LE BON COTÉ DES CHOSES
C’est l'ennui qui frappe à ma porte :
Accourez tous, joyeux amis!
Bravons le chagrin qu’il apporte, Nous qui sommes ses ennemis!
Pourquoi fléchir sous notre peine ?
Enterrons-là sous la gaité!
Et qu’on prenne, prenne, prenne Les choses du bon côté!
Des mille côtés de la vie Prenons toujours le plus joyeux, Et guerre à la mélancolie:
La gaité c'est l’art d’être heureux !
La loi qui gouverne le monde Démontre cette vérité.
Quand on gronde, gronde, gronde, On voit du mauvais côté.
Charle est un enfant du miracle, Il a des talents, des vértus, On l’applaudit, c’est un oracle, Ses parents n’en reviennent plus !.… Devant le peuple, un jour, il parle On le siffle ! il est éreinté :
Mais, lui, Charle, Charle, Charle, Prend tout çà du bon côté!
Aux larmes {le son entourage, Il oppose un visage frais, Et dit, comptant sur son courage, ‘“ Les gredins en paieront les frais En effet, plus tard, le vent change Avec sa popularité.
Il se range, range, rang»,
Sans façon du bon côté !
Enfin, il arrive à la Chambre,
Rêvant Patrie et cœurs constants.
Il est transparent comme l’ambre :
* (Qu'on est donc naïf à trente ans!)
Chacun le berne—il s’en retourne
Gros-Jean, penaud, point irrité :
C’est qu'il tourne, tourne, tourne,
Les choses du bon côté !
La fée aux rimes, dans ce monde, Traite bien mal ses favoris, J'ai dans ma course vagabonde Mêlé souvent les pleurs aux ris.
Pour se tirer de mainte impasse Mon cœur n’a rien que sa gaité, Et je passe, passe, passe Par plus d’un vilain côté.
Prendre le bon côté des choses, Voilà l’esprit de bien des gens.
Leur philosophie a ses causes ; Avant tout soyons indulgents!
Si ma morale n’est pas vaine, Vous direz dans votre gaité :
Que l’on prenne, prenne, prenne La chanson du bon côté!
Novembre 1862,