l'abîme
N se dit adieu , comme si Ton ne devait se revoir de longtemps, quoiqu'il fût bien décidé qu'on se reverrait le lendemain matin.
M"« d'Armaillac demeura bientôt seule avec M°* de Tramont qui lui conseilla fort de ne pas se laisser prendre aux piperies du beau Martial.
— Voyez-vous, ma chère petite, le prince russe en lient pour vous; vous êtes née princesse, c'est de ce côté-là qu'il faut jouer de l'éventail; ces messieurs ne croient pas se mésallier quand ils épousent des comédiennes; témoin le prince Koutchoubey, qui a donné son nom à la belle Alix Bressant. Il est donc bien naturel que celui-ci épouse une fille comme vous.
Q2 Les larmes de Jeanne,
Jeanne se rapprocha du feu, comme si elle eût senti sur ses épaules les neiges de la Russie.
— Le prince est charmant, dit-elle, mais je ne veux pas m'expalrier.
— Eh I ma chère petite, la vraie patrie des Russes , c'est Paris ; demandez à Basilewski pourquoi il a son musée rue Blanche.
— Nul n'échappe à sa destinée, je n'ai pas la prétention d'avoir une étoile , mais je crois que j'aurai beau faire, je serai forcée d'obéir à ce qui est écrit là-haut.
— Prenez garde ! c'est la raison des indolentes qui se soumettent au courant de la vie. Avec ces idées-là, on finit par se laisser enlever, tout en disant : — c'est écrit là-haut I
— Pensez-y bien, ma chère petite.
Ma chère petite était un non-sens comique, puisque M°**» de Tramont était petite, et que M"* d'Armaillac était grande.
Le coupé de M""' de Tramont attendait Jeanne pour la reconduire chez sa mère; elle embrassa sa belle amie et lui promit de venir dîner avec elle le lendemain.
Quand elle mit sa bottine sur le marchepied, le cocher lui demanda si elle allait chez M"* d'Armaillac.
V amour de V abîme, 93
— Oui, lui dit-elle. Et après un silence d'une seconde : — Vous passerez par la rue du Cirque.
Le cocher fit remarquer, en homme qui sait sa géographie parisienne, que ce n'était pas précisément le chemin. Mais il obéit.
Pourquoi M"® d'Armaillac voulait -elle passer rue du Cirque? Est-ce qu'elle allait se hasarder à faire une visite nocturne à M. de Briançon ? voulait-elle le troubler dans un tête-à-tête avec M"® Marguerite Aumont?
— Je suis folle, se dit-elle en se nichant dans le coupé; comment ai-je osé dire au cocher de passer par là? s'il allait raconter par quel chemin il m'a conduite chez ma mère ?
Elle pensa que c'était d'autant plus absurde, que sans doute Martial ne l'avait pas quittée pour rentrer tout droit chez lui; il ne se couchait jamais qu'à deux heures du matin, et il n'avait pas l'habitude de lire la Vie des Saints.
Le cocher passa si rapide devant la maison de M. de Briançon, que Jeanne eut à peine le temps de la saluer au passage. A deux maisons de là, elle croisa un coupé; dans ce coupé il y avait une femme; le coupé s'arrêta à la porte de Martial.
— C'est sa maîtresse, dit Jeanne après avoir penché la tête un peu plus.
Elle fut sur le point de dire au cocher d'arrêter; tous les démons de la jalousie s'emparèrent de son cœur.
— Cest Tenfer 1 murmura-t-elle.
En rentrant, elle alla dire bonsoir à sa mère qui était couchée; elle croyait apaiser son cœur; mais elle passa une horrible nuit, comme la veille. Ce ne fut que vers le matin qu'elle tomba dans un demi-sommeil , avec toutes les hallucinations de la fièvre. Elle priait Dieu et se jurait à elle-même de ne plus revoir M. de Briançon. « Non, disaitelle, je ne le reverrai plus; c'est un homme d'honneur, il oubliera ce qui s'est passé. » Et appuyant ses ongles sur son cœur : a Mais moi je n'oublierai pas. »
Et bientôt, saisie par le désespoir : a Est-ce que je puis arracher cet amour de mon cœur? »
A dix heures elle s'habilla, elle se fit belle , elle prit son sourire et courut chez Martial. Elle n'eût eu garde de passer par la chambre de sa mère. En sonnant à la porte de Martial, elle se promit de ne pas entrer, s'il y avait quelqu'un; elle ferait demander M. de Briançon, elle ne lui dirait qu'un seul mot — adieu. —Sans doute il s'efforcerait de la retenir, mais elle l'accablerait de son mépris pour une telle trahison.
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Le petit nègre vint ouvrir; il sourit en voyant Jeanne, comme à une amie de la maison.
— S'il y a quelqu'un, dit-elle, je n'entre pas,
— Nous sommes seuls, dit le négrillon; M. le comte vous attend.
M"® d'Armaillac respira et passa le seuil ; Martial vint au-devant d'elle et la prit dans ses bras, comme après une longue absence.
-^ Il y a un siècle que je ne vous ai vue, ditil en l'embrassant. — Pas tout à fait, mais il y a près de douze heures.
