‹ Les Laurentiennes [microforme]Chapitre 46 sur 101 · DS TASSE RIDE ER US ILE IV TETE · texte numérisé non relu

DS TASSE RIDE ER US ILE IV TETE

Près des champs périlleux cü lutta son audace, Il dort comme bercé par le fracas des flots,

Le perfide Atlantique à ses pieds roule et passe, Lui jetant des clameurs chères aux matelots.

Les joyeux nautonniers rasant ces bords funestes, Räcontent sa valeur et redisent son nom, Sa mémoire demeure à côté de ses restes :

C'était un vaillant cœur, un tendre compagnon.

Un jour un voyageur descendit sur la plage Et dirigea pensif son pas vers les hauteurs.

Le guide lui montra sous un rosier sauvage Ce tombeau dont l’aspect fit déborder ses pleurs.

Lors, tombant à genoux, saisi d’un trouble extrême, À Il pria le Scigneur pour le pauvre marin,

Et répéla souvent : béni celui qui t'aime, Mon Dieu j'ai tant souffert par ce coup de ta main! £

Il pria fort longtemps. Plongé dans sa tristesse, Le passé revenait poignant et douloureux,

Tandis que son regard, tout rempli de tendresse, S'abaissait vers la terre en descendant des cieux... À

Il se souvint qu'un soir, au milieu de décembre, | Sa mère, entrant soudain, voilà ses traits défaits, Et dit à ses enfants qui jouaient dans la chambre, 1 Que leur père parti ne reviendrait jamais.

{ Dans la triste maison où tomba la nouvelle,

| La foudre aurait produit moins de saisissement : | L'infortune prenait dans sa serre cruelle

| Trois êtres sans appui dans leur isolement.

À Il se souvint de plus qu’en proie à la misère

| L'avenir se fermait devant lui sans retour,

| Mais que devenant fort tout-à-coup pour sa mère, | Il lui donna depuis son travail, son amour,

{Le monde lui jeta sa triste indifférence

À Qui permet aux heureux d'oublier le malheur. [Faible et seul, il avait pour tout bien l'espérance. Son courage grandit au sein de la douleur.

Abandonné vingt ans de l’aveugle fortune, Il vécut résigné, lutta sans nul re,,0s,

1 Dédaignant d'élever une plainte importune Ou d’accuser le sort par un amer propos.

Quand il redescendit le sentier de la grève, Un vide immense au cœur lui reparla de Dieu.

À son abattement aussitôt faisant trève,

Il vainquit sa douleur par un dernier adieu :

Adieu ! j'ai terminé mon saint pélérinage, Je suis venu de loin vénérer ce tombeau, Ce fut le rêve aimé qui berça mon jeune âge,

J’emporte un souvenir à jamais cher et beau.

Adieu ! protège-moi dans les maux de la vie, Mon père, j'ai besoin de m’appuyer sur toi!

Conduis mon pas errant, garde qu’il ne dévie Du chemin de l'honneur, du guidon de la foi.

J'aborderaï par là, sans remords, sans alarmes, La carrière où le ciel me voudra maintenir.

Il est un doux secret qui sèche bien des larmes : C’est prier, travailler, se soumettre et bénir.

Québec, novembre 1865,

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