LA VIEILLE CHANSON
A l'ombre du bois solitaire, Le soir avait surpris mes pas, Le rossignol allait se taire....
Rêveur, ému, je ne l'entendais pas.
J'écoutais un chant dans la plaine, Un virelai du temps passé, La voix s'élevait, douce et pleine.
Au gré du refrain cadencé.
Quand je passe par les prairies.
Le soir au temps de la moisson.
Je môle dans mes rêveries, La jeune fille et sa- vieille chanson.
, C'était un récit légendaire Mais d'un rhythme plus animé ; Les notes passaient la rivière Et s'épuraient dans le ciel embaumé.
1 Muaiqae de C. Aagiiste La Rae.
Il nous racontait la souffrance D'un noble et vaillant chevalier Regrettant son pays de France, Dans sa plainte de prisonnier.
Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je raêle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.
Pour la Dame de sa pensée Son âme s'épuise en regrets :
" Elle," disait la mélopée, " Que mes regards ne reverront jamais !" Dans son Gastel, la Ch&telaine Pleure cet exil inhumain....
Lorsque le Prince d'Aquitaine L'enlève pour avoir sa main I
Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, Je môle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.
Or, la nuit de cette aventure, Un pèlerin fort courageux, Dépouillant son manteau de bure.
Barre la route au ravisseur honteux.
La cavalcade se diperse, Le Prince est atteint au cimier ; Puis, au second coup qui le perce, L'on reconnaît le Chevalier 1
Quand je passe par les prairies.
Le soir au temps de la moisson, Je môle dans mes rêveries, La jeune fille et sa vieille chanson.
La chanteuse, habile novice.
Mettait son âme dans sa voix, Son chant n'était plus un caprice, Il s'animait en courant sous les bois.
Mais l'écho mœlleux de la grève Vibra lentement et se tut.
Je croyais avoir fait un rêve :
Hélas ! le charme était rompu I
Quand je passe par les prairies Le soir au temps de la moissoa, Je môle dans mes rêveries, La jeuae ÛUe et sa vieille chanson.
Poésie antique et naïve, Reflet des jours de nos aïeux, Ne vous enfuyez pas craintive Devant notre art si fade et si pompeux !
Kestez ! Si la mode s'amuse Aux froides douceurs d'aujourd'hui, Vous avez seule, aimable muse, Le secret d'en chasser l'ennui.
Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson.
Je môle dans mes rôveries, La jeune fille et sa vieille chanson.
Vous avez bercé notre enfance, Consolé nos premiers chagrins.
Egayé notre adolescence :
Quels souvenirs valent ces vieux refrains?
LES I.AUR£NTIBNNES 39
Restez I II est à la veillée Mille voix pour vous répéter !
Le poète sous la fouillée Aime tant à vous écouter I...
Quand je passe par les prairies, Le soir au temps de la moisson, ^ Je môle dans mes rêveries, La jeune ûlle et sa vieille chanson.
Août 1863.