Ce fut la seconde édition. On déjeuna plus gaiement que la veille ; cette fois il n'y avait pas les joies de l'imprévu, mais il y eut les joies mieux savourées des heures déjà connues. Jeanne ne sentait plus Marguerite Aumont si près, Martial reconnaissait qu'il n'avait jamais aimé des lèvres > sinon du cœur, une aussi belle créature que M'^® d'Armaillac. Il la dominait par l'amour qu'elle avait pour lui^ mais il se sentait dominé par elle-même. Il ne s'expliquait plus comment il avait osé la veille brusquer l'aventure ; il lui semblait que c'était un rêve; était-il possible qu'il eût triomphé de cette fille hautaine comme de la première venue?
Dix jours durant, Jeanne alla à la même heure
chez Martial. Il lui fallut mentir dix fois à sa mère ; il lui fallut prendre une demi-confidente qui servît de paratonnerre; c'était une ancienne amie de Jeanne^ passionnée pour la musique :
M"® Angèle Harry, une Américaine bien connue. Jeanne, mauvaise mucicienne, faisait le désespoir de sa mère ; elle lui dit qu'elle éta?ten belle fureur musicale, et qu'elle prenait des leçons tous les matins chez son amie, où elle déjeunait pour faire un entr'acte. On sait déjà que M""*» d'Armaillac ne sortait presque jamais. Jeanne ne craignait donc pas que sa mère vînt pour la surprendre chez son amie.
Elle n'espérait pas d'ailleurs que cette belle existence pouvait durer : elle se promettait tous les matins de parler sérieusement à Martial, c'està-dire de lui offrir sa main; mais elle aurait voulu que l'idée vînt de son amant. Or, Martial parlait beaucoup amour, mais pas du tout mariage.
Enfin, un jour, c'était le dixième jour, M"* d'Armaillac osa aborder ce chapitre délicat.
— J'y ai bien pensé, dit Martial, mais comment marier deux misères dorées? car nous n'avons de fortune ni l'un ni l'autre. Je suis secrétaire d'ambassade, avec 1,800 francs d'appointements; votre
Vamour de Vabîme. 97
mère ne doit vous donner en dot que des diamants : quelle figure ferions-nous à travers le luxe inouï des gens à la mode ?
— Le luxe, pour moi, dit tristement Jeanne, c'est l'amour; est-ce que vous croyez que j'ambitionne les huit ressorts et les robes à queue? Mes diamants, je les vendrai; le bonheur, croyez-moi, ne va jamais à quatre chevaux.
— Il ne va pas non plus en fiacre, dit Martial. Jeanne, qui avait sa main dans la main de son
amant, la -retira avec une soudaine indignation.
— Q.ue vous prend-il? demanda Martial.
— Je ne me pardonne pas, répondit-elle, de descendre jusqu'à discuter avec vous; si vous m'aimiez, vous seriez déjà chez ma mère, pour lui demander ma main; mais il faut que je tombe de désillusions en désillusions.
Jeanne avait tout à fait changé de physionomie.
Elle regarda Martial, comme si elle attendait de lui le dernier mot de sa destinée.
— Vous savez bien que je vous aime, Jeanne; c'est parce que je vous aime que je ne veux pas faire votre malheur; c'est parce que je ne veux pas faire votre malheur que je ne veux pas vous épouser.
Un sourire amer se dessina sur la bouche de M"« d'Armaiilac.
— En vériié^ monsieur, vous êtes trop bon; je ne vous avais pas compris jusqu'ici : je vous ai arraché pour quelques heures à vos belles habitudes de la vie parisienne...
Le comte deBriançon reprit la main de M"® d'Armaiilac.
Mais elle se leva et mit son chapeau.
— Adieu, monsieur, oubliez, j'oublierai...
Martial tenta tout pour retenir la jeune fille, il
lui fit même de vagues promesses d'épousailles; mais elle était montée sur ses grands chevaux, elle s'enfuit en toute hâte.
— J'ai dit que j'oublierais , murmura-t-elle quand elle fut dans la rue. Oublier! oui, j'oublierai dans le tombeau.
Ce jour-là, sa mère devait la conduire chez j^mo d'Arfeuil> qui donnait une comédie de paravent*
■^ Je me vengerai, reprit Jeanne ; M. Delamare seta chez M*"® d'Arfeuil, je lui dirai que je l'aime;
Elle comprit que c'était se venger contre ellemême.
Le soir, quand elle fut tout habillée pour accompagner sa mère, elle eut un évanouissement:
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Sa force la trahissait, elle tombait sous les émotions de la journée. Elle se remit bientôt, mais elle supplia sa mère d'aller seule à cette comédie. Quand M"® d'Armaillac fut partie , Jeanne se coucha et prit un roman ; mais sa chemise de nuit était la robe de Déjanire; les flammes de la jalousie la brûlaient vive; elle s'étonnait que Martial ne lui eût pas écrit. Était-il possible qu'il fût si calme devant une si brusque séparation ? corpment ne Tavait-il pas retenue de force? comment ne Tavait-il pas suivie jusque dans Tescalier?
— Oh! il ne m'aime pas, soupira- t-elle. Il est tout à cette fille ; je n'étais qu'un embarras pour lui ; et moi, malgré tous ses torts, malgré ma fierté blessée, malgré ma colère, je" sens que je l'aime à en mourir. Il a pris ma vie, il est lui-même ma vie.
Elle descendit de son lit et alla ouvrir un tiroir à secret de son secrétaire, oîi elle remua des perles.
— Oh! mes chères perles, dit-elle en pâlissant, c'est vous qui me consolerez de tout!
A cet instant, son œil égaré s'arrêta sur le portrait de son père.
— O mon père! dit-elle en joignant les mains, je suis une d'Armaillac et j'ai trahi ce beau nom î