SES LETTRES
Reste la quatrième et dernière partie de l'œuvre Cicéronienne, les Lettres. On a, depuis longtemps, tout dit sur ce monument unique, auquel l'antiquité ne nous offre rien de comparable. Cette correspondance, en effet, c'est Cicéron tout entier. C'est sa nature révélée par la plus sincère des confessions. C'est sa destinée racontée par le plus exact des journaux. C'est le milieu social et politique où il a vécu ressuscitant sous nos yeux. D'une aussi riche matière, la critique moderne devait tôt ou tard faire sortir un livre nécessaire, et ce livre est fait. Il l'est même de telle sorte qu'on n'aura pas la tentation de le refaire. Cicéron et ses amis, de M. Gaston Boissier, est une œuvre définitive, par l'alliance de deux choses que l'on a bien rarement la bonne fortune de trouver étroitement unies, une critique sagace et solide à désarmer les plus difficiles, un agrément à satisfaire les plus délicats. Mais quelle que soit pour nous l'exceptionnelle valeur de la correspondance de Cicéron, valeur
IOÔ LES LATINS.
dont l'ouvrage de M. Boissier est si propre à nous donner une juste idée, non seulement cette correspondance serait tout à fait insuffisante à rendre compte de la place si haute assignée à Cicéron par l'opinion des hommes, mais elle demeure même forcément étrangère aux qualités qui valent à Cicéron cette place à part et sont la raison d'être de sa renommée.
C'est cette renommée qu'il me reste à expliquer